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| Jeton d'admission aux séances du club des Cordeliers (1790) |
Création ce jour d'un nouveau club révolutionnaire dans le turbulent district des Cordeliers. Il portera le nom de "Société des amis des droits de l'homme et du citoyen", plus
connu sous le nom de club des Cordeliers. Il doit ce nom au lieu où il est implanter, la Chapelle du couvent des Cordeliers, alors devenue "bien national". Le club des Cordeliers sera l'un des clubs les plus à "Gauche" de la Révolution. L'un de ses membres fondateur et premier président, sera Louis Pierre Dufourny de Villiers, qui avait publié le 25 avril 1789 un cahier intitulé « Cahiers du quatrième Ordre, celui des pauvres journaliers,
des infirmes, des indigents, etc., l'ordre sacré des infortunés ;
ou correspondance philanthropique entre les Infortunés, les Hommes
sensibles, et les États-généraux : pour suppléer au droit de
députer directement aux États, qui appartient à tout français,
mais dont cet Ordre ne jouit pas encore ».
Un club ouvert à tous et toutes.
Important à signaler, sa cotisation annuelle sera très modique, seulement 24 sous, soit l'équivalent du paiement d'une journée de travail d'un ouvrier. D'autres sources indiquent que l'on pouvait donner ce que l'on voulait sur un drapeau tendu à cet
effet. Ce très faible coût était une particularité, car les droits d'entrées dans les autres clubs politiques étaient coûteux.
Ce club
n'accueillera pas seulement en son sein des hommes de toutes les conditions, de
simples citoyens passifs, il permettra aussi aux femmes d'assister à ses
séances et de prendre part aux délibérations. Les Cordeliers adopteront par exemple les
adresses que leur présentera Mademoiselle Le Maure, l'une des citoyennes les
plus assidues à leurs séances.
Il sera également fréquenté par des personnalités telles Camille Desmoulins, les journalistes Momoro et François Robert, Fournier l'Américain, ou encore le Chevalier de Rutledge dont nous parlerons bientôt.
Club de réflexion progressiste
Le Club de Cordeliers diffusera dans la société de nombreuses idées révolutionnaires très avancées. Parmi elles, l'idée de République, inspirée d'une analyse approfondie des œuvres de philosophes anglais, tels que Marchamont Nedham, James Harrington, Algernon Sidney et
Thomas Cordon. Étonnant, non, d'imaginer que l'idée de république nous
serait peut-être venue d'Angleterre ? Si vous souhaitez en savoir plus,
j'ai rédigé un article traitant de ce sujet intitulé :"26
Novembre 1789 : L'affaire Rutledge, ou de l'influence des républicains
anglais sur la Révolution française (avec l'historienne Rachel
Hammersley)"
Club d'action
On
retrouvera ce club à des moments clés de la Révolution, quand celle-ci
se démarquera de la bourgeoisie et prendra une tournure plus populaire,
comme lors du dépôt d'une pétition demandant la destitution du roi après
la tentative de fuite de celui-ci, le 17 juillet 1791.
On connait également ce club pour son emblème, l'œil de la surveillance, car ses membres se consacreront, entre autres, "à dénoncer au tribunal de l'opinion publique les abus des différents
pouvoirs et toute espèce d'atteinte aux droits de l'homme", comme il est
écrit dans l'arrêté du 27 Avril.
"Les Cordeliers se donneront comme les protecteurs
de tous les opprimés, les défenseurs des victimes de toutes les injustices, les
redresseurs de tous les abus particuliers ou généraux. Leur mission sera
essentiellement une mission de surveillance et de contrôle à l'égard de toutes
les autorités. Ils provoqueront des dénonciations, ils entreprendront des
enquêtes, ils visiteront dans les prisons les patriotes opprimés, ils leur
donneront des défenseurs, ils solliciteront en leur faveur auprès des autres
clubs ou des autorités, ils saisiront l'opinion par des placards, ils viendront
en aide aux familles des victimes par des souscriptions, etc. Bref, ils constitueront
un groupement d'action et de combat. Ainsi, ils resteront fidèles à la
tradition de l'ancien district des Cordeliers qui protégeait Marat contre les
poursuites du Tribunal du Châtelet, au besoin à force ouverte. Ainsi, ils resteront
en contact avec le peuple des travailleurs et des petites gens, continuellement
et directement intéressés à leurs démarches. "
Source : Le Club des Cordeliers - Albert Mathiez, 1910.
Une précision utile sur cette idée ambigüe de surveillance citoyenne.
Le contexte de 1792 et 1793
Certains s’offusquent de la politique de surveillance qui
fut menée à partir de 1792 alors que la France révolutionnaire était en guerre ;
guerre contre toutes les nations d’Europe (11 armées ayant franchi nos frontières) et
guerre civile sur le territoire français (Révoltes en Vendée, Bretagne,
Normandie, dans le Midi, à Bordeaux, Dijon et Lyon). C’est
oublier que le même
type de surveillance eu lieu à chacune des guerres qui suivirent, et que
dire de l'hyper surveillance dont nous faisons l'objet à présent ?
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1792, "la Patrie en danger"
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Lors de ma visite de l’exposition "Paris 1793 1794 –Année révolutionnaire", j’ai lu avec intérêt ce cartel expliquant la nature de
ce nouvel ordre policier :
« Au quotidien, les Parisiennes et les Parisiens ne
peuvent se passer des cartes de sûreté, des certificats de résidence ou même de
civisme. La guerre et la guerre civile justifient la mise en place d’une vaste
administration. Organisée dans les comités révolutionnaires de quartier ;
la culture de la surveillance et de la dénonciation civique vise à distinguer
les bons citoyens des ennemis de la République et pèse beaucoup sur les
libertés. Pourtant, c’est au nom d’un ordre public plus juste que les pouvoirs
de police sont confiés à la municipalité et aux quarante-huit sections qui
quadrillent le territoire parisien. Élus par les habitants, les commissaires de
police incarnent l’idéal d’une police citoyenne. »
État d'exception.
Ce qui choque certaines bonnes âmes pour la 1ère République ne les
choque pas pour la 3ème République. Rappelons en effet que lors
de la
séance historique du 4 août 1914 à la Chambre des députés,
le Parlement français s'ajourna sine die laissant au
Président du Sénat et au Président de la Chambre des députés le
soin de le convoquer, le cas échéant. L’état d’exception de
1793, avec ses 11 armées étrangères qui envahissaient la France,
valait bien celui d’août 1914, ne trouvez-vous pas ?
Les ennemis de la Révolution ont vu dans cet œil, le symbole
de l’état policier et totalitaire, prémisse d’une société oppressive, identique à celle décrite dans le roman 1984 de George Orwell. Que
pensent-ils de notre société où les caméras de surveillance policière sont
omniprésentes, ou de ces panneaux des « voisins vigilants » aux
entrées de nos villages ornés du même œil ?
Sommes-nous en état d'urgence ? Vivons-nous sous un état d'exception ?
Rien n'est jamais simple en histoire, comme vous le voyez...
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| Démolition du couvent des Cordeliers en 1802. |