lundi 13 juillet 2020

13 juillet 1789 : La journée où tout bascule.

    L’article va être un peu long, veuillez bien me pardonner. Mais cette journée du 13 juillet 1789 est très riche en événements, presque plus que celle du 14 ! Je suis de plus certain que vous allez apprendre au moins une ou deux choses qui vont vous étonner...


Le peuple cherche du pain et des armes...


    Du pain, les parisiens en manquent cruellement. Nous verrons plus tard dans d'autres articles quelles sont les causes de cette pénurie et nous nous demanderont même si oui ou non, elle est sciemment organisée, ou si elle est due "seulement" à l'incompétence des autorités...

    Quand les parisiens trouvent du pain dans une boulangerie, celui-ci est hors de prix pour la plupart d'entre-eux. Un journalier parisien gagne entre 15 et 20 sous par jour et le pain coûte à présent 14 sous !

    De plus, les Parisiens s'inquiètent de la présence de toutes ces troupes qui cantonnent autour de Paris et qu'il faut nourrir de ce pain qui leur manque tant !

    Ce lundi 13 juillet 1789, excédés et rendus furieux par la faim qui les tenaille, les parisiens entreprennent de chercher du pain, et des armes...


Scène de pillage d'une boulangerie.
(Image ayant servi à illustrer la guerre des farine de 1755)



    Dans la matinée de ce lundi, les Parisiens s’emparent de 28.000 fusils et de quelques canons entreposés aux Tuileries, mais ils ne trouvent que très peu de munitions et de poudre. Ils se rendent alors à l'Arsenal où on les informe d’un transfert récent de poudre et de salpêtre vers la Bastille toute proche. Rappelons que déjà en avril, peu de temps avant l'affaire Réveillon, le gouvernement avait déjà transféré des armes depuis l'Arsenal vers la Bastille, par crainte des émeutes !


    Des Parisiens se présentent à l’hôtel de ville et demandent des fusils au prévôt des marchands, Jacques de Flesselles, (l’équivalent du maire de Paris). 350 à 360 fusils entreposés à l’hôtel de ville sont donnés au peuple et Flesselles envoie la foule chez les Lazaristes où, prétend-il, des armes seraient entreposées…


    D'autres se rendent au Garde-Meubles, une sorte de musée où se trouvaient des armes historiques, et ils s’emparent de vieilles hallebardes, cuirasses, etc.


    Deux bateaux chargés de barils de poudre, sont repérés sur la Seine. Ils sont abordés et c’est un prêtre, l’abbé Lefebvre qui organise la distribution de petits sachets de poudre aux gens (qui n’ont pas de fusils).


    Le soir, les électeurs du Tiers Etat, (c'est-à-dire les bourgeois), distribuent 12.000 fusils et de la poudre qui viennent de leur arriver (d’où ?). Une garde armée s’établit aussitôt à 21h00.    Ladite garde commence par s’emparer de toutes les barrières et arrête tous ceux qui veulent sortir de Paris. 

Paris, gardé par le "peuple".

    Notre ami l’avocat Colson, dont je vous ai déjà parlé (avocat au parlement de Paris et intendant de la famille de Longaunay), rapporte dans l'un de ses courriers que le Prince de Condé, qui voulait sortir sous le nom de négociant, est conduit à l’Hôtel de ville.

    Il est intéressant de constater que cette garde constituée par la bourgeoisie semble être à l’origine de la prise des barrière d’octroi durant la nuit. Alors que la version officielle dit que ce sont des émeutiers, voire des brigands, conduits par des fraudeurs ! Vous voyez comme c’est compliqué de "faire" de l’histoire ?


Pillage de Saint-Lazare.

    Comme nous venons de le lire, c’est le prévôt des marchands qui a envoyé le peuple à Saint Lazare ! L’immeuble se trouve encore au numéro 107 du Faubourg Saint-Denis.


    Une estampe désigne les émeutiers sous le nom de « brigands » pillant la prison de Saint-Lazare. 
Le pillage de Saint-Lazare

    Mais une autre estampe désigne « le peuple, qui après avoir délivré les prisonniers de la Force, se porte en foule au couvent de Saint Lazare, pille tout en faisant perquisition et en enlève les farines qu’il conduit en triomphe à la halle. » Tient donc, des farines étaient bien cachées dans ce couvent ? Le graveur de la première estampe ignorait probablement ce à quoi peut conduire la faim.




Distribution de cocardes


    La version la plus connue de cet événement nous raconte que la municipalité de Paris distribue des cocardes aux couleurs de la ville, rouge et bleu, afin que les patriotes se reconnaissent et se distinguent des fauteurs de complots. Rappelez-vous les cocardes vertes de le veille.

Cocarde portée par les militaires parisiens avant 1789

    Mais Adrien Colson (encore lui) présente une version différente dans la lettre qu’il écrit à son ami de province le 14 juillet :
"Tout le monde est obligé de porter des cocardes, et l'on quitte, dit-on, les vertes qu'on avait prises par la remarque que c'est la couleur de monsieur le comte d'Artois et l'on va prendre le blanc, couleur de la nation, et le rouge, couleur de monsieur le duc d'Orléans."
Celle-là ?
 
     Blanc et rouge ? Vous conviendrez avec moi que cette version implique des interprétations fort différentes. Je ne prétends pas que ce soit la vraie, néanmoins elle l’était pour celui qui la rapporta et qui vécut de près les événements. Il faut se rappeler que le Duc D’Orléans est un personnage omniprésent durant ces journées chaudes. De cela aussi nous reparlerons...

    Fort heureusement, personne n'a parlé de cocardes rouges et blanches ! Car quelqu'un n'aurait pas manqué alors de faire remarquer qu'il s'agit d'une cocarde maçonnique ! Et alors là, on en n'aurait pas fini avec les délires complotistes dont je vous parlerai plus tard. Je n'écris pas cela pour faire de la provocation, mais pour attirer votre attention sur les interprétations auxquelles peut donner matière un aussi petit détail.

Pas celle-là.

    Je vous parlerai plus longuement de la cocarde bleue blanc rouge pour la journée du 17 juillet 1789. Là aussi vous serez surpris...


Pendant ce temps-là, à l’assemblée Nationale…


    L’assemblée déclare que Necker et ses ministres emportent l’estime et les regrets de la Nation.
    Le député Le Chapelier déclare à la tribune : « Les propriétés ne sont plus en sûreté. Seule la grande bourgeoisie peut remédier au malheur qui nous menace. »

Le Chapelier


La bourgeoisie s’organise et s’arme


    La bourgeoisie organise un Comité permanent à l'Hôtel de Ville. Il est composé des 307 grands électeurs, dont le fermier général Lavoisier. Ce comité fait sonner le tocsin à toutes les paroisses pour assembler tous les districts et constituer une garde bourgeoise. Il est décidé d’en établir d’abord une de 12.000 hommes et de la porter à 24.000 s’il est jugé nécessaire.


    Notre ami Colson, encore lui, nous donne la version suivante :
« Une légion par quartier dont elle portera le nom, ce qui fera 16 légions. Il est arrêté que 12 de ses légions seront composées de 4 bataillons et les 4 autres de 3 ; chaque bataillon sera composé de 4 compagnies et chaque compagnie de 200 hommes, ce qui composerait en totalité 48,000 hommes. »

    A noter que ce chiffre de 48,000 hommes, correspond au 48,000 parisiens ayant le droit de vote, de par leurs revenus. Cette milice, constituée pour veiller sur la populace aura pour chef le marquis de la Salle.
Le Marquis de la Salle


    Une autre source prétend qu’en raison de l'éloignement des troupes, un arrêté demande au roi le rétablissement d'une milice bourgeoise pour assurer l'ordre dans la capitale, avec un effectif de 48.000 hommes.

Colson donne les précisions suivantes :

« Le curé de Saint-Étienne du Mont et trois autres curés conduisent eux-mêmes à l’Hôtel de Ville les assemblées de leurs districts pour s’enrôler. Les clercs du Palais s’enrégimentent également, ceux du Châtelet et les écoliers de l’université suivent l’exemple. La compagnie des Arquebusiers offre ses services et propose aux électeurs de se réunir à la Bourgeoisie. »


    Des banquiers comme Etienne Delessert, Prévoteau, Coindre, Boscary, s’enrôlent avec leur personnel dans la garde bourgeoise en formation. Le banquier François Louis Joseph de Laborde de Méréville, également colon ayant d’énormes avantages aux Antilles, s’intéresse à l’affaire. Une source précise que des fusils furent distribués devant les hôtels particuliers des banquiers suisses Delessert et Perrégaux

    On retrouvera plus tard le trouble banquier Perrégaux, espion à la solde des Anglais qui, entre autre, financera ceux que l’on appelait « les enragés » en 1793, afin de créer des conditions de désordre et d'instabilité politique pour nuire au courant politique très puissant, d'essence populaire, incarné par Robespierre. Ce grand homme (Perrégaux, pas Robespierre) repose au Panthéon…


    De l’argent est répandu pour gagner les soldats. On s’en doutait un peu, compte tenu du nombre de ceux qui désobéirent aux ordres de tirer sur la foule.



Incendies des barrières d’octrois.


    Dans la nuit du 13 au 14, on nous dit que le petit peuple de Paris incendie 40 octrois sur les 54 du mur des fermiers généraux qui entourait Paris. Les fermiers généraux étaient des banquiers qui proposaient au roi de faire rentrer une partie des contributions qu’ils percevaient sur l’entrée de chaque marchandises pénétrant dans Paris (une trentaine de millions dont ils reversaient la moitié au roi). Ce mur long de 24 km percé de portes faisant office de péages, avait été érigé à partir de 1785 (achevé en 1790). Il était particulièrement haïs des parisiens. 

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    Cet assaut est souvent oublié, voire minimisé par les historiens, au détriment de la prise de la Bastille le lendemain. Mais il est le premier acte vraiment révolutionnaire des Parisiens.

   Certains disent qu’il fut organisé par les fraudeurs. D’autres mentionnent que curieusement, la prise du mur est la première action opérée par la milice bourgeoise dès sa première garde à 21h00. (Etonnant, non ?)


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Soulèvement général !

    Ce qui est certain, c’est que la très forte participation des Parisiens à cet événement de grande ampleur est plutôt révélatrice. Des Parisiens de toutes les classes sociales, qui plus est ! Du dernier des savetiers au plus grand des banquiers, sans oublier bien sûr les honnêtes bourgeois, grands électeurs du Tiers Etat, si bien organisés...


    Vous avez peut-être été surpris de voir des banquiers prendre les armes et surtout en distribuer ? Voici le portrait de l'un d'entre-eux, ce Suisse très discret, Jean-Frederic Perrégaux à qui la révolution semble devoir beaucoup. De ces Suisses aussi, plus tard nous reparlerons.

Jean-Frédéric Perrégaux.
Cliquez sur l'image pour lire sa bio
.


Cette biographie de Perrégaux sur le site "Wikiberal", n'est pas mal non plus : 


Fin de la répétition générale, demain sera le 14 Juillet 1789.

A suivre...




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Je vous remercie pour ce commentaire.
Bien cordialement
Bertrand