dimanche 7 avril 2019

7 Avril 1788, L'abolition de l'esclavage fait la une du Journal de Paris


    Ce numéro du Journal de Paris est particulièrement intéressant, puisque les deux tiers de son contenu, sont des articles concernant l'abolition de la traite négrière, c'est-à-dire de l'abolition de l'esclavage.

    Ces articles sont des traductions de textes anglais, venant plus particulièrement de Manchester, la ville où fut créée "La Société établie pour travailler à l'abolition du commerce des esclaves".

    Les premiers hommes à s'ériger contre ce trafic infame furent effectivement des Anglais, comme Thomas Clarkson, qui travaillèrent âprement à diffuser leurs idées. Raison pour laquelle, nombre de ces textes venus d'Angleterre furent publiés dans les journaux français tout le long de l'année 1788. Voir cet article du 25 juillet 1788.

    Nous reparlerons plus tard de l'influence des idées anglaises sur celles de la Révolution française, dans cet article sur Rutledge.


vendredi 10 mars 2017

Vendée, 10 mars 1793...

Article en attente de mise à jour (Illustrations), le 01/10/2021
Illustration extraite de "1793", le grans roman de Victor Hugo.


Préambule

    J'ai mis cet article en ligne pour la première fois le 10 mars 2017. Bien qu'il ait eu beaucoup de lecteurs à l'époque (298), j'ai fini par le retirer, car le site était alors presque vide à l'époque et que je ne voulais pas que l'on se méprenne sur ce que je voulais communiquer. Le sujet de la guerre civile de Vendée est terriblement difficile à traiter. Plus de 228 ans après, les gens continuent de s'insulter à son propos.
    Je reconnais que l'introduction ci-dessous est un peu provocante. Mais dans le cas présent, la provocation est une façon de prendre le contre-pieds d'opinions choquantes, voire fausses, pourtant admises par la majorité.

    A la fin de mon article, je vous invite à visionner une vidéo dans laquelle l'historien Jean-Clément Martin traite en profondeur le douloureux sujet de cette guerre civile qui se prolongea bien au-delà de la période révolutionnaire.


Imaginez...
    Nous sommes en septembre 1914, la guerre est commencée depuis un mois. Après avoir ravagé la Belgique, l’armée allemande déferle sur la France. Des détachements d’hulans allemands ont été signalés à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Toute la France résiste ! Toute ? Non, une province de France refuse d’envoyer des contingents au front, et pire, elle attaque l’armée française sur ses arrières !
    Cette introduction vous choque ? C’est normal, mais on pourrait faire malgré tout un parallèle avec ce qui s'est passé en mars 1793. Car c’est bien le refus de la levée militaire ordonnée par la Convention, pour défendre la France agressée par onze armées étrangères, qui fut le principal motif de la guerre civile de Vendée. Ce ne fut pas, comme certains le prétendent, la réforme du clergé qui avait eu lieu 3 ans auparavant, réforme qui d’ailleurs n’était que la pâle copie de celle que le propre frère de Marie Antoinette, Joseph II, avait imposé aux états autrichiens dix ans plus tôt !

1793, la France agressée.
    Voici la situation de la France en 1793, l’an 2 de la République. Onze armées coalisées ont été lancées par tous les tyrans couronnés d’Europe contre notre pays ! Une formidable coalition de 375.000 soldats ennemis répartie comme suit :
  • Autrichiens
    en Belgique 50.000
    entre Coblence et Bâle 40.000
    entre Meuse et Luxembourg 33.000
  • Autrichiens et armée de Condé sur le Rhin 20.000
  • Prussiens
    en Belgique 12.000
  • Prussiens, Hessois et Saxons
    sur le Rhin 65.000
  • Hollandais en Belgique 20.000
  • Anglais, Hanovriens et Hessois en Belgique 30.000
  • Austro-Sardes en Italie 45.000
  • Napolitains et Portugais en Italie 10.000
  • Espagnols sur les Pyrénées 50.000

    La jeune République Française ne dispose au début de l’année 1793 que de 190.000 hommes. Nombre des volontaires qui avaient rejoint l’armée de ligne en 1791 et en 1792 sont peu à peu retournés dans leurs foyers. Ces braves soldats ont déjà sauvé une première fois la France des envahisseurs autrichiens et prussiens durant la fameuse campagne de l’Argonne de septembre 1792, qui s’est terminée par la première grande victoire de l’armée française à Valmy ; victoire au lendemain de laquelle la première République a été proclamée.


    C’est dans ce contexte de grand péril que la Convention nationale vote le 24 février 1793 la levée en masse de 300 000 hommes qui devront être pris parmi les garçons et veufs sans enfants, depuis l’âge de 18 jusqu’à 40 ans accomplis pour renforcer l’armée.


10 mars 1793


L’insurrection vendéenne débute très précisément le jour de l’opération pratique et effective de la levée en Bretagne.

    Le jour fixé pour le tirage, le dimanche 10 mars, et les jours suivants, les paysans se soulèvent simultanément depuis les côtes à l’Ouest jusqu’aux villes de Cholet et de Bressuire à l’Est. Armés de fléaux, de broches, de quelques fusils, souvent conduits par leurs maires, ils entrent dans les bourgs aux cris de « La paix ! La paix ! Pas de tirements ! » Les gardes nationaux sont désarmés, les curés constitutionnels et les municipaux exécutés sommairement, les papiers officiels brûlés et les maisons des patriotes dévastées.

    A Machecoul, ancienne capitale du pays de Retz, les massacres ordonnés par un ancien receveur des gabelles, Souchu, durent plus d’un mois et font 545 victimes. Le président du district Joubet eut les poignets sciés avant d’être tué à coups de fourche et de baïonnette. Il y eut des patriotes enterrés vivants, d’autres furent suspendus têtes en bas au-dessus de feux qui les consumèrent lentement, pour la plus grande joie des vaillants représentants de « l’armée catholique et royale » qui appelaient cela des jambons fumés républicains ! En un seul jour, le 23 avril 1793, cinquante bourgeois liés deux à deux en chapelets furent fusillés dans une prairie voisine.

    Vous aurez reconnu l’insoutenable cruauté qui caractérise presque toujours les guerres civiles, surtout lorsque des religieux promettent le paradis aux bourreaux...

    Ainsi commence l’abominable guerre civile de Vendée. Voici ce que se gardent bien d’évoquer certains historiens révisionnistes, lorsqu'ils abusent de l'ignorance des gens pour assouvir leur haine de la République.



La guerre civile


    La République fut bien sûr obligée de réagir (rappelez-vous bien quelle était la situation de la France). Elle envoya dans un premier temps le peu de troupes dont elle disposait, principalement des volontaires inexpérimentés auxquels furent adjoints des déserteurs autrichiens attirés par la promesse de toucher les billets d’assignats que les troupes françaises agitaient sous leur nez au front. Cette armée improvisée fut commandée par un ami de Danton, Santerre (celui qui, le 17 juillet 1791, avait donné l’ordre de tirer sur la foule rassemblée pour demander la déchéance de Louis XVI et l’instauration d’une république), auquel fut adjoint le cruel Westermann et un ancien noble rallié, Armand-Louis de Gontaud Biron, nommé duc de Lauzun en 1766 puis duc de Biron et Pair de France en 1788 (également « ancien amant » de Marie Antoinette).


    La guerre civile de Vendée fut effectivement terrible. Horrifié par ce qu’il avait vu, le général Kléber écrira dans ses mémoires : « Les rebelles combattaient comme des tigres et nos soldats comme des lions. »


    Les "historiens" révisionnistes évoquent toujours les horribles noyades de Nantes, orchestrées par le cruel Jean-Baptiste Carrier, mais ils ne précisent jamais que le 8 février 1794, dénoncé par Tréhouard et par le fils de Julien de la Drôme, témoins des noyades nantaises, ce fou furieux fut rappelé à Paris par la Convention, puis condamné pour ses crimes et guillotiné le 16 décembre 1794 ! (Le cruel Westermann fut également rappelé à Paris, traduit devant le tribunal révolutionnaire et guillotiné le même jour que les Dantonistes).


De la violence

    La Révolution a donné lieu à de grands débordements de violence, comment le nier ? Mais vous êtes-vous jamais demandé pourquoi une telle violence avait été possible ? Je vous laisse méditer cette réflexion que fit Babœuf à sa femme, dans un courrier qu’il lui adressa, après avoir assisté le 22 juillet 1789 au supplice du conseiller d’état Foulon et de son gendre l’intendant Berthier (pendus puis décapités) : 

« Les supplices de tout genre, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, les gibets, les bourreaux multipliés partout nous ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé. »

    La terreur de l’ancien régime a duré des siècles et pas 17 mois comme la terreur révolutionnaire. A titre de sinistre comparaison, la Saint Barthélémy tua autant de parisiens en une nuit (3.000) que le tribunal révolutionnaire en condamna à mort en 17 mois (2.627).

    Oui la Révolution a été violente, mais les gens de cette époque étaient nés au milieu de la violence de l’ancien régime, ils n’étaient pas comme vous policés par 2 siècles d’école républicaine ! (A propos d’école, saviez-vous que sous l’ancien régime, l’église revendiquait 30.000 écoles pour 37.000 paroisses, mais que 85 % de la population était analphabète ?)


La réforme civile du clergé

    Venons-en à présent à la réforme du clergé qui, prétendument, aurait enflammé le cœur (sacré) des vendéens. Pourquoi cette révolte si tardive, alors que la réforme du clergé avait commencé dès 1789 ?

Pour mémoire :
  • 10 octobre 1789 : Talleyrand, évêque d’Autun propose de mettre les biens du clergé à la disposition de la nation.
  • 19 décembre 1789 : Création de l’assignat gagé sur les biens nationaux. Les titres sont émis en coupure de 1 000 livres à concurrence de 400 millions avec un intérêt de 5 %. Ce sont les biens du clergé qui tiennent lieu de garantie.
  • 14 mai 1790 : Décret sur la mise en vente des biens du clergé.
    • Vous êtes choqués ? Sachez tout de même que dans la république de Venise, 127 couvents furent fermés entre 1748 et 1797 et leurs terres mises aux enchères. Apprenez que dans la très catholique Espagne de Charles III, des terres appartenant à l'église furent "désamorties", c’est-à-dire mises aux enchères publiques !
  • 12 juillet 1790 : Adoption de la Constitution civile du clergé.
  • 22 juillet 1790 : la constitution civile du clergé est approuvée par le roi Louis XVI.
  • 27 novembre 1790 : Adoption de la loi rendant obligatoire le serment à la Constitution civile du clergé.
  • 3 janvier 1791 : L’Assemblée nationale impose aux ecclésiastiques de prêter serment à la constitution civile du clergé.
        Sous chacune de ces dates, j'aurais pu ajouter :"Aucune réaction en Vendée".


Alors pourquoi si tard ?

    Pourquoi l’insurrection vendéenne ne commença-t-elle que le 10 mars 1793 ? Les nouvelles arrivaient-elles si tardivement dans le bocage vendéen ? Cela faisait déjà 2 ans jour pour jour, que le pape Pie VI (conseillé par le cardinal de Bernis, ambassadeur du roi au Vatican), avait condamné le 10 mars 1791 la Constitution civile du clergé, avec son « Quod aliquantum », aussitôt appelé « bulle papale » !


Quelques mots sur Pie VI ?

    Le pontife s'était bien sûr opposé à la perte de ses terres avignonnaises du comtat Venaissin, papales depuis le XVIIe siècle, que l'Assemblée avait nationalisées.

    Il avait également condamné la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dans son encyclique « Adeo nota » publiée le 23 avril 1791 : « 17 articles sur les Droits de l'homme, si contraires à la religion et à la société » selon lui…

    A sa décharge, il faut savoir que Joseph II, le frère de Marie-Antoinette, lui en avait déjà fait voir de toutes les couleurs depuis 1780 !


Quelques mots sur le frère de Marie Antoinette ?

    Joseph II se voulait un digne représentant des Lumières. « Je suis prêt à détruire ce qui est contraire à mes idées philosophiques, sans tenir compte des traditions », affirmait-il !

    Le bouillant homme avait très sérieusement malmené l'Église catholique, pilier de ses États, avec un programme de réformes anticléricales, baptisé « joséphisme ». Il avait en effet décidé de choisir lui-même les futurs évêques sans attendre l'aval du pape. Cela revenait à créer une Église nationale, à l'image de l'Église anglicane d'Angleterre. Il s’autorisait de plus à intervenir en personne dans les détails de la liturgie : messes, processions, etc. Par un édit de tolérance, il avait accordé le 13 octobre 1781 la pleine liberté aux chrétiens protestants et orthodoxes !

    Désemparé par cette rébellion du principal souverain catholique de la chrétienté, le malheureux pape Pie VI s’était rendu en personne à Vienne en 1782, où il avait été « froidement » reçu par ledit Joseph et même avec grossièreté par le chancelier Kaunitz, maître d’œuvre de la politique anticléricale de l’empereur. Joseph II était allé encore plus loin dans les années qui suivirent, avec l'institution du mariage civil en 1783, la sécularisation des couvents, leurs biens saisis servant à payer la dette du clergé, à entretenir le budget du culte, à subventionner l'assistance publique et l'enseignement qui passèrent sous le contrôle de l’État !


Les révolutionnaires français n’avaient donc fait que s’inspirer des réformes du frère de Marie-Antoinette !


Quelques mots sur les églises nationales ?

    Il faut savoir que la formation d'églises nationales indépendantes était déjà théorisée au XVIIème siècle par le théologien français Richer et par l'évêque de Trèves Johann Nikolaus von Hontheim, qui écrivait sous le nom de Febronius. Le « richerisme » enseignait que les conciles étaient supérieurs au pape et que les prêtres étaient presque les égaux des évêques.

    Renseignez-vous également sur le gallicanisme, une doctrine religieuse et politique française qui avait pour objet d’organiser l'Église catholique de façon autonome par rapport au pape. Celle-ci remonte à l'opposition entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII en 1303 !


Conclusion. Les vendéens ?

    De bons catholiques indignés de ce que la révolution ait pu faire au clergé national ce que le propre frère de Marie Antoinette avait fait au sien dix ans plus tôt ? Ou plutôt de pauvres hères entraînés dans une anachronique et sanglante croisade par leurs maîtres ?


Continuons de réfléchir...


"1793", le livre magistral de Victor Hugo sur la guerre civile de Vendée

    Le grand Victor Hugo, dans son dernier roman "1793", a bien su rendre l'absurdité de cette horrible guerre civile. Je me souviens du long dialogue engagé entre une patrouille de républicains perdus dans le bocage et une malheureuse paysanne apeurée, terrée dans une haie avec ses quatre enfants affamés. Après qu'elle ait raconté les malheurs de sa vie à ces soldats et à leur vivandière, un grenadier s'exclame :

" C'est que c'est tout de même un véritable massacrement pour l'entendement d'un honnête homme, répliqua le grenadier, que de voir des iroquois de la Chine qui ont eu leur beau-père estropié par le seigneur, leur grand−père galérien par le curé et leur père pendu par le roi, et qui se battent, nom d'un petit bonhomme ! et qui se fichent en révolte et qui se font écrabouiller pour le seigneur, le curé et le roi ! "

    Ci-dessous, la malheureuse paysanne et le grenadier parisien. Images extraites du livre de Victor Hugo "1793".

 

    Vous pouvez acheter ce livre, ou alors le télécharger ci-dessous pour le lire en format PDF, ou tout simplement l'écouter en livre audio sur le site INTERNET ARCHIVES.

  


Un effort de compréhension


    La lecture que l’on fait de l’histoire, comme toute lecture, révèle en partie qui nous sommes, car l’on ne sait reconnaître essentiellement que ce qui nous ressemble.
    Vous êtes émus par le malheureux sort des paysans vendéens ? Je le suis également, mais je m'efforce de comprendre. Ils furent victimes de ce que leurs maîtres leurs avaient inculqué, certes, mais pas seulement.

    Je pense qu'ils furent également victimes de leur isolement géographique. 

    Lorsque l'on regarde le tracé des routes desservies par des diligences au XVIII siècle, on remarque que la seule route menant en Bretagne s'arrêtait à Rennes, c'est à dire à l'entrée ou presque de cette province, que la route menant à Nantes s'arrêtait pour les diligences à Angers et que celle menant à La Rochelle, s'arrêtait à Poitier. Après Angers et Poitier le relais était pris par des coches, des carrosses ou des messageries moins rapides.

    Mais les mauvaises routes ou leur absence, ne suffisent pas à expliquer l'isolement des Chouans bretons et vendéens. Ces deux Provinces n'étaient pas non plus limitrophes de pays étrangers. Leurs habitants ne voyaient pas plus d'armées d'invasions que de commerçants venant d'ailleurs. La plupart ne savaient pas ce qu'était la France et la considérait même comme un pays étranger. Ce qui ne pouvait pas être le cas pour des paysans des Ardennes, par exemple. Dans le cas de la Bretagne, il y avait même une différence notable entre les Bretons des côtes dont certains avaient voyagé fort loin de par les mers, et ceux de l'intérieurs qui ne voyageaient jamais au-delà des limites de leurs villages. Cette différence entre les deux Bretagne persista même longtemps.

    N'oublions pas non-plus que ces deux provinces figuraient parmi les plus miséreuses de France. Rappelons-nous la description saisissante de Combourg et de son château, (propriété de Châteaubriand)que fit le voyageur anglais Arthur Young le 1er septembre 1788. :

"Combourg. Le pays a un aspect sauvage ; la culture n’est pas beaucoup plus avancée que chez les Hurons, ce qui paraît incroyable au milieu de ces terrains si bons. Les gens sont presque aussi sauvages que leur pays, et leur ville de Combourg est une des plus ignoblement sales que l’on puisse voir. Des murs de boue, pas de carreaux, et un si mauvais pavé que c’est plutôt un obstacle aux passants qu’un secours. Il y a cependant un château, et qui est habité. Quel est donc ce M. de Chateaubriand, le propriétaire, dont les nerfs s’arrangent d’un séjour au milieu de tant de misère et de saleté ? Au-dessous de ce hideux tas d’ordures se trouve un beau lac entouré de hais bien boisées."


D'autres paysans, à l'Est. 

    J'ai évoqué plus haut l'absence de sentiment national dû à l'isolement des Vendéens. Pour mieux vous faire comprendre, je voudrais vous donner l'exemple de l'attitude des paysans des Ardennes lors de l'invasion Austro-prussiennes, en septembre 1792.

    L’armée prussienne avait dû faire face à une résistance imprévue. Elle ne trouvait que des villages à peu près vides. Aux soldats prussiens qui demandaient aux quelques vieillards restés là s’ils aimaient la Révolution, ceux-ci répondaient qu’ils détestaient l’ancien régime et que la seule idée du rétablissement de la dîme leur faisait horreur. Ils affirmaient unanimement que leur bien-être matériel avait augmenté, qu’on les avait délivrés d’impôts écrasants et de ces droits de garenne et de chasse qui ruinaient leurs champs, que les grands domaines du Prince de Condé étaient devenus la propriété des paysans, qu’il n’y avait plus de gens riches, mais que, dans vingt ans, tout le monde vivrait à son aise.

    Tous les Prussiens, du général au simple soldat, s’étonnaient que cette révolution si nouvelle et de si fraîche date fût réellement populaire et que ses principes eussent pris en si peu de temps au cœur des populations d’assez fortes racines pour résister aux orages. « Vous verrez », osait dire un paysan clermontois à un officier prussien, « nous n’avons qu’un plan et qu’un but, employer tous les moyens pour vous rendre votre subsistance difficile », et le Prussien qui rapporta ce propos, ajouta tristement que le paysan avait raison.

« La malveillance de ces gens-là », écrivait le secrétaire du roi de Prusse, « nous enlève la paille, la saine nourriture et toutes les ressources qui pourraient diminuer nos maux ».

    Sur cette lettre inachevée que l’on trouva sur le corps du Prince Charles-Joseph Emmanuel de Ligne, abattu de deux balles en chargeant des soldats français, on put lire : « Nous commençons à être assez las de cette guerre ou Messieurs les émigrés nous promettent plus de beurre que de pain. Mais nous avons à combattre les troupes de ligne dont aucune ne déserte, les troupes nationales qui restent, tous les paysans qui sont armés ou tirent contre nous ou nous assassinent quand ils trouvent un homme seul ou endormi dans une maison ».

J’aime ces paysans de la forêt de l’Argonne !

    J’aime aussi le courage et la verve de Pierrot, ce ferblantier de Verdun à qui un officier prussien demandait : « Et si nous rétablissons Louis XVI ? ». « Jamais ! », s’écria Pierrot, « jamais la France ne redeviendra un pays d’esclaves. Votre roi de Prusse est, dit-on, un brave homme ; mais je vois avec peine qu’il s’efforce de nous mettre sous le joug. Sachez-le bien, il lui est tout aussi impossible de restaurer Louis XVI que de régner lui-même sur la France. »



    Bien sûr, tout ceci n'est que ma propre lecture ! J'étayerai ou modifierai des points, lorsque j'arriverai à 1793 sur le site. Pour le moment j'en suis encore à travailler sur l'année 1789 !

Je vous conseille fortement de visionner cette passionnante vidéo de l'historien Jean-Clément Martin.








Conclusion ?

Ne pas juger, mais essayer de comprendre.