samedi 4 juillet 2020

4 Juillet 1789. Un vieux Maréchal pour rassurer un Louis XVI apeuré.



La Révolution est terminée !

    Le croirez-vous ? Presque tout le monde pensait depuis le 27 juin dernier que la Révolution était enfin terminée ! Ce jour-là, en effet, le roi Louis XVI avait convié le Clergé et la Noblesse à se joindre au Tiers Etat.
Une du Journal de Paris du 1er Juillet 1789



    "La révolution est finie", "Elle n'aura pas coûté une goutte de sang", avait-on écrit dans les journaux ! Les députés du Tiers s’étaient réjouis de constater que le Roi revenait enfin à de meilleurs sentiments. Ces turbulents Etats Généraux semblaient avoir une fin heureuse !...


Oui, cela aurait pu se passer ainsi, mais...

    Néanmoins, de nombreux régiments campaient à Saint-Denis, Saint-Cloud, Sèvres et jusque sur le champ de Mars tout proche. Les parisiens protestaient contre ces bouches à nourrir qui risquaient d’aggraver la disette et qui présentaient un danger pour l’Assemblée Nationale. On craignait qu’ils en chassent les députés par la force. Inquiets, les électeurs parisiens du Tiers Etat avaient donc esquissé le 29 Juin les bases d’un projet de garde bourgeoise qui comprendrait les principaux habitants de chaque quartier.


    Le 30 Juin, environ 4000 habitués du Palais-Royal, (le quartier de plaisir que Louis Philippe d'Orléans avait fait construire en 1780), avaient délivré une dizaine de soldats des gardes-françaises, emprisonnés à l’Abbaye pour désobéissance, et les avaient promenés en triomphe. Les hussards et les dragons envoyés pour établir l’ordre s’étaient écrié : « Vive la Nation ! » Et avaient refusé de charger la foule. J'attire votre attention sur ce refus d'obéir aux ordres qui expliquera bien des événements à venir.

Libération de 11 soldats des Gardes Françaises par les Parisiens

    Le 1er Juillet, une délégation importante de Parisiens s'était présentée devant l'Assemblée nationale pour demander à celle-ci qu'elle fasse œuvre de médiation auprès du Roi pour obtenir la grâce des quelques soldats emprisonnés.

Une du Journal de Paris du 3 Juillet 1789


    Le jeudi 2, des pétitionnaires du Palais Royal avaient même proposé de détrôner Louis XVI et de la remplacer par le duc d’Orléans !


    Le mois de Juillet commence donc plutôt mal...

    Louis XVI s'en inquiète. Raison pour laquelle il donne au vieux maréchal de Broglie, le commandement des troupes que l’on est en train de concentrer sur Versailles. Lui et son lieutenant suisse, Besenval, reçoive l'ordre de rassembler ces troupes autour de Paris pour le 13 juillet...

Victor François de Broglie


    Nommé secrétaire d’état à la guerre le 11 Juillet suivant, Le vieux Maréchal de France émigrera lors du rappel de Jacques Necker le 16 juillet. Plus tard, en 1792, il commandera l'armée contre-révolutionnaire de Condé qui opérera en Champagne pendant l'invasion austro-prussienne qui sera arrêtée à Valmy. Ce grand homme issu d’une vieille famille, avait aussi été fait prince du Saint-Empire romain germanique en 1759 et il avait reçu le titre de Feld-Maréchal de Russie en 1797. L’orage révolutionnaire passé, il refusera de revenir en France et mourra en 1804 dans la ville allemande de Münster.

Victor François de Broglie


La République est bonne fille...

    La République n’est pas rancunière, du moins celle qui est en « marche » actuellement, puisque cet ennemi juré de la 1ère République de 1792, a reçu le 16 Juin 2018, les honneurs d’un ministre, d’un préfet, des anciens combattants, des gendarmes et j’en passe, à l’occasion du transfert de ses cendres depuis le caveau familial de son château, dans le cœur de l’église du village de Broglie dans l’Eure.

Pour information cette inhumation contrevenait à la Loi. L’art. L2223-10 du Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) stipule en effet qu’aucune inhumation ne peut avoir lieu dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques et généralement dans aucun des édifices clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leurs cultes, ni dans l’enceinte des villes et des bourgs. Des dérogations aux dispositions de l’art. L. 2223-10 ne sont accordées par le ministre de l’Intérieur (via le préfet) qu'en faveur des évêques qui souhaitent être inhumés dans leur cathédrale et des prêtres ayant participé activement aux travaux de construction, de réhabilitation et de sauvetage d’une église.

Vous avez dit République laïque ? Non, rien…


Post scriptum : Je ne juge pas l'homme. Il était de son milieu et de son époque et il n'a fait que ce qu'il pensait être de son devoir. Par contre je m'autorise à juger l'usage étonnant qui est fait de sa mémoire.


Merci de votre lecture.


Cet article a été publié initialement sur ma page Facebook :
"Les estampes révolutionnaires du Citoyen Basset"
(N'hésitez pas à vous y abonner) ;-)


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Bien cordialement
Bertrand