Ce 27 juin 1789, le
roi ordonne aux députés de la noblesse de rejoindre les élus du tiers
état et du clergé. De plus, le vote se fera par tête et non par ordre. Le Tiers-État a-t-il gagné son dangereux bras de fer avec le roi ?
La presse va en parler !
Le
numéro 180 du Journal de Paris en date du lundi 29 juin 1789, rendra compte de la demande du Roi adressée à la noblesse ce vendredi 27 juin, de rejoindre l'Assemblée constituée par Tiers État et le
Clergé.
Le 25 juin dernier, 47 députés de la noblesse, dont Stanislas de Clermont-Tonnerre, Louis Alexandre de La Rochefoucauld d'Enville, Philippe Egalité, duc d'Orléans avaient déjà rallié l'Assemblée nationale.
Affaire de famille.
Louis XVI a écrit une lettre à son cousin, le Cardinal de la Rochefoucauld, président du Clergé, et une autre à son cousin le Duc de Luxembourg, président de la Noblesse. Il a enjoint chacun à se réunir "sans délai" avec les autres ordres.
Le Cardinal Dominique de la Rochefoucauld et le Duc de Luxembourg
Le comte d’Artois,
frère du roi, affirmera plus tard au Duc de Luxembourg que le roi s'était rendu à
cette extrémité parce que « ses jours étaient en danger ».
Le roi était-il vraiment en danger ? N’étaient-ce pas plutôt les députés
frondeurs de l’assemblée nationale qui étaient en danger, alors
que plusieurs dizaines de milliers de soldats appelés par le roi
stationnaient aux portes de Paris ?
Rappel des jours précédents.
Le 24 juin la
majorité du clergé était venue siéger avec le Tiers et par la
voix de l'archevêque de Vienne, Lefranc de Pompignan, avait déclaré
qu'elle admettait le vote par tête.
Le lendemain 25 juin, 47 nobles, dont le duc d'Orléans, Clermont-Tonnerre et Adrien
Duport, en avaient fait autant.
Hier 26 juin, les
deux premiers ordres avaient continué d'enregistrer des défections
et les députés qui persistaient à siéger dans des salles séparées
se faisaient huer par la foule.
Au pied du mur.
Quelle autre
solution restai-il au roi ? Soit il cédait à la volonté du
Tiers, devenue « volonté nationale », soit il envoyait
la troupe.
Pourquoi n’a-il-pas
envoyé la troupe ? Était-ce par bonté d’âme ? Ou bien
avait-il des doutes sur le degré d’obéissance de celles-ci ? Qui saura jamais ce que pensait vraiment ce déconcertant monarque ?
Le dangereux bras de fer engagé entre le roi et l’Assemblée
nationale menée par les députés du Tiers état trouve enfin ce jour une issue heureuse. De fait, Louis XVI reconnait alors implicitement l'Assemblée nationale. La Révolution est-elle terminée ?...
Lettre du Roi à M. le cardinal de la Rochefoucauld ,
président de l'ordre du clergé.
« Mon cousin, uniquement occupé de faire le bien
général de mon royaume, et désirant pardessus tout que l'Assemblée des États
généraux s'occupe des objets qui intéressent toute la nation, d'après
l'acceptation volontaire que votre ordre a faite de ma déclaration du 23 de ce
mois, j'engage mon fidèle clergé à se réunir, sans délai, avec les autres
ordres, pour hâter l'accomplissement de mes vues paternelles. Ceux qui sont
liés par leurs pouvoirs peuvent y aller sans donner de-voix jusqu'à ce qu'ils
en aient reçu de nouveaux, ce sera une nouvelle marque d'attachement que le
clergé me donnera.
« Sur ce, je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en
sa sainte et digne garde.
« Signé LOUIS.
« Le 27 juin 1789. »
Source :
https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_5906_t2_0161_0000_10
L'ordre de la noblesse reçoit communication d'une lettre du
Roi ainsi conçue:
À M. le duc de Luxembourg, président de l'ordre de la
noblesse.
« Mon cousin, uniquement occupé de faire le bien
général de mon royaume, mais désirant par-dessus tout que l'Assemblée des États
généraux s'occupe des objets qui intéressent toute la nation, d'après
l'acceptation volontaire que votre ordre a faite de ma déclaration du 23 de ce
mois, j'engage ma fidèle noblesse à se réunir sans délai avec les deux autres
ordres.
« Signé LOUIS.
« Le 27 juin 1789. »
Source :
https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_5909_t2_0162_0000_8