jeudi 25 mars 2021

Le "Vandalisme révolutionnaire" démoli par Eugène Despois.

Constitution de la République (1793)
Source ParisMusées



"Le Vandalisme révolutionnaire"

    Voilà un titre bien provocant pour cet ouvrage publié en 1868 par Eugène Despois ! 
Mais ne vous y trompez pas, le but de cet ouvrage d'érudit, fort bien documenté, est de montrer que ledit vandalisme, est, lui aussi, une fable inventée par les adversaires de la Révolution ! Eugène Despois dresse en effet un inventaire impressionnant de tout ce que la Convention nationale a réalisé *, et au passage, il ne se prive pas de mentionner quelques faits de réels vandalismes ayant eu lieu sous l'Ancien régime, mais en historien, il les relativise...
* La Convention nationale ayant aussi accouché de la 1ère République, c'est la raison de l'illustration en tête de cet article.

    Le sous-titre de son ouvrage est plus révélateur de son contenu :

Fondations Littéraires, Scientifiques
Et Artistiques de la Convention.

    Mon introduction étant un peu longue (comme d'habitude 😉), je vous dis tout de suite que nous allons parler des "fameuses" destructions d'églises et d'un étrange parti, le parti des indifférents...


Eugène Despois

    Eugène Despois né le 25 décembre 1818 à Paris où il est mort le 23 septembre 1876, était un grand professeur de rhétorique, un journaliste courageux, mais c’était aussi un fervent républicain. Le portrait en haut de page est celui qui figure sur sa tombe au cimetière du Montparnasse.

    "Le Vandalisme Révolutionnaire" est un livre qui m'a passionné et qui je l'avoue, m'a aussi  enthousiasmé. J’ai lu sa réédition de 1885 que j’avais trouvée en 2013 dans l’une des librairies de livres anciens de la Charité sur Loire (La cité du mot).

    A l'époque, en mai 2013, (date à laquelle j'ai rédigé une première version de cet article sur l'un de mes blogs), ce livre était introuvable. Mais de nos jours, grâce à Forgotten Books, qui réimprime des livres oubliés, il est de nouveau facilement accessible. (On vit une époque formidable !)

    Il ne semble pas faire partie des livres librement téléchargeables sur Forgotten Books, mais on peut le commander. Cliquez sur l'image ci-dessous :


    Sinon, vous pouvez également télécharger et lire son édition originale de 1868, disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France :

Voici le lien pour accéder au livre :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62142605.langFR

Vous pouvez également le consulter dans la fenêtre à la fin de cet article.



Digression sentimentale. 😉

    J'en ai déjà parlé ailleurs, La Révolution française est la période de notre histoire qui a le plus souffert d'une réécriture. A peine ses ennemis (Thermidor, l’Empire, la Restauration, etc.) en eurent-ils fini avec elle, qu’ils n’eurent de cesse de réécrire son histoire à charge. (Lisez mon exemple en "post scriptum"). Cette folie de réécriture calomniatrice est même allée jusqu'à accoucher de la première grande théorie du complot, inventée dans l'esprit tortueux de l’abbé jésuite Augustin Barruel. Nombres des idées délirantes consignées dans son essai politique contre-révolutionnaire et anti-Lumières en cinq tomes, publié en Allemagne de 1797 à 1799, florissent encore de nos jours, (les méchants Juifs, les abominable Francs-Maçons et autres meurtrières âneries). Cet ouvrage auquel se mêlent les explications surnaturelles et les diatribes contre les philosophes des Lumières ou Joseph II, sert en effet de bible à tous les nostalgiques de l’ancien régime qui ne peuvent expliquer que par le complot, une Révolution à laquelle ils n’ont rien compris. Lisez cet excellent article : Le complotisme dans l'histoire.

    On peut bien sûr comprendre pourquoi la Révolution Française fait si peur à certains. Ce n'est d'ailleurs pas à cause de sa prétendue violence, qui de nos jours paraît bien pâle à côté des brasiers meurtriers du XXe siècle. Mais plutôt à cause de la nouvelle direction qu'elle a fait prendre à l'humanité, celle de son affranchissement et de son émancipation. Celle-ci fut un événement majeur de l’histoire de l’humanité. Hegel, par exemple, considérait qu'il y avait trois étapes essentielles le long du chemin vers la liberté : le Christianisme, la Réforme et la Révolution Française. Mais c’est Emmanuel Kant qui décrivit le mieux cet événement considérable lorsqu’il écrivit ceci :

"Même si le but visé par cet événement n’était pas encore aujourd’hui atteint, quand bien même la révolution ou la réforme de la constitution d’un peuple aurait finalement échoué, ou bien si, passé un certain laps de temps, tout retombait dans l’ornière précédente (comme le prédisent maintenant certains politiques), cette prophétie philosophique n’en perd pourtant rien de sa force. Car cet événement est trop important, trop mêlé aux intérêts de l’humanité, et d’une influence trop vaste sur toutes les parties du monde pour ne pas devoir être remis en mémoire aux peuples à l’occasion de certaines circonstances favorables et rappelé lors de la reprise de nouvelles tentatives de ce genre."

"Dès le début, la Révolution française ne fut pas l’affaire des seuls Français."

(Extrait du Conflit des facultés, 1798)



Rendre justice au travail de la Convention

    Despois a choisi ce titre provocateur pour montrer comment, bien au contraire, la Révolution Française avait été créatrice et non pas destructrice.  Son travail d’érudit a été rendu possible parce que la Révolution tenait registre de tout, absolument tout, dans ses moindres détails ou presque, et à l’époque où Despois effectua son titanesque travail, tous ces registres, journaux, lois, jugements, plans, etc. ainsi que de nombreux témoignages, étaient encore accessibles (Beaucoup ont brûlé lors de la Commune).

    Despois détaille donc l’impressionnante tâche réalisée plus particulièrement par la Convention nationale, et ce, avec précision et toujours en donnant ses sources. Le travail réalisé durant ces quelques années fut en effet prodigieux.

Quelques exemples ? : 

  • L'enseignement primaire,
  • L'enseignement secondaire et supérieur, 
  • Les écoles centrales,
  • L'école normale,
  • L'école des langues orientales,
  • L’école polytechnique, (Fondée en 1794 par la Convention nationale sous le nom d'École centrale des travaux publics. Civile et gratuite sous la Révolution, elle devient militarisée et payante en 1804 par la volonté de  Napoléon Ier.)
  • Le muséum d’histoire naturelle,
  • Le conservatoire des arts et métiers,
  • Les écoles de droit,
  • L'école de médecine,
  • L'Institutions pour les sourds-muets et les aveugles,
  • L’Institut,
  • Le musée national des beaux arts,
  • Le musée des monuments français,
  • Les bibliothèques,
  • Les archives nationales,
  • Le conservatoire de musique,


    C’est incroyable de constater toute cette frénésie de création dans cette France qui était alors assaillie par les armées de tous les despotes d’Europe, sans parler de la terrible guerre civile vendéenne fomentée par ses pires ennemis, ceux de l’intérieur. 

    C’est dans cette même période de guerre que les départements et les communes furent créés, que la citoyenneté fut accordée aux Juifs et que la liberté fut donnée aux esclaves ! (Robespierre préférait perdre les colonies, disait-il, plutôt que de renoncer à l’idée de donner la liberté aux noirs, alors que le despotique Napoléon se chargea bien vite de rétablir l’esclavage).

    Le livre de Despois est écrit sans haine, dans le beau style du 19ème siècle, avec érudition et élégance. Mais je n’ai pu m’empêcher de songer avec amertume à toutes les ignominies que j’ai pu lire et entendre depuis des années sur la Révolution Française, y compris au sein de l’école publique dont elle est la fille bien souvent ingrate. 

    Tandis que j’écrivais la première version de cet article en 2013, une énième niaiserie télévisée était diffusée sur une chaîne publique (les malheurs de la Pompadour). Les Français semblent avoir plus de tendresse pour les représentants d’une noblesse qui a maintenu durant des siècles leurs ancêtres dans la misère, l’ignorance et la servitude, qu’envers ceux qui se sont battus pour instaurer Liberté Egalité et Fraternité. 

    Peu de temps auparavant avait été rediffusé un "chef d’œuvre" de révisionnisme destiné à faire pleurer dans les chaumières sur le prétendu "génocide" vendéen ! Une plainte avait même été déposée au CSA à l’encontre de  cette forgerie révisionniste, mais le CSA dans sa grande inculture avait répondu que tous les points de vue avaient le droit de s’exprimer. A quand un documentaire pour défendre avec compassion les points de vue de la milice et des collabos sous l’occupation ?

    Il ne faut donc plus s’étonner si les Français en sont venus à confondre leurs ancêtres Sans-culottes (2807 condamnations à mort durant les 17 mois de la "Terreur") avec les Khmers rouges ! (3.000.000 de morts). 

    Pourquoi ne pas comparer les 17 mois de terreur révolutionnaire, avec la terreur de l'ancien régime, qui elle dura des siècles ? 

Juste un exemple pour vous donner une idée :
    Renseignez-vous également sur la terrible répression de la révolte des Rustauds, en Alsace au 16ème siècle. L'article suivant est bien écrit et bien documenté : "La ville d'Obernais assiégées par les paysans".
    Lisez aussi cet article sur mon blog-notes sur les 600 ans de terreur de l'ancien régime, si bien évoqués par le grand Michelet : "600 ans de terreur de l'ancien régime".

    On pourrait résumé ainsi : La terreur révolutionnaire est à jamais impardonnable car elle est issue du peuple. 
La terreur monarchique est normale, parfois même auréolée de gloire, quand elle n'est pas justifiée par des motifs divins !

    Veuillez me pardonner si je m’échauffe, car ce faisant je retarde le moment ou vous lirez les deux extraits que j'ai choisis pour vous.


A propos des destructions d'églises.

    Que n'a-t-on pas dit à propos des destructions d'églises causées par les fureurs anti-chrétiennes de la Révolution ! A écouter les bonnes âmes, il n'y aurait pas une église de France qui n'ait été profanée par un sans-culotte ivre de vin et de sang !
    Mais si l'on se donne la peine de vérifier les faits, plutôt que de se cantonner aux copiés-collés d'historiens "émotifs", on découvre une toute autre vérité (même si je n'aime pas beaucoup ce mot en histoire).

Détour par le XVIe siècle...

    Avant de vous faire lire les explications de Despois, faisons un court détour au XVIe siècle, c'est-à-dire à l'époque des guerres de religions entre Catholiques et Protestants, qui ont ravagé la France. Car il faut bien reconnaître que faute d'avoir trucidé beaucoup de Catholiques, les Protestants ont quand même "abimé" beaucoup d'églises et de cathédrales. Pour les Protestants, ces lieux n'étaient pas sacrés (le culte protestant pouvant se tenir n'importe où) et ils voyaient ces édifices encombrés de dorures et de portraits de saints n'ayant rien à voir avec la Bible, comme des lieux d'idolâtrie. Rappelons que le prêtre allemand Martin Luther, l'inventeur du Protestantisme, a eu l'idée de réformer l'église catholique quand il s'est irrité de voir l'Eglise Catholique vendre des indulgences (des places pour le paradis), afin de financer la très coûteuse construction de la Basilique Saint-Pierre à Rome. En résumé, sachez que lorsque vous voyez une niche sans statue sur une façade d'église, ou une statue sans tête, bien souvent le forfait, quoi que l'on vous dise, remonte aux guerres de religions.
    Si vous haïssez les Protestants pour cela et que le calvaire qu'ils ont subi ensuite ne vous suffit pas, vous prendrez plaisir à la lecture de cet "émouvant" livre du prêtre Victor Carrière (1872-1946), professeur à l'Institut catholique « Les épreuves de l'Église de France au XVIe siècle ».
    Sinon, je ne puis que vous conseiller de lire ce qu'en dit Eugène Despois, avec plus de subtilité bien sûr, à la page 194 du chapitre XII de son livre.

    Rappelons-nous tout de même que l'Eglise chrétienne est championne du monde dans la catégorie destruction d'édifices religieux (des autres religions), et ce depuis l'antiquité ! Passons...


Retour à la Révolution, avec Despois.

Nous avons assez tardés, je vous laisse lire ! 😊👍


CHAPITRE XIV (Page 216 de l’édition de 1868)


DESTRUCTIONS DIVERSES.

    Je ne prétends pas d'ailleurs qu'il n'y ait pas eu un moment où de nombreux actes de dévastation furent commis à Paris et ailleurs : ce fut lorsque le culte de la liaison fut inauguré, le 10 novembre, par la Commune, grâce aux efforts d'Hébert et de Chaumette. Mais on oublie que ce culte baroque ne dura que quelques jours ; que dès les premiers jours, quand l'évêque de Paris, Gobel, vint avec ses vicaires abjurer le catholicisme, un autre évêque, Grégoire, protesta et fut appuyé par Robespierre ; qu'à quelques jours de là, aux Jacobins, le 21 novembre, Robespierre renouvelait ses protestations contre ces farces ridicules, et déclarait que la volonté de la Convention était « de maintenir la liberté des cultes qu'elle avait proclamée, et, en même temps, de réprimer quiconque en abuserait pour troubler l'ordre public » ; et que, le 26 du même mois, des députations de communes apportant les dépouilles de leurs églises, et des ci-devant prêtres venant abjurer leur caractère ecclésiastique devant la Convention, Danton s'écria avec dégoût : « Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, nous ne voulons pas plus honorer le prêtre de l'incrédulité ; nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait plus de mascarades anti-religieuses au sein de la Convention. » Et il proposait qu'on cessât de recevoir de pareilles députations. « La proposition de Danton, dit le Moniteur, est décrétée au milieu des applaudissements. » Inutile d'ajouter que les mascarades anti-religieuses cessèrent aussitôt dans Paris. Le Comité de salut public ne s'en tint pas là, et, pour prévenir le retour de tous ces scandales, qui dérangeaient d'ailleurs ses vues politiques, même à l'égard de l'étranger, Robespierre rédigea au nom de ce Comité un rapport et une « réponse au manifeste des rois coalisés contre la République ». Toutes ces dévastations étaient mises sur le compte de la contre-révolution, et attribuées, selon l'usage, « aux agents des puissances étrangères, qui détournaient notre attention des véritables dangers et des besoins pressants de la République pour la tourner tout entière vers les idées religieuses, osaient abuser du nom de la Convention pour justifier les extravagances réfléchies de l'aristocratie déguisée sous le manteau de la folie, et faisaient dénoncer la France à l'univers comme un peuple de fous et d'athées ». «Nos ennemis, ajoutait-il, se sont proposé un double but, en imprimant ce mouvement violent contre le culte catholique : le premier, de recruter la Vendée, d'aliéner les peuples de la nation française, et de se servir de la philosophie pour détruire la liberté ; le second, de troubler la tranquillité de l'intérieur, et de donner ainsi plus de force à la coalition de nos ennemis". Le lendemain, 6 décembre 1793 (16 frimaire an II), la Convention décrétait :

  • Art. 1er. Toutes violences et mesures contraires à la liberté des cultes sont défendues.
  • Art. 2. La surveillance des autorités constituées et l'action de la force publique se renfermeront à cet égard, chacune en ce qui les concerne, dans les mesures de police et de sûreté publique. »

    Nul doute que ce mouvement passager n'ait été à Paris, centre de l'agitation révolutionnaire, plus violent que partout ailleurs. On voit pourtant qu'il y a été combattu dès le début par des voix que le parti populaire avait l'habitude de respecter. Le même mouvement a été, dans les départements, encore moins sérieux.

    Il existe aux Archives un certain nombre de procès-verbaux des communes qui avaient institué chez elles le culte de la Raison, et qui ont soin de s'en vanter auprès du pouvoir central. Le petit nombre de ces adresses prouve que ce mouvement fut bien loin d'être général, comme on affecte de le croire, et l'on vient de voir qu'il fut aussi beaucoup plus court qu'on ne le suppose généralement.

    Quant aux édifices religieux détruits pendant la Révolution, il est aisé d'en préciser le nombre pour Paris.

    Ce travail a été fait par un écrivain très au fait de l'histoire de Paris comme de celle de la Révolution, M. Frédéric Lock, qui veut bien me le communiquer. C'est une statistique à laquelle il est malaisé de répondre.

    Après avoir rappelé que l'Assemblée constituante avait ordonné la suppression d'un certain nombre de paroisses et des monastères (non la destruction des édifices, bien entendu), il a trouvé que 130 édifices religieux ont été détruits depuis 1790 jusqu'en 1861, savoir :

  • 1 en 1791,
  • 9 en 1792,
  • 4 en 1793,
  • Aucun en 1796,
  • 3 en 1795,
  • 9 en 1796,
  • 18 en 1797,
  • 8 en 1798,
  • 5 en 1799,
  • 26 de 1800 à 1814,
  • 31 de 1814 à 1830,
  • 11 de 1830 à 1848,
  • 23 de 1848 à 1861.

(Quelques-uns ont été détruits depuis.)

    De sorte que la part de l'ère conventionnelle dans cette œuvre de destruction est justement la moins forte de toutes !

    Quand donc on a essayé d'intéresser contre la Convention le zèle de l'archéologie et le goût de l'architecture du moyen âge, on s'est totalement trompé. Tous les gouvernements, — je dis tous — depuis la Convention, sont plus criminels à cet égard, si crime il y a. Il faut en prendre son parti : les chiffres sont là.

Voilà pour les édifices religieux.


    Malheureusement les sculptures sont plus faciles à anéantir que les monuments, et le simple plaisir de briser, le besoin de détruire, a eu naturellement plus de part que le fanatisme aux dévastations de cette époque comme de toutes les autres. Mais ce qu'il importe de constater ici, c'est le soin que mit la Convention à prévenir les actes de ce genre, la sévérité qu'elle déploya contre les auteurs de ces mutilations ; on peut même trouver dure la pénalité qu'elle établissait à cet égard, par son décret du 4 juin 1793 :

« La Convention nationale, ouï le rapport de son comité d'instruction publique, décrète la peine de deux ans de fers contre quiconque dégradera les monuments des arts dépendants des propriétés nationales » (1)

(1) Le rapport est encore de Lakanal. Le mot vandalisme s'y trouve, et c'est la première fois, ce me semble, qu'il fut employé pour flétrir des excès que la Révolution a réprimés plus sévèrement qu'aucun régime.

    M. le marquis de Laborde écrit pourtant dans son ouvrage sur les Archives : « Un seul de ces Vandales, vertement fustigé sur la place de l'église qu'il avait déshonorée, aurait suffi pour arrêter cette sauvagerie. La Convention a continué à encourager la destruction, en prenant quelques mesures insignifiantes pour organiser administrativement ce saccage et en conserver les débris ».

    C'est de cette façon, je ne me lasserai pas de le répéter, que s'écrit l'histoire de la Révolution. Deux ans de fers, quel encouragement !

 



C'est de cette façon que s'est écrite, hélas, l'histoire de la Révolution...


    Le second extrait que je vous propose de lire, m'a beaucoup donné à réfléchir. Là aussi, vous allez découvrir une toute autre vision de l'époque révolutionnaire.


Le parti des indifférents...

    Cet extrait constitue le début du chapitre XXII, intitulé "Les Lettres sous la Convention". Lisez-le avec attention. Despois y évoque l’étonnante "normalité" qui pouvait régner au sein de la population, y compris durant les moments les plus "chauds" de la Révolution. Ce qui convenons-en, ne correspond guère à l'idée que nous nous faisons de cette époque. 

Ce début de chapitre aurait pu s’intituler "Le parti des indifférents". Vous allez comprendre.



CHAPITRE XXII (Page 339 de l’édition de 1868)


"LES LETTRES SOUS LA CONVENTION"



    Le 5 octobre 1789, au moment où le peuple de Paris, Maillard en tête, se ruait à Versailles, Louis XVI se livrait à son plaisir favori, la chasse. Prévenu de ce qui se passait, il revint à Versailles ; mais le soir, comme c’était un prince fort méthodique et fort rigoureux observateur des petites habitudes dont il s’était fait un devoir, il eut soin d’écrire dans son journal : Tiré à la porte de Châtillon, tué quatre-vingt-une pièces. INTERROMPU PAR LES EVENEMENTS.


    Une grande partie de la population parisienne n’en eût pu dire autant. Rien ne vint interrompre ses habitudes frivoles, et, même après le 10 août, même après le 21 janvier, jusque dans les moments les plus sombres de la terreur, les théâtres, les lieux de plaisir, toujours remplis d’une foule empressée, semblaient témoigner que rien n’était changé en France : la frivolité de l’ancien régime avait survécu à ce régime même.


    L’Almanach des Muses, l’Almanach des Grâces, paraissaient comme ci-devant, toujours bourrés de petits vers badins et pimpants. Ce dernier recueil nous donne, par exemple, la récolte des pièces galantes écloses pendant l’année 1793, et commence l’Annuaire des Grâces pour 1794 par le couplet suivant, où le contraste caractéristique du passé et du présent se marque même entre le titre de la chanson et l’indication de l’air.

A la citoyenne *** (air de la Baronne).

A la plus belle

L’amour destine ce recueil.

A ces ordres je suis fidèle,

Et je la porte avec orgueil

A la plus belle.


    De son côté, l’Almanach des Muses se croit obligé de joindre aux fadeurs obligées de ces sortes de recueils, soit la Marseillaise, soit l’Hymne à la Liberté, récité au lycée par le citoyen La Harpe.

    Mais malgré ces légers sacrifices aux graves préoccupations du moment, il n’en est pas moins vrai que le fond du recueil se compose du bagage ordinaire : madrigaux, épigramme, impromptus et autres délassements des temps les plus paisibles. Rien n’a pu effaroucher la muse légère ou la déterminer à changer de ton.

    Quant à la littérature dramatique, c’est de 1793 que date surtout le développement extraordinaire du vaudeville.

"Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie !"

    Qui donc alors s’abandonnait à cette joie égoïste et à cette indifférence, plus féroce peut-être en des temps si graves que les frénésies les plus extrêmes du fanatisme ?
    Hélas ! c’était au moins une notable partie de la population de Paris, puisque vingt théâtres ne suffisaient point à satisfaire la curiosité du public. Sans doute les pièces de circonstance abondaient alors, beaucoup moins pourtant qu’on ne semble le croire. Sur le théâtre du Vaudeville, par exemple, récemment ouvert, on ne compte pas moins de quarante pièces représentées pendant l’année 1793, et si j’en juge par les titres donnés dans l’Almanach des Spectacles pour 1794, je ne vois guère qu’une dizaine de pièces à intentions républicaines. Néanmoins, l’Almanach des Spectacles vante le caractère patriotique de ce théâtre et des pièces que l’on y joue. « C’est, ajoute-t-il, surtout depuis le Révolution que le Vaudeville a repris sa force et son véritable caractère. » Le répertoire des autres théâtres ne semble pas en général annoncer des préoccupations plus élevées.

    Ce singulier phénomène a frappé les contemporains. Saint-Just, qui a passé sa courte et sombre jeunesse à s’étonner de ne point vivre à Lacédémone, se demande la cause de cette assiduité aux théâtres les plus vulgaires, et il la trouve surtout dans les facilités accordées aux membres des sections et dans le grand nombre d’agents que le gouvernement centralisé à Paris était contraint d’y entretenir. « La Feuille villageoise et la Décade philosophique, dit M. Baron, donnent une explication en plusieurs points conforme à celle de Saint-Just. Elles y ajoutent les fortunes créées par l’agiotage sur les assignats et par les spéculations sur les biens nationaux. » Tout cela explique bien comment il se trouvait un public nombreux pouvant aller au théâtre, mais n’explique nullement ni l’intérêt léger qu’il y portait, ni le caractère frivole des pièces qu’on lui servait au milieu d’événements dont le tragique spectacle semblait de nature à absorber, non pas seulement les convictions sincères, mais la plus égoïste curiosité. Peut-être l’explication la plus simple de ce fait étrange est-elle dans l’invincible force des habitudes, et dans cette légèreté d’esprit dont tant d’épreuves diverses ont quelque peu corrigé notre race, sans la modifier autant qu’il le faudrait.

    Voltaire écrivait le 2 août 1761 : «  Je m’imagine toujours, quand il arrive quelque grand désastre, que les Français seront sérieux pendant six semaines. Je n’ai pu encore me corriger de cette idée. » Voltaire eût pu ici faire un retour sur lui-même. Quelle que soit son incontestable et sérieuse persévérance que dissimulait en partie la légèreté de ses propos et quelquefois de sa conduite, lui-même était très Français en ce point, et c’est ce qui explique son influence énorme et sur ses contemporains et sur la France actuelle. Sa puissance a été surtout de rester une conviction sérieuse servie par des défauts qui sont les nôtres.

    On n’imagine point d’ailleurs combien, dans une nation habituée à demeurer étrangère aux événements publics, il restait de gens se tenant à l’écart, à l’heure même où les événements publics semblaient toucher à toutes les existences et intéresser par force les esprits les plus rebelles à toute préoccupation patriotique. En temps ordinaire, ce qu’on appelle l’opinion publique est toujours celle d’une minorité. C’est l’erreur incurable des esprits convaincus ou tout au moins absorbés par une préoccupation constante, d’attribuer à tout le monde les idées qui les intéressent, et de diviser leurs contemporains en trois ou quatre catégories, parmi lesquelles ils oublient toujours de compter la plus nombreuse, celle qui, à un moment donné, déjoue tous les calculs des politiques et fait pencher la balance dans un sens inattendu, je veux dire le parti des indifférents. Cette classe de gens, qui n’assiste parfois aux plus terribles événements que comme à un spectacle, et qui, même aux jours les plus navrants de 1814 et 1815 n’a guère vu qu’un défilé d’uniformes inaccoutumés, était sans doute moins nombreuse en 1793 qu’à toute autre époque : elle n’en existait pas moins. Elle devait triompher plus tard, au temps du Directoire : mais, en attendant, elle subsistait en dehors du grand courant qui semblait emporter la société toute entière. Le mouvement des grands fleuves d’Amérique n’est sensible et violent qu’à leur centre ; mais le long de leurs rives indécises ils laissent, à moitié cachés sous une végétation abondante et parée de fleurs, d’inertes marécages et des étangs immobiles, au milieu desquels l’énorme masse passe sans remuer.





Post Scriptum : 

    Voulez-vous un dernier exemple de traitement contestable de l’histoire de la Révolution Française ? 

    Lisez le passage du livre de Despois décrivant dans quelles conditions s’est déroulée l’exhumation des corps des rois à la basilique de Saint-Denis durant la Révolution (Chapitre XIII, page 198 de l'édition de 1868) et surtout pas dans le recueil de fables historiques de l'histrion Loràn Deutsh ! 

    Essayez ensuite de savoir de quelle façon l’illustrissime Louis XIV a traité les Jansénistes de Port Royal, et leur cimetière




Par la fenêtre ci-dessous, vous pouvez découvrir "Le Vandalisme Révolutionnaire".


Merci pour votre attention.



lundi 22 février 2021

L'histoire, la vérité, le bien, le mal, et toutes ces sortes de choses très relatives

C'est quand même un sacré titre, non ?


Rien n'est écrit définitivement.

    J’aime beaucoup cet exergue que l’historienne Annie Jourdan a fait figurer en couverture de son livre magistral intitulé "Nouvelle histoire de la Révolution française" :

« Rien n’est définitivement écrit. En histoire plus qu’ailleurs. »

    Rien en effet, n’est écrit à jamais dans le marbre, hormis parfois quelques maximes pas toujours vraies, auxquelles leurs auteurs ont voulu donner du poids. Rien n’est définitif et qui plus est tout est relatif.

    Il suffit parfois de la découverte, fortuite ou volontaire, d’un document inédit, d’un artefact ou d’un bout d’os pour que l’histoire nécessite d’être réécrite. Mais tout ne tient pas uniquement à une question de découverte.

    De nouvelles techniques numériques permettent de nos jours comme je l’avais évoqué précédemment, d’analyser, comparer, et répertorier de grandes quantités de documents. Le même énorme travail aurait nécessité plusieurs vies à un historien ne disposant pas de ces outils surpuissants. Mais cela ne suffit pas non plus.

    Une nouvelle génération d’historiens peut également apporter beaucoup et j’ai l’impression que c’est un peu ce qui se passe ces années pour la Révolution française. Durant trop longtemps, les études relatives à cette période cruciale de l’histoire de France se sont résumées à une stérile guerre de positions, disons-le "politiques" ; chacun dans sa tranchée tirant des rafales de mots explosifs, au jugé, vers la tranchée opposée. Je ne suis pas naïf. Je me doute bien qu’il faudra encore longtemps avant que l’on ne devise aussi tranquillement des guerres révolutionnaires que de la guerre sociale romaine. Néanmoins, au gré de mes lectures, je constate une réelle évolution. 


La nécessité d'être contrarié.

    Je suis convaincu du fait que l’on ne peut progresser intellectuellement qu’en étant étonné, voire contrarié ou même agacé par ce que l’on découvre. Qui n’a jamais changé d’avis, n’a jamais progressé intellectuellement. Pour ma part, c’est ce chemin que je me suis toujours efforcé de suivre. C'est l'une des raisons pour laquelle je ne suis attaché à aucune chapelle d’un quelconque courant révolutionnaire et que je ne voue de culte à aucun "grand personnage" de cette époque, même si certains, bien sûr, ont ma sympathie (c’est humain).


Les personnages conceptuels.

    Soyons honnêtes. Si l’on y réfléchit bien, on connait bien peu de choses des personnages historiques. La plupart d’entre eux, sont souvent devenus au fil du temps des personnages conceptuels, c’est-à-dire des constructions intellectuelles et/ou sentimentales, bien éloignés de ce qu’ils étaient, et ce, quelque-soit la pléthore de documents ou de témoignages les concernant. 

    L’historienne Aurore Chéry, dans ses articles ainsi que dans son très dérangeant livre sur l'Intrigant Louis XVI, évoque la construction après la Révolution, d’un personnage Louis XVI, à l'aide de fausses lettres lui étant attribuées, de témoignages élogieux, de tableaux et gravures, etc. Le tableau ci-dessous constitue un bel exemple de la construction d'un Louis XVI soucieux de la misère de son peuple. Il a été peint sous la Restauration par Louis Hersent, à la demande du frère de Louis XVI devenu Louis XVIII. Il fut exposé au public en 1817 et il donna lieu à de nombreuses reproductions abondamment diffusées.

« Louis XVI distribuant des aumônes aux pauvres de Versailles pendant l'hiver de 1788 »

    Lire également cet article sur la légende de Louis XVI et Parmentier luttant ensemble contre la famine. (Mais j'émets une réserve sur Parmentier dont je vous reparlerai dans un prochain article).

    Aurore Chéry dresse le portrait d'un roi bien moins stupide que celui transmis par l'histoire officielle (mais à mon très humble avis, peut-être un peu plus génial qu'il ne le fut probablement). Il faut néanmoins admettre que ce roi très secret, a bien contribué à brouiller les pistes avec ses propres forgeries, comme par exemples avec les formules laconiques laissées dans son journal (voir mon article du 15 août), qui n’était en rien personnel, mais bien rédigé pour être lu par autrui.

    On pourrait également évoquer la Marie-Antoinette de contes de fées, inventée en grande partie par le talentueux Stefan Zweig, qui n'a pas fini de faire pleurer dans les chaumières ! Peu de gens malheureusement, lirons le passionnant petit livre de l'historienne Cécile Berly "Idées reçus sur Marie-Antoinette" ! 


    N'oublions pas non plus l'invention du personnage "Olympe de Gouge". C'est pour une bonne cause, certes, mais voila bien un nouveau personnage conceptuel plein d'avenir ! Lire mon article "Olympe de Gouge, morte pour le féminisme, vraiment ?"    

    Certains de ces personnages conceptuels sont même devenus célèbres au-delà de ce que leurs modèles auraient pu imaginer, comme le Socrate raconté par Platon, bien différend du Socrate moqué par Aristophane. J'ose à peine évoquer ce fils d'un charpentier de Galilée, dont le message transmis par ses apôtres a été totalement dénaturé par Paul de Tarse,  Augustin d’Hippone et quelques autres, pour fabriquer un christianisme ayant bien peu de rapport avec l'idée du personnage d'origine... 

    

Gnauthi Seauton
Connais-toi toi-même

Connais-toi toi-même.

    Qui a appris de la vie et se connait un peu, finit par comprendre qu’il est en partie un mystère à lui-même. 

    Savez-vous réellement ce que vous pensez de tel ou tel sujet, et surtout, comment vous en êtes parvenu à forger "votre opinion". Sauriez-vous faire la part de ce qui ressort de vos réflexions et de ce que les hasards de la vie vous ont appris ? livres lus, discussions échangées, etc. ? Qui en a fait l’expérience, sait que l’on peut s’étonner parfois de ce que l’on écrit dans son journal intime ! Savez-vous réellement pour quelle raison précise, vous avez agi ainsi, en telle circonstance ? 

    Que connaissons-nous de ce tourbillons de pulsions et pensées, la plupart du temps inconscientes, qui nous anime ? Il m’est un jour arrivé cette expérience étonnante de réaliser avec stupéfaction, en relisant un roman lu quand j’étais jeune, que quelques années auparavant, placé dans la même situation que le personnage du roman, j’avais pensé, parlé et réagis comme lui. Qui avais je été à ce moment là de ma vie, moi ou Ulrich, le personnage de ce roman de Robert Musil, "l’homme sans qualité", que je pensais avoir oublié ? Alors que dire de quelqu’un qui voudrait nous décrire après notre mort, voire même dans le cas d’un historien, des centaines d’années après notre disparition ? Bien souvent, il ne reconnaitra ou comprendra de nous que ce qui lui ressemble.

    Nietzsche a écrit dans « Par-delà le bien et le mal » : "J'ai peu à peu découvert ce que toute grande philosophie a été jusqu'à ce jour : la confession de son auteur et une sorte de Mémoires involontaires et insus (inconscients). Chez le philosophe, il n'y a absolument rien d'impersonnel et sa morale notamment, témoigne de façon nette et décisive qui il est ".

    Je suis persuadé qu’il en est de même des historiens. Le récit que chacun fait de l’époque qu’il étudie est en fait un témoignage de qui il est, une confession inconsciente de ses préjugés et de ses a priori, ainsi qu’un révélateur de son milieu social et culturel. Il n’y a rien de choquant à cela, c’est humain. Ce n’est ni bien ni mal, aurait précisé Nietzsche ! Le fait même de se spécialiser dans une époque plutôt qu’une autre, en dit long sur nous.


Un exemple...

    Vous souvenez-vous de cet article du 28 Juillet, dans lequel je m’étais étonné de l’interprétation donnée par Adolphe Thiers dans son histoire de la révolution française, à propos de la grande peur de l’été 89 ? Il émettait l’hypothèse surprenante, que les courriers envoyés partout en France pour annoncer l’arrivée des "brigands", relevaient d’une initiative de la cour. Cela seul pouvait expliquer selon Thiers, leur capacité de franchir aisément tous les postes de contrôles du royaume. L’idée aurait été selon lui d’armer les provinces pour les opposer à Paris, car la cour ne croyait pas à une révolution générale du royaume. 

    Cette idée de Thiers est vraiment très intéressante, mais elle est aussi très révélatrice du personnage, car c’est ce que lui-même fit pour écraser la Commune en 1871 quand il fut nommé chef de l’exécutif de cette 3ème république improvisée à la hâte sur les décombre du second empire par des bourgeois monarchistes. Thiers fit appeler des soldats de la province, tous d’origines paysannes, pour mater la révolte des communards parisiens, ceux que l’on appelait haineusement "les partageux" dans les campagnes. Imaginez-vous que les communards refusaient de livrer Paris aux Prussiens ! Le gouvernements de Thiers se hâta de négocier avec les Prussiens pour récupérer les soldats de l’armée française qui s’était rendu sans combattre à Metz. Entre 20.000 et 30.000 communards seront massacrés lors de la semaine sanglante qui eu raison de l'utopie de la Commune. Plutôt le Kaiser que les Communards ! Plus tard d’autres diront plutôt Hitler que le Front Populaire. Oups ! Je perds mon objectivité !


Je ne suis pas objectif (même si j'essaie)

    Pour être honnête avec vous, je suis sans illusions sur l’objectivité de ma lecture de la Révolution, comme vous venez d’en avoir un aperçu avec ma lecture de la Commune ! Je me pose par-exemple les questions suivantes :

    Est-ce de par mes origines suisses du côté de mon père, que j’ai remarqué la présence de tant de Suisses parmi les acteurs de la révolution ? Du trouble banquier Perrégaux, en passant par Hulin, son homme de main qui conduisit l’attaque de la Bastille, sans oublier Marat, ni Rousseau, les Suisses sont partout, y compris du côté de roi et de ses gardes suisses sans oublier Besenval, le favori de la reine, et accessoirement le lieutenant suisse du Maréchal de Broglie ! Je ne plaisante qu’à moitié ! Plus d’un millier de genevois étaient exilés à Paris , depuis que Genève avait capitulé le 2 juillet 1782 devant trois armées coalisées dont l’armée du roi Louis XVI. Les cercles politiques genevois avaient été dissous et la liberté de la presse supprimée. Mais les idées de liberté de ces exilés suisses à Paris y avaient reçu une écoute pour le moins favorable !

    Est-ce parce que je suis anglophile, que je me suis très vite rendu compte de l’influence importantes de certains penseurs anglais sur la Révolution ? Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir comment Rutledge et Mandar avaient contribué à faire connaître en France les idées républicaines développées par Harrington dans son livre "Oceana", (surtout Rutledge dans sa revue "Le Creuset"). Il m’a fallu commander en Angleterre le livre de l’historienne Rachel Hammersley pour découvrir une somme impressionnante d’informations sur ce sujet que je n’avais jamais lues nulle part en Français ! Rutledge et Mandar, devenus membre des Cordeliers furent des personnages révolutionnaires importants et je trouve étonnant qu’ils aient été relégués sur des étagères oubliées de l’histoire de la Révolution. Fort curieusement les penseurs républicains ont également été un peu « oubliés » dans l’histoire anglaise. Toutes mes découvertes faites sur les républicains anglais font partie d’un article en cours de rédaction (presqu’achevé).

 

Plus que jamais une enquête !

    L’Histoire ressemble à une longue enquête qui n’en finirait jamais - L'enquête est d’ailleurs la signification du mot histoire en grec ancien (Ἱστορίαι / Historíai), donné par le premier historien grec, Hérodote, à son ouvrage publié au 5ème siècle avant notre ère (Dans le domaine de la pensée, les grecs ont été les premiers presqu’en tout). Une enquête qui ne finit jamais, avec pas mal de cadavres dans les placards (et sur les champs de batailles), voilà donc à quoi ressemble l’histoire ! Il est même "amusant" de constater que les tests ADN qui ont permis récemment de résoudre des énigmes policières très anciennes, chamboulent également des pans entiers de l’histoire. Lisez sur ce sujet  "L'odyssée des gènes" de Evelyne Heyer !


    Chaque nouvel enquêteur apporte donc un éclairage nouveau sur les épaisses ténèbres du passé. Et plus les enquêteurs sont différents, plus on apprend de choses ! Voilà pourquoi un historien issu d’une culture étrangère, comme le japonais Inoue Kôji, a pu apporter lui aussi ses lumières sur notre Révolution. (N’oublions pas non-plus les travaux des historiens russes et chinois, probablement plus « politisés », en raison de leurs propres révolutions). J’éviterai de parler de la vision américaine de la Révolution française, façon Hannah Arendt, pour ne pas m’énerver (et parce que j'ai beaucoup de respect pour elle).



Les grands mots : Vérité, bien, mal, et toutes ses sortes de choses très relatives.

    Compte tenu de la tournure philosophique pris par mon propos, j’ai envie de cheminer un peu plus loin avec vous.


Vérité historique ?

    Concernant le concept de vérité en histoire, je vous conseille vraiment de lire le texte d’une dizaine  de pages, brillamment rédigé par l’historien Jean-Clément Martin, intitulé « La vérité, l’histoire et le sceptique. Présentation de « Historic doubts relative to Napoleon Bonaparte » de Richard Whately, dans le livre : « Peut-on douter de l’existence de Napoléon ? » (Editions Vendémiaire, 2012).

La vérité, l'histoire et le sceptique.

(Peut-être devrez-vous vous inscrire, mais dans ce cas vous ne le regretterez pas car cela donne accès à des centaines de documents passionnants)

Vous pouvez également, comme je l'ai fait, acheter le livre. 

    Jean-Clément Martin a dirigé l’édition critique ainsi que la post face de ce pamphlet ouvrage publié en 1819 par l’économiste, logicien et théologien anglais Richard Whately. Ce curieux ouvrage constitue également, comme le dit sa présentation : "une réflexion sur la vérité en histoire, sur la mémoire et la rumeur, sur la propagande et les doctrines officielles, sur ce que l'on croit savoir et les moyens que l'on a de le vérifier, sur les stratégies de communication des États et la tyrannie de l'information obligée."

    Je ne puis résister au plaisir (coupable) de vous donner à lire les premières lignes de ce texte de Jean-Clément Martin :

« Nous vivons une drôle d’époque : la vérité historique est désormais gravée dans les Tables de la Loi. L’envie de réglementer ce qu’il faut dire du passé vient de se traduire, en ce début d’année 2012, par le recours au Parlement français pour qu’il définisse les vérités historiques à respecter sous peine d’amende et d’emprisonnement. La loi Gayssot condamnait depuis 1990 toute contestation des crimes contre l’humanité, tels que définis par le Tribunal de Nuremberg. Celle du 23 janvier y ajoute la contestation des génocides « reconnus comme tels par la loi française ». Il n’y a pas que la sociologie qui soit « un sport de combat », comme l’avait dit Pierre Bourdieu ; l’histoire aussi peut être homologuée, avec compétitions à chaque changement de majorité parlementaire. Les maisons d’éditions et les entreprises de pilonnage peuvent se frotter les mains : on va écrire et réécrire l’histoire. Dans ce moment où la discipline est, de facto, en voie de redéfinition, dans les programmes scolaires, ou dans une « Maison » officielle, tandis qu’on peine à l’enseigner dans les universités, ce petit livre propose de faire un détour pour réfléchir à ce que nous vivons ; un détour sérieux, herméneutique même, en passant par un lieu de mémoire incontestable : Napoléon en personne, vu par un Anglais ironique, si ce n’est pas un pléonasme. »

    Ainsi nous comprenons que le concept de vérité est à manier avec prudence, y compris en histoire ! Il n’est pas si loin le temps où le régime stalinien réécrivait l’histoire, allant jusqu’à effacer des personnages de photos officielles. Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder à un article complet sur le sujet et au passage cherchez l'erreur sur la photo du bas...

Alexandre Maltchenko (en haut à gauche)
a été accusé en 1930 d’espionnage,
puis exécuté et effacé de la photo...

Ce procédé est également décrit dans le terrible ouvrage de Georges Orwell "1984". 


    Ne sous-estimons pas le danger ! La volonté de vouloir réécrire l’histoire, voire même d'en effacer des pans entiers, peut se parer des meilleures intentions, comme celle de vouloir rendre justice par exemple, ou plus grave, d'expier une culpabilité pour des actes commis par nos ancêtres ! Prenons par exemple les douloureux sujets de la colonisation et de l’esclavage. Je comprends, je respecte et je suis même solidaire avec les bonnes âmes qui condamnent la colonisation et l’esclavage. Mais ce qui me gène, c’est la raison pour laquelle ces condamnations ne concernent que les deux derniers siècles de l’histoire de l’humanité.

    Pourquoi n’évoque-t-on que les 132 années de colonisation française de l’Algérie et jamais sa colonisation par les Arabes au 7ème siècle, ni sa nouvelle colonisation par les Ottomans au 16ème siècle ? A-t-on demandé aux Turcs de présenter des excuses pour leurs exactions ?

    De même pour l’esclavage, pourquoi parle-t-on toujours des 2 siècles de la traite négrière par les européens et jamais des 13 siècles de la même traite négrière par les arabo-musulmans en Afrique noire ? Lisez sur ce sujet "Le génocide voilé" l'enquête historique très dérangeante du chercheur, économiste, anthropologue et écrivain franco-sénégalais Tidiane N'DiayeSelon l'auteur, du VIIe au XXe siècle, l'une des études les plus sérieuses estime à plus de 9 millions le nombre d'individus déportés à travers le Sahara auxquels il faut ajouter 8 autres millions de personnes déportées en Afrique de l'Est (Mer Rouge et Océan Indien) soit un total de 17 millions d'individus. C'est tout aussi horrible que les 13 millions  déportés outre-atlantique entre 1451 et 1870, mais on n'en parle pas !

    On peut éventuellement concevoir que l’histoire puisse être parfois "arrangée" et utilisée comme une sorte de récit fondateur et que l’on en face alors un usage similaire aux légendes antiques qui expliquaient la fondation d’une ville par quelques actes héroïques de personnages mythiques. Si l’idée est de créer un récit commun qui servira de base à l’élaboration d’un contrat social, la création d’une réalité imaginaire comme une nation, pourquoi pas ? Les êtres humains ne se nourrissent-ils pas autant d’histoires que de pain ! L’histoire avec un grand H leur permet de s’imaginer être les acteurs d’une épopée qui les dépasse.

    Mais qu’en est-il vraiment ? Utilise-t-on vraiment l'histoire dans cet esprit ? La plupart du temps, l’histoire se met au service de l’élite dirigeante. Il n’y a que peu de temps que des historiens comme Howard Zinn aux USA ou Gérard Noiriel en France, ont entrepris d’écrire une histoire du côté populaire.


    Retenons qu'au-delà de l’aspect politique, un récit historique est tout d’abord une construction intellectuelle, comme nous l’avons esquissé plus haut. C’est la principale raison pour laquelle il ne peut en aucun cas devenir une vérité. Je parle à présent de vérité au sens de dogme ou de révélation. Laissons de bon cœur le concept de vérité aux religions qui ont l’antique expérience de l’arranger avec art. N’oublions pas non plus que le sophiste Protagoras allait jusqu’à affirmer qu’il n’y avait pas de vérité, mais que des opinions ! 


Des méchants et des gentils ?

    Il existe également deux autres écueils, qui tels Charybde et Scylla, risquent de nous perdre. Au risque de vous choquer, je songe aux concepts de bien et de mal. Je pense qu'il est préférable en histoire d'éviter de juger en bien et en mal et de dire de quelqu’un qu’il fut mauvais ou méchant. Il s’agit là de jugements de valeurs et un jugement de valeur n’aide pas à penser, ni par la même à comprendre le soi-disant "méchant". Un jugement de valeur ne sert qu’à entretenir une croyance, comme par exemple de croire que les méchants seront punis et que les gentils seront récompensés (en général après leur mort).

    Ce que l’on désigne généralement sous le qualificatif de méchanceté, n’est rien d’autre que de l’agressivité. Mais scientifiquement parlant, les spécialistes de la biologie du comportement vous expliqueront que l’agressivité résulte toujours d’un stress. C’est un comportement hérité de notre évolution et c’est grâce à cette agressivité que nos ancêtres ont pu faire face à des prédateurs très agressifs (et non pas méchants). Cette agressivité peut être générée par un stress passager, comme par exemple la faim. Elle peut aussi trouver son origine dans des stress résultant de traumatismes oubliés (salut les psys). Mais cette agressivité peut également naître de stress subis quotidiennement, causés par des modes de vies aliénants, ou par des système politiques oppressants (totalitaires).

Exemple 1 : La faim rend "méchant" (agressif)

    Peut-être aurez-vous remarqué que lorsque j’évoque les émeutes populaires de 1789, je ne manque jamais de rappeler combien la faim tenaillait au ventre les émeutiers. Si l’on vous prive de manger, vous et votre famille, plusieurs jours de suite, je parie que vous deviendrez vraiment très méchants envers ceux que vous penserez responsables de votre malheur !

Exemple 2 : La société peut rendre "méchant" (agressif)

    L’environnement social peut lui aussi générer de l’agressivité. N’oublions pas cette phrase écrite par Babeuf dans un courrier à son épouse le 22 juillet 1789, après avoir assisté au massacre de Foulon et Berthier : « Les supplices de tout genre, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, les gibets, les bourreaux multipliés partout nous ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé. »

Lire mon article "De la violence de la tempête révolutionnaire"


La biologie du comportement.    

    Dans ses études sur le fonctionnement du cerveau et plus particulièrement dans celles relatives à la biologie du comportement, le chercheur français Henri Laborit a expliqué clairement dans les années 80 et 90 l’origine de ladite agressivité. Il a démontré que face à un stress, nous n’avions d’autres réponses comportementales que le combat ou la fuite et que dans nos sociétés policées, ces solutions nous étaient devenues interdites, ce qui générait nombre de troubles comportementaux et de maladies. Au cours de l’une de ses expériences devenues célèbres, il avait infligé des décharges électriques toute une journée à un couple de rats qu’une grille séparait l’un de l’autre ; à la fin de la journée la grille avait été retirée et les deux rats s’étaient soudain jetés l’un sur l’autre pour se combattre. Nombre de couples qui se disputent pour des broutilles en rentrant le soir chez eux après une stressante journée de travail, ne font que reproduire le comportement du malheureux couple de rats. Toute une journée durant, les deux individus ont subi des stress auxquels ils n’ont pu répondre ni par le combat, ni par la fuite. On ne peut pas frapper son ou sa chef de service, ni s’enfuir lorsqu’il ou elle nous surcharge de travail. Le stress s’accumule toute la journée et ne trouve pour se décharger que notre compagnon de cage lorsque nous rentrons chez nous le soir. (Combien de scène de ménages pourraient être se désamorcer si chacun des antagonistes savait cela ?). Je vous conseille la lecture instructive mais dérangeante de son excellent "Eloge de la fuite".

Vous y découvrirez l'inutilité de la révolte...


    Quand une personne manifeste un comportement agressif, il peut être instructif de se demander d’où vient son stress. Epictète, dans son fameux manuel, dit que si quelqu’un pense du mal de toi et cherche à te nuire, c’est juste parce qu’il se trompe sur l’idée qu’il se fait de toi. Il explique aussi ailleurs dans son manuel, que chacun de nous dispose d’une anse par laquelle on peut le saisir. Il suffit souvent de faire un petit effort pour désamorcer la bombe de stress qui se trouve devant nous.

    Quelqu’un qui agit mal est souvent quelqu’un qui se trompe sur ce qu’il croit être bon pour lui. L’être humain est ainsi fait, qu’il agit prioritairement pour lui-même et "normalement" pour sa progéniture, (loi de l’évolution oblige). Même si en apparence il agit d’une manière altruiste pour le bien commun, ce sera parce qu’il aura compris que l’intérêt commun conditionne son propre bonheur. Là, vous êtes en droit de me dire que j’exagère et de me rétorquer que l’empathie existe réellement. L’empathie, c’est-à-dire la capacité de se mettre à la place de l’autre et de partager ses émotions, existe effectivement, et ce, aussi bien chez les animaux de l’espèce humaine que ceux d’autres espèces. Mais je vais probablement vous faire un peu de peine en vous répondant, (d’un point de vue évolutionniste bien sûr), que si ce comportement altruiste est apparu, c’est parce qu’il était profitable à l’espèce, c’est-à-dire à la préservation du groupe. Ce n’est ni bien ni mal, c’est un comportement utile dans nombre de situations, principalement en société. En résumé, penser en termes de bien et de mal, n’est pas efficace. Cela ne sert qu’à entretenir des schémas simplistes qui font peut-être le bonheur des religions, mais qui ne nous font pas progresser, ni surtout comprendre le pourquoi de nos agissements.

    Tout cela pour vous dire que j’essaie en général d'éviter de tomber dans l’erreur consistant à faire endosser le costume du gentil ou du méchant, du traitre ou du héro à tel ou tel personnage historique (pas tous bien sûr, car il y a parfois de vrais psychopathes !).  Les adorateurs de tel ou tel acteur de la Révolution, aiment avant tout l’idée qu’ils se font de celui-ci et ce qu’ils reconnaissent d’eux-mêmes en lui (ou elle). Les haines répondent également à cette logique. Marat constitue un bon exemple avec les réactions extrêmes qu’il suscite. Rassurez-vous je ne vous parlerai pas de ce bouillonnant suisse aujourd’hui. De plus, j’avoue que plus je le lis et plus il me fatigue. Mais si vous avez bien compris l’idée générale de ce texte, vous aurez deviné que ma lassitude résulte de ce que je suis et non pas de ce qu’il était.


Et le sens de l’histoire dans tout ça ?

    Le propre de l’esprit humain, c’est de vouloir donner des explications et du sens à ce qu’il perçoit du monde, (sachant qu’il ne perçoit de ce monde complexe que ce que ses sens limités lui laissent entrevoir et que les capacités de traitement de son cerveau sont limitées). Ça aussi c’est un héritage de notre évolution. Cette attitude nous incite à imaginer sans cesse des enchaînements de causes et d’effets entre des événements. Le raisonnement déductif peut être fort efficace dans le cadre d’une expérience scientifique, ou d’une enquête policière. Mais cette obsession que nous avons de vouloir relier des faits, trouver des causes, donner un sens à toute chose, est aussi une source d’égarement. Songer à se mettre à l’abri quand les nuages s’amoncellent, parce que l’on se souvient d’avoir pris une rincée le jour où on ne l’a pas fait, c’est bien. Mais avoir peur lorsque l’on voit un chat noir parce que la dernière fois qu’on en a vu un, on a glissé par terre, c’est idiot.  Cette obsession que nous avons de vouloir donner une explication à tout, peut conduire en histoire à broder de jolies fables, voire même à échafauder de subtiles théories de complots. (La veille du fameux jour, on a vu untel parler à untel, si, alors, donc !)

    Vous l’avez peut-être deviné à la lecture de certains de mes articles, j’ai un peu de mal avec les théories de complots (Voir les articles du 20 juillet 1789 et du 13 octobre 1789) et . Lorsque je regarde les événements de plus près, je ne vois la plupart du temps qu’un formidable chaos dans lequel des individus ou des foules sont jetés au hasard. J’ai souvent l’impression que les personnages ne maîtrisent pas grand-chose et qu’ils improvisent au gré des événements. Certains allant même jusqu’à s’inventer un rôle une fois les événements passés, pour donner un sens à ce qu’ils ont vécu. Toujours cette obsession de donner du sens !


Une citation pour réfléchir.

Je souhaite vous citer cette phrase de Henri Laborit, que j'ai évoqué plus haut :

"Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les Hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, tant qu’on n’aura pas dit que, jusqu’ici, c’est toujours pour DOMINER les autres, il y a peu de chance qu’il y ait quelque chose qui change."

   Je vais en décevoir beaucoup, mais je pense que toutes les révolutions seront condamnées à l'échec, tant que tous les révolutionnaires n'auront pas compris cela. Beaucoup trop sont tombés dans ce piège de bâtir des systèmes faits pour des hommes tels qu'ils auraient voulu qu'ils soient et non pas tels qu'ils étaient.

    Je vais même vous inquiéter en ajoutant que ceux qui nous gouvernent, eux par contre, ont bien appris de toutes les découvertes faites ces dernières décennies sur le cerveau et le comportement humain ; et que de nos jours, l'ingénierie sociale fabrique les personnages conceptuels de leur vivant (avec le storytelling, par exemple). 

    A mon très humble et minuscule niveau, je pense qu'il faudrait se déprendre du pouvoir, plutôt que de le prendre pour devenir tôt ou tard ce contre quoi on a combattu. Mais c'est un autre sujet. J'ai été bien trop bavard !



Conclusion (Ah bon ? Il y en a une ?)

Bah non, il n’y a pas de conclusion, parce que "Rien n’est définitivement écrit".

(Surtout dans mon cas, puisqu'il me faut attendre 3 mois avant de voir enfin mes fautes d'orthographe) 😉


PS : Franchement, merci et bravo si vous avez tout lu. J'espère, en toute modestie, vous avoir donné à réfléchir.