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vendredi 28 août 2020

28 Août 1789 : Brevet de la Garde Nationale Parisienne attribué à M. Pierre-Joseph d'Ablancourt

 Pas de long article cette fois-ci. Voici juste une reproduction d'un Brevet de la Garde Nationale Parisienne, attribué à un certain Pierre Joseph D'Ablancour, citoyen Parisien.



Mais un petit commentaire quand même ! 😉

    
    Pour avoir l'honneur de faire partie de cette garde nationale, il fallait être un citoyen actif, c'est-à-dire un citoyen payant des impôts. Hormis quelques exceptions, l'accès était interdit aux citoyens passifs.
De plus, il était nécessaire de pouvoir se payer son uniforme dont le coût était de 4 Louis, soit plus de 240 sous. Sachant qu'un pain nourrissant une famille pour une journée coûtait 14 sous et que le salaire moyen d'un journalier en Juillet 1789 se situait entre 15 et 20 sous maximum, vous comprenez pourquoi on appela cette garde, la garde bourgeoise.

    La garde nationale s'ouvrit au peuple le 30 Juillet 1792, alors que les armées prussiennes et autrichiennes se précipitaient sur Paris, pour dévaster la Ville, comme s'y était engagé Brunswick le chef de l'armée prussienne dans son manifeste.

    Je vous invite à lire cet article plus complet sur la Garde nationale, sur lequel vous pourrez surtout découvrir les drapeaux des soixante districts parisiens de la Garde nationale ! :

Garde nationale de Paris


vendredi 31 juillet 2020

31 Juillet 1789 : Au nom de tous les Parisiens (pas tous d’accord), les représentants de la commune relâchent Besenval (Encore un Suisse !)

 

L'Assemblée nationale à Versailles

    Sous la présidence du Duc De Liancourt, la séance de l’Assemblée nationale constituante s’ouvre à 9h00 du matin.

Le Président rapporte que : 

« Sur les deux heures du matin, un courrier envoyé de l’hôtel de ville de Paris, lui a remis une lettre par laquelle on lui annonçait que la présence et le discours de M. Necker avait porté les représentants de la commune à donner des ordres pour que Monsieur de Bezenval, arrêté par la milice de Villenauxe, et qu’on conduisait à Paris, eût la liberté d’aller en Suisse ; que l’Assemblée générale des électeurs avait fait un arrêté, pour déclarer, au nom de la capitale, qu’elle pardonnait à ses ennemis, et qu’elle proscrit tout acte de violence ; mais que ces résolutions étaient désapprouvées par plusieurs districts ; qu’elles excitaient la fermentation la plus alarmante, et qu’il était extrêmement important que l’Assemblée nationale s’occupât des moyens de les calmer. » (L’orthographe est de l’époque)

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4762_t2_0308_0000_6

Avec un peu de malice, nous pourrions présenter la chose comme suit : 

« La bonne bourgeoisie parisienne ayant obtenue ce qu’elle désirait, à savoir une monarchie constitutionnelle, ses représentants pardonnent au nom de tous les habitants de Paris à ses ennemis. Par la même, elle ordonne que Besenval, le lieutenant suisse du Maréchal de Broglie, qui le 4 juillet dernier avait reçu l’ordre du roi de rassembler ses troupes autour de Paris pour le 13, puisse être relâché et regagner au plus vite sa paisible suisse natale. Mais que ledit peuple de Paris, au nom duquel elle parle, ne l’entendant pas de cette façon et réclamant justice, il serait bon que l’Assemblée nationale envoyât la Garde Nationale pour rappeler ces trublions à l’ordre ».

 

Pierre Victor de Besenval de Brünstatt
    Soyons rassurés, nos constituants n’étaient donc pas de bien méchants révolutionnaires. Nous le verrons par la suite, la politique de l’Assemblée constituante consistera principalement à promouvoir la plus entière liberté du commerce, protéger, voire sacraliser la propriété (incluant les esclaves) et réprimer tout mouvement populaire, urbain ou rural, visant à combattre cette liberté économique et surtout ses effets négatifs sur les plus démunis.

    Ces honnêtes gens n’agissaient pas ainsi sous l'effet d'une sorte de méchant égoïsme de classe (quelle vilaine expression). Ils étaient sincèrement convaincus par les idées économiques du temps qui affirmaient que la totale liberté de commerce, sans contrôle de l’état, était la recette idéale pour une société épanouie. Le problème, c’est qu’il faudra encore quelques siècles pour faire comprendre au peuple les bienfaits du ruissellement, la fameuse théorie établissant que plus les riches sont riches et plus les pauvres profitent de leurs miettes. Malgré plus de deux siècles de preuves du contraire, de braves gens croient encore de nos jour en la théorie du ruissellement qui dit que plus il y a de riches à table, plus il y a de miettes pour les pauvres.

Désolé pour cette digression.

Nous aurons d'autres occasions de parler de ce délicieux suisse. Celui-ci était un courtisan et même un confident de la reine...

 A suivre


Post Scriptum : 

Vous avez vu ? Encore un Suisse ! Mais celui-ci était dans le camp du roi. Remarquez que c'est un peu normal lorsque l'on commande la garde suisse dudit monarque !

Bezenval sur ses vieux jours.


jeudi 30 juillet 2020

30 juillet 1789 : Besenval aux prises avec la justice populaire, ou pas.

Besenval, le justicier de la Reine (Humour)

Où est passé le Baron de Besenval ?

    Les Parisiens veulent la tête du Baron de Besenval. Rappelons que celui-ci officiait comme lieutenant sous les ordres du vieux du Maréchal de Broglie, qui le 4 juillet avait reçu l’ordre du roi de rassembler ses troupes autour de Paris pour le 13, afin d'y "calmer" l'agitation grandissante. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ladite agitation avait été maladroitement calmée. Relisez l'article du 12 juillet, concernant l'incident des Tuileries.

"L'incident des Tuileries"

    Selon une certaine source, Besenval y avait rassemblé plusieurs escadrons étrangers, sans en avoir reçu la permission, ce qui aurait suscité le mécontentement des Parisiens. Lesdits Parisiens, fort énervés, auraient alors jeté des projectiles sur ces régiments "sagement" stationnés, jusqu’à ce que les Gardes Françaises, ces troupes qui avaient rejoint le camp des Parisiens, joignent leurs forces aux "émeutiers", comme les appelle cette source.

    Une autre version prétend que Besenval, quelque peu en disgrâce de la coterie de la reine, craignait les reproches de la Cour et qu’il aurait donné l’ordre au prince de Lambesc de faire mettre sabre au clair et de charger avec son régiment du royal-allemand pour dégager le jardin des Tuileries et disperser les manifestants. J'imagine difficilement un Lieutenant, fusse-t-il favori de la Reine, donner un tel ordre à un Prince de sans royal.

    A noter que le 14 juillet, les troupes de Besenval, stationnées sur le Champs de Mars, n’intervinrent pas alors que des milliers de Parisiens en armes allaient et venaient dans Paris pour prendre la Bastille. Besenval était-il vexé de la bavure des Tuileries ? Certains disent que ses troupes avaient été achetées…

    Sinon, vous avez aussi la version Wikipédia qui vaut son pesant de Louis d'or et dont je vous laisse juge. Je suis certain que ce favori de la Reine en fera frissonner quelques-uns.


Villenauxe-la-Grande

    Passons. Besenval a été arrêté par les miliciens de Villenauxe-la-Grande, dans l'Aube, alors qu'il fuyait vers la Suisse, son pays d'origine. Comment ont-ils su qui il était ? Cela fait partie des petits mystères sur lesquels les historiens semblent pudiquement glisser de temps en temps. Ce fait sera rapporté dès le lendemain devant l'Assemblée nationale.

Château de Villenauxe-la-Grande

    Les miliciens de cette bonne ville de Villenauxe-la-Grande l'ont donc enfermé à l’hôtel du Cheval Bardé, dans l'intention de le remettre aux émissaires en route depuis Paris pour l'arrêter.

    Surtout ne manquez pas l'article de demain. Car il vous donnera un aperçu de la façon dont on rend la justice entre gens biens, ou pas.

 

Bailly, maire de Paris

Bailly demande un Tribunal Populaire

    Agacé par l'atmosphère vengeresse qui règne à Paris, Bailly, le maire de cette bonne ville va réclamer à l'Assemblée nationale, l'institution d'un tribunal populaire que celle-ci refusera.

    Le 24 octobre 1789, le Roi finira par accorder au Tribunal du Châtelet, présidé par Bailly de juger des crimes de lèse Nation, mais celui-ci ne concernant que les crimes gravissimes, il sera insuffisant pour punir les forfaits du Peuple, bien qu'il y arrivera un peu quand même, en faisant enfermer Marat, par exemple.

    Le 17 août 1792, la Commune de Paris demandera elle aussi la création d’un tribunal, qu’on n’appellera pas encore Tribunal Révolutionnaire, mais Tribunal criminel. Les Girondins empêcheront autant qu’ils le pourront le fonctionnement de ce tribunal. Certains historiens disent que si ce tribunal avait jugé les différents comploteurs et complices de l’étranger, les massacres de septembre dans les prisons, orchestrés par la plèbe parisienne n'auraient peut-être pas eu lieu. Notons que les prisonniers avaient eu la mauvaise idée le 2 septembre 1792 de fêter bruyamment dans leurs prisons, la prise de Verdun par les Prussiens, alors que les Parisiens qui les entendaient chanter avaient leurs fils armés de piques qui pataugeaient dans la boues de l'Argonne face aux Prussiens. Les Girondins obtiendront sa suppression le 29 novembre 1792.

    Ce sera finalement Danton, probablement effrayé par les massacres de septembre et par ce peuple qui demandait toujours plus de têtes, qui parviendra à imposer cette idée d'un Tribunal populaire lorsqu'il instaurera le Tribunal Révolutionnaire avec son jury populaire.

    Le 10 mars 1793, la Convention instituera un Tribunal criminel extraordinaire, plus tard appelé Tribunal révolutionnaire. Le but de cette cour de justice sera de lutter contre « toute entreprise contre-révolutionnaire, tout attentat contre la liberté, tout complot royaliste ». En faisant allusion à la période de troubles et de massacres que vivait alors la France Danton déclara : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être »

    Le 1er septembre 1793, Danton proclamera :" Le tribunal révolutionnaire ne travaille pas assez, il n'y a pas assez de têtes qui tombent, Je demande une tête par jour !"... Ambiance...

Danton

Bailly ?

Ah oui, Bailly, nous serons souvent amené à parler de lui et son comparse La Fayette.

    Bailly sera victime d'un Tribunal populaire, pas vraiment comme celui qu'il avait souhaité en 1789. Il sera arrêté en juillet 1793 afin de témoigner au procès de Marie Antoinette. Il voudra témoigner en la faveur de la Reine, ce qui bien sûr causera sa perte. Le Tribunal Révolutionnaire le condamnera à la peine capitale le 10 Novembre 1793 et il sera guillotiné le lendemain sur l’esplanade du Champ-de-Mars, à l’endroit même où les troupes de la Constituante commandée par La Fayette avaient tiré sur les parisiens venus pétitionner pour la destitution du roi, le 17 juillet 1791.

La triste fin de Bailly, premier maire de Paris

Besenval ?

Lisez l'article du 31 juillet 1789 et bientôt celui du 10 août 1789, que je rédige après celui-ci. Vous serez étonnés.

 


30 Juillet 1789 : La Révolution, la faute à qui ? Voltaire ? Rousseau ? Les Suisses ? Tout le monde ?

 Dans son roman "Les misérables" Victor Hugo fait chanter à Gavroche cette petite chanson :

« Je suis tombé par terre,

C'est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C'est la faute à Rousseau. »

    Ce couplet a pour origine la chanson satirique que fit Béranger, en réaction à un "mandement de Messieurs les vicaires généraux du chapitre métropolitain de Paris"

    Ceux-ci commandèrent de lire dans toutes les églises de Paris le 9 février 1817, (pendant la Restauration), un prêche établissant que la culpabilité de la révolution revenait aux ouvrages de ces deux philosophes. Cette thèse chère aux royalistes, qui ajoutèrent plus tard sur la charrette des coupables les francs-maçons et les juifs, a eu le triste et honteux succès que nous lui connaissons.

Mais si coupables il y a, quels sont-ils ?

Voltaire ?

Voltaire
    La première qualité d’un philosophe, depuis Platon, c’est d’éclairer l’esprit des hommes qui vivent dans l’ombre de l’ignorance et de la superstition. Voltaire l’a fait brillamment, avec intelligence, talent et humour (Comme j’ai pu rire en lisant son dictionnaire philosophique)

    Mais Voltaire n’était pas un révolutionnaire, car il connaissait trop bien les hommes et il ne se faisait aucune illusion sur ceux-ci. Par contre, on ne peut nier l’effet que produisit sa lumière sur les esprits qui la reçurent, à commencer par l’empereur d’Autriche, Joseph II, (le propre frère de Marie-Antoinette). 

    Ce « despote éclairé » entreprit en effet de réformer son empire sur la base des idées de Voltaire. Il avait si bien compris Voltaire que lui aussi se méfiait du peuple. Sa devise était « Tout pour le peuple, mais rien par le peuple ». Il n’avait pas vraiment tort, puisque ledit peuple sous l’emprise de la superstition, fit rappeler après sa mort les moines que Joseph II avait chassé de leurs monastères contemplatifs, pour cause d’inutilité.

Il est également évident que la pensée de Voltaire a très fortement imprégné tous les hommes de cette époque. Ils se rendaient compte que le monde changeait et que la société devait évoluer, et ce, aussi bien du côté de la noblesse que du Tiers Etat. Leur attitude critique vis-à-vis de la religion dû beaucoup aux moqueries de Voltaire dans ses ouvrages contre celle-ci. Nous le verrons bientôt.

La Révolution lui sera reconnaissante puisqu’elle fera revenir en grande pompe ses cendres à Paris le 4 juillet 1791.

Le retour des cendres de Voltaire (collection personnelle)

    Tant d'âneries ont été dites et écrites par des penseurs de pacotilles de nos jours, que j'ai jugé nécessaire de lui consacrer un article afin de le réhabiliter : IL FAUT SAUVER LE SOLDAT VOLTAIRE.


Rousseau ?

    Classé avec juste raison chez les philosophes, (Il se voulait aussi musicien), Rousseau fut sans conteste un penseur politique. Il est évident que certains de ses écrits avaient fortement marqué les esprits, comme le « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes » et « Discours sur l'économie politique », publiés en 1755, et surtout son fameux « Du contrat social », publié en 1762.

    Rousseau fut le premier à affirmer que la démocratie était la seule forme légitime d'État. Là où Rousseau divergeait du cynique et trop lucide Voltaire (selon moi), c’est qu’il pensait que l’homme était naturellement bon et que c’était la société qui le corrompait (le fameux mythe du bon sauvage). C’est mal connaître la violence intrinsèque de la nature que de ne pas voir que seule la culture, l’éducation et la civilisation, nous empêchent de redevenir les prédateurs sans scrupules que nous étions à nos origines. Notre époque est encore malheureusement prise au piège de cette idolâtrie naïve d’une nature paradisiaque.

    De tous les révolutionnaires, le plus imprégné de la pensée de Jacques Rousseau, fut sans conteste Maximilien Robespierre qui le considérait comme son maître.

    Néanmoins, Rousseau non-plus, n’était pas un révolutionnaire, car il détestait ceux qu’il appelait les séditieux.


Et que dire de Diderot, D’Alembert et Condorcet, sans oublier Montesquieu ?

    Oui bien sûr ! En particulier Condorcet qui fut même un acteur important de la révolution ! Mais pourquoi s’acharner sur les philosophes ? Car en vérité, le premier corps de la société à s’opposer ferment au roi, ce fut bien la noblesse et la partie du clergé appartenant à la noblesse !


La noblesse ?

    Ce sont effectivement les nobles et le haut clergé appartenant à la noblesse, qui des années durant, bien avant la révolution, se sont opposés à toutes les tentatives de réformes du roi et de ses ministres successifs ! Dans les Assemblées des Notables provoquées par Louis XVI en 1787 et 1785 pour tenter de redresser financièrement une France au bord de la banqueroute ; Dans les différents parlements de Paris et de Provinces, depuis lesquels ils refusaient de valider toutes les nouvelles lois, en instrumentalisant au besoin le peuple qui réagissait violemment par des émeutes.

    Je vous conseille la lecture de cet article que j'ai consacré à ce problème très particulier : "Les Parlements contre le Roi. 30 ans d'une lutte de l'aristocratie contre l'absolutisme royal"

Assemblée des notables du 22 Février 1787
Assemblée des notables du 22 Février 1787


    Ce comportement irresponsable d’une classe qui ne veut renoncer à aucun de ses privilèges, fera que le roi finira par se résoudre à convoquer les Etats Généraux, dont les préparatifs, aussi bien lors de la rédaction des cahiers de doléances dans la France entière, que dans les chamailleries portant sur la représentativité des trois corps, conduiront le pays aux conditions optimales pour une révolution.

    N’oublions pas non plus tous ces nobles, acquis aux idées nouvelles, qui s’engagèrent du côté de la révolution, à commencer par le célèbre Duc D’Orléans dont nous avons parlé ces derniers jours et dont nous reparlerons.


Le clergé ?

    Je parle du vrai clergé, c’est-à-dire le bas clergé, celui des petits curés de campagne ; pas des nobles comme par exemple Talleyrand, l’évêque d’Autun, probablement athée, que Voltaire avait même béni.

    Sachez en effet que la révolution ne se serait peut-être pas produite, si le bas clergé n’avait pas rejoint en majorité le Tiers Etat le 24 juin 1789, lors des Etats Généraux (3 curés du Poitou l’avait déjà fait le 13). Lire cet article.

    Quoi de plus normal en fait ? Les braves curés étaient bien placés pour connaître l’horrible misère du peuple, puisqu’ils la partageaient. Ils avaient même contribué à ce que le peuple en grande partie analphabète, puisse exprimer ses réclamations dans les cahiers de doléances.

    On vit même, la veille de la Bastille, le curé de Saint-Etienne du Mont et trois autres curés conduire leurs ouailles à l’Hôtel de Ville pour s’enrôler, tandis que l’abbé Lefebvre organisait la distribution de petits sachets de poudre à fusil aux gens ! Certains prêtres, comme Jacques Roux en Charentes, avaient poussé les paysans à brûler des châteaux !

    Hélas, tous les révolutionnaires, on le verra bientôt, ne leur seront pas vraiment reconnaissants. Les constituants (Bourgeois et nobles tous voltairiens) se méfiaient des 40.000 prêtres (sur un clergé de 44.000) qui étaient trop proches du peuple. Raison pour laquelle ils nationaliseront les biens du clergé, rédigeront une constitution civile du clergé (façon Joseph II) et qu’ils trouveront judicieuse l’idée de détourner la colère du peuple vers l’Eglise. Néanmoins, il faut savoir que les petits curés seront récompensés tout de même, puisque leur salaire versé par la Nation sera doublé à l'occasion de la constitution civile du clergé et qu'en plus ils auront le droit de se marier !

Enterrement du Clergé le 2 Novembre 1789, jour de la nationalisation de ses biens.


    Ce sont les bons bourgeois Girondins qui feront passer une loi terrible contre les prêtres, disant qu’il suffirait de la dénonciation de vingt citoyens pour qu’un prêtre soit condamné à la déportation. Le Girondin Isnard avait même dit : « Le dénouement de la révolution doit être l’exclusion du christianisme ».

    Robespierre luttera en vain contre cette déchristianisation, en affirmant qu’elle dissimulait une manœuvre politique et qu’elle aggravait l'agitation menée par les sans-culottes radicaux tels que les hébertistes et les enragés. Il avait effectivement raison puisqu’on découvrira par la suite que les « enragés » étaient financés par l’Angleterre pour créer le désordre, par l’intermédiaire du banquier suisse Perrégaux. Le 21 novembre 1793, Robespierre inaugurera même au Club des Jacobins sa croisade contre l'athéisme.

    La hiérarchie de l’église reprendra vite la main sur le désordre révolutionnaire régnant dans ses rangs (des milliers de prêtres s’étaient mariés) et bien vite, comme elle sait si bien le faire, l’Eglise tissera une belle légende présentant à sa façon la révolution comme une abomination.


Les francs-maçons ?

    En 1789, il y avait des francs-maçons dans presque tous les corps d’état de la société. Même Louis XVI, semble-t-il, en faisait partie ! 

    Le projet maçonnique étant le progrès de l’humanité et la fraternité entre les hommes, il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que les « frères » soient acteurs à divers degrés de ce changement de société. Il est même très vraisemblable que le travail intellectuel issu de leurs loges (les fameuses planches), ait servi de base à de nombreux projets.

    Si leur participation a été à la hauteur de ce que prétendent les nostalgiques de l’ancien régime, nous ne pouvons que leur en être reconnaissant.

Assemblée de Francs-maçons


Les Protestants ?

    Nombre de révolutionnaires étaient en effet des Protestants. Boissy d’Anglas, Cambon, Marat, Necker, Rabaud Saint-Etienne, Barnave, Jean-Bon Saint-André étaient Protestants, sans parler des banquiers suisses présents à Paris ; mais rien d’autre que leur religion, ne semblait relier ces hommes dont les sensibilités et les opinions étaient aussi différentes que le reste des Français ? Les Protestants étaient 5% à la Convention (moins de 2% aux États Généraux), mais ils se situaient aussi bien parmi les Feuillants royalistes que chez les régicides, aussi bien à la Gironde qu’à la Montagne. L’époque n’était plus aux persécutions. Ils étaient considérés comme des citoyens ordinaires et ils bénéficiaient même un peu de l’estime suscitée par leurs cousins américains.

La croix huguenote des Protestants
Cliquez sur l'image pour connaître
son origine et sa signification.


Les Juifs ?

    Soyons sérieux et laissons en paix ce peuple cultivé et travailleur qui a dû attendre la Révolution française pour avoir le droit d’être citoyen français. C'est principalement l'Abbé Grégoire qui fut le promoteur de leur émancipation durant la Révolution.

    Malgré quelques fautes de frappe (j'en fait aussi) la page suivante décrit bien la situation des Juifs de France à l'aube de la Révolution :
 
http://judaisme.sdv.fr/histoire/historiq/consisto/rneher.htm

Famille juive, visite aux grands parents


Les Suisses ?

    Ne riez pas ! Vous avez pu découvrir dans mes précédentes publications, la participation active et surtout financière des banquiers suisses Delessert et Perrégaux aux préparatifs des événement des 13 et 14 juillet. C’est encore un Suisse, Hulin, un homme de main de Perrégaux qui conduira l’attaque de la Bastille !

    Je ne plaisante qu’à moitié ! Il faut en effet savoir qu’en 1782, l’aristocratie genevoise avait appelé Louis XVI à l’aide pour reprendre un pouvoir qu’elle avait perdu. Genève capitula le 2 juillet 1782 devant 3 armées coalisées dont l’armée du roi Louis XVI. Les cercles, sorte de clubs politiques, furent dissous et la liberté de la presse supprimée. Un millier de genevois s'exilèrent à Paris, où leurs idées de liberté trouvèrent une écoute pour le moins favorable. De là, l'explication de la participations de Suisses à la Révolution française.

Plus d'infos sur la révolution suisse sur le lien figurant avec l'illustration ci-dessous :

A Genève, l’Édit du 10 février 1789, résultat politique de l’émeute frumentaire du mois précédent, met brutalement fin au musellement qu’avaient enduré les Genevois pendant sept années. Les exilés de 1782 sont admis à revenir dans leur patrie, les compagnies bourgeoises sont rétablies et les cercles rouverts. Le Conseil militaire est supprimé tandis que l’accès à la bourgeoisie est plus amplement accordé aux natifs. Enfin, dans un délai de dix ans, le Conseil général sera maître de l’élection des conseillers d’État et des syndics. Encore fallait-il juger de la réaction des puissances garantes de l’édit de 1782...

Les paysans français ?

    J’ai déjà évoqué avec vous l’image d’une France mosaïque, peuplée de mille peuples parlant différentes langues, ayant des cultures et parfois même des religions différentes.

    Les réactions à la nouvelle de la prise de la Bastille et plus tard aux réformes révolutionnaires, furent donc très différentes selon les régions et surtout en fonction de la conscience politique balbutiante de ce grand oublié de l’histoire qu’est toujours le peuple.

    Comprenez bien que certains paysans ne savaient même pas qu’ils étaient français et que la majorité ne parlait ni ne comprenait la langue dite française ! Néanmoins, la souffrance, les humiliations et surtout la faim, étaient bien là et ce peuple, dans son ensemble, était à bout. Dès les premiers jours de la révolution, et même bien avant, le peuple sera manipulé, instrumentalisé. Nous en avons déjà parlé et nous en reparlerons.

    Ce ne sera que progressivement, lentement, que ce peuple prendra conscience de son pouvoir, de sa souveraineté.


L'explication de Lafayette !

    Que s'est-il réellement passé durant ces journées chaudes de juillet 89 ? Lafayette aurait répondu ainsi le 24 juillet 1789 :

"On ne le sait pas on ne le saura jamais, car une main invisible dirige la populace".

M. Le Marquis de Lafayette
(Que l'on connaîtra aussi dorénavant pour son humour)

Mauvais esprit du Citoyen Basset

    Si vous avez lu mes articles sur les journées précédentes de juillet 1789, peut-être que certains parmi vous vont se demander s'il ne s'agirait pas plutôt de la main invisible du marché, imaginée par Adam Smith...


Alors la faute à qui ?

    En histoire, comme en beaucoup d’autres domaines, il n’y a jamais de réponse simple. Qui plus est, le mot « faute », implique un jugement de valeur négatif et un historien ne doit pas juger, mais comprendre. 

Lire cet article quand vous aurez le temps :"L'histoire, la vérité, le bien le mal et toutes ces sortes de choses très relatives".


    Mon modeste site est là pour nous aider à mieux comprendre le chaos qui régna durant cette période, comprendre les actes et les gens.


A suivre.

 


mercredi 29 juillet 2020

29 juillet 1789 : Les brigands (paysans) veulent attaquer l'Abbaye de Cluny

 

La ville de Cluny et son Abbaye

    Nous avons vu hier 28 juillet que le château de Lugny avait été attaqué par des hordes de "brigands". Brigands qui ne sont en fait que des paysans et artisans qui ont peut-être eu vent de la prise de la Bastille (de telles nouvelles voyages vite) et qui décident de s'attaquer à leurs Bastilles locales. La révolte des paysans fut particulièrement importante dans cette riche région du Mâconnais. Le régime seigneurial y était particulièrement dur et les paysans étaient écrasés de misère.

    J'ai eu la chance de trouver un document précieux, issu des archives de Saône-et-Loire, qui nous donne nombre d'informations, images et même de copies de dépositions de témoins concernant cette révolte en Mâconnais.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder :


    En lisant ce cahier passionnant, j'ai découvert qu'une rumeur, qui plus est accréditée par des billets qui circulaient, semblait semble être à l'origine du déclenchement de cette révolte. La rumeur prétendait que le roi et l'Assemblée toléraient la destruction de ce régime féodal qui oppressait les paysans. Cela ne vous rappelle rien ? Je vous avais expliqué dans mon article du 23 juillet que dans son histoire de la Révolution française, l’historien Adolph Thiers avait émis l’hypothèse étonnante que les courriers envoyés partout en France pour annoncer l’arrivée des brigands, relevaient d’une initiative de la cour. Eux seuls étaient en effet capables de franchir aisément tous les postes de contrôles. L’idée aurait été d’armer les provinces pour les opposer à Paris, car la cour ne croyait pas à une révolution générale du royaume. Etonnant, non ?


Pillage d'un château

    Les coups de forces de ces "brigands" visaient principalement les privilèges seigneuriaux. Ils s'attaquaient aux terriers des châteaux, sortes de greniers où étaient enfermés tous les archives contenant tous les droits seigneuriaux qui les affligeaient ; ainsi que les granges aux dîmes où étaient stockées les nourritures qu'ils avaient dû payer au titre de cet impôt religieux. Leurs actions étaient violentes, mais ils menaçaient plus souvent de tuer qu'ils n'ont tué réellement.

Carte de la Grande Peur en Mâconnais


    Au cours de l'enquête qui suivit l'attaque du château de Saint-Maurice-des-Près, le jardinier dudit château, François Laurent, expliquera que les brigands ne lui demandèrent pas d'argent, mais du pain et du vin. Je ne cherche pas à minimiser ni excuser la violence. Je cherche seulement à en comprendre le pourquoi.


L'Abbaye de Cluny

 

Voici à présent l'extrait des archives de Saône-et-Loire, concernant l'action menée contre la célèbre abbaye de Cluny. (Fond de la Ville de Mâcon, FF 67/12)

Mois qui suit spécialiste des coquilles malheureuses, j'ai pris le soin de corriger l'orthographe fantaisiste, typiquement 18ème siècle, de cette déposition, pour que les traducteurs du web n'y perdent pas leur Latin. 😊

 

A l'hôtel de Ville de Cluny, le 29 juillet 1789 à onze heures du soir.

 

Messieurs mes chers confrères

Nous vous avons prévenu par l'exprès qui vous a été adressé de notre part cet après-midi, que nous étions menacés de l'incursion de cette quantité considérable de gens de la campagne qui depuis plusieurs jours occasionnent les plus grands dégâts dans le voisinage, que les brigands avaient brûlé le château de Lugny, celui de Senzand, qu'ils avaient dévasté celui d'Igé, la Tour de Bassy (1), Berzé la Ville et un grand nombre de maisons particulières.

Nous avons été avertis que les séditieux venaient au nombre de plus de six cents pour incendier l'abbaye de cette ville qu'ils avaient menacée dès le principe des mouvements extraordinaires auxquels ils se sont livrés. La Milice Bourgeoise que nous avions établie pour la garde de la ville a envoyé un détachement pour connaître les forces de cette troupe, le détachement qui était commandé a bientôt reconnu que ces brigands étaient en très grand nombre, en conséquences les ordres ont été donnés d'aller à leur rencontre pour les engager à se retirer. Mais à leur approche ils ont été obligés non seulement de se tenir sur la défensive pendant assez longtemps, mais encore après avoir été attaqués eux-mêmes, de courir sur eux et d'en venir aux mains, on en a tué plusieurs et on en a amené dans les prisons de cette ville (2) en très grand nombre, entre autre le nommé Pierre Maziller père (3) que nous savions s'être déclaré pour le chef de ces bandits dont il avait soulevé le plus grande partie en assurant qu'il était porteur d'un ordre de l'Assemblée nationale qui prescrivait le paiement des dîmes et celui des droits seigneuriaux.

Vous jugez bien Messieurs de toute la douleur que nous cause un événement qui n'a point d'exemples que nous nous empressons de vous en faire part, non seulement pour que vous puissiez tenir vos gardes, mais encore pour vous prier de nous envoyer des forces si votre situation le permet.

Nous sommes avec le plus parfait attachement…


  1. Commune de Saint-Genoux-de-Cissé,
  2. Il y eu 5 brigands tués et plus de 150 arrêtés,
  3. Pierre Maziller fut condamné à mort par le Comité de Cluny et pendu le 4 août aux portes de la Ville


   Apprenez qu'avec le dénommé Pierre Maziller, le Comité permanent de Mâcon (C'est-à-dire la Bourgeoisie) condamnera également à mort vingt paysans, oups ! pardon, vingt brigands.

    Je vous conseille vivement de consulter le précieux document des archives de la Saône-et-Loire;




mardi 28 juillet 2020

28 Juillet 1789 : Brigands, « sous prétexte de disette ».

 



Les brigands brûlent des châteaux !
    Le terme de brigand revient si souvent dans nombre de livres et documents sur la révolution, que j’ai cru nécessaire de vérifier si ce mot avait eu une signification différente au 18ème siècle. J’ai appris que le mot brigand désignait au moyen âge des soldats à pieds (des fantassins) regroupées en brigades. Les exactions de ceux-ci sur les civils, (souvent autorisées par les seigneurs en guerre, parce que ça valait pour une solde), ont fait que le mot a fini par désigner des bandes organisées de pilleurs.

    A noter que le dictionnaire en ligne du CNRS mentionne que le nom de brigands a été donné aux Vendéens royalistes sous la Révolution française. Pourquoi cette remarque à propos des Vendéens, alors que l’on ne cesse de parler de brigands pendant toute la révolution française ? Je vous laisse deviner…


    Selon les textes et les auteurs, le mot brigand désigne aussi bien les hordes imaginaires sensées dévaster le pays, (faisant donc vraiment actes de brigandages), que les émeutiers ou plus communément les foules en colère. Ce qui veut dire que les émeutiers étaient considérés comme de réels malfaiteurs, même si c’était la faim qui les motivait. Le choix de ce mot n’est pas innocent puisqu’il contient un jugement de valeur négatif. Les termes de rebellions et d’émeutes existaient aussi à l’époque, mais fort curieusement, ils n’ont pas été utilisés.


Bandits bandits !

    Adrien Joseph Colson, avocat au Parlement de Paris, utilise même le mot bandit dans sa correspondance avec le régisseur des terres du Berry de la famille de Longaunay. Il écrit le 18 août :

« Les bandits font toujours beaucoup parler d’eux et ils causent en Normandie beaucoup de préjudices chez les seigneurs dont ils brûlent les titres et détruisent les colombiers. ».

    Nous reparlerons prochainement de cette haine des paysans envers les colombes et autres pigeons.

    Le 23 Juillet, le Président de l’Assemblée nationale, Monsieur le Duc De Liancourt, avait ouvert la séance par la lecture d’adresses de plusieurs villes qui demandaient des secours pour dissiper des troupes de brigands qui, sous prétexte de la disette des grains, infestaient le pays et causaient des soulèvement. C’était le début de la grande peur !

    Adolphe Thiers, certes républicain, mais que l’on ne peut guère qualifier d’ami du peuple, donne une explication fort intéressante à propos de la grande peur. En tout cas une explication plus futée que celle du complot franc-maçon, chère aux royalistes.

    Dans son histoire de la révolution française, Adolphe Thiers émet l’hypothèse étonnante, que les courriers envoyés partout en France pour annoncer l’arrivée des brigands, relevaient d’une initiative de la cour. Eux seuls étaient en effet capables de franchir aisément tous les postes de contrôles. L’idée aurait été d’armer les provinces pour les opposer à Paris, car la cour ne croyait pas à une révolution générale du royaume.

    Cette idée de Thiers est vraiment très intéressante, voire même, révélatrice du personnage, car c’est ce que lui-même fera pour écraser la Commune en 1871. Il enverra des soldats de la province, tous d’origines paysannes, pour mater la révolte des communards parisiens, ceux que l’on appelait haineusement dans les campagnes, « les partageux » (1).

    Comme quoi chaque historien, aussi honnête soit-il, interprète l’histoire en fonction de ce qu’il est. Mais c’est un autre sujet.

(1) Rappelons que Thiers ordonnera l'écrasement de la Commune de Paris en mai 1871, lors de la semaine sanglant au cours de laquelle entre 20.000 et 30.000 communards seront massacrés. Rappelons également que le principal crime des Communards avaient été de vouloir résister aux Prussiens qui encerclaient Paris, alors que le gouvernement de Thiers à Versailles, préférait négocier la reddition sans combattre (L'armée de plus de 60.000 avait préféré se rendre à Metz, avec tous ses canons). Ce seront des soldats français honteusement vaincus qui passeront leur rage en mitraillant les Parisiens, hommes, femmes et enfants.

L'écrasement de la Commune,
peint par Bertrand Tillier.


Revenons au Thiers historien...

« Quoi qu’il en soit », comme dit le rusé Thiers, « ce moyen tourna au profit de la nation, qu’il mit en armes, et en état de veiller à sa sureté et à ses droits ».


    Voici d’ailleurs comment Thiers présente ce peuple en armes, avec un peu plus de lucidité, sinon d’indulgence :

« Le peuple des villes avait secoué ses entraves, le peuple des campagnes voulait lui aussi secouer les siennes. Il refusait de payer les droits féodaux, il poursuivit ceux des seigneurs qui l’avaient opprimé ; il incendiait les châteaux, brûlait les titres de propriété, et se livrait dans quelques pays à des vengeances atroces. »


    C’est ainsi que le 26 juillet 1789, dans le petit village d’Igé, les habitants, en conflit avec leur seigneur François Charles Albert de La Bletonnière, au sujet d'un droit d'eau, ont sonné le tocsin et se sont portés en nombre au château qu’ils ont saccagé. Le seigneur a sauvé sa vie en allant se réfugier dans les bois. Le château voisin d'Azé a subi le même sort.


    Le lendemain 27 Juillet, ces mêmes « Brigands » se sont rendus au château de Lugny, propriété de Florent-Alexandre-Melchior de La Baume, élu député de la noblesse du Mâconnais aux États généraux et ils y ont mis le feu.


    Et ce 28 juillet 1789, des bandes armées de paysans (encore des brigands) attaquent le château de Senozan, propriété des Talleyrand-Périgord. Ils brûleront ensuite le château de Mercey à Montbellet puis celui d'Uchizy.


    Peut-être commencez-vous à deviner le pourquoi de l’événement qui se déroulera dans la nuit du 4 août ?


A suivre…



Post Scriptum :

    Pour illustrer cet article à propos de brigands qui n’en sont pas vraiment (l’est-on vraiment quand c’est "pour cause de disette"), je vous offre cette estampe de brigands, un peu coquine, dédiée au comte d’Artois, frère du roi, et les copies des pages du livre de Thiers.

« Le sieur Gillet dit Ferdinand Maréchal des Logis, au régiment d’Artois Cavalerie, retournant de Nevers à Sainte Menehould sa patrie, s’étant égaré dans la forêt est attiré par les cris lamentables d’une jeune fille que deux assassins avaient dépouillée et attachée à un arbre ; le brave militaire vole au secours de l’infortunée, blessé désarmé et met en fuite l’un des Scélérats ; d’un coup de sabre coupe le poignet au second, qui le couchait en joue avec un pistolet, délie la fille et la ramène à ses parents. »


Les pages du livre d'Adolphe Thiers :

La France entière se met en armes

Troubles dans les campagnes

 


 

lundi 27 juillet 2020

27 juillet 1789 : Récit "compliqué" de l'incendie d'un château durant la "Grande Peur"

 

Incendie du Château de Lugny (réalisée avec trucages)

Les brigands.

    Aujourd'hui 27 Juillet, des paysans et des artisans en colère, autrement dit "des brigands", se sont rendus au château de Lugny, un relais de chasse, propriété de Florent-Alexandre-Melchior de La Baume, 14e et dernier comte de Montrevel et baron de Lugny, élu député de la noblesse du Mâconnais aux États généraux ; et ils y ont mis le feu.

    L'ensemble du logis seigneurial, la chapelle castrale et le donjon ont disparu dans les flammes, mais l'incendie a préservé les bâtiments délimitant la basse-cour du château, en particulier les deux tours rondes de l'entrée et les bâtiments contigus.


La tragique destinée du propriétaire.

    Selon la sensibilité des rédacteurs et sur la base de sources peut vérifiables, on peut lire sur Wikipedia deux versions un peu différentes de la destinée du dernier comte de Montrevel.

  • Dans l'histoire du château de Lugny, on nous dit que, suspecté à tort d'avoir émigré (bien sûr), ses bien furent mis sous séquestre par les autorités, parmi lesquels son château de Lugny (brûlé ?) et les biens en dépendant.
  • Par contre, dans la biographie dudit comte, on nous apprend, qu'arrêté le 22 février 1794 et jeté en prison, il fut jugé coupable par le Tribunal révolutionnaire d'être complice d'une conspiration tramée à la prison du Luxembourg où il était détenu (affaire dite de la « conspiration des prisons »).

    Ces conspirations des prisons n'étaient en aucun cas des rébellions de prisonniers. Elles étaient organisées en secret par le Comité de sûreté générale en liaison avec quelques membres du Comité de salut public et particulièrement Bertrand Barère, dans le but de "vider" les prisons. Barère aurait même dit devant la Convention : « le comité a pris ses mesures et dans deux mois les prisons seront évacuées ». Les Thermidoriens prétextèrent bien sûr de ce crime pour éliminer Robespierre, Saint-Just et Couthon, mais ceux-ci n'y prirent aucunement part. Malgré tout, la Loi 22 Prairial An II (10 juin 1794) dont ils étaient bel et bien responsables avait terriblement durci les jugements. Jusqu'à cette date, une grande proportion d'accusés étaient acquittés, emprisonnés ou déportés (1). Après cette date il y eu une accélération des condamnations à mort (conspiration des prisons ?), qui fut mise sur le compte de Robespierre et de son ami Couthon ; ce qui causa d'ailleurs leur perte. Cela n'empêcha cependant pas les Thermidoriens qui les avaient éliminés de poursuivre cette politique de condamnations à mort.

    Le malheureux comte fit donc partie d'une liste de 154 pseudos conspirateurs extraits de la prison du Luxembourg, accusés par des faux-témoins, qui furent envoyés devant le Tribunal révolutionnaire. Ceux-ci furent répartis en trois groupes. Il fit partie des 59 accusés de ces fausses conspirations, présentés le 19 messidor an II (7 juillet 1794) devant le Tribunal. Là, on leur demanda de répondre seulement par oui ou par non aux deux questions qui leur furent posées : Avez-vous conspiré ? et avez-vous connaissance d'une conspiration ?

    Petit détail qui fait honneur au sang-froid et à la noblesse de cœur du comte qui se savait perdu, lorsque vint son tour de parler devant le tribunal, le président ne put obtenir de lui que cette seule réponse : 

« J’ai assez de la vie ; vous pouvez me faire mourir. »

    Le malheureux comte, âgé de 58 ans, fut donc condamné à mort, puis guillotiné à Paris le 19 messidor an II (7 juillet 1794) avec les cinquante-huit autres accusés de cette prétendue conspiration.

Grande place du village de Lugny



L'incendie.

    Concernant l'incendie du château, voici ce que le curé Louis-François Dubost de la paroisse voisine de Bissy-la-Mâconnaise en a témoigné dans ses registres :

« Le 27 juillet 1789, à six heures et demie du soir, les Brigands quittent ma maison pour se rendre à Lugny où plus de 200 autres qui étaient venus de Péronne les avaient devancés. Ils pénètrent dans le château de M. de Montrevel, brisent les portes, les glaces, les vitraux et tous les meubles, jettent les débris par les fenêtres. […] On ne voit de tous côtés que destruction. Enfin, on met le feu au château. La flamme était si grande entre une et deux heures de la nuit que j’aurais pu lire à ma fenêtre à la lueur du feu. Dans vingt-quatre heures ce château bien meublé fut tout pillé et brûlé ; on ne vit plus que des cheminées en l’air et des murs calcinés par le feu ou noircis par la fumée ; il n’y resta rien, pas même des gonds. »

    Cette description spectaculaire doit concerner le bâtiment dans lequel résidaient les seigneurs de Lugny. Celui-ci s’élevait sur le terre-plein situé entre l’actuelle place de l’Église et la petite montagne en haut de laquelle s'élevait le château. Seules en subsistent de nos jours la base d'une tour circulaire et, sur quelques dizaines de mètres, une petite partie de l’ancienne muraille.

    Quant au château lui-même, je vous laisse admirer ci-dessous les ruines de cet édifice, fracassées à ras du sol que l'on peut admirer de nos jours. J'ai effacé les antennes de télévision et la parabole satellite pour que cela fasse plus dix-huitième…

Pardonnez-moi cette petite note d'humour.

Le château de Lugny, de nos jours.

Le château de Lugny en 1848

Cette dernière image est extraite d'un ouvrage des archives de Saône-et-Loire, dont je vous parle demain 29 Juillet 1789.



(1) Complément d'infos sur les acquittements durant la période révolutionnaire.

Sources  :
Source : Ministère de la Justice

Source : Nombre d’accusés par département ayant reçu des peines criminelles,
 des peines correctionnelles, et des acquittements, 1792-1811


    Comme le montre le tableau ci-dessous, les jurés ont prononcé davantage d’acquittements pendant la Révolution que sous Napoléon. La proportion de relaxes s’accroît pendant la Terreur et grimpe en flèche au cours de la réaction thermidorienne. Avec le Directoire, on observe un équilibre entre les condamnations pour crimes et les acquittements. Mais ces derniers commencent à diminuer avec l’avènement de Napoléon : on n’en compte plus que 40 % sous le Consulat et 36 % sous l’Empire. On notera, toutefois, que les jurés napoléoniens ne prononcèrent pas un taux de condamnations pour crimes beaucoup plus élevés que les jurés du Directoire : plus souvent que leurs prédécesseurs, ils préféraient infliger des peines correctionnelles légères plutôt que d’acquitter.

Source : Nombre d’accusés, par années, ayant reçu des peines criminelles,
des peines correctionnelles, et des acquittements, 1792-1811


Post Scriptum :

    Oui, je sais, mon article finit par traiter de deux sujets bien différents. Mais c'est chaque fois la même chose. Chaque fois que je commence à faire des recherches sur un événement, je trouve une infinité d'informations. Voilà pourquoi à partir d'un simple château brûlé par des paysans en colère durant la grande peur, je me suis intéressé à la destinée de son malheureux propriétaire.

    Encore une info. La présente interprétation de cette affaire de conspiration des prisons ne fait pas l'unanimité, chacun bien sûr se préoccupant prioritairement de trouver une explication qui corresponde à ses préjugés. Ce n'est pas mon cas. Au fur et à mesure que j'ai progressé dans mes recherches, ma perception de l'événement n'a pas cessé d'évoluer et j'ai dû réécrire cet article au moins 4 fois !