Affichage des articles dont le libellé est Chronologie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chronologie. Afficher tous les articles

lundi 28 juillet 2025

28 Juillet 1794 - 10 Thermidor, la Révolution est terminée

Jean-Joseph-François Tasaert
"La nuit du 9 au 10 Thermidor"  (1796)

    Si j'achève un jour sur ce site ma chronologie de la Révolution française, je la terminerai à cette date précise. Le décadi 10 Thermidor de l'An II, 310ème jour de l'année du calendrier républicain, correspondant au 28 Juillet 1794, Maximilien Robespierre est exécuté.

    La plupart des historiens sérieux conviennent en effet que cette date marque la fin de la Révolution française.  

    Après cette date, tout redeviendra peu à peu à la normale (ou à l'anormal ?). Fini le prix maximum fixé pour le pain. Dès l'automne des Parisiens mourront de faim, comme avant la Révolution. Les lois de Ventôse qui ouvraient la voie à une large redistribution des biens nationaux au profit des paysans pauvres contre les intérêts des classes riche, ne seront pas appliquées. Terminée la République populaire qui avait abolie l'esclavage, avait instauré le suffrage universel (masculin) dans sa Constitution du 27 juin 1794 et accompli tant de belles choses.

Lisez très attentivement. Vous allez être surpris.

La Révolution est vaincue. 

    Le 28 juillet 1794, la Révolution était enfin vaincue par la Bourgeoisie, cette nouvelle classe sociale qui avait pris le pouvoir en Juillet 1789. Rappelez--vous ce qu'avait dit Barnave : "Une nouvelle répartition des richesse, entraîne une nouvelle répartition des pouvoirs."  Ce n'était donc que ça ?

    Nombre d'entre-eux s'étaient enrichis grâce à la vente des biens nationaux, la spéculation sur les blés et le trafic des subsistances militaires (sans oublier l'esclavage dans les colonies). Leur révolution industrielle et agricole était en marche et les malheureux travaillaient jusqu'à l'épuisement dans leurs "manufactures".

    Le changement de société qu'ils désiraient tant, avait cependant tardé à se concrétiser, car pour renverser le pouvoir en place ils avaient eu besoin du Peuple. Souvenez-vous de ces fusils distribués à la population la veille du 14 juillet devant les hôtels particuliers de quelques banquiers parisiens.

    Mais une fois entré dans la danse, le Peuple avait peu à peu pris conscience de son propre pouvoir. C'en était suivie au fil des années une lutte incessante entre ces deux courants révolutionnaires. (Ne pas oublier les 900 émeutes qui depuis 1786 avaient précédées la prise de la Bastille.)

  • Le courant de ceux que depuis, certains appellent l'extrême centre. C'est-à-dire des gens détestant les extrêmes, qui se prétendent modérés, et ne souhaitent rien de plus qu'un roi tenu en laisse au sein d'une monarchie constitutionnelle. La liberté la plus importante étant pour eux celle de commercer.
  • Le courant républicain et populaire, qui se soucie de donner "vraiment" les mêmes droits à tous les citoyens. Égalité devant le vote, les impôts, l'instruction, etc. Assistance aux plus faibles et modération de la puissance des plus riches (pour faire court).

    Robespierre avait symbolisé ce courant populaire, lui qui dès octobre 1789, fatiguait déjà les députés de l'Assemblée nationale par ses interventions incessantes en faveur des pauvres.

 

Comment ne pas terminer cette chronique en évoquant Maximilien Robespierre ?

    Robespierre avait été l'un des rares révolutionnaires à s'opposer farouchement à la guerre dès la fin de l'année 1791, face au camp belliciste mené par Jacques-Pierre Brissot et les Girondins. Ses discours au Club des Jacobins développaient une argumentation lucide, qui anticipait avec précision les dérives financières, politiques et militaires du conflit qui allait éclater le 20 avril 1792.

    Mais pour les Girondins, et ce, depuis le 20 octobre 1791, la guerre leur était apparue comme une solution miracle à la crise économique au travers de trois leviers principaux :

1. Le pillage et les contributions de guerre

L'or étranger : Les caisses de l'État étaient vides et la fiscalité ne rentrait plus. Les Girondins (notamment via le ministre des Finances Étienne Clavière) espéraient que les armées françaises se nourriraient sur le terrain et rapporteraient du butin.

Le précédent historique : L'idée de conquérir des territoires riches (comme la Belgique ou la Rhénanie) pour y lever des taxes et confisquer des biens était perçue comme le moyen le plus rapide de renflouer le Trésor public.

2. Le sauvetage de l'assignat

La crise du papier-monnaie : Créé en 1789, l'assignat subissait une inflation galopante et perdait sa valeur.

L'extension du gage : En exportant la Révolution, les Girondins projetaient de confisquer les biens du clergé et de la noblesse des pays envahis. Ces nouveaux territoires devaient servir de "gage" supplémentaire pour garantir la valeur des assignats en circulation et stopper leur dépréciation.

3. Une diversion face à la crise intérieure

Masquer la misère : La France souffrait de graves pénuries de subsistances et de révoltes paysannes. Fixer l'attention de la population sur un ennemi extérieur permettait de détourner la colère populaire liée au coût de la vie et au manque de pain.

Roi et Reine.. 

    Quant à Louis XVI, il n’avait pas hésité à proposer à l’Assemblée nationale de déclarer la guerre le 20 avril 1792, au « roi de Bohême et de Hongrie », l'empereur d'Autriche François II. C’est-à-dire au neveu de Joseph II, frère de son épouse Marie Antoinette. Celle-ci bien sûr ne manquera pas de communiquer à son parent autrichien les mouvements et position de l'armée française !

    En agissant ainsi, le roi avait espéré secrètement une défaite rapide des armées françaises pour permettre aux monarchies européennes de l'aider à retrouver son pouvoir absolu.

La position anti-guerre de Robespierre. 

Les arguments de Robespierre contre le projet de guerre girondin avait été les suivants :

1. Le gouffre financier de la guerre

Le coût des armées : Robespierre dénonçait l'illusion d'une guerre qui "renflouerait" l'État. Il affirmait que lever, équiper et nourrir des troupes allait vider le Trésor public bien avant de pouvoir piller la moindre richesse étrangère.

L'aggravation de la misère : Pour lui, les dépenses militaires massives allaient accélérer la chute de l'assignat, provoquer une inflation incontrôlable et ruiner le peuple français, qui subissait déjà la famine et les pénuries.

2. Le piège de la Cour et la trahison interne

Le double jeu du roi : Robespierre cavait compris immédiatement que Louis XVI soutenait la guerre pour de mauvaises raisons. Il martelait que le véritable ennemi n'était pas à Coblence ou à Vienne, mais aux Tuileries.

L'ennemi intérieur : Avant de vouloir combattre les tyrans étrangers, il estimait qu'il fallait d'abord assainir la situation politique en France et neutraliser les forces contre-révolutionnaires de l'intérieur.

3. Le rejet des "missionnaires armés"

La résistance des peuples : Face aux Girondins qui affirmaient que les peuples européens accueilleraient les soldats français comme des libérateurs, Robespierre avait prononcé sa célèbre formule : « Personne n'aime les missionnaires armés ».

Le nationalisme inversé : Il avait prévenu que l'invasion française allait braquer les populations locales, réveiller leur nationalisme et les pousser à soutenir leurs propres souverains contre la France.

4. Le danger du césarisme et de la dictature militaire

La montée d'un sauveur : Ce fut là son argument le plus prophétique. Robespierre pavait prévenu qu'en cas de victoire, la guerre donnerait un pouvoir immense aux généraux. Il craignait qu'un chef militaire populaire n'en profite pour confisquer la Révolution et rétablir un pouvoir personnel (ce que fera Napoléon Bonaparte quelques années plus tard).

Celui qui sauva la situation. 

    Au final, ce fut Robespierre, son gouvernement de la Convention montagnarde, avec le Peuple en armes, qui sauvèrent la France du désastre qu’avait entraîné cette guerre qui avait débuté par une série de coûteuses défaites.

    En 1792, 11 armées étrangères avaient envahie la France et plus de 10 révoltes sévissaient sur les arrières de l’armée républicaine, dont la terrible révolte de Vendée. L’armée républicaine mis un terme à ces défaites à partir de sa première victoire à Valmy le 20 septembre 1792. Et c’est le surlendemain de Valmy que la royauté fut abolie en France le 22 septembre 1792...

1792, la France assaillie de toutes parts.

La fin...

    Tout ce que Robespierre avait prédit arriva hélas. Il comprit comment cela allait finir et il sombra vers la fin dans une terrible mélancolie. Il ne siégeait même plus au comité de salut public, raison pour laquelle ses adversaires redoublèrent le nombre de condamnations à mort en son nom afin de précipiter sa perte. Il ne résista pas lorsque ses assassins s’emparèrent de lui...

Épitaphe royale.

    Le frère Cadet de Louis XVI, comte de Provence devenu Louis XVIII fit ce curieux éloge de Maximilien Robespierre ; 

« Les hommes d'État ne doivent pas être jugés d'après les règles ordinaires de morale. En 1793 et 1794, il s'agissait de sauver le corps social et s'il était prouvé que le chef des Jacobins n'eût fait dresser les échafauds de la Terreur que pour abattre les factions et rétablir ensuite ce gouvernement royal que la France entière désirait, il serait injuste de regarder Robespierre comme un homme cruel et de l'appeler tyran; il faudrait au contraire voir en lui, comme dans Sylla, une forte tête, un grand homme d'État. Richelieu aurait fait plus que Robespierre s'il se fut trouvé dans une position semblable». 


Malheur aux vaincus !

    Après sa chute, les vainqueurs écriront comme il se doit leur version de l'histoire. Soit plus de deux siècles de calomnies. Fort heureusement, une nouvelle génération d'historiens a commencé de travailler plus sérieusement sur ce personnage, sa politique et son époque.

    Si l'on regarde bien autour de nous, la Révolution est calomniée tous les jours. La 1ère République a totalement été effacée des mémoires. L'extrême centre est toujours au pouvoir, faisant semblant de s'ériger comme une barrière contre les extrêmes. Quelles sont-elles ces extrêmes ? D'un côté les nostalgiques de l'ancien régime qui ont poussé l'audace jusqu'à s'approprier le drapeau tricolore. De l'autre côté, les descendants des sans-culottes sempiternellement calomniés, y compris par ceux qu'ils défendent !

    Mais pas de jugement ! Les hommes réagissent tous depuis la nuit des temps selon les mêmes archaïques comportements. Le monde change, mais pas l’humanité. Le monde est devenu complexe et nous réagissons à celui-ci comme nos ancêtres lorsqu'ils sortaient de leurs cavernes...


Mea culpa.

    J'ai écrit cet article d'une traite, afin de le publier ce jour anniversaire. Chose étonnante, l'idée m'est venu en discutant sur le sujet avec l'intelligence artificielle de Google. Discussion au demeurant passionnante ! Il faudra bien sûr que je le relise et que je le compète. Veuillez excuser son imperfection.

 

Post Scriptum !

    Comme je ne sais pas si je terminerai un jour ma chronologie de la Révolution française, Je me permets de vous proposer ci-dessous ces conférences de Henri Guillemin !  Si vous aimez la Révolution Française, vous en avez inévitablement entendu parler. Si ce n'est pas le cas, vous allez adorer !

    La première vidéo vous raconte toute la Révolution française (ou presque). Et la seconde vous raconte Robespierre... 

 


 

 


 

mardi 4 février 2025

4 Février 1794 : La Convention nationale décide d'abolir l'esclavage.

 

Nota : Certains articles, comme celui-ci, bouleversent un peu la chronologie que je me suis fixée dans la réalisation de ce site. Mais je n'allais pas attendre 5 ans pour évoquer cette date mémorable !

L'aboutissement d'une longue lutte.

    L'esclavage était un système odieux d'oppression et d'exploitation des hommes qui, déjà à l'époque, blessait la sensibilité de nombre de gens. Son abolition faisait même partie de certaines demandes faites au roi dans les cahiers de doléances rédigés pour les Etats GénérauxSon abolition faisant donc débat, aussi bien au travers de la publications de livres que d'articles dans les journaux. 

Article 29 du cahier de doléances du village de Champagney

    En octobre 1789, l’abbé Grégoire, curé d’Embermesnil, député aux Etats-Généraux, puis à l’Assemblée Nationale Constituante, avait publié le Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de Saint-Domingue, et des autres iles françaises de l’Amérique, adressé à l’Assemblée nationale. C’était la première grande attaque de ce grand homme contre le préjugé de couleur et contre toute l’idéologie raciste développée par les Colons des Antilles.

    Ce courant abolitionniste sein de l'Assemblée nationale constituante de 1789 était mené par l'Abbé Grégoire et soutenu par quelques personnalités, dont Robespierre. "Périssent les colonies plutôt qu’un principe !" avait proclamé celui-ci le 13 mai 1791, dans un discours défendant la citoyenneté des gens de couleur et luttant contre la constitutionnalisation de l’esclavage.

    Hélas, ces quelques abolitionnistes se heurtaient au lobby des colons. (15 % des députés de l’Assemblée nationale avaient des propriétés dans les colonies et un nombre encore plus grand avait des intérêts dans le commerce colonial).

Une véritable idéologie.

    L'esclavage était bien en effet une idéologie, car il constituait toute l'architecture de la société coloniale et cette société coloniale pesait très lourd dans l'économie du royaume de France ! La grande majorité des Colons ne pouvait concevoir la possibilité de son abolition. Faute de travailler leurs terres, les Colons travaillaient à justifier l'usage et la perpétuation de ce fléau aussi vieux que l'humanité.

    Comme il était d'usage à l'époque, de nombreux ouvrages alimentaient le débat. Certaines publications faisaient même montre d'une apparence de "compréhension", simulant même un semblant de pitié à l'égard du sort des esclaves et c'était presqu'à regret qu'ils défendaient malgré tout cette abomination. Comme il est difficile de remettre en question un système établi et encore plus difficile de penser contre ses propres préjugés ! Peu de gens en sont capables ! Les Révolutions sont propices à cela...

"Littérature" esclavagiste.

    J'ai trouvé un bon exemple de ce style de "littérature" esclavagiste avec le texte ci-dessous, extrait des pages 12 à 14 du Recueils de pièces imprimées concernant l'esclavage et la Traite des Noirs, l'île de Tobago, Saint Domingue, 1777-1789. Vous allez mieux comprendre la nature du problème.

    Il s'intitule : "Discours sur l’esclavage des Nègres, et sur l’Idée de leur Affranchissement dans les Colonies. Par un Colon de Saint Domingues."

Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97892251

"Les Nègres sont esclaves, et vous demandez qu’on les affranchisse. Mais on ne peut le faire qu’en dépouillant les Colons de leurs propriétés. Je n’ai pas besoin de vous prouver, et vous savez déjà qu’elles doivent être sacrées comme toutes les autres (1). Vous croiriez-vous le droit d’enlever ses charrues à un fermier ? Eh bien, ce sont nos instruments de labourage. – Oh ! Des hommes ! Cela fait frémir ; c’est un abus révoltant qu’il faut extirper. – Citoyen indiscret ! Eh bien ! Je vous dis que la Nation assemblée pourrait seule les anéantir ces propriétés, dans le cas où il serait évident que le maintien de l’esclavage fût contraire à l’équité naturelle et aux intérêts de l’État, et que son extinction pût s’opérer sans une lésion manifeste, et sans danger pour les colons, ainsi que pour l’État lui-même.

(1) Le Dr Schwartz, dans son zèle évangélique, non seulement méconnait cette vérité, mais il prétend que l’on doit envisager les colons comme coupables d’un vrai vol, et à ce moyen étant déchus du droit de réclamer aucune indemnité. Pour être conséquent, il ne manquait plus que de demander qu’ils fussent punis comme voleurs.

Nota : Le Docteur Schwartz évoqué ici était le pseudonyme utilisé par Nicolas de Condorcet pour publier son ouvrage : « Réflexions sur l'Esclavage des Nègres » paru en 1781 (accessible en bas de page).

Quant au premier point, qui serait de satisfaire au vœu de l’humanité blessée par l’esclavage des Nègres, chacun sait, et M. l’abbé Raynal lui-même vous a appris que c’était leur état naturel en Afrique. Or maintenant, si mes lecteurs m’ont bien entendu, et s’ils veulent être conséquents, ils conviendront que les Colons ne sont ni causes, ni responsables de cette servitude qu’ils ont trouvée établie, et qui ne fait que se perpétuer dans leurs mains ; pas plus responsables, pas plus criminels qu’un Citoyen possesseur par héritage ou par acquisition d’une terre qui lui produit 40.000 livres de rente, tandis que le plus grand nombre des habitants de son village peut à peine subsister. A qui faut-il s’en prendre ? Ce serait tout au plus à l’Etat qui a permis, favorisé ou toléré ce commerce, et d’abord, dans cette supposition, à moins de renverser toute l’idée d’ordre et de justice, il faudrait qu’il commençât par rembourser la valeur des Nègres, ce qui ne serait qu’une partie du dédommagement exigible, puisque leurs bras seuls peuvent féconder nos terres. Il faudrait donc essuyer le double inconvénient de payer environ un milliard dont les intérêts seraient un accroissement énorme d’impôts pour la Nation, et d’être privé de tous les avantages que donnent les colonies."

La propriété est sacrée ! 

    Le côté sacré de la propriété, évoqué au premier paragraphe était un argument récurrent dans ce débat relatifs à l'esclavage. J’ai déjà évoqué dans un autre article comment le caractère sacré de la propriété avait empêché nombre de réformes envisagées par Louis XVI.     Selon l’abbé Véri, Louis XVI aurait un jour posé cette question à son ministre Turgot après que celui-ci lui ai fait part de la difficulté de réaliser les réformes indispensable au royaume, tout en restant dans le cadre stricte de la loi et du respect des contrats. (page 379 du journal de l'abbé Véri) :

« Parmi les différents qui arrêtent toute mutation, il y a celui de la probité qui doit respecter la foi publique des contrats. On ne peut pas nier que la résiliation d'un bail attaque cette fidélité des contrats. M. Turgot ne méconnaît pas ce cri de l'équité naturelle. Il ne désavoue pas non plus que résilier un bail sans rendre en écus sonnants les fonds que les fermiers généraux ont donnés en avance au Roi ne soit contraire au premier appel de l'équité. Il convient que remettre le remboursement de ces fonds à des termes éloignés en faisant cesser aujourd'hui leur bail, c'est une injustice très apparente. Mais, en faisant ces aveux, voici ses autres observations, que je ne crois pas inutile de mettre dans toute leur étendue.

« Faisons une supposition, m'a-t-il dit, sur un objet absolument étranger. Le Roi juge utile et juste de supprimer l'esclavage des nègres dans les colonies en remboursant leur valeur aux propriétaires. Il ne peut faire ce remboursement que dans dix ans. Faut-il attendre ces dix ans pour produire un bien si considérable que la justice réclame dès aujourd'hui et qui n'aura peut-être jamais lieu si on le laisse à l'incertitude des événements ?

Du risque à reconnaître une injustice dans une société injuste...

    Reconnaître l'injustice de l'esclavage, c'était aussi le risque de devoir reconnaître l'injustice d'autres modes d'exploitation des êtres humains, eux aussi traditionnels et anciens, découlant des injustices sociales. Quid des riches propriétaires bâtissant leurs fortunes sur la peine des pauvres gens ? Vous rendez-vous compte de l'enjeu ? 

    La propriété était si sacrée, qu'à l'instar de la soi-disant abolition des privilèges, accordée lors de la nuit du 4 août 1789 (sous l'effet de la Grande Peur) qui finalement obligeait les opprimés à racheter leur liberté afin de dédommager les privilégiés ; l'abolition de l'esclavage aurait demandé que les Colons propriétaires d'esclaves fussent eux aussi dédommagés !

"Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance,
c'est la vertu qui fait la différence"

 Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance, c'est la vertu qui fait la différence

L'abolition devient "stratégique" en 1794.

    En 1794, la situation n'était plus celle de 1789 ! La France était en guerre. Les colonies échappaient au contrôle de l'Assemblée du fait du péril que représentait la marine de guerre anglaise sur l'océan. Saint-Domingue avait déjà aboli l'esclavage le 29 août 1793, mais la nouvelle n'était parvenue à Paris qu'en octobre. Ceux qui jusque-là s'étaient opposés à l'abolition de l’esclavage, virent là un moyen de mobiliser les populations des îles contre les Anglais qui envahissaient les colonies. Danton (aussi cynique qu'optimiste) déclara même à cette occasion "Maintenant l’Angleterre est perdue".

    Quoi qu'il en soit, la convention nationale (Montagnarde) s'est honorée en abolissant cet attentat à la dignité humaine.


Post Scriptum

    Malheureusement, un certain Napoléon 1er rétablira l'esclavage en 1802 !

Source : https://www2.assemblee-nationale.fr/14/evenements/2016/abolition-de-l-esclavage-1794-et-1848/1794-la-premiere-abolition

    Cet article sera repris, complété et développé lorsque la chronologie du site arrivera à cette date.
    En attendant je vous conseille de lire cette excellente analyse de l'historienne Florence Gauthier : "La Révolution abolit l'esclavage".