jeudi 5 novembre 2020

5 Novembre 1789 : Depuis sa cachette, Marat réussi à publier de nouveau "l’Ami du Peuple"


Jean-Paul Marat

    Il est évidemment indispensable que je puisse varier autant que je le peux, mes sources d’informations. 
  Celle de l’Assemblée nationale, est bien commode, car bien classée, bien numérisée et très complète. Même si, comme je vous l’ai fait remarquer le 23 octobre, à propos d’une intervention de Robespierre, certaines de ses infos sont peut-être contestables (réécrites).
  J’essaie donc de trouver d’autres sources dans la presse de l’époque, comme par exemple, le Moniteur, Le point du Jour ou le Journal de Paris, et bientôt d’autres journaux ! 
    Mais je ne dois surtout pas oublier Marat ! Marat, quoi qu’on en dise, est un vrai journaliste. Il est bien informé et il risque gros en publiant certains articles. C’est même la raison pour laquelle il est actuellement en cavale, comme on dit ; parce que recherché par la police, à cause de ses accusations lancées contre la municipalité de Paris et son maire, Bailly.

    Ce numéro clandestin de l’Ami du Peuple, le N°29, n’est pas très long, mais il vaut la peine d’être lu. Vous pouvez y accéder dans la fenêtre en bas de l’article.

Ce que dit Marat est toujours intéressant.

    Il dénonce comme un piège redoutable le choix du Manège des Tuileries comme nouveau lieu de réunion de l’Assemblée nationale. Il explique que : « ce lieu ne pourra contenir que quelques centaines de spectateurs qui n’y entreront que par billets, & que ces billets seront donnés à des Aristocrates qui applaudiront à toutes les motions antipatriotiques. » Nous verrons plus tard que le peuple y entrera malgré tout, et dans des circonstances particulières.

    Il voit avec une extrême douleur : « que quelques membres corrompus de la Municipalité de Paris, de concert avec le ministère et la faction aristocratique de l’Assemblée nationale, viennent de donner le dernier coup de mort au parti patriotique et d’étouffer la liberté dans son berceau, par la Loi Martiale, qu’a sans doute proposé quelque ennemi mortel du bien public. »

    Marat donne une version très différente et très dérangeante des motifs qui ont conduit à l’instauration de la loi martiale : « Comment les Citoyens ne sentent-ils pas que ce sont l’impudence et l’imprévoyance de quelques représentants de la Commune, qui ont provoqué par leur Déclaration du 5 ou 6 octobre de ce mois, les scènes sanglantes qui arrivent, en armant d’un poignard le bras de chaque malheureux affamé, et en le tenant levé sur le sein des Boulangers. »

Promulgation de la loi Martiale le 22 octobre 1789


    Marat explique dans une note en bas page que « C’est sur les Boulangers que la Municipalité a jeté tout le blâme, si on venait à manquer de pain, comme si elle eût voulu amener ces scènes d’horreur ».        

    Cette version éclaire d'un jour nouveau le terrible assassinat du Boulanger François le 21octobre, qui a servi de prétexte à l’instauration de la loi martiale dès le lendemain !

L'assassinat du Boulanger François, le 21 octobre 1789

    Marat s’insurge également contre le nouveau pouvoir attribué au Tribunal du Chatelet. « Les ennemis de l’Etat ont tous échappé », précise-t-il, « un d’Autichand (1), un Estersys (2), un Lambesc (3), n’ont pas été sommé de se présenter en Jugement, tandis que M. De Saint Huruge gémit dans un cachot du Châtelet ; tandis que l’Ami du Peuple, décrété de prise de corps, pour avoir sauvé (4) la Patrie et la vouloir sauver encore, est réduit à se cacher comme un scélérat ! »

  1. Peut-être Jean Thérèse de Beaumont d'Autichamp
  2.  Probablement du régiment de ce nom qui devait attaquer Paris sur ordre du roi dans la nuit du 14 au 15 juillet, avec les régiments de Salis-Samade, Château-Vieux, Diès-Back, Suisses, Berchigny, Hussards et Royal-Dragon ; 
  3. Le Prince de Lambesc qui le 12 Juillet avait reçu l'ordre de disperser avec son régiment Le Royal Allemand, la foule assemblée sur la place Louis XV, devant les Tuileries.
  4. Marat indique dans une note en bas de page, qu’il l’a sauvée le 14 Juillet en faisant avorter le projet de surprendre Paris par la Cavalerie Allemande, ainsi que le 4 octobre en dévoilant à l’avance le noir complot des Aristocrates ; de la ligue odieuse de la faction criminelle des Etats généraux, du Ministère et des membres corrompus de la Municipalité Parisienne, et en préparant l’insurrection qui a eu lieu.

    Marat est lucide et il comprend que la Révolution ne va pas s’arrêter maintenant, sous le simple effet de la loi martiale et des emprisonnements. Lisons-le :

« La liberté a coûté aux Anglais, vingt-cinq batailles rangées, et soixante ans de malheurs ; et nous prétendons la conquérir en un jour, les bras croisés, en bavardant sur les affaires de la Ville !

Quoi ! Dans la matinée du 14 Juillet, la Noblesse, le Clergé, les créatures de la Cour, et la foule innombrable des misérables qui vivent des désordres de l’Etat, des calamités publiques, se montraient nos mortels ennemis, et dans la soirée ils seront devenus nos meilleurs amis ! Et la prise de la Bastille leur aura donné une âme nouvelle ! Et ils renonceront de gaité de cœur à tout ce qui était leur félicité ! Et ils ne travailleraient jamais à revenir contre des concessions commandées par la crainte ! Et ils ne trameront pas sans cesse contre nous ! Pris les armes à la main, ils n’auront qu’à se couvrir d’un masque de patriote, et nous croirons à leur patriotisme ! Et nous les laisserons tranquillement renouer la chaîne de leur perfide trame ! Insensés que nous sommes ! Ils nous traitent comme des imbéciles ; ont-ils tort ? Nous ne sommes à leurs yeux que des animaux féroces, dont il faut éviter le premier coup de boutoir, et que l’on peut ensuite mener avec un fil. »

Voici le précieux exemplaire du numéro XXIX de L'Ami du Peuple.

 

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Bien cordialement
Bertrand