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lundi 27 juillet 2020

Suite du 22 Juillet 1789 : Rendons son honneur à Lafayette


    J’ai déjà évoqué avec vous dans mes publications du 20 Juillet et du 22 Juillet, la vision partisane d’un nostalgique de l’ancien régime, un certain Hubert La Marle, linguiste et paléographe, qui se mêle d’expliquer la Révolution française au travers de sa vision complotiste. Selon ce triste sire, tout est de la faute des francs-maçons et nous nous souvenons qu’il avait accusé Lafayette d’avoir participé au simulacre de jugement du conseiller d’état Foullon.

    Ayant identifié aisément les a priori de l’auteur, vous vous souvenez que j’avais utilisé sa version, plus pour illustrer les dérives inévitables d’une explication par le complot, que pour les présenter comme une vérité. Concernant Lafayette, par exemple, j’avais trouvé vraiment très étonnant qu’il eut été complice d’un tel forfait.



    C’est en voulant préparer un nouvel article sur « les brigands » (article à suivre), que j’ai trouvé une version bien différente de celle de notre "ami royaliste", dans le livre 2 du tome 1 de « L’histoire de la révolution française » de Adolphe Thiers (page 111 et 112 de l’édition de 1880).

    On y voit un Lafayette, mêlé contre son gré à l’événement, essayant de calmer le foule surexcitée et y parvenant même plusieurs fois ! Lafayette voudra même démissionner de son poste de commandant de la garde nationale, à la suite de cette tragédie ! Une attitude bien plus ressemblante à ce que l’histoire à retenu du caractère du personnage, que celle présentée par notre chasseur de francs-maçons ! (Oui, Lafayette, lui aussi était un franc-maçon). Il faudra que je vous rédige prochainement un article sur ces malheureux francs-maçons, accusés de tous les crimes par les nostalgiques de l’ancien régime. A cette époque, à peu près tous ceux qui se donnaient un peu la peine de penser, étaient francs-maçons, même Louis XVI ! (Mais c’est une autre histoire).

    Concernant Lafayette, de savoir qu’il a assisté à ce lynchage d’un vieil homme par une foule en colère, manipulée ou pas, (voire l’article du 22 Juillet), cela nous permet de considérer sous un angle différent son ordre de tirer sur les pétitionnaires venus demander la destitution du roi le 17 juillet 1791. Cela n’excuse pas cette décision fatale (50 morts chez les pétitionnaires), mais cela peut expliquer dans quelle situation psychologique il se trouvait alors. Il avait déjà vu une fois jusqu’où pouvait aller une foule en colère.

    Le seul moyen d’approcher un semblant de vérité en histoire, c’est de comparer de multiples sources. Bien souvent, des avis d’experts ne sont que leurs opinions sur le sujet et une paresse naturelle de l’esprit a bien vite fait de consacrer quelques opinions de prétendus experts, en opinions communément admises, voire en vérités. Schopenhauer disait même qu’ « Il n’est pas d’opinion, si absurde qu’elle soit, dont les hommes ne s’emparent avec empressement dès qu’on a pu les persuader que cette opinion est communément reçue. »

Vous trouverez ci-dessous, pour illustrer cet article, les photos des pages de mon livre datant de 1880.

A suivre, chers amis !









samedi 25 juillet 2020

25 Juillet 1789 : Liste des 120 représentants de la Commune convoqués

 


    Monsieur Bailly, Maire de Paris et Monsieur La Fayette, Commandant-Général, ont convoqué ce jour les 120 représentants de la Commune de Paris.

La Fayette et Bailly


    Cette liste est intéressante parce qu'elle donne un aperçu des différentes fonctions occupées par les représentants de la Commune. On retrouvera certains d'entre eux plus tard à différents moments de la Révolution.

    Elle est extraite d'un "Exposé des travaux de l'Assemblée-Générale des Représentans (1) de la Commune de Paris, depuis le 25 juillet 1789, jusqu'au mois d'octobre 1790, époque de l'organisation définitive de la Municipalité : Fait par ordre de l'Assemblée".

(1)   Orthographe de l'époque.


25 Juillet 1789 : Débat sur le secret des lettres.

Grand bureau de poste à Paris sous Louis XVI


    Dans la nuit du 22 au 23, un paquet contenant trois lettres ouvertes et une cachetée, a été saisi par des membres du comité de Paris sur la personne de Monsieur le Baron de Castelnau, alors que celui-ci traversait le Pont Royal. L’une des lettres était adressée du Comte d’Artois, le frère du roi, le tout premier de la famille royale qui ait pris la route de l’exile le 16 juillet dernier.

    Les lettres n’ont pas été lues et le débat qui s’engage à l’Assemblée porte sur la question de savoir si on a le droit de les ouvrir et de les lire. Dans cette ambiance révolutionnaire où les complots pullulent, certains bien sûr, demandent à connaître le contenu de ces lettres.

    Peut-être serez-vous étonnés par l'objet de ce débat, vous qui vivez à une époque où votre vie privée n'a plus guère de secret pour certaines compagnies commerciales du numérique et même l'Etat. Mais sachez que l'inviolabilité de la correspondance faisait partie des demandes figurant dans les cahiers de doléances constitués partout en France pour les Etats Généraux ! Le cahier de la noblesse du baillage de Nancy demandait par exemple :

"que la correspondance par lettres sera inviolable ; tous attentats et délits à ce sujet seront poursuivis à la requête des parties intéressées, même à la réquisition du ministère public, et jugés par les tribunaux ordinaires."


Mirabeau sera le 1er à entrer au Panthéon
et le 1er à en sortir

    Je vous donne à lire cet extrait de l’intervention de Mirabeau. Celle-ci lui fait honneur, car il défend (interdit) qu’on les lise et il expose brillamment ses raisons.
    Ses arguments sont beaux et ils sonnent étrangement à nos oreilles, pour nous qui vivons dans une société de la surveillance. Mais Mirabeau est-il sincère ? Lui, dont on découvrira plus tard qu’il était payé par le roi pour orienter les débats de l’Assemblée ?

Ecoutons-le :

« Est-ce à un peuple qui veut devenir libre à emprunter les maximes et les procédés de la tyrannie ? peut-il lui convenir de blesser la morale, après avoir été si longtemps victime de ceux qui la violèrent ? Que ces politiques vulgaires qui font passer avant la justice que, dans leurs étroites combinaisons, ils osent appeler l’unité publique ; que ces politiques nous disent du moins quel intérêt peut colorer cette violation de la probité nationale. Qu’apprendrons-nous par la honteuse inquisition de ces lettres ? de viles et sales intrigues, des anecdotes scandaleuses, de méprisables frivolités. Croit-on que les complots circulent par les courriers ordinaires ? croit-on même que les nouvelles politiques de quelque importance passent par cette voie ? Quelle grande ambassade, quel homme chargé d’une négociation délicate ne correspond pas directement, et ne sait échapper à l’espionnage de la poste aux lettres ? C’est donc sans aucune utilité qu’on violerait les secrets des familles, le commerce des absents, les confidences de l’amitié, la confiance des hommes. Un procédé si coupable n’aurait même pas une excuse, et l’on dirait de nous dans l’Europe : en France, sous le prétexte de la sûreté publique, on prive les citoyens de tout droit de propriété sur les lettres qui sont les productions du cœur et le trésor de la confiance. Ce dernier asile de la liberté a été impunément violé par ceux mêmes que la nation avait délégués pour assurer tous ses droits. Ils ont décidé par le fait, que les plus secrètes communications de l’âme, les conjectures les plus hasardées de l’esprit, les conjectures les plus hasardées de l’esprit, les émotions d’une colère souvent mal fondée, les erreurs souvent redressées le moment d’après, pouvaient être transformées en dépositions contre des tiers ; que le citoyen, l’ami, le fils, le père, deviendraient ainsi les juges les uns des autres, sans le savoir ; qu’ils pourront périr un jour l’un par l’autre ; car l’Assemblée nationale a déclaré qu’elle ferait servir de base à ses jugements des communications équivoques et surprises, qu’elle n’a pu se procurer que par un crime.

L’Assemblée ne prend aucune détermination et passe à l’ordre du jour.

Toute la séance du 27 se trouve rapportée ici : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4720_t2_0273_0000_7

    Le 27 juillet prochain, une lettre daté du 26, écrite par Monsieur de Castelnau depuis Versailles, sera lue devant l’Assemblée, lettre dans laquelle il demandera que les lettres saisies sur lui, soient lues devant tous.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4728_t2_0278_0000_16



Cliquez sur l'image ci-dessous pour découvrir une intéressante histoire de la poste.






vendredi 24 juillet 2020

24 Juillet 1789 : Intervention d'un député Breton, mais aussi et surtout Français

La France de 1789 et ses Généralités,
dont la Généralité de Rennes (La Bretagne)
Source : https://histoire-image.org/fr/etudes/carte-france-1789



    Je vous donne à lire aujourd’hui, un extrait de l’intervention de Monsieur de Glezen, député de Bretagne, devant l’Assemblée nationale.

    Elle est intéressante parce que l’on devine au travers de celle-ci, un nouveau projet de faire société dans le royaume, celui de constituer une Nation, la Nation française. La députation Bretonne élue par le bas clergé et le peuple, présente à l’Assemblée nationale ayant été contesté par la noblesse et le haut clergé de ladite Bretagne.


    Avant l’intervention de Monsieur de Glezen, Monsieur de Beaumetz a rappelé que : « Tous les citoyens aujourd’hui ont les mêmes droits ; ce n’est pas un corps particulier qui doit jouir de l’avantage de la représentation au préjudice de l’universalité des citoyens ; c’est la Bretagne entière qui demande à être représentée et qui doit obtenir ce droit » et il conclut par l’admission de la députation bretonne.

    J’aime particulièrement le passage suivant dans l’intervention de ce député breton, à l’attention de ses concitoyens de bretons : 

"Oubliez, s’il est possible, jusqu’au nom même qui vous enorgueillit ; il désigne sans doute un peuple invincible, il exprime le besoin impérieux de la liberté, il caractérise le plus ardent amour de la liberté. Mais ces sentiments sont aussi vifs, aussi exaltés dans toutes les parties du royaume qu’en Bretagne.

Considérez, ou plutôt essayez de croire ce qu’on fait les intrépides conquérants de la Bastille ! Ah ! le plus beau nom, celui qui rallie aujourd’hui toutes les provinces, et que vous êtes dignes de porter, c’est le nom de Français !"


    Voilà, en quoi consistait ce nouveau projet de faire Nation, pour ces hommes de 1789. Ne soyez pas dupes. Toutes les ignominies que l’on vous racontera sur la République écrasant les Provinces, sont des forgeries des nostalgiques de l’ancien régime. Ce sont les rois qui ont colonisé une à une les provinces du royaume, l'arme à la main (parfois par mariages). Le projet de la République a été de rendre solidaires entre elles, toutes les parties de cette France mosaïque. Rien à voir non plus avec ce que l’on appellera ultérieurement le nationalisme.

    Mais bien sûr, de tout cela nous reparlerons bientôt. Voici donc l’intervention de Monsieur de Glezen, député de Bretagne :

"Messieurs, la décision que vous allez prononcer sur la protestation d’une partie du clergé et de la noblesse de Bretagne, contre la députation du clergé et du peuple de cette province, eût été, ces jours derniers, bien plus intéressante pour nous. Agités tour à tour par l’espoir et la crainte, nous l’eussions attendue avec plus d’ardeur encore et de sollicitude. Vous avez plus, Messieurs, de dangers à courir. Votre patriotisme et votre courage les ont dissipés. Vous avez triomphé, par une constance inébranlable, de tous les obstacles qui s’opposaient au bien public. La constitution est censée faite ; oui, Messieurs, elle est censée faites, puisque le Roi s’en est remis à la sagesse de l’Assemblée nationale pour rétablir l’ordre et le calme dans le royaume, et créer, pour ainsi dire, la félicité générale, d’où dépend son propre bonheur. Le serment que nous avons eu l’honneur de prêter avec vous se trouve donc rempli.

Si vous pouviez juger invalides les titres qui nous appellent à partager les fonctions et les travaux dont vous allez vous occuper pendant le reste de la session, nous aurions toujours eu la gloire d’être associés aux périls qui vous menaçaient, et nous jouirions, en retournant dans notre province, de la douce satisfaction de présenter à nos concitoyens le tableau fidèle de votre héroïque fermeté et de vos vertus.

Pénétrés de l’admiration qu’elles nous ont inspirée, nous leur dirions avec transport, avec enthousiasme : Nous avons vu l’Assemblée nationale la plus auguste qui ait jamais existé dans l’univers, l’élite des hommes les plus éclairés d’un vase empire, disputant de zèle et d’activité pour établir sur des bases éternelles la félicité de vingt-cinq millions d’hommes.

Nous leurs dirions : Braves Bretons, vous venez de proclamer les arrêtés de l’Assemblée nationale, et celui qui concerne la perception et la durée de l’impôt. Cet hommage rendu solennellement à ses décrets prouve que vous unissez pour toujours vos destins à ceux de la France. Loin de songer en effet, à détruire vos droits, vos franchises, l’Assemblée nationale veut, au contraire, les étendre et les consacrer par une contestation générale pour tout le royaume ; sous cette puissante égide, ils ne seront plus que inviolables. Nous leur dirons : Oubliez, s’il est possible, jusqu’au nom même qui vous enorgueillit ; il désigne sans doute un peuple invincible, il exprime le besoin impérieux de la liberté, il caractérise le plus ardent amour de la liberté. Mais ces sentiments sont aussi vifs, aussi exaltés dans toutes les parties du royaume qu’en Bretagne. Considérez, ou plutôt essayez de croire ce qu’on fait les intrépides conquérants de la Bastille ! Ah ! le plus beau nom, celui qui rallie aujourd’hui toutes les provinces, et que vous êtes dignes de porter, c’est le nom de Français !

Cependant, Messieurs, nous osons nous flatter d’être honorés de vos suffrages et de voir confirmer notre élection. Ceux qui ont proscrit d’avance les antiques usages contraires aux droits de l’homme et du citoyen, ne peuvent pas faire cause commune avec les privilégiés de Bretagne. L’Assemblée la plus juste, la plus patriotique, rejettera pas la députation d’une grande province parce qu’un petit nombre d’individus a refusé d’y concourir, et que pour la première fois depuis des siècles le peuple a choisi ses représentants.

(On applaudit)

Les députés de Bretagne sortent de la salle.

L’Assemblée délibère sur la protestation de la noblesse et d’une partie du clergé. Elle est unanimement déclarée mal fondée.

Messieurs les députés de Bretagne sont invités à renter dans la salle. Ils apparaissent au milieu des applaudissements universels.


Le compte rendu dans son entier est accessible par le lien ci-dessous : 


Post Scriptum : 

    Je n’ai hélas pu vous trouver un portrait de Monsieur de Glezen et j’en suis désolé. Quant à des illustrations relatives à la Bretagne de cette époque, j’ai fini par renoncer momentanément, car on touche à l’irrationnel lorsque l’on effectue ce genre de recherches sur le WEB (Beaucoup de trolls chouans dans le bocage).


Un dernier aperçu de cette France mosaïque de 1789 avec la carte ci-dessous montrant les récentes acquisitions territoriales de Louis XIV.






jeudi 23 juillet 2020

23 Juillet 1789, Un Duc anglophile, agronome et ami du roi, président de l’assemblée.

 

Le président de l'Assemblée évoque le prétexte de disette

    Lors de la séance matinale de l’Assemblée nationale, le président, François Alexandre Frédéric de la Rochefoucauld, duc De Liancourt, fait lecture de plusieurs lettres qu’il a reçues de diverses villes qui demandent des secours, pour dissiper des troupes de brigands qui sous prétexte de la disette des grains, infestent le pays et causent des soulèvements.

    Le Président fait également lecture d’un avis qui lui a été envoyé par le ministre, et qui annonce que des grains venus de Barbarie (1) par les soins de Monsieur Necker, pour l’approvisionnement de Paris, sont arrivés jusqu’à Montlhéry, toujours escortés par des troupes ; il demande qu’attendu que les troupes ont été retirées depuis Montlhéry jusqu’à Paris, on prenne des moyens pour faire arriver ces grains de ce poste jusqu’à Paris, en les faisant escorter par des milices nationales. Monsieur le Président ajoute qu’il a fait passer cet avis du ministre à Monsieur le Marquis de Lafayette.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4705_t2_0261_0000_6


    François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt, le fameux Duc de Liancourt qui préside alors l’Assemblée nationale était : homme politique, diplomate, philanthrope, anglophile, fondateur de l'École des Arts et métiers de Châlons et il était également agronome. 

Arthur Young

    Son anglophilie et sa passion pour l’agronomie firent qu’il devient ami avec Arthur Young, le célèbre agronome anglais, membre de la société royale d'Agriculture. Celui-là même qui se rendit célèbre par le récit de ses 3 voyages en France, entre 1787 et 1790, dans un livre qui parut en 1792 (et que l’on peut toujours lire avec plaisir, car il est régulièrement réédité). Nous aurons souvent l’occasion de reparler d’Arthur Young en raison de la passionnante description qu’il fit de notre pays.

    Le Duc de Liancourt était également un ami proche de Louis XVI, qui lui avait confié la fonction honorifique de grand maître de la garde-robe du roi. 

    C’est lui qui, dans la nuit du 14 Juillet eu ce dialogue mémorable avec le roi, qu’il rapporta dans ses mémoires : 

« On sait que le 14 juillet j'allai dans la nuit réveiller le roi [...]. "Qu'ai-je fait, disait-il, pour que le peuple soit contre moi ? Je n'ai jamais voulu lui faire que du bien." "Quelle révolte", disait-il encore. Et c'est alors que je lui répondis : "Ah, sire, dites Révolution."

    Vous en apprendrez plus sur cet événement et sur les bons conseils donnés par le Duc à son ami le Roi, en vous reportant à cet article du 15 juillet.


Le retour de Necker à Versailles

    Le même jour, arrivant de Bâle, Necker rentre à Versailles et réinstalle son ministère. Rappelons que son remplaçant, Foullon, a été assassiné la veille dans de terribles conditions (voir la publication d’hier). Necker reprend le contrôle des Finances. Ses amis Montmorin et Saint-Priest, écartés avec lui, reviennent aux Affaires étrangères et à la Maison du roi.


Les soixante districts parisiens

    A Paris, les soixante districts parisiens sont invités à choisir chacun deux commissaires pour former l'administration municipale de Paris.

Division administrative des 60 districts parisiens

    Lors de la convocation des États généraux en 1789, une ordonnance de Necker avait divisé Paris en 60 districts, auxquels correspondirent les 60 bataillons de la garde nationale créés en juillet 1789, dont les noms furent principalement tirés de ceux des églises ou des communautés religieuses.
    Cette organisation administrative subsista jusqu'au 22 juin 1792 ou un décret de l'Assemblée constituante substitue alors aux 60 districts 48 sections dont la dénomination fut l'occasion d'une première tentative d'innovation révolutionnaire.


(1) Vous avez été surpris par ce mot "Barbarie". Il désigne jusqu’au XIXe siècle la côte nord-africaine. Ces grains venaient donc de fort loin semble-t-il ! Nous en reparlerons dans l'article du 7 août 1789...



23 Juillet 1789 : La grande peur au Mans, le Comte de Montesson et Monsieur Cureau sont assassinés par la foule.

 

La relation de cet événement terrible va nous donner l’occasion de reparler des origines possibles de la grande peur, de faire connaissance avec un chanoine du Mans et de lire un texte en français du 18ème siècle.

"La grande peur"


La grande peur.

    Le 23 Juillet, à Paris, le Président de l’Assemblée nationale, Monsieur le Duc De Liancourt, avait ouvert la séance par la lecture d’adresses de plusieurs villes qui demandaient des secours pour dissiper des troupes de brigands qui, sous prétexte de la disette des grains, infestaient le pays et causaient des soulèvement. C’était le début de la grande peur !

    Peu de temps après la prise de la Bastille, une rumeur a commencé de se propager dans tous le royaume, alarmant les gens de la propagation de diverses armées de brigands qui allaient venir tout détruire et plus particulièrement ravager les champs de blé, alors que l’époque des moissons était venue.

    Selon les sources, nous avons plusieurs explications données à cette grande peur. La plus connue, c’est celle d’une populace barbare, assoiffée de sang, qui s’en prend à tous les riches dans une sorte de fureur collective.

    Certains se posent néanmoins la question de savoir comment et surtout par quels moyens, celle-ci a pu se répandre aussi rapidement dans le royaume. Considérant le relatif isolement des diverses populations, constituées principalement de paysans qui ne quittaient que rarement leurs villages, voire jamais. On peut douter que ce soient les modestes colporteurs et autres marchands qui aient soudainement décidé de parcourir à toutes brides les chemins cabossés du royaume pour diffuser l’alerte !

    Cette question relative à la logistique est vraiment pertinente. Imaginez que le 1er août ce vent de panique était déjà arrivé aux confins du royaume, dans deux petits villages de montagne derrière Nice !

    Nous avons vu dans notre article du 20 juillet qu’un écrivain contemporain de tendance royaliste, accusait le Duc d’Orléans d’être à l’origine de la propagation de cette rumeur. Pour cet écrivain d’ailleurs, le Duc d’Orléans est à l’origine de tout, y compris la prise de la Bastille.

    Mais voici qui est plus étonnant encore ; certains historiens en sont même venu à soupçonner le roi !

    Dans son histoire de la Révolution française l’historien Adolph Thiers émettait l’hypothèse étonnante que les courriers envoyés partout en France pour annoncer l’arrivée des brigands, relevaient d’une initiative de la cour. Eux seuls étaient en effet capables de franchir aisément tous les postes de contrôles. L’idée aurait été d’armer les provinces pour les opposer à Paris, car la cour ne croyait pas à une révolution générale du royaume. Lire le détail dans l’article du 28 juillet 1789.

    Nous verrons plus tard qu’une historienne contemporaine, Aurore Chéry, a même échafaudé la théorie encore plus intrigante que Louis XVI ait été lui-même un initiateur de la révolution !

Découvrons à présent le témoigne de René-Pierre Nepveu, chanoine de son état.

 

Présentation de René-Pierre Nepveu

René-Pierre Nepveu était un chanoine de la cathédrale du Mans. Durant toute sa vie, il tint un journal, dans lequel il consigna les moindres événements se déroulant aussi bien au Mans que dans sa campagne de la Manouillère. L’intérêt de son journal est que ce brave religieux assista à la naissance de la révolution, puis à son évolution, dont il témoigna à sa façon.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous renvoie à la page du site sur lequel j’ai trouvé son récit. Il vous suffit de cliquer sur l’image ci-dessous.


 

Le récit du chanoine, en français du 18ème !

(N’oubliez pas de rouler les r, et pour info, le « bled », c’est le blé).

« Le Jeudy matin, entre dix et onse heures du matin, Mr Cureau, Lieutenant de la Ville du Mans, et Mr le Comte de Montesson ont été massacrés et assassinés par une populace effrénée et barbare, et voici le fait. Mr Cureau, sachant que le mauvais peuple luy en vouloit, prétendant qu’il faisoit commerce de bled, (ce qui étoit faux), prist le party de partir la nuit du Dimanche au Lundy pour aller à la terre de Nouans, qui appartient à Mr Buttet, neveu de Mr Cureau, qui est en Angleterre, dont il a la procuration. Il s’étoit retiré dans ce château, pour estre ignoré ; il n’est éloigné de Ballon que de cinq quarts de lieues. Il est malheureusement arrivé qu’il y a eu une fausse allarme dans ce canton, ainsi qu’au Mans, Nogent-le-Rotrou, la Ferté-Bernard, Bonnétable et tous les environs de deux lieues à la ronde, on sonnoit le tocsin partout. Au soleil levant, on vint dire à Mr Cureau, qu’on alloit sonner le tocsin pour faire avertir tout le monde de se rendre à Nouans et de prendre les armes pour le défendre. Le bruit couroit qu’il y avoit plus de 4 000 brigands qui étoient répandu pour piller et mettre partout à feu et à sang. Mr Cureau leur représenta que c’étoit un faux bruit et qu’il ne falloit pas mettre l’alarme sans fondement, et il ne voulut pas qu’on sonnast le tocsin. Tout ce peuple, qui s’amassoit de touttes parts, murmuroit et enfin se mit à jurer après luy et comme il leur parloit de ses croisées, ils luy dirent, en jurant, que s’il ne sortoit pas, ils alloient mettre le feu chés luy. Il céda et vint leur parler. Pendant ce temps, il vint d’autres paroisses voisines, qui venoient là pour aller au-devant des prétendus brigands ; quelques-uns luy dirent que c’étoit luy qui étoit la cause de ce qu’ils mangeoient le pain aussi cher. Il n’en falloit pas davantage pour le rendre odieux et vouloir le faire périr. Mr de Montesson, qui venoit d’arriver avec Mme son épouse et ses deux enfans, voulut parler en faveur de son beau père ; ils luy dirent qu’il étoit aussi coupable et que c’étoit son frère, le Député, qui étoit à Paris, qui étoit la cause de tous les malheurs, et ils le trainèrent avec Mr Cureau ; pendant tout le chemin, ils leur disoient mille invectives. Arrivés à Ballon, ils les firent mettre, en jurant, dans la place du Marché. Ils offrirent toutte leur fortune pour avoir leur vie, et, auparavant cette dernière proposition, Mr Cureau offrit 50 000 # pour donner à leur Hopital qui n’est pas riche ; rien ne put les toucher. Mr de Guiberd, qui étoit aux environs, accourut et parla à ces forcenés dont il ne put rien gangner et même on luy dit que s’il ne se retiroit, on luy en feroit autant, et il fut obligé de se retirer après avoir fait tout ce qu’il avoit pu. Un commis à cheval voulut aussi parler : on luy en dit autant. On commença par donner un coup de volant, sur le front de Mr Cureau, qui luy fit tomber la peau sur le bas du visage ; il la relava encor pour voir ses bourreaux. Ils tombèrent sur luy à coups redoublés et le tuèrent et avant qu’il expirast, ils l’achevèrent à coup de fusil et luy coupèrent la teste qu’ils mirent au haut d’une fourche, pour la faire voir au public. Après ces horreurs, ils vinrent achever leur rage contre Mr de Montesson. Ils luy donnèrent plusieurs coups de bâton et le tuèrent à coups de pistollets et de fusils et ils en firent tout autant pour la teste. Après ces horreurs, ils forcèrent plusieurs des fermiers de Mr Cureau et plusieurs autres bons fermiers, de tirer sur les corps morts ; ils les laissèrent sur la place et furent boire. Le lendemain, Mr le Curé de Ballon leur donna la sépulture ; Mr Cureau pouvoit avoir 63 ans. Mme Cureau a resté à Nouans dans la crainte qu’on y vint la tuer ou mettre le feu au château. Mr Cureau laisse Mme de Montesson qui a aussi deux enfans dont un garçon âgé d’environ cinq ans et une demoiselle, d’environ quatre ans. Mr Cureau a aussi deux enfans dont un garçon, âgé de 28 ans, qui devoit avoir une des charges de Receveur des Tailles, et Mme de Montesson. On ne croit pas que ces Dames veulent jamais revenir demeurer au Mans. On saura, par les papiers publics, tout ce qui s’est passé dans ce temps-ci et même au Mans où, après une frayeur qui a allarmé toutte la Ville, on a établi une Milice bourgeoise qui continue et continuera longtemps encor. »

Les suites du terrible événement.

Le 15 novembre suivant, au Mans, durant la prestation de serment de la garde nationale, trois compagnies réclameront la libération des meurtriers du comte de Montesson, obligeant le comité Patriotique à faire disperser l'attroupement par les dragons. Je vous renvoie à l’article du 14 Novembre.

Le 3 décembre 1789, les assassins subiront leurs châtiments.

En voici le compte rendu donné par notre chanoine :

« Le jeudy 3 décembre 1789, il y a eu une exécution des assassins de Mrs Cureau et de Montesson; il y en a eu un de roué vif, un de pendu, un de marqué aux deux épaules et un aux galères perpétuelles. Il y en a encor plusieurs de decretés qui pourront subir le même sort, si on les prend. Comme on craignoit une révolte de la part de la paroisse de Ballon et autres voisines, il y avoit un nombre de 50 personnes par chaque compaignie de la Milice Citoyenne, qui étoient autour de la place des Halles, et tout le Régiment de Chartres étoit distribué par piquets dans différents quartiers de la Ville et aux environs de la place. Le tout s’est passé sans aucun murmure ; les trois qui ont été punis le méritoient bien. Celuy qui a été roué s’appelle Barbier ; il étoit déjà vieux, l’autre pendu et un qui a été marqué à trois lettres. »


Supplice de la roue - 1633 - Dessin de Jacques Callot


mercredi 22 juillet 2020

22 Juillet 1789, l’horrible assassinat de Foullon et Bertier

 

    Le conseiller d’état Foullon, nommé le 12 Juillet par le roi, contrôleur général des finances à la place de Jacques Necker, ainsi que son gendre l’intendant Bertier, ont été pendus ce 22 Juillet 1789, à la lanterne de l’Hôtel de Ville.

    Selon certaines versions, Joseph François Foullon, dit Foulon de Doué, était chargé du ravitaillement des troupes stationnées autour de Paris, mais c'est probablement une confusion avec la fonction de son gendre. Selon d’autres versions, ce serait l’entourage du Duc d’Orléans qui aurait lancé cette rumeur à laquelle on a ajouté qu’il spéculait sur le prix des blés.

    La rumeur lui aurait aussi attribuait cette formule déjà mise dans la bouche du général de la Tour du Pin pendant la guerre des farines : « Si le peuple n’a pas de grain, qu’il mange du foin ». Les rumeurs font hélas également partie de l'histoire. Le plus intéressant étant de deviner d'où elles viennent.

    Se sentant en danger à Paris, Joseph François Foullon s’était installé la veille chez l'ancien secrétaire d'État de la Marine Gabriel de Sartine, à Viry-Châtillon. C’est là qu’il a été arrêté par des paysans et des domestiques.

Louis Bénigne François Bertier de Sauvigny
    Louis Bénigne François Bertier de Sauvigny, son gendre, était l’intendant chargé d’assurer l’approvisionnement de l’armée assiégeant Paris. Qui s’étonnera qu’il ne fût pas impopulaire auprès des Parisiens manquant de pain ? 

    Cela ne justifiait bien sûr absolument pas, l'horreur de sa mise à mort. 

    Le malheureux fut enlevé par des émeutiers à Compiègne et conduit à Paris, où il fut pendu et démembré (!) en compagnie de son beau-père Foullon de Doué.

    On remarquera que les gravures ci-dessous mentionnent la date du 23 septembre pour cet horrible événement, alors que l'histoire a retenu celle du 22.


    Foullon et Bertier, dont le supplice fut effectivement injuste et cruel, sont devenus pour les nostalgiques de l’ancien régime, les premiers martyrs de cette révolution qu’ils détestent tant. Peu leur importe, semble-t-il, la souffrance des enfants mourant de faim, seule compte à leurs yeux, celle des personnages en dentelles. Passons. A chacun ses pauvres, comme on disait autrefois.



Point de vue d'un historien révisionniste
(On reconnait un révisionniste à sa façon de voir des Francs-maçon et des Juifs partout)

    Le sympathique paléographe dont nous parlions le 20 à propos de l’affaire Thomassin, nous rend compte, vous vous en doutez, d’une version incriminant bien sûr le sinistre Duc D’Orléans, ce Prince du sang ayant pris parti pour la révolution. Celle-ci ne lui sera d’ailleurs guère reconnaissante, puisqu’il sera guillotiné le 6 novembre 1793. (Son fils deviendra le futur roi Louis-Philippe).

    Selon notre "ami" le pourfendeur de francs-maçons, ce sont bien les chefs du parti d’Orléans qui ont signalé à la haine du peuple, le conseiller d’état Foullon, présenté comme un honorable vieillard, administrateur consciencieux et de grande qualité. « Le matin de ce 22 Juillet », nous raconte-t-il, « des bandits conduits par Grappe se saisissent de Foullon à Viry, l’emmènent derechef à Paris avec du foin et des chardons dans la bouche. Après un simulacre de procès par la commune, interrompu par des personnes réclamant la mort d’un homme « qu’il est inutile de juger, vu qu’il est jugé depuis trente ans », le malheureux est pendu devant l’hôtel de Ville en présence de gardes nationaux, puis décapité par le peuple, c’est-à-dire par Nicolas Coupe Tête, sinistre sbire recruté par le Duc d’Orléans. La Fayette siège parmi les juges. … »

L'affreux Jordan, dit "coupe tête" sur une gouache de Lesueur.

Analyse

    Nicolas Coupe-Tête, c’est probablement le cabaretier parisien Mathieu Jouve Jourdan, dit Jourdan Coupe-Tête (et pas "Nicolas" cher ami paléographe). Il a déjà été soupçonné d’avoir tué et décapité le gouverneur De Launay, lors de la prise de la Bastille.

    Quant à La Fayette, lui qui le 17 juillet 1791 fera tirer sur les membres des sections des clubs des Cordeliers et des Jacobins venus déposer une pétition demandant la déchéance du roi (50 morts), il aurait assisté à ce massacre sans faire intervenir sa chère garde nationale ? Etonnant, non ?

    Concernant Lafayette, lire cet article qui lui rend son honneur concernant cet événement tragique : Suite du 22 Juillet 1789 : Rendons son honneur à Lafayette.

Lafayette

    Ce qui est intéressant dans la version évoquée ci-dessus, c’est que le peuple, n’en déplaise aux tenants du parti de la noblesse, est d’une certaine façon, disculpé, puisque de toute évidence il a été manipulé et que ce n’est même pas lui qui a décapité le malheureux Foullon, mais un sinistre sbire du "Duc maléfique".

    Nous assistons en fait à une lutte entre différents courants issus de la noblesse, un règlement de compte entre gens du même monde, qui se servent du peuple comme de pions sur l’échiquier de leur jeu de conquête du pouvoir. Cela n’empêche pas les descendants de ces gens et leurs affidés, de toujours accuser le peuple. Mais de quoi l’accusent-ils en fait, de sa violence ou du fait qu’il soit si aisément manipulable ? De sa violence bien sûr !

    Qu’importe si celle-ci a été organisée dans le salon d’un Prince du sang, le bureau d’un banquier, une loge maçonnique, un cabaret de Paris, voire à la cour du roi !

    Il y aurait donc complot, me direz-vous ? Peut-être, mais pas seulement. N’oublions pas que la théorie du complot, quelle que soit l’époque, séduit toujours beaucoup de gens, parce qu’elle explique tout par le filtre unique et simpliste de son interprétation. Tout expliquer par le complot, c’est vouloir faire passer le torrent de la Révolution par le petit robinet d’une interprétation bien commode, bien commode parce qu’elle évite de trop réfléchir.


La lucidité d'un témoin

François Noël Babeuf

    Babeuf, qui assista au supplice de Foullon et Bertier, le cœur serré, fit cette réflexion dans une lettre à sa femme : "Les supplices de tout genre, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, les gibets, les bourreaux multipliés partout nous ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé."



    Au même moment, dans toute la France, l’agitation est à son comble ; on continue de brûler et piller un grand nombre de châteaux.


Merci pour votre attention, Citoyennes et Citoyens, et à bientôt.


La grande peur de juillet 1789


N'oubliez pas de lire la suite de cet article : Suite du 22 Juillet 1789 : Rendons son honneur à Lafayette.


lundi 20 juillet 2020

20 Juillet 1789 : Députation à Saint Germain, la Grande Peur et la naissance de la mère des théories du complot ! (Rien que ça)

 


    Dans les procès-verbaux de l’Assemblée Nationale, j’ai découvert le rapport de Camus, membre de la députation envoyée à Saint-Germain en Lay pour enquêter et si possible intervenir, à la suite de l’émeute contre des fermiers, accusés d’avoir accaparé et emmagasiné des grains ; émeute au cours de laquelle avait été « massacré » un fermier dénommé Sauvage.

    Le député Camus explique comment ces députés envoyés par l’Assemblée nationale ont réussi à sauver de la pendaison par la foule du sieur Thomassin, fermier à Puiseaux, près de Pontoise. Il évoque également le courage physique de l’évêque de Chartres qui a affronté la foule en colère et a grandement contribué à sauver Thomassin.

Le rapport se trouve ici : https://bit.ly/3eM9yZN

Le courageux évêque de Chartres

    J’ai voulu en savoir plus sur cet événement et j’ai découvert sur « books.google » le scan d’un ouvrage donnant une version de ce qui serait arrivé. Publié en 1789 par un certain Hubert La Marle, Linguiste et paléographe, cet ouvrage s’intitule : "Philippe Égalité, Grand Maître dela Révolution, le rôle politique du premier Sérénissime Frère du Grand Orient de France". L’auteur a également écrit un « Dictionnaire des Chouans de la Mayenne » en collaboration avec l’Association du souvenir de la chouannerie mayennaise (Cette précision à seule fin de savoir « d’où parle » l’auteur)


Alors là, chers amis, je suis tombé sur du lourd ! (Passez-moi l'expression)

    Ce paléographe, spécialiste des écritures anciennes, est un vrai défenseur de l’ancien régime. Peu importe, c’est son droit. Le plus intéressant, c’est qu’il présente toute la Révolution française, suivant l’interprétation complotiste célébrissime, qui a fait tant de mal (et de morts) depuis plus de 200 ans, celle du complot Franc-Maçon !

    Nous reviendrons ultérieurement sur cette thèse délirante inventée par l’abbé jésuite Augustin Barruel, dans son essai politique contre-révolutionnaire et anti-Lumières en cinq tomes, publié en Allemagne de 1797 à 1799. Cet ouvrage auquel se mêlent les explications surnaturelles et les diatribes contre les philosophes des Lumières ou Joseph II, a servi de bible à tous les nostalgiques de l’ancien régime qui ne pouvaient expliquer que par le complot, une Révolution à laquelle ils n’avaient rien compris.

    Il aurait pu tomber dans les oubliettes de l’histoire, mais hélas, il servira de ferment à de nombreux autres délires complotistes qui hélas sévissent toujours de nos jours. Qui n’a jamais vu passer un jour un article sur le complot judéo-maçonnique ? Car oui, bien sûr, mille fois hélas, aux Francs-Maçons, les délirants ont ajoutés les malheureux Juifs et chacun sait jusqu’où ce délire est allé...

Mais je m’emballe, je m’emballe !

    Revenons à notre paléographe, dont je ne mets d’ailleurs aucunement en doute la sincérité ni l’honnêteté (nous sommes tous déterminés par les milieux d’où nous venons) et penchons-nous sur son ouvrage à propos du Duc d’Orléans, puisqu’il s’agit bien de lui (Philippe égalité).

    Selon cet auteur, c’est le Duc d’Orléans qui fut à l’origine de tous les événements révolutionnaires, les émeutes durant les jours précédents le 14 juillet, la prise de la Bastille et même la grande Peur dont j’ai commencé à vous parler dans une publication précédente.     Rien que ça ! « Selon les désirs de leur maitre (le Duc d’Orléans), les plus hardis révolutionnaires envoient hors de Paris des bandes qu’ils ont armées pour répandre le désordre et soulever la population contre le roi »… « La Grande Peur est lancée, à l’initiative du Prince et de sa chancellerie. ».

    Qui ne lirait que le livre de Hubert La Marle, pourrait souscrire à cette explication, fort bien écrite et très documentée.

    C’est une explication très satisfaisante pour qui ignore tout ou presque de l’état de la France en 1789.

    C’est une explication très réconfortante pour qui défend la vision d’un ancien régime idyllique peuplé de bergers et de bergères dansant dans les près avec de bienveillants aristocrates, comme sur les toiles de Jouy ; un royaume de conte de fées que seraient venu briser les philosophes des Lumières.

    Ce n’est pas une explication satisfaisante pour qui a lu la description de l’abominable misère du peuple par D’Argenson en 1750, ou par l’anglais voyageur Arthur Young dans le récit de ses voyages en France peu avant et pendant la Révolution.

De tout cela nous reparlerons.

Je vous propose ci-dessous les quelques pages extraites de l’ouvrage de notre ami Hubert. Mais le mieux et de cliquer sur ce lien pour les découvrir : https://bit.ly/32Fxmw2

Vous pouvez même l’acheter facilement sur le WEB !

Cliquez sur les images pour les agrandir.

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Post Scriptum :

Je n'ai pas dit que le Duc d'Orléans était un saint, loin de là ! Nous le verrons. Mais la réalité est toujours bien plus compliquée. Savez-vous d'ailleurs que Louis XVI était aussi franc-maçon ? Nous en reparlerons 😉


samedi 18 juillet 2020

18 Juillet 1789 : La chasse à la grosse bête, ou l'hydre aristocratique !

 N'oublions pas que le citoyen Basset est un marchand d'estampe !

    Raison pour laquelle je vous présente cette estampe qui raconte à sa façon, les événements qui se sont déroulés du 12 au 14 juillet à Paris. Celle qui suit est une variante, (ou une copie) de la première, signe qu'elle devait bien se vendre !

Je vous ai retranscrit la légende juste en-dessous de la gravure.


Chasse patriotique à la grosse bête

"La postérité apprendra qu’en 1789, le 12 juillet vers les 4h du soir plusieurs personnes assurèrent avoir vu aux environs de Paris sur le chemin de Versailles, une bête d’une grandeur énorme et d’une forme si extraordinaire qu’on n’avait jamais vu sa pareille. Cette nouvelle répandit l’alarme universelle dans la Ville et mis les habitants dans une violente agitation, on cria de toutes parts Aux Armes ? Aux Armes sans pouvoir en trouver : il semblait que la bête les eut toutes avalées avec les munitions. Aussitôt on en forgea d’aussi extraordinaires que l’animal que l’on avait à combattre. Le 13 on continua de s’agiter de s’armer et de courir après la bête sans pouvoir la rencontrer. Le 14 suivant, jour à jamais mémorable pour la France qui gémit, cent-mille personnes coururent à l’Hôtel des Invalides en emportèrent les canons et soixante milles fusils, de manière qu’il se trouva plus de deux cent mille hommes armés qui cherchèrent la Bête de toutes parts. Comme l’on soupçonna qu’elles s’étaient retirées à la Bastille, on s’y porte avec un courage héroïque, et cet antre du despotisme malgré cent bouches d’Airain qui vomissaient du feu, fut emporté d’assaut en deux heures de temps. Sitôt cette victoire, parut le monstre à cent têtes, sa forme hideuse fit voir qu’elle était d’espèce Aristocratique. Soudain nos plus braves chasseurs la saisirent de toutes parts et c’est à qui lui coupera plus de têtes. Ce monstre qui trainait à sa suite la désolation la famine et la mort disparut aussitôt sous cent formes différentes et s’enfuit languissant chez l’étranger, emportant avec lui le désespoir et la honte de sa défaite."





    Les explications allégoriques données par cette estampes répondent-elles aux questions que vous vous posez ? Il semble que les gens aient voulu combattre l'aristocratie, cette élite qu'il jugeait être leur ennemie, comme celle de leur bon roi Louis. Nous verrons dans les années à venir fleurir nombre de caricatures violemment antiaristocratiques.

A suivre...