dimanche 29 août 2021

Les cris de Paris, cris des vieux métiers, cris du petit peuple.

 Article mis à jour le 29/03/2022



    J'ai découvert un autre moyen de vous montrer le Peuple de Paris tel qu'il était au 18ème siècle ! Les estampes que j'ai coutume de vous présenter représentent souvent le peuple d'une façon quelque peu caricaturale ou alors dans des situations ou circonstances particulières. Les gravures que je vous propose à présent sont différentes



François Guérard, Les Cris de Paris (1700)


    Mon souci est de vous montrer ceux que l'on ne voit pas, ceux qui n'étaient 'rien". Celles-et ceux qui travaillaient durement pour gagner les quelques sous qui les feraient survivre. Celles et ceux que l'on reconnaissait de loin, par les cris qu'ils poussaient. Ces cris informaient les passants des produits et services que ces vendeurs de rues proposaient


Louis Sébastien Mercier

    Louis-Sébastien Mercier dans son ouvrage "le Tableau de Paris", avait bien évoqué les cris de ces gens, mais il manquait des illustrations. La chance a fait que j'ai découvert à la BNF le livre "Etudes prises dans le bas peuple ou les cris de Paris", recueillant les gravures réalisées par Edmé Bouchardon. Vous pourrez bien sûr consulter ce livre en entier, au bas de cet article dans une fenêtre donnant sur le merveilleux site de la BNF. Mais en plus des illustrations de ce livre, j'en ai déniché d'autres que je partage avec vous sur cette page.

Edmé Bouchardon

    A l'époque, comme de nos jours, Paris était une France miniature au sein de laquelle travaillaient des milliers de provinciaux.

    On y croisait des enfants ramoneurs venus à pieds de Savoie, ainsi que des Savoyardes et des Normandes réputées bonnes nourrices, des bonnes venues de Bretagne ou de Guyenne, des concierges et serruriers de Lyon, des chiffonniers alsaciens, des vitriers du Piémont, des cuisiniers de Montpellier, des montreurs d'ours et des rémouleurs des Pyrénées, des pelletiers venus de la Creuse, couverts de peaux de lapins et occasionnellement dépeceurs de chats, des maçons du Limousin, des chapeliers auvergnats, à noter que les Auvergnats que l'on appelait aussi des Bougnats, s'étaient fait la spécialité de tenir des commerces de vins et charbons ! (Je dois beaucoup au livre de Graham Robb, pour les informations sur ce paragraphe).


Découvrons ensemble ces personnages surgis un instant pour nous du passé.

    Je vais commencer par cette pauvre femme portant du bois sur son dos, dont la légende indique "cotterets". On la retrouve sur quelques sites, dont celui de la BNF, portant toujours cette légende étrange. Cherchez vous-même dans des dictionnaires et vous ne trouverez pas la signification de ce mot.

    Cependant, si vous faites la supposition que j'ai faite, c'est à dire de penser que le graveur avait fait une faute d'orthographe, ce qui était on ne peut plus courant à l'époque, et que vous lisez alors "colteret", vous aurez une chance de trouver la signification de ce mot qui a disparu. Les colterets étaient des ramilles ou branches d'arbres laissées au sol, qui n'étaient bonnes qu'à mettre dans les fagots.

Définition

La vendeuse de colterets


Pommes cuites au four


Cureur de puits


Piégeur de rats


"De la belle Fayance"
Je ne puis croire que cette petite fille puisse porter un tel fardeau.
J'espère qu'elle ne fait qu'attendre sa mère.


Marchand de Lanternes


Vendeur de "Caffé"


Tailleur de Pierres
(Remarquez le titre du livre, gravé sur la pierre)


Chaudronnier Auvergnat


Crocheteur
(En ce temps-là, il s'agissait d'un porteur de lourdes charges s'aidant de crochets)


Vendeur de Moulins.
Pour amuser les enfants où éloigner les oiseaux ?


Balayeuse


Vendeuse de Balais


Des couteaux des ciseaux et des peignes,
mais aussi des lunettes si vous regardez bien.

Garçon Boulanger

Lanterne en Hiver, l'Eau en Eté
(Vous avez une idée ?)


Montreuse de Lanterne Magique


Joueur de Vielle


Orgue de Barbarie devant et Lanterne Magique derrière


La Revendeuse (ou regrattière, voir plus bas)


Fille de la Charité, servant les Malades


Vendeur de livres ambulant


Amuseur publique du Pont Neuf


"Voici le portrait à l'éloge
De ce Chantre Fameux
Nommé Guillaume de Limoge
Surnommé le Gaillard Boiteux"
(Remarquez les graffitis sur le muret)


Marchand d'encre (Ancre à l'époque)

La Blanchisseuse

La Charbonnière


Le Barbier


Italien vendeur de coupes en verre.


Vendeur de vin


Malheureux unijambiste, vendeur de vieux souliers


Porteur de Pierres

Terrassier

Vendeur d'eau, fraiche ou chaude

Colleur d'Affiches


"La Vie, La Vie"
(Vendeuse d'eau de vie ?)


Marchand de Lacets


Marchand de Lanternes


Marchand de Caffé (café)


Savetier


Crieur d'eau de vie

Raccommodeur de soufflets et de vieux seaux


Ramoneur
(Je vous raconterai un jour l'incroyable histoire de ces enfants qui,
 dès l'âge de 5 à 6 ans, quittaient les Alpes pour monter exercer ce dur métier à Paris)


Savoyarde
(Probablement une nourrice)


Vendeur de peaux de lapins (et de chats ?)

Vendeuse d'œillets


Lecteur de Gazette

    Gageons que ces lecteurs de gazette exercèrent une sacrée influence sur nombre d'événements révolutionnaires !



    Pour le métier suivant, il ne s'agit pas d'un cri, mais d'un bruit, celui de la cliquette !

La cliquette était le nom du petit instrument à percussion composé de deux lattes de bois, que le maître de poste ou son commis agitait pour annoncer son arrivée.
Vous remarquerez que c'était le destinataire qui payait le port et non l'envoyeur.

La cliquette


    Voici encore un petit métier, que je trouve assez révélateur de la société de cette époque, celui de "regratier", s'écrivant aussi regratiér, regrattier ou regrettier, mot qui voulait dire "revendeur".

Les regratiers vendaient les restes des repas des riches


Celui-ci revendait aux pauvres les restes
 des repas des riches de Versailles,

Cette estampe date de 1845, mais ce métier de revendre
 les restes de nourriture des riches exista encore longtemps.
On les appelait aussi "Marchands d'Arlequins"




Il y avait encore des Marchands d'Arlequins à Paris en 1910 !

Ils vendaient les restes des tables bourgeoises et des restaurants


    N'y voyez pas malice de ma part, mais ce petit métier si particulier me fait penser à ce que les économistes appellent "la théorie du ruissellement". Très orientée politiquement, celle-ci explique que plus on laisse les riches s'enrichir (moins d'impôts, etc.) plus l'économie produit de biens consommables et plus les pauvres en profitent.
(Remarquez combien j'ai mis les formes pour vous expliquer cette théorie de plus en plus controversées)



    Veuillez me pardonner mon excessive sensibilité. Cette rubrique se termine en effet sur une note amère. Mais voici comme promis le beau livre d'Edmé Bouchardon entreposé parmi les trésors de la BNF.







samedi 28 août 2021

Destin historique d'une chanson de poissarde



Chanson "poissarde"

    Au XVIIIème siècle certains airs de musique devenus très populaires pouvaient servir à plusieurs chansons aux paroles fort différentes. C'est le cas de cet air que je vous présente aujourd'hui pour inaugurer ma nouvelle rubrique sur la Musique sous la Révolution.

    Vous allez commencer par découvrir cette chanson "poissarde", populaire sous les règnes de Louis XV et Louis XVI. Poissarde parce que probablement chantée du côté des Halles de Paris par des poissonnières réputées pour leur langage cru, les "Poissardes". 


    Elle s'intitule :"Dans la rue Chiffonnière"

    Attention, les paroles sont explicites, comme on dit aujourd'hui. Mais vous allez voir ensuite quel glorieux destin elle va avoir !


Je pense que vous avez bien mémorisé l'air. Ce genre de refrain se retient facilement !


Chanson révolutionnaire !

    Les paroles changent mais l'air de musique reste le même ! La voici devenue une chanson guerrière ! "On va leur percer le flanc", elle sera chantée de bon cœur par les soldats des armées révolutionnaires. Attention, l'intro dure plus d'une minute !




Chanson guerrière sous l'Empire ! (Les paroles ont changé)

    Cette chanson fut bien sûr adoptée ensuite par les troupes de l'Empire, puisque la plupart était issues des armées révolutionnaires. Elle fut très prisée entre autres par la garde consulaire puis impériale.

    Dans l'extrait suivant du film "Austerlitz" d'Abel Gance (1960) elle est entonnée par la vieille garde qui se lance sans ordres dans la bataille (2 Décembre 1805). Les plus vieux d'entre nous reconnaîtrons le grand acteur Michel Simon.




Quelle étrange destinée pour une chanson de "poissarde" ne trouvez-vous pas ?


Voici les paroles de la version "Empire" :

On va leur percer le flanc !
ran tan plan tire lire lan plan

On va leur percer le flanc !
ran tan plan tire lire lan plan

ah c’que nous allons rire
ran plan tire lire

On va leur percer le flanc !
ran tan plan tire lire lan plan

On va leur percer le flanc !
ran tan plan tire lire lan plan

le p’tit tondu s’ra content ? (bis)
ran tan plan tire lire lan plan

ça lui f’ra bien plaisir
ran plan tire lire

le p’tit tondu s’ra content ? (bis)
ran tan plan tire lire lan plan

Et car c’est de c’la que dépend . (bis)
ran tan plan tire lire lan plan

le salut de l’empire
ran tan tire lire

on va leur percer le flanc (bis)
ran tan plan tire lire lan plan

couplet subversif

pour lui plaire il faut du sang (bis)
ran tan plan tire lire lan plan

ah c’que nous allons rire
ran tan tire lire

pour lui plaire il faut du sang (bis)
ran tan plan tire lire lan plan




    Comme je sais que des Napoléoniens me font l'honneur de suivre avec bienveillance ma chronique sur la Révolution. Je leur offre ci-dessous les minutes mémorables du chef d'œuvre d'Abel Ganse sur la bataille d'Austerlitz (en 2 parties).






lundi 23 août 2021

Médaille en étain célébrant les Etats Généraux de 1789


    Voici une jolie médaille en étain extraite de ma petite collection personnelle. Elle date de 1789 et elle célèbre les Etats Généraux dont les Français attendaient tant de réformes et de bienfaits ! 

    Elle a dû être portée puisqu'elle est percée d'un petit trou à côté de la fleur de lys de la couronne.


Sur l'avers, (ci-dessus) :

    On voit un paysan portant sur son dos le fardeau des armoiries royales des Bourbons (le poids de la monarchie). A ses pieds on devine une ruche et une bèche. Sur sa gauche, un noble, sur sa droite en religieux.


Sur le revers, (ci-dessous ) :

On peut lire :

Sur le pourtour :

LES ESTA Gx TENU A V SOUS LOUIS 16 L ANNEE 1789

Au centre :

LA FRANCE

FIGURE SOUS

UN GLOBE EST

SOUTENU DU PEU

PLE LES DEUX OR

AIDE AU PREMIE

LA RUCHE FONT

LES ORDRES

REUNIS





mardi 17 août 2021

L'historienne Aurore Chéry explique la pénurie de farine en 1789 et la raison de l'Algérie comme origine du blé.

Grande première sur https://www.revolutionfrancaise.website/ une historienne de renom, Aurore Chéry, nous rédige un billet concernant un problème que j'ai souvent évoqué sur ce blog, celui du pain.

(Et je vous garantis quelques surprises)

Présentation d'Aurore Chéry

    Aurore Chéry est docteure en histoire moderne et chercheuse associée au LARHRA. Elle a consacré sa thèse de doctorat à l’image de Louis XV et Louis XVI et elle travaille actuellement sur la représentation du pouvoir dans l’Europe du XVIIIe siècle.  

Elle est l’autrice de : 

  • Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, avec William Blanc et Christophe Naudin, Libertalia, 2016. 

    
    En plus de la lecture de ces deux excellents livres ("Les historiens de garde" est un régal et "L'Intriguant" vous étonnera !). Vous pouvez également avoir un aperçu de ses travaux sur les deux sites suivants :


Les rendez-vous de l'histoire.
Séries de conférences organisées par la ville de Blois et retransmises sur France Culture.

Cliquez sur l'image
pour accéder au site

A l'occasion des 24ème Rendez-vous de l'Histoire de la Ville de Blois, Aurore Chéry a participé à plusieurs conférences parmi lesquelles :




    Aurore Chéry publie de passionnants articles dans la rubrique "A travers champs" du site hypothèses.org.

    Cette rubrique "A travers champs" sous-titrée "Les nouvelles manières d'être historien au XXIe siècle", est totalement en phase avec ma façon de voir l'étude de l'histoire de nos jour. J'avais d'ailleurs évoqué ces jeunes historiennes et historien que je qualifiais de "2.0" en prenant justement l'exemple d'Aurore Chéry, dans un article du 1er Octobre 2020..

    Mais attention, je vous préviens, vous aurez affaire à du lourd dans ces articles ! Ce n'est pas de l'histoire de contes de fées, façon Stéphan et Lorànt 

 Ces jeunes historiens utilisent les techniques nouvelles de recherches et de comparaisons de documents, De plus, (selon moi) nombre d'entre eux abordent les sujets traités, l'esprit débarrassé des guerres idéologiques du passé. Alors attendez-vous à être dérangés par certains articles !

    J'insérerai dans le texte ci-dessous, qu'Aurore Chéry m'a fait l'honneur de rédiger pour mon modeste site, quelques liens vers ses propres articles qu'il vous faudra absolument lire.



PAIN ET ALGERIE EN 1789

Aurore Chéry, le 12 août 2021


    Pour répondre sur la question du pain, que j'avais évoquée dans mon billet du 8 novembre 2020 LA POLICE DES LUMIÈRES ET LE PAIN, ce qui est intéressant à observer, c'est que toutes les justifications arrivent bien après le 14 juillet. C'est ce que vous notez dans votre billet du 10 novembre 2020. La pénurie de farine et le manque de pain sont-ils organisés?

    Le duc de Liancourt s'exprime sur le sujet devant l'Assemblée le 23 juillet, neuf jours après la prise de la Bastille et alors que tout le royaume s'embrase. Le mal est déjà fait et on annonce enfin que du blé est en cours d'acheminement.

    Si la justification arrive si tardivement, c'est que tout ne s'est pas passé comme prévu pour Louis XVI. Au lendemain de la prise de la Bastille, le roi avait l'intention d'aller à Metz, en laissant penser qu'il avait été enlevé par les aristocrates du parti autrichien (c'est le même plan qu'il reprendra en 1791 et qui échouera à nouveau). 

    Cette situation confuse aurait créé une sorte d'état d'urgence qui aurait enfin exposé les ingérences étrangères, ici autrichiennes, et aurait montré que le roi n'était pas libre. La conséquence qu'il fallait en tirer, c'était qu'il fallait libérer le roi en changeant de régime et en allant vers des républiques inspirées par Sparte, c'est-à-dire égalitaires (sans aristocratie) mais sans éliminer les rois.

    Seulement, Louis XVI n'a pas réussi à aller à Metz. L'aristocratie était menacée par la Grande Peur, mais son rôle vis-à-vis du roi n'avait pas encore été clairement exposé. Elle pouvait donc riposter et le risque c'était qu'elle riposte en rejetant la responsabilité sur le roi en le faisant passer pour fou. 

    Louis XVI a été régulièrement confronté à cette menace depuis le début de son règne, il savait donc à quoi s'en tenir. Or dans l'affaire du 14 juillet, il était facile de démontrer que Louis XVI n'était plus en capacité de gouverner si on montrait qu'il était parfaitement informé du fait que le blé allait manquer et que pourtant, il n'avait rien fait pour réagir.

    Comme je l'ai expliqué dans mon billet du 8 novembre, il était en effet parfaitement informé par la police. Il lui fallait donc se défendre en expliquant qu'il avait essayé de réagir, qu'il avait commandé du blé mais que ce blé n'était tout simplement pas arrivé à temps. Au reste, pour tenter de détourner l'attention, on se met rapidement à accuser des pirates à la solde de l'Angleterre pour ce retard. C'est une méthode dont on a usé et abusé et dont je trouve les traces au moins jusqu'au début de 1793.

    Ce qui montre en outre que Louis XVI n'était pas très soucieux de se débarrasser du problème des disettes, c'est la manière dont il a traîné du pied par rapport à la pomme de terre. 

    J'ai montré notamment que la légende de son soutien enthousiaste à Parmentier avait été montée de toutes pièces par la Restauration. 

Article hélas réservé aux abonnés de Retronews

    Dans les faits, Parmentier lui a présenté un pain de pommes de terre en décembre 1778 et ensuite, il s'est complètement désintéressé de la patate jusqu'en 1789, et ce, bien que Parmentier ait commencé à en planter en 1785. 

Ci-dessous, l'exemplaire recto verso de la Gazette de Paris, du vendredi 18 décembre 1778. Cliquez sur l'image du verso et vous pourrez lire :

"Le pain de pomme de terre qui a été présenté au Roi, & dans lequel il n'entre aucun mélange de grains, est comparable par sa blancheur & sa légèreté au meilleur pain de froment : dans les contrées où la pomme de terre est cultivée en grand & elle peut l'être partout, ce pain ne reviendrait qu'à un sol la livre, & il est possible d'en faire du pain bi, encore plus économique"


    Le mercredi 7 janvier 1789, le sujet de la pomme de terre est de nouveau évoqué dans le Journal de Paris, par la publication d'une lettre de Monsieur Parmentier, adressée aux auteurs du journal et publiée en première page. Dans sa lettre Parmentier explique qu'il est encore possible fabriquer son pain de pommes de terre à partir de tubercules qui ont été abimées par le froid. A la fin de sa lettre, il ajoute que des éclaircissements sur son procédé "paraitront incessamment dans un traité sur la culture & les usages des pommes de terres" qu'il rédige par ordre du Roi.

Cliquez sur les images ci-dessous pour lire son courrier :

(Le citoyen Basset possède un exemplaire de ce journal, quelle chance !)


    Louis XVI n'a donc fait que demander à Parmentier que celui-ci lui rédige un traité sur l'usage des pommes de terre, dix ans après que celui-ci lui ait présenté son pain de pommes de terre. A ce moment-là, le roi savait bien que – et c'est le cas de le dire – ça ne mangeait pas de pain. Ce n'est pas le traité de Parmentier qui allait remettre en cause ses plans révolutionnaires pour 1789. En revanche, ça permettait au roi de se couvrir et de laisser penser qu'il ne voulait surtout pas de disettes.

    Le traité est bien paru en 1789. Je n'ai pas réussi à trouver à quelle période de l'année il était paru, mais s'il n'avait été commandé qu'en janvier, il est probable qu'il est lui aussi paru après le 14 juillet 1789.

    En consultant le traité, en ligne sur le site de la BNF, on constate que seule l'année 1789 y figure ( M DCC XXXIX ).  Mais en 1789, ce traité arrivait bien trop tard !

Note de "Basset" : La signature de conformité à l'original remis, du secrétaire perpétuel Broussonet, en date du 20 février 1789 que l'on peut voir en dernière page, ne constitue aucunement la preuve qu'il fut mis sous presse aussitôt. Quand bien même l'eut il été, il était bien trop tard pour que ce traité destiné au Roi et aux savants de l'Académie d'agriculture, puisse être enfin mis en application par des paysans, et puis, ne l'oublions pas ce dernier détail, le marché du blé était un faiseur de fortunes.


    Pour ce qui est de l'Algérie, je pense que ça peut être intéressant de prendre aussi en considération le contexte international. Il y a des liens très anciens entre la France et l'Empire Ottoman que j'ai essayés de résumer dans un billet. Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder : 

Le billet d'Aurore Chéry (Recommandé par Basset)

    On a surtout des situations très proches pour le roi et le sultan. En France, le roi se sentait prisonnier de l'aristocratie, dans l'Empire ottoman, le sultan se sentait prisonnier des janissaires, qui étaient devenus l'aristocratie ottomane au fil du temps. 

    Selon les souverains, la situation était plus ou moins bien vécue mais pour ceux qui la vivaient très mal, la seule solution, c'était de renverser le régime. Et Louis XVI s'entendait très bien avec Sélim III, qui était devenu sultan en 1789 et qu'on a même surnommé le « Louis XVI des Turcs ». 

    Les deux étaient des souverains révolutionnaires. Pour l'Empire ottoman, renverser le régime, ça passait par l'éclatement de l'empire. Ça pouvait donc être très intéressant pour eux deux que la France entretienne des relations avec l'Algérie. En y commandant du blé, la France avait une excuse pour y envoyer de l'argent (il fallait bien payer le blé), et aussi pour y envoyer des armes et des hommes armés puisqu'il fallait protéger les cargaisons des pirates. Cet argent et ces armes pouvaient tout aussi bien servir à alimenter la lutte armée sur place et donc à favoriser l'éclatement de l'empire. De ce fait, en expliquant qu'il avait commandé du blé algérien, Louis XVI se couvrait sur deux points : ce n'était pas lui qui était responsable de la révolution en France et il n'avait pas cherché non plus à financer un mouvement révolutionnaire en Algérie puisque l'argent et les armes, c'était pour le blé. Evidemment, la guerre d'indépendance algérienne a été l'héritière de cette longue histoire.


Aurore Chéry




Post Scriptum :

Je vous conseille la lecture de son très dérangeant, mais passionnant livre sur Louis XVI, "L'intriguant"