lundi 30 novembre 2020

30 Novembre 1789 : La ville de Rethel dénonce l'exportation illégale de grains au-delà de la frontière

L'Ardennais Edmond-Louis-Alexis Dubois-Crancé transmet à l'Assemblée une alerte de la ville de Rethel concernant l'exportation illégale des grains au-delà de la frontière.

Renvoi au comité des rapports de la requête de la ville de Rethel sur la sécurité desfrontières, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. Dubois de Crancé :

"Je viens de recevoir un mémoire très pressé de la municipalité et du comité permanent de la ville de Rethel qui démontre que, malgré les promesses réitérées des agents du pouvoir exécutif d'établir un cordon de troupes sur les frontières, ce cordon n'existe pas dans les endroits les plus exposés à la sortie des grains. Il existe des marchés très-importants dans des villages partie français et partie impériaux, l'exportation se fait avec une effrayante activité ; le pays est déjà dévasté et la Champagne n'aura bientôt pour exister d'autre ressource que de refluer sur l'île de France et sur la Brie. Je demande que le comité des recherches soit tenu de prendre cette affaire en considération et d'en faire demain le rapport à l'Assemblée en indiquant les mesures nouvelles qu'il aura concertées avec le ministère."

L'affaire est renvoyée au comité des rapports.

La ville de Rethel au XVIII siècle


Situation frontalière du département des Ardennes
et position de la ville de Rethel.


30 Novembre 1789 : La Corse est décrétée partie intégrante de l'Empire français

(Sans commentaire)



Carte de la plus belle île du monde.
La Corse (1756)

Petite précision utile : En 1789, le mot "empire" désigne l’étendue territoriale d’un Etat et non-pas un régime politique.


Adresse de la municipalité de Bastia sur les troubles de cette ville, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. de Volney, l’un des secrétaires, fait lecture d'une lettre écrite par les membres de la commune de Bastia, dans l'île de Corse, par laquelle ils exposent à leurs députés les événements survenus dans l'île et l'adhésion du peuple corse à la constitution française. La voici :

«Messieurs, l'orage vient enfin d'éclater ; voici le récit très-précis du fait tragique arrivé entre les bourgeois de Bastia et le régiment du Maine.

«Le 5 du courant, après en avoir amplement prévenu M. le vicomte de Bassin, commandant de Corse, toute la ville s'est assemblée dans l'église paroissiale de Saint-Jean, afin de procéder à l'enregistrement de la garde nationale. Le commandant lui-même a bien voulu venir parmi les citoyens dans l'église. Dans le temps que les bourgeois étaient paisiblement entrés dans la salle, on entend battre la générale et aussitôt on vient pour avertir que M. de Rouilles, colonel du régiment du Maine, à la tête de sa compagnie de grenadiers, marchait à droite, et M. de Tissonet, capitaine, à la tête des chasseurs à gauche, pour s'emparer de notre salle, et pour nous en chasser. 25 à 30 de nos braves bourgeois, avec quelques fusils, se sont présentés pour nous défendre ; mais à peine les chasseurs commandés par M. de Tissonet les ont-ils aperçus qu'ils ont fait feu sur eux. Nos citoyens, en défendant leur vie, lâchèrent à leur tour des coups sur la troupe et par ce moyen les obligèrent à rétrograder.

«Il y a eu du sang répandu ; savoir : deux soldats tués, deux blessés ; et M. de Tissonet ci-présent est lui-même blessé. Parmi les citoyens, il n'y a eu de tués que deux petits enfants, qui ont été massacré» dans les rues à coups de baïonnette. Cette action barbare de la part des soldats a tellement révolté le peuple, qu'elle l'a porté à s'emparer de la citadelle, des magasins à poudre, des armes et de tous les forts de la ville, sans que cependant (grâce à Dieu) il s'en soit suivi d'autres accidents funestes.

«Après quoi la garde nationale fut enregistrée et tout le peuple a prêté un nouveau serment de fidélité à la loi, au Roi et à l'Assemblée nationale, dans les mains de la municipalité. Le procès-verbal contenant tous les faits va vous arriver par le premier courrier. Mais nous avons cru qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour vous prévenir que dans toute l'île, il y a une fermentation terrible, dont la cause est l'incertitude dans laquelle nous nous trouvons sur notre sort. L'on nous dit, tantôt que l'on veut nous garder sous le régime militaire actuel ; tantôt que l'on va nous céder à la république de Gênes, et notre inquiétude est d'autant plus fondée, que jusqu'à présent, de tous les décrets de l'Assemblée, il n'y a eu d'enregistré et publié que la loi martiale.

«Vous êtes, Messieurs, chargés par vos cahiers de demander que l'île de Corse soit déclarée partie intégrante de la monarchie et nous ne pouvons vous cacher que nous sommes très-étonnés de voir que vous ne présentez jamais cette demande à l'Assemblée nationale.

«Vous avez beau nous dire que votre admission comme députés nous déclare par le fait province de France, cela ne suffit pas. Le ministère nous a conquis par la force, et d'après un traité passé avec la République de Gênes, qui n'avait nullement le droit de nous céder. Pour notre sûreté et pour que nous soyons Français à jamais, ce qui est notre unique vœu, il nous faut un décret de la nation sur une demande faite par vous, Messieurs, qui êtes nos représentants librement et légalement élus.

«Nous attendons votre réponse avec le plus grand empressement et soyez sûrs qu'elle décidera de la tranquillité du pays.

«A présent tout va bien, la milice nationale monte la garde à la porte du général, au port, à la citadelle, et partout où il y a besoin de sentinelles. Veuillez bien, en attendant le procès-verbal, représenter à l'auguste Assemblée nationale que nous avons pris les armes pour faire exécuter ses décrets, et que nous ne les quitterons point qu'ils n'aient été exécutés.

«Signé : Galearini, Guâsco, Morati, membres de la commune de Bastia. »

La lecture de cette lettre est suivie de celle d'une adresse d'un grand nombre de citoyens de la ville d'Ajaccio, en date du 31 octobre, par laquelle ces citoyens se plaignent que la commission intermédiaire, de concert avec le régime militaire sous lequel l'île gémit, s'est opposée jusqu'à ce jour à toute assemblée patriotique et formation de milice nationale. Ils représentent d'une manière très-énergique les droits et le désir qu'ils ont de participer à la régénération de l'empire français. Ils réclament contre les vexations de toute espèce dont ils sont accablés. Ils protestent contre les calomnies dont on noircit les prétentions du peuple corse. Ils assurent que son vœu général, exprimé librement dans ses cahiers, est d'être réuni à la nation française devenue libre, et que toute sa crainte est d'être remis sous le joug des Génois, ou de continuer d'être gouverné militairement, comme il l'a été jusqu'à ce jour. Ils désavouent toute expression des sentiments de la Corse qui émanerait de la commission des douze et s'en réfèrent exclusivement à leurs députés dans l'Assemblée nationale. Enfin ils supplient l'Assemblée d'une manière pathétique de prendre en considération l'état dangereux et déplorable de l'île de Corse.

 

Discussion suite à l'adresse de la municipalité de Bastia sur les troubles de cette ville, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. Salicetti. Je demande qu'il soit rendu sur-le-champ un décret par lequel il sera déclaré que la Corse fait partie de l'empire français ; que ses habitants doivent être régis par la même constitution que les autres Français, et que dès à présent le Roi sera supplié d'y faire parvenir et exécuter tous les décrets de l'Assemblée nationale.

M. d'Estourmel. Je propose de dire que le décret est rendu sur la demande et le libre consentement des habitants de la Corse.

M. Target fait remarquer, à propos de l'envoi des décrets de l'Assemblée nationale en Corse, qu'il faut dire que le pouvoir exécutif sera requis et non pas sera chargé d'envoyer les décrets.

M. Brunet de Latuque. C'est honorer la nation que de rendre hommage à son chef, et je propose de dire, comme par le passé, que le Roi sera supplié d'envoyer les décrets.

 

Décret du 30 novembre 1789 portant que la Corse fait partie de l'empire français

M. le Président prend le vœu de l'Assemblée et le décret suivant est rendu :

«L'île de Corse est déclarée partie de l'empire français ; ses habitants seront régis par la même constitution que les autres Français, et dès ce moment le Roi est supplié d'y faire parvenir et publier tous les décrets de l'Assemblée nationale. »

 

Motion de M. le marquis de Sillery sur les pays attachés à l'empire français, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. le marquis de Sillery. Nous n'avons que trop d'exemples de démembrements de la monarchie, et la Louisiane, un de nos plus beaux établissements, a été cédée aux Espagnols sans le consentement de la nation. Je fais donc la proposition de décréter que, dans aucun cas, le pouvoir exécutif ne pourra céder aucun pays ou partie de pays attaché à l'empire français, ou y appartenant,' sans avoir consulté la nation.

Motion de M. le comte, de Mirabeau concernant les Corses expatriés, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. le comte de Mirabeau. Messieurs, après avoir rendu le décret qui déclare la Corse partie de l'empire français, il s'en présente un autre qui en est la suite nécessaire et que je propose en ces termes :

«L'Assemblée nationale décrète que ceux des Corses qui, après avoir combattu pour la liberté, se sont expatriés, par l'effet et la suite de la conquête de leur île, et qui cependant ne sont coupables d'aucuns délits légaux, auront dès ce moment la faculté de rentrer dans leur pays pour y exercer tous les droits de citoyens français, et que le Roi sera supplié de donner, sans délai, tous les ordres nécessaires pour cet objet. » Ce projet de décret est vivement applaudi par la grande majorité de l'Assemblée.

 

Discussion suite à la motion de M. le comte, de Mirabeau concernant les Corses expatriés, lors de la séance du 30 novembre 1789

M. le prince de Poix. Si ce décret rendu, il pourrait occasionner une révolte Pile, et ses anciens habitants, coupables la France, rapporteraient dans leur patrie le venir de leur défaite, et seraient bientôt d'abuser de l'indulgence de la nation. Je propose de consulter le pouvoir exécutif avant de prendre un parti.

M. Salicetti. C'est la province de Corse même qui réclame ceux de ses anciens qui ne sont pas chargés des crimes que la des lois doit punir ; c'est elle qui redemande la France des citoyens français.

M. Gaultier de Biauzat. Je demande suppression des mots délits légaux comme une expression obscure et incohérente.

M. le comte de Mirabeau. Toute est levée par ces mots : qui ne sont d'aucuns délits légaux ; car je ne pense pas personne ici puisse regarder comme envers la nation des citoyens dont le crime que serait d'avoir défendu leurs foyers et liberté. J'ai dit des délits légaux, parce qu'il a que les actes contraires aux lois protectrices l'homme qui méritent d'être punis. Je ne pas comment la liberté, quand elle est de tous délits de ce genre, pourrait n'être sous votre sauvegarde.

J'avoue, Messieurs, que ma première jeunesse a été souillée par une participation à la conquête de la Corse ; mais je ne m'en crois que plus étroitement obligé à réparer envers ce peuple généreux ce que ma raison me représente une injustice. Une proclamation a prononcé la peine de mort contre les Corses qui ont défendu leurs foyers, et que l'amour de la liberté a fait fuir. Je vous le demande, serait-il de votre justice et de la bonté du Roi que cette proclamation les éloignât encore de leur pays, et punît de leur retour dans leur patrie ?

M. le vicomte de Mirabeau. Vous prétendez que l'expression de délits légaux est parfaitement claire : ce qui prouve qu'elle est obscure, c'est que vous êtes obligé d'en donner l'explication.

M. de Bousmard. Je demande la de cette phrase : qui, après avoir combattu la défense de leur liberté, comme injurieuse à nation et à la mémoire du feu Roi. '

M. Salicetti. Je ferai remarquer à que la motion de M. le comte de répond à un article exprès du cahier de l'île Corse.

M. Barrère de Vieuzac. Il faut se hâter décréter une motion aussi honorable que qui est proposée ; il faut que Paoli lui-même apprenne à devenir Français ; un tel défenseur de la liberté de son pays est digne d'une nation qui a secoué si courageusement ses fers.

(L'Assemblée devient très-tumultueuse, une partie de la salle réclame l'ajournement, la majeure partie veut passer au vote.)

M. Dupont (de Bigorre). Je demande que certains membres soient nommés dans le procès-verbal comme perturbateurs des délibérations de l'Assemblée.

M. le comte de Mirabeau. On dirait, Messieurs ; que le mot de liberté fait ici sur quelques hommes la même impression que l'eau sur les hydrophobes ..... Je persiste à demander que mon projet de décret soit mis aux voix ; et, pour lever les scrupules de quelques personnes, je substitue à ces mots : délits légaux, ceux-ci : délits déterminés par la loi.

M. de Montlosier. Si l'on adopte la motion, il faut en même temps ordonner la retraite des troupes qui sont en Corse, à moins qu'on ne veuille qu'elles soient massacrées. Je demande l'ajournement.

M. le Président veut mettre la motion aux voix ; plusieurs membres s'y opposent. Une grande partie de l'Assemblée se lève pour exprimer un vœu contraire à cette opposition.

Les voix prises, il est décidé qu'on délibérera sur-le-champ.

L'ajournement proposé est rejeté.

Plusieurs membres prétendent n'avoir pas entendu poser la question de l'ajournement.

Le président conjure l'Assemblée de laisser recommencer l'épreuve, par amour pour la paix. Cette seconde épreuve donne le même résultat.

M. Lavie. Je demande que les Corses qui rentreront dans l'île soient tenus de prêter serment de fidélité.

M. Salicetti. Leur retour seul prouvera leur fidélité et le nom de Français que vous leur avez donné, suffira pour l'assurer.

La question préalable est demandée sur les amendements.

Il est décidé qu'il n'y a pas lieu à délibérer à leur égard.

M. de Montlosier. Je demande qu'il me soit au moins permis de présenter un amendement relatif au général Paoli ; j'ai sur cet objet de grandes instructions.

 

Décret du 30 novembre 1789 sur les Corses expatriés

On délibère sur la motion principale, et est adoptée à une grande majorité en ces termes :

L'Assemblée nationale décrète que les Corses qui , après avoir combattu pour la défense de leur liberté, se sont expatriés par l'effet et les suites de la conquête de l'île de Corse , et qui cependant ne sont coupables d'aucuns délits déterminés par la loi, ne puissent être troublés dans la faculté de rentrer dans leur pays, pour y exercer tous leurs droits de citoyens français, et que M. le président soit chargé de supplier Sa Majesté de donner, sans délai , tous les ordres convenables à ce sujet. »





(Sans commentaire)
Couverture de l'album
Les blagues corses
Cliquez sur l'image.


dimanche 29 novembre 2020

Fin 1789 : Le désir de réconciliation nationale est-il réel ?


    Voici qui change de mes (trop) longs articles, car hormis cette "courte introduction", je ne vous propose qu’une série d’estampes. Elles partagent toutes un seul et même thème, celui de la réconciliation nationale et elles ont été publiées fin 1789, début 1790.

    Au vu de la quantité d’estampes produite sur ce thème, il y a fort à parier qu’elles ont plus probablement répondu à une commande, qu’à une demande (du public). Il est clair que du côté de l’Assemblée nationale constituante, une majorité de députés voulait que la Révolution soit terminée et beaucoup parmi eux s’empressaient même de se réconcilier au plus vite avec les quelques nobles que la Révolution avait un peu bousculés. La diffusion de ces estampes avait donc certainement pour objet de convaincre les citoyens de la réalité de cette réconciliation, (et ce, même si certains manquaient encore de savoir vivre au point de persister à crier famine).

    Les trois personnages représentés sur ces estampes symbolisent les trois corps de la société d'ancien régime, c'est-à-dire, la noblesse, le clergé et le tiers-état. Avec la nouvelle constitution en cours de rédaction par les députés, ces trois corps n’existeront plus ; il n’y aura plus que des citoyens.

    Un personnage manque néanmoins sur ces illustrations, c'est le malheureux paysan, qui constitue la partie invisible mais néanmoins majoritaire du tiers-état, c’est-à-dire environ 84% de la population française. Ah oui, au fait, même si le tiers état n’existe plus, les députés tiennent à ce qu’on le renomme « les communes », à la mode anglaise.

    Désolé pour cette courte introduction trop longue, ainsi que pour l'orthographe quelque peu fantaisiste figurant sur les estampes. Au 18ème siècle, la liberté d’écriture prenait différentes formes. 😉

Concernant l'orthographe, je vous propose également de lire mon mea-culpa.



Le souhait accompli



Réunion des trois ordres



L'accord

"Allons Messieurs buvons à la santé d'not bon roi et d'la Patrie,
Soyons d'accord mais au moins qu'ce soi pour la vie".
Notez bien les chasseurs dans le fond à droite, le droit de chasse étant le premier acquis de la Révolution ! Lisez à ce propos l'article du 6 Août.



Le goûter patriotique
Une variante de la précédente, et toujours avec des chasseurs !


Le Triple accord : bons françois portons a nous trois, La santé du meilleur des Rois,
En servant sa patrie, Liguons nous mes amis, Nous bravons la furie De tous nos ennemis.
(Et toujours des chasseurs)





La danse patriotique
"Les hommes naissent égaux
La fortune les divise
L'ambition les perd
Mais la justice peut les rapprocher"


Le noble pas de deux
"A votre tour M.r l'Abbé !... La danse n'est pas ce que j'aime, elle m'est défendue par état.
Allons sans grimaces et de bonne volonté soyez d'accord avec nous et vive la Liberté.
Bien entendu que nous payerons les violons."


Bon nous voila d'accord
(L'ecclésiastique à droite joue d'un instrument appelé un serpent)

Variante de la précédente, imprimée à Orléans




Trois têtes sous le même bonnet
(Un bonnet phrygien, bien sûr)



Entre nous trois, pas de façons



Touchez là Messieurs, je savais bien que vous seriez des nôtres


Le serment de réconciliation des trois ordres


L'œuf à la coque
Chacun y trempe sa "mouillette".


Mieux vaut tard que jamais
Notez la devise : "Liberté, Propriété, Constitution"
Omnes cives = Tous citoyens (en latin)


Jeu du pied de bœuf

"Je tiens mon pied de bœuf. Il faut faire trois choses.
La 1ère est d'aimer son prochain plus que l'argent
La 2ème de ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous soit fait
La 3ème de n'épargner ni nos soins ni nos peines pour procurer le bien de la Patrie."

(Jeu d’enfants, où les uns mettent les mains sur celles des autres, puis, en commençant par le dessous, les retirent en comptant jusqu’à neuf; et celui qui compte ce nombre dit, en saisissant la main de quelqu’un des autres : « Je tiens mon pied-de-bœuf ».)


Patience nous arriverons

Remarquez bien le bonnet phrygien à droite. Comme sur tous les documents d'époque, il n'a pas les désolantes oreilles pendantes que des artistes ont ajoutées postérieurement en le confondant avec un casque antique équipé de paragnathides (protèges joues).


Le triomphe des trois ordres


"Patience, ça ira, y n'faut que s'entendre"



Temple de la Concorde
La réunion des trois ordres
Le parfait accord.


"Tôt tôt tôt
Battez chaud
tôt tôt tôt
bon courage
il faut avoir le cœur à l'ouvrage."
(Les trois ordres forgeant la constitution)



Un seul fait les trois.

Le personnage porte sur lui les attributs et costumes représentatifs des trois ordres.


Voila le mot !
Une variante de la précédente. Notez la pelle du paysan, l'épée du noble et la chasuble du prêtre.


Monsieur des trois états.
L'idée a dû plaire, car elle a de nombreuses variantes.



Madame des trois états.
Voici la version féminine de la précédente !


"Voila le costume désiré".
Notez bien le mélange des attributs : un escarpin et un sabot. 
Ainsi que le panier dorsal de cette marchande poisson,
qui est le même que celui de la précédente.



Les trois fumeurs

1 Je fume avec tranquillité l'enfance de la liberté
2 Forcé d'abandonner mes droits. A coup sûr je m'en mords les doigts
3 Chacun ici-bas fume à sa guise. Je ne compte plus sur les bienfaits de l'Eglise.
(Peut-être une petite pointe d'amertume chez certains).


Chantons, célébrons, la réunion des trois ordres.



Le tiers état confesseur
"Absolution générale oubli totale du passé bien entendu que nous vous traiterons en bons frères comme enfants de la même patrie." (Remarquez encore le bonnet phrygien qui n'est qu'un simple bonnet rouge, sans les oreilles pendantes que artistes ont ajouté plus tard).


Le tiers état confesseur
ou la confession des aristocrates.
Remarquez comme les listes des péchés sont longues !


L'estampe de toutes les estampes
Peut-être servait-elle de catalogue ?



Et voici pour finir cette série, le grand oublié, celui pour lequel vie n'a pas beaucoup changé, le paysan, "né pour la peine".






    Le vœux de réconciliation était certes honorable. Mais pour qu'il y ait réconciliation, il faut que chacun soit de bonne volonté et surtout que chacun y trouve son compte ; ce qui était loin d'être le cas, hélas.


Basset, graveur et marchand d’estampes, religieuses puis révolutionnaires !


    Le citoyen Basset a bien existé. Cet article va non seulement vous le présenter, lui et sa famille, mais il va vous décrire le petit milieu des imagiers de la rue Saint-Jacques,  leurs liens avec l’ordre religieux des Trinitaires et plein d'autres choses encore !

    J’avais choisi d'interpréter le modeste citoyen Basset, à l’occasion du tournage d’une émission de Mac Lesggy sur la chaîne de télévision M6, « L’histoire au quotidien », pour laquelle l’association de reconstitution historique dont j’étais membre, avait été sollicitée afin de faire de la figuration. Vous trouverez en bas de l'article la vidéo de l'émission.

La Révolution en images !

    J’ai conservé ensuite ce rôle, parce qu’il me permettait de raconter la Révolution française d’une façon originale et amusante, rien qu’avec des estampes. Et des estampes, il y en a eu beaucoup durant la Révolution ! On a répertorié plus de 600 modèles différents, rien que sur la période s’étalant entre le printemps 1789 (les états généraux) et l’été 1792 (chute de la monarchie et guerres révolutionnaires) et cela continua ensuite, bien sûr !


Vous avez dit Basset ?

    Paul André Basset était graveur ; fabricant et marchand de papiers peints et d'estampes. Il tenait une boutique rue Saint Jacques à Paris, dont il avait hérité de son père André. Celle-ci se situait en plein cœur du quartier Latin, à l’angle de la rue des Mathurins, juste en face du couvent des Mathurins. Basset avait de l’humour puisqu’il avait choisi de représenter un chien Basset sur l’enseigne à sa boutique.

Détail d'une estampe
(Orthographe d'époque !)

Où trouver la boutique ?

    La boutique se situait à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Mathurins. Ne cherchez plus la rue des Mathurins de nos jours, car elle a disparu. Voyez ci-dessous, une planche extraite du plan de Paris que le prévôt des marchands Michel-Etienne Turgot avait fait réaliser entre 1734 et 1739 par Louis Bretez professeur de perspective. Sur cette représentation du quartier Latin, on voit très bien le couvent des Mathurins (en rose), ainsi que l’immeuble de la maison Basset (en vert), juste en face. J’ai même ajouté un agrandissement !

Source BNF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530111615/f15.item


    Je profite de l'occasion pour vous présenter également cette autre jolie vue de Paris de l'époque, sur laquelle j'ai également signalé l'emplacement du couvent et de la maison Basset.
    
    Au fait saviez-vous que la rue Saint Jacques était le cardo maximus, c'est-à-dire la rue centrale et principale de la Lutèce Gallo-romaine ?


Le couvent des Mathurins.

    Depuis le 13ème siècle, le couvent des Mathurins accueillait dans son cloître les assemblées de l'université toute proche (jusqu'en 1764, date à laquelle, après l'expulsion des jésuites, elles furent transférées dans le collège Louis-le-Grand). Il abritait aussi au Moyen Âge la halle aux parchemins, où ceux-ci étaient entreposés avant d'être vendus. La bibliothèque des Mathurins détenait au 18ème siècle entre cinq à six mille ouvrages, parmi lesquels quelques manuscrits précieux.

Couvent des Mathurins au XVIIe siècle
Source : La Dormeuse

Les confréries.

    Cinq confréries du quartier Saint-Jacques étaient hébergées dans le couvent : celle de saint Jean l'Évangéliste pour les libraires, imprimeurs et papetiers (dits « suppôts de l'Université ») ; celle de saint Charlemagne pour les messagers-jurés de l'université ; celle de sainte Barbe pour les paumiers (fabricants de balles pour le jeu de Paume) et tripotiers (tenanciers des « tripots », qui étaient à l'origine les salles de jeu de paume) ; celle de saint Nicolas pour les huiliers et chandeliers ; et celle de la sainte Trinité et Rédemption des Captifs. 

    Cette dernière dépendait de l'ordre religieux des Trinitaires, qui avait été créée en 1198 par Jean de Matha et Félix de Valois, avec pour objectif de réunir d’importantes sommes d’argent afin de racheter dans les états barbaresques d’Afrique du Nord les chrétiens qui y étaient maintenus en esclavage. Cette mise en esclavage durant des siècles, des chrétiens par les musulmans, s’est quelque peu perdue dans les mémoires, semble-t-il. Mais ne polémiquons pas, ce n’est que de l’histoire et n’étaient-ce pas les chrétiens qui avaient commencé à chapouiller les musulmans avec les croisades ? (Ne parlons surtout pas non-plus de leurs treize siècles de traite négrière, c'est hors sujet et politiquement très incorrect.) Mais de grâce ne vous méprenez pas sur mon propos, toutes les cultures sans exception, ont de semblables dossiers dans leurs archives.

Rachat d'esclaves chrétiens
Source : La Dormeuse.

Les Trinitaires.

    L’ordre religieux des Trinitaires est aussi remarquable pour l’intérêt qu’il portait précisément aux estampes. C’est ce que j’ai découvert en lisant une soutenance d’Emmanuelle Bermès, une docteur en histoire travaillant à présent à la BNF, intitulée « Le couvent des Mathurins de Paris et l’estampe au XVIIIe siècle ». Je vous en conseille bien sûr la passionnante lecture.

    Emmanuelle Bermès explique que cet intérêt des Trinitaires pour les images « correspondait à une préoccupation caractéristique du temps : depuis le concile de Trente, les estampes faisaient l’objet d’une attention toute particulière de la part de la hiérarchie ecclésiastique. L’utilisation de l’estampe pour établir le contact entre les religieux et les fidèles pouvait prendre une telle ampleur qu’il n’est pas excessif de parler de propagande. » Les religieux avaient en effet compris avant bien d’autres, le formidables pouvoir des images sur les fidèles. On prêtait même des guérisons miraculeuses à des estampes appliquées sur le corps de malades ! (Sans commentaire).

    Le couvent Saint-Mathurin, la maison parisienne de cet ordre, se trouvait, explique-t-elle « rue Saint-Jacques, dans un quartier où, au XVII e siècle, les graveurs et les marchands d’estampes rejoignaient les libraires et imprimeurs qui y étaient déjà installés en raison du voisinage de l’Université. »

    Les religieux possédaient également plusieurs maisons tout autour de leur couvent et dans le quartier environnant : en 1634, ils avaient seize maisons dans leur censive, et possédaient vingt-deux autres maisons et boutiques qu'ils louaient à des particuliers, notamment des artisans. Les derniers religieux de l'ordre quittèrent les lieux en août 1792. Les bâtiments conventuels furent vendus à des particuliers en 1799. Quant à l'église elle-même, elle fut démolie en 1863 en même temps que les bâtiments claustraux situés contre l'Hôtel de Cluny au moment de l'aménagement de la rue de Cluny.

Graveur d'estampe en 1643


La période pieuse des Basset. 😇

    On peut imaginer que les Basset aient fait partie à une époque de la confrérie de saint Jean l'Évangéliste, celles des « suppôts de l'Université ». Il est même fort probable que leur boutique ait appartenu aux Trinitaires. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les Basset père et fils ont bien gravé et vendu des estampes religieuses. Une exposition leur a même été consacrée par le musée de l’Image de la ville d’Epinal ! Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder. Par contre je ne sais pas si certaines de leurs estampes ont fait des guérisons miraculeuses. 😉


La période révolutionnaire des Basset ! 😈

    Les Basset ont donc su s’adapter à l’esprit du temps, puisqu’ils ont laissé de côté les estampes religieuses dès 1789, pour "coller au plus près de l’actualité" et illustrer la Révolution ! La maison Basset fut en effet très active durant la période révolutionnaire. Malgré une perquisition qui eut lieu dans son magasin le 16 janvier 1794, pour y chercher des « signes de féodalité », Paul André Basset traversa la Révolution sans trop d’encombres, puisqu’il prit sa retraite en 1819. La petite entreprise des Basset fut reprise successivement par divers membres de la famille, toujours à la même adresse, rue Saint Jacques avant de disparaître après 1865.

Les estampes !

    Les trois estampes que je vous présente ci-dessous ont été datées de 1790. Elles évoquent la sécularisation des moines, c’est-à-dire le retour au monde profane de ces pieux citoyens ! 
    Elles présentent l’intérêt de nous donner deux représentations (inversées) de la boutique de la maison Basset, depuis lesquelles nous voyons chaque fois un colporteur franchissant le pas de porte, chargé d’estampes à vendre. Le sujet a dû avoir du succès puisque visiblement il a été copié, la troisième comporte une légende en anglais.

Le joli moine, profitant de l'occasion.

Le moine qui se fait séculariser.

Le joli moine - The pretty monk.


La valeur et le prix.

    Les estampes de chez Basset n’étaient pas vraiment des œuvres d’art, comme par exemple celle de Joseph Longueuil dont j’ai parlé le 16 novembre. Longueil était un véritable artiste, spécialisé dans la reproduction d’œuvres de peintres et dessinateurs célèbres. La gravure de Longueil imprimée en noir et blanc que je vous avais présentée, étaient vendue 3 livres, c’est-à-dire 60 sols (ou sous).

    Les estampes gravées chez Basset étaient plus modestes et même parfois proches de la caricature que de l’œuvre d’art, du moins à l’époque révolutionnaire.

    Les graveurs d’estampes étaient rétribués de 5 à 10 sous la plaque gravée. Le graveur reproduisait un dessin sur une plaque de cuivre qui avait été préalablement recouverte d’un vernis. C’était en fait le vernis qu’il gravait. Le dessin terminé, on appliquait de l'acide nitrique, appelé à l’époque « eau-forte », et l’acide attaquait le cuivre aux endroits où il avait été mis à nu. Du fait de l’impression sur le papier, les textes et légendes devaient être gravés à l’envers sur les plaques, ce qui donnait lieu parfois à quelques oublis sur certaines estampes qui étaient néanmoins tirées (avec des mots à l’envers). Les couleurs étaient ensuite appliquées avec des pochoirs.

Une presse à estampes et un graveur à droite

    Chaque exemplaire imprimé était ensuite vendu entre 10 et 15 sous, soit dans la boutique, soit par des colporteurs comme celui que nous voyons sur ces trois estampes.

    Même si les estampes de chez Basset étaient moins chères que celle des maîtres graveurs, tout le monde ne pouvait pas se les offrir. En 1789, le salaire d’un travailleur journalier parisien variait entre 12 et 20 sous (plus souvent 15), et celui d’un artisan variait entre 20 et 50 sous.

    Pour vous donner une meilleure idée, sachez que le 14 Juillet 1789, une miche de pain coûtait 14 sous (de 1 à 3 sous la livre selon la qualité du pain). Entre janvier 1787 et juillet 1789, le prix du pain avait augmenté de 75%...

    Vous apprendrez dans la vidéo que je vous propose ci-dessous, que comparés au revenu actuel d'un travailleur, ces 14 sous équivalaient à plus de 56 de nos euros actuels !



La vidéo !

    Voici la vidéo de l'émission qui avait été diffusé sur la chaîne de télévision M6 en octobre 2015. La qualité est médiocre, mais le contenu est plutôt bien, si on le compare à celui d'autres émissions abordant le thème devenu si délicat de la Révolution française.




Quelques photos de la "réincarnation" de Basset ! 😉

Le bonhomme à droite, c'est Basset !


Au fond, l'échoppe de Basset
et Basset dansant la Carmagnole 😂


La "start-up" de Basset, sur le tournage.