![]() |
| Un député du Clergé et un homme à la mode de septembre 1789 Lithographie de Villain. Source |
151 députés du clergé rejoignent le Tiers état !
La patience du Tiers état a payé ! C'est en effet un événement de taille que l'arrivée ce 24 juin de ces députés du clergé au sein de leur assemblée. La voici décrite ci-dessous, telle que consignée dans le procès verbal de la journée :
Arrivée de la majorité des députés du clergé pour siéger avec les députés des communes, lors de la séance du 24 juin 1789
Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4546_t2_0149_0000_9
La délibération sur la motion de M. Mounier est interrompue par l'arrivée du clergé, précédé et annoncé par son huissier.
Cent cinquante-un ecclésiastiques formant la majorité, à la tête desquels sont MM. les archevêques de Vienne et de Bordeaux, les évêques de Coutances, Chartres et Rhodez, avancent au milieu de la salle, qui retentit d'applaudissements et d'acclamations universels.
Un secrétaire porte devant eux les pouvoirs qui avaient été vérifiés dans le comité assemblé le lundi précédent.
Digression 😉
La patrie reconnaissante envers le bas-clergé autorisera en 1791 le mariage des prêtres !...
Nous oublions toujours que la Révolution française n'aurait jamais pu avoir lieu si le Clergé n'avait pas rallié le Tiers État ce jour-là !
On pourrait même dire (avec une pointe d'humour) que les révolutionnaires furent reconnaissant envers ces bons curés (car c'est bien le bas-clergé qui fut à l'origine de ce ralliement), puisque l'Assemblée constituante autorisera le mariage des prêtre "en dehors du cadre de l'Église" par son décret du 27 août 1791. Dans une étude publiée en 1976, le célèbre historien Michel Vovelle a estimé le nombre de mariages de prêtres à 6500 durant la période révolutionnaire.
Le décret du 12 août 1793 (art. 3) punira même de déportation tout prêtre s'opposant au mariage civil ou divorce d'un autre prêtre...
À noter qu’en contrepartie de la constitution civile du Clergé, ledit clergé avait obtenu que le catholicisme resta la religion d'État et les traitements des ecclésiastiques pris en charge par la Nation avaient été augmentés : 50 000 livres pour l'évêque métropolitain de Paris, entre 12 000 et 20 000 pour les autres évêques et entre 1 200 et 6 000 livres pour les curés selon l'importance de la cure. Ces réformes en soit n'étaient donc pas inacceptables par l'Église, la réorganisation récente de Joseph II d'Autriche (le turbulent frère de Marie Antoinette) dans ses états du Saint-Empire avait été bien plus brutale que la prudent constitution civile du clergé des révolutionnaires français.
Estampe réalisée en 1790 à l'occasion de
la dissolution des ordres religieux qui
donnèrent lieu à de nombreux mariages...
Un dernier mot. (Digression dans la digression)
Le saviez-vous, jusqu’au 11ème siècle, beaucoup de prêtres catholiques étaient mariés, sans que cela pose le moindre problème. En 1059, le milieu pontifical se mit brusquement à considérer ces clercs-là comme des pervers sexuels, mais surtout comme des hérétiques, les Nicolaïtes, qui étaient proches d’autres déviants (les simoniaques) et qu’il fallait éradiquer...
Conclusion à cet article un peu spécial.
Cette digression concernant la constitution civile du clergé et le mariage des prêtres m'a semblé nécessaire afin de désamorcer les éventuels a priori que l'on pourrait avoir concernant le rôle des prêtres au cours de la Révolution. Vous verrez bientôt que certains prêtres furent parmi les premiers à prendre les armes aux côtés du Peuple...
Examen du décret du 27 août 1791 de l'Assemblée constituante, ou l'on traite la question du célibat ecclésiastique, de l'indissolubilité du mariage, etc, pour les concilier avec ce décret.
À lire également : "Débat sur le mariage des prêtres dans le diocèse de Rhone et Loire au début de la Révolution."
