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| Estampe datée de 1792/1793 |
Nota : Afin de respecter la chronologie de l'année 1789, les nouveaux articles sont encore publiés dans l'année 2020 (menu de droite). Je pense donc utile de publier quelques articles référencés en 2026 pour ne pas donner l'impression que le site est abandonné. 😊
Celui-ci, je l'avoue, est une sorte de billet d'humeur, motivé par la tourneur inquiétante que prend l'actualité et inspiré par la citation ci-dessous :
"Si tu es neutre en situation d'injustice, alors tu as choisi d'être du côté de l'oppresseur". (Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix 1984.)
Le pays va mal, on ne peut nier cela. Le pire se profile à l'horizon. Comme a l'accoutumé, le mal a poussé sur le terreau de l'ignorance ; une ignorance soigneusement entretenue.
Voici donc un modeste article traitant du mot citoyen...
Aujourd’hui, le mot citoyen embarrasse. Il date un peu. Après des décennies de réécriture de l’histoire de la Révolution française dans tous les médias par des histrions sans vergogne et des historiens aux ordres, tout ce qui fait penser à celle-ci "embarrasse". Les mémoires ont été soigneusement vidées, à des fins politiques, bien évidemment.
Les gens ont oublié qu’avant de devenir citoyens en 1789, les Français étaient des "sujets" du roi. C’est-à-dire qu’ils "étaient soumis à une autorité souveraine", comme le dit le dictionnaire Le Robert ; ils étaient assujettis. En aucun cas le substantif "sujet" n'est synonyme de celui de "citoyen". Certains de ces sujets de 1789 étaient même encore des "serfs". C’est-à-dire qu’ils étaient asservis. (En 1789, la France comptait encore 1.500.000 serfs, principalement dans les régions de Bourgogne, Franche Conté et Nivernais.)
Les gens ont oublié pourquoi le 14 juillet 1789 avait été précédé de plus de 900 émeutes de la faim depuis le début de l’année 1788.
Les gens ont oublié la première République, avec sa constitution du 24 juin 1793 (1) qui accordait le suffrage universel (masculin) pour la première fois de l’histoire de France ; sa constitution étonnante qui accordait aussi « le droit de vote aux étrangers âgés de vingt et un ans accomplis, domiciliés en France depuis une année, y vivant de leur travail, ou y ayant acquis une propriété, ou épousé une Française, ou adopté un enfant, ou nourri un vieillard, ou ayant été jugés par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité. »
Les gens ont oublié ce qu’était la Nation voulue par cette première République : Une communauté d’hommes libres et égaux vivant sous des lois qu’ils se sont données par l’intermédiaire de leurs députés. Une nation souveraine mais ouverte à tous les hommes. La nationalité venant du sol et non du sang. La maladie des nationalismes coloniaux au 19ème siècle a corrompu l'idée de la Nation.
Ce nouveau contrat social généreux et universel qu’était alors la Nation de la première République, n’avait rien à voir avec la nation nauséabonde et haineuse défendue aujourd’hui par le RN et les républicains d’opérette qui nous gouvernent. Le RN (2), cet héritier des pires ennemis de la République, salit nos couleurs lorsque ses membres ivres de ressentiment et de haine, agitent le drapeau français.
Les banquets du Canon français qui se veulent une représentation de la France éternelle, ne rassemblent que des idiots déguisés en franchouillards pétainistes. En aucune façon ces gens ne représentent la diversité de nos régions de France. Depuis la nuit des temps, la France, cette sorte de terminus adossé à l’océan du vaste continent eurasien, a rassemblé des peuples venant de partout. Même le nom "France", vient du nom des envahisseurs Francs ! Et le terme de gaulois a été attribué par Jules César pour désigner les centaines de nations celtiques recouvrant la zone de ses conquêtes !
Pendant que ces racistes avinés beuglent « les lacs du Connemara » dans leurs banquets financés par l’extrême droite, leurs maîtres fomentent la guerre civile revancharde dont ils rêvent depuis plus de 230 ans.
Carl Popper a bien défini dans son ouvrage majeur « La société ouverte et ses ennemis » (3) quel était le pire danger qui menaçait la démocratie : C’est le retour à une société fermée, tribale, raciste et haineuse. La démocratie est née dans une Grèce qui, s’étant ouverte au monde par le commerce et les voyages, avait découvert des valeurs communes chez d’autres peuples. La pensée universaliste est une sœur de la démocratie. C’est Socrate, le premier qui a pensé le cosmopolitisme ; il se disait citoyen du monde. (4)
Les frontières sont une invention tardive dans l’histoire de l’humanité. Elles ont été inventées par des conquérants pour mieux parquer les peuples qu’ils dominaient. La seule chose qui change vraiment, d’un côté de la frontière à l’autre, c’est à qui on paye des impôts.
Ne soyez donc ni des sujets ni des serfs, mais des citoyens, et si possible, si votre cœur est assez grand, si vous vous sentez capables de reconnaître chez les autres ce que vous partagez avec eux au lieu de ce qui vous différencie, soyez des citoyens du monde. L'alternative, c'est la guerre de tous contre tous.
Salut et Fraternité, comme on disait sous la première République !
Bertrand Tièche
(1) Constitution de 1793 :
https://www.elysee.fr/la-presidence/la-constitution-du-24-juin-1793
(2) RN, le côté hideux de la France :
https://www.revolutionfrancaise.website/2024/06/rn-le-cote-hideux-de-la-france.html
(3) Carl Popper "La société ouverte et ses
ennemis" :
https://journaldeslibertes.fr/article/la-societe-ouverte-et-ses-ennemis-de-karl-popper/
(4) cosmopolitisme antique :
https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/le-cosmopolitisme-une-antique-doctrine

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Je vous remercie pour ce commentaire.
Bien cordialement
Bertrand