mercredi 22 juillet 2020

22 Juillet 1789, l’horrible assassinat de Foullon et Bertier

 

    Le conseiller d’état Foullon, nommé le 12 Juillet par le roi, contrôleur général des finances à la place de Jacques Necker, ainsi que son gendre l’intendant Bertier, ont été pendus ce 22 Juillet 1789, à la lanterne de l’Hôtel de Ville.

    Selon certaines versions, Joseph François Foullon, dit Foulon de Doué, était chargé du ravitaillement des troupes stationnées autour de Paris, mais c'est probablement une confusion avec la fonction de son gendre. Selon d’autres versions, ce serait l’entourage du Duc d’Orléans qui aurait lancé cette rumeur à laquelle on a ajouté qu’il spéculait sur le prix des blés.

    La rumeur lui aurait aussi attribuait cette formule déjà mise dans la bouche du général de la Tour du Pin pendant la guerre des farines : « Si le peuple n’a pas de grain, qu’il mange du foin ». Les rumeurs font hélas également partie de l'histoire. Le plus intéressant étant de deviner d'où elles viennent.

    Se sentant en danger à Paris, Joseph François Foullon s’était installé la veille chez l'ancien secrétaire d'État de la Marine Gabriel de Sartine, à Viry-Châtillon. C’est là qu’il a été arrêté par des paysans et des domestiques.

Louis Bénigne François Bertier de Sauvigny
    Louis Bénigne François Bertier de Sauvigny, son gendre, était l’intendant chargé d’assurer l’approvisionnement de l’armée assiégeant Paris. Qui s’étonnera qu’il ne fût pas impopulaire auprès des Parisiens manquant de pain ? 

    Cela ne justifiait bien sûr absolument pas, l'horreur de sa mise à mort. 

    Le malheureux fut enlevé par des émeutiers à Compiègne et conduit à Paris, où il fut pendu et démembré (!) en compagnie de son beau-père Foullon de Doué.

    On remarquera que les gravures ci-dessous mentionnent la date du 23 septembre pour cet horrible événement, alors que l'histoire a retenu celle du 22.


    Foullon et Bertier, dont le supplice fut effectivement injuste et cruel, sont devenus pour les nostalgiques de l’ancien régime, les premiers martyrs de cette révolution qu’ils détestent tant. Peu leur importe, semble-t-il, la souffrance des enfants mourant de faim, seule compte à leurs yeux, celle des personnages en dentelles. Passons. A chacun ses pauvres, comme on disait autrefois.



Point de vue d'un historien révisionniste
(On reconnait un révisionniste à sa façon de voir des Francs-maçon et des Juifs partout)

    Le sympathique paléographe dont nous parlions le 20 à propos de l’affaire Thomassin, nous rend compte, vous vous en doutez, d’une version incriminant bien sûr le sinistre Duc D’Orléans, ce Prince du sang ayant pris parti pour la révolution. Celle-ci ne lui sera d’ailleurs guère reconnaissante, puisqu’il sera guillotiné le 6 novembre 1793. (Son fils deviendra le futur roi Louis-Philippe).

    Selon notre "ami" le pourfendeur de francs-maçons, ce sont bien les chefs du parti d’Orléans qui ont signalé à la haine du peuple, le conseiller d’état Foullon, présenté comme un honorable vieillard, administrateur consciencieux et de grande qualité. « Le matin de ce 22 Juillet », nous raconte-t-il, « des bandits conduits par Grappe se saisissent de Foullon à Viry, l’emmènent derechef à Paris avec du foin et des chardons dans la bouche. Après un simulacre de procès par la commune, interrompu par des personnes réclamant la mort d’un homme « qu’il est inutile de juger, vu qu’il est jugé depuis trente ans », le malheureux est pendu devant l’hôtel de Ville en présence de gardes nationaux, puis décapité par le peuple, c’est-à-dire par Nicolas Coupe Tête, sinistre sbire recruté par le Duc d’Orléans. La Fayette siège parmi les juges. … »

L'affreux Jordan, dit "coupe tête" sur une gouache de Lesueur.

Analyse

    Nicolas Coupe-Tête, c’est probablement le cabaretier parisien Mathieu Jouve Jourdan, dit Jourdan Coupe-Tête (et pas "Nicolas" cher ami paléographe). Il a déjà été soupçonné d’avoir tué et décapité le gouverneur De Launay, lors de la prise de la Bastille.

    Quant à La Fayette, lui qui le 17 juillet 1791 fera tirer sur les membres des sections des clubs des Cordeliers et des Jacobins venus déposer une pétition demandant la déchéance du roi (50 morts), il aurait assisté à ce massacre sans faire intervenir sa chère garde nationale ? Etonnant, non ?

    Concernant Lafayette, lire cet article qui lui rend son honneur concernant cet événement tragique : Suite du 22 Juillet 1789 : Rendons son honneur à Lafayette.

Lafayette

    Ce qui est intéressant dans la version évoquée ci-dessus, c’est que le peuple, n’en déplaise aux tenants du parti de la noblesse, est d’une certaine façon, disculpé, puisque de toute évidence il a été manipulé et que ce n’est même pas lui qui a décapité le malheureux Foullon, mais un sinistre sbire du "Duc maléfique".

    Nous assistons en fait à une lutte entre différents courants issus de la noblesse, un règlement de compte entre gens du même monde, qui se servent du peuple comme de pions sur l’échiquier de leur jeu de conquête du pouvoir. Cela n’empêche pas les descendants de ces gens et leurs affidés, de toujours accuser le peuple. Mais de quoi l’accusent-ils en fait, de sa violence ou du fait qu’il soit si aisément manipulable ? De sa violence bien sûr !

    Qu’importe si celle-ci a été organisée dans le salon d’un Prince du sang, le bureau d’un banquier, une loge maçonnique, un cabaret de Paris, voire à la cour du roi !

    Il y aurait donc complot, me direz-vous ? Peut-être, mais pas seulement. N’oublions pas que la théorie du complot, quelle que soit l’époque, séduit toujours beaucoup de gens, parce qu’elle explique tout par le filtre unique et simpliste de son interprétation. Tout expliquer par le complot, c’est vouloir faire passer le torrent de la Révolution par le petit robinet d’une interprétation bien commode, bien commode parce qu’elle évite de trop réfléchir.


La lucidité d'un témoin

François Noël Babeuf

    Babeuf, qui assista au supplice de Foullon et Bertier, le cœur serré, fit cette réflexion dans une lettre à sa femme : "Les supplices de tout genre, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, les gibets, les bourreaux multipliés partout nous ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé."



    Au même moment, dans toute la France, l’agitation est à son comble ; on continue de brûler et piller un grand nombre de châteaux.


Merci pour votre attention, Citoyennes et Citoyens, et à bientôt.


La grande peur de juillet 1789


N'oubliez pas de lire la suite de cet article : Suite du 22 Juillet 1789 : Rendons son honneur à Lafayette.


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Bertrand