mardi 14 juillet 2020

14 Juillet 1789, la date vous dit quelque chose?

 Article mis à jour le 22 juillet 2022.

Gouache de Claude Cholat, qui participa à la prise de la Bastille.


L'émeute de trop ? 

    L'historien Hyppolite Taine a méticuleusement compté qu'il y avait eu 300 émeutes en France depuis le début de l'année 1789, avant la prise de la Bastille ! (Taine, Révolution, t. I, ch. I.). Pire ! Plus de 900 émeutes ont été dénombrées à travers tout le pays depuis 1786 ! Emeutes frumentaires, il faut le préciser. C'est-à-dire des émeutes provoquées par le manque de pain et la faim.

    Alors la prise de la Bastille est-elle une émeute spontanée qui a pris un tour imprévu ? Ou bien est-ce un peu plus compliqué que ça ? Si vous avez lu l'article concernant la journée du 13 juillet, je gage que vous vous posez déjà quelques questions.

    En effet, vous avez vu agir ou réagir des populations bien diverses : le petit peuple de Paris qui souffre de la faim et cherche partout de la farine ou du pain, provoquant çà et là émeutes et pillages ; les petits bourgeois et les grands bourgeois électeurs du Tiers Etat, qui s’inquiètent des revirements du roi, de l’agitation du peuple et du renvoi du populaire ministre Necker ; la noblesse qui prend peur et recommande au roi la sévérité ; les troupes amenées sur Paris qui agissent dans le désordre et refusent d’obéir pour certaines ; et puis dans l’ombre, tout un petit monde qui s’agite et complote, tant du côté de la cour, que de celui du Tiers état. 

    Au matin de ce mardi 14 juillet 1789, fument encore les 40 barrières de l’octroi (péages des fermiers généraux) qui ont été incendiés durant la nuit (lire l'article du 13 juillet). C’est un événement considérable que cette révolte contre ces péages qui taxaient toute marchandise pénétrant dans Paris.

    Mais c’est de la prise de la Bastille que les historiens préfèrent parler. Bastille devant laquelle, durant la nuit du 13 au 14 ont déjà eu lieu quelques échanges de coups de fusils.

    La Bastille est la suite logique des événements de la veille, puisque l'on a appris qu'elle abritait une réserve de poudre noire et des fusils.

Vue de la Bastille et de la porte Saint-Antoine en 1749

Inquiétude et sombres préparatifs à Versailles

    A Versailles, l’Assemblée nationale a repris ses travaux sur le projet de constitution, mais l’inquiétude grandit. 

La matinée passe. 

On apprend que le roi aurait l’intention de partir dans la nuit et que l’Assemblée va être livrée à plusieurs régiments étrangers.

On a vu les princes, la duchesse de Polignac et la reine, se promenant à l’Orangerie, flattant les officiers et les soldats, et leurs faisant distribuer des rafraichissements.

Il se dit qu’un grand dessein a été conçu pour la nuit prochaine ; que Paris devrait être attaqué sur sept points, le Palais-Royal encerclé, l’Assemblée dissoute, et qu’enfin, il devrait être pourvu aux besoins du Trésor par la banqueroute et les billets d’Etat. 

Château de Versailles, coté cour.

    Adolphe Thiers, dans son histoire de la Révolution française, précise dans son récit des événements qu’il est certain que les commandants des troupes avaient reçu l’ordre de s’avancer du 14 au 15, que les billets d’Etat avaient été fabriqués, que les casernes des Suisses étaient pleines de munitions, et que le gouverneur de la Bastille avait déménagé, ne laissant dans la place que quelques meubles indispensables.

    Le Tiers état, du petit peuple aux grands bourgeois, craignait donc à juste raison, un coup de force de Versailles.


A Paris, le Peuple se prépare de nouveau à agir.

    Ce jour du 14 juillet, le prix d’un pain permettant de nourrir une petite famille a atteint 14 sous et demi, alors que le salaire d’un journalier est de 15 à 20 sous.



La rue Saint-Antoine, le matin du 14 Juillet 1789
A droite, l'église Saint-Paul, au loin, la Bastille.

La rue Saint Antoine au même endroit en 2019...

    A Paris, dans la matinée, une foule de 8.000 à 10.000 personnes, conduite par l’abbé Lefebvre, s’est rendu aux Invalides pour prendre les armes qui y sont conservées, plus de 30,000 fusils et quelques canons. Le marquis de Sombreuil qui dirige les Invalides cède à la foule qui enlève les canons et une grande quantité de fusils.

    Les troupes de Besenval, stationnées tout près de là sur le Champs de Mars, n’interviennent pas. C’est pour le moins étonnant. Est-ce que parce que l’heure n’est pas encore venue d’intervenir ? Est-ce parce que, comme certains historiens le disent, elles ont été achetées ? Peut-être par le Duc d’Orléans, ou par l’un des banquiers du Tiers Etat dont nous avons parlé hier ? De nombreux soldats d’origine étrangère, des mercenaires commencent à déserter l’armée du roi.


Pierre-Victor de Besenval de Brünstatt

    Un comité insurrectionnel constitué de bourgeois du Tiers état, est installé au Palais-Royal. Rappelons que le Palais-Royal, ce point de ralliement de tous les contestataires, appartient au Duc d'Orléans dont l'ombre plane sur tous les événements.


Le siège de la Bastille.

    Une rumeur dit que la Bastille renferme de la poudre. Les Parisiens se rendent alors en masse à la Bastille. Celle-ci est commandée par le gouverneur de Launay qui dispose d’une faible garnison de 32 soldats suisses du régiment Salis-Samade de 82 gardes des invalides et de 30 canons.

Le Marquis Bernard-René Jourdan De Launay

    Le député d’un district obtient l’autorisation d’entrer dans la forteresse pour parlementer. Il reçoit la parole de la garnison de ne pas faire feu si elle n’est pas attaquée.

    Pendant les pourparlers, la foule assemblée aux pieds des murailles commence à s’agiter, du fait de la trop longue absence de son député. Au point que celui-ci est obligé de se montrer pour l’apaiser. Il finit par quitter la forteresse à 11h du matin.

Le brave Stanislas Marie Maillard
allant chercher la proposition des assiégés

    Notre ami l'avocat Colson, dont nous avons déjà parlé ces derniers jours, nous donne une version très différente dans le courrier adressé le 19 juillet suivant à son ami de province :

« La foule se présente à la Bastille et fait avertir le gouverneur qu'elle désire des fusils, celui-ci répond qu'il consent de les lui remettre et lorsqu'elle se présente pour aller les chercher, il fait baisser le pont-levis et fait arborer le pavillon blanc sur son rempart en signe de sentiments pacifiques. Mais dès qu'elle entre, il fait relever le pont-levis et fait tirer sur la foule. »

 Mais l'Histoire n’a pas retenu cette version...

    Du haut des remparts de la Bastille, la confiance des assiégés est si grande que l'un de ceux qui servent le canon, montre ses fesses nues à deux reprises. Il sera pendu à un réverbère après la prise de la Bastille.

Prise de la Bastille par les bourgeois et les
braves gardes françaises de la bonne ville de Paris

    Les assiégeants décident d’aller chercher des canons à l'hôtel de ville.


Un renfort inattendu.

    C’est alors qu'arrivent en renfort, deux colonnes organisées comme des troupes régulières, l’une dirigée par le sergent des gardes suisses Augustin Hulin (28 ans d’armée) et comprenant une soixantaine de gardes françaises, l’autre par le sous-lieutenant Elie du Régiment de la Reine ( 22 ans de service). Elles commencent aussitôt une attaque en règle.

    Cela fait déjà plusieurs fois que l’on observe des soldats de ce régiment, intervenir du côté du peuple. Est-ce spontané ? préparé ? D’après vous ? 


Le pavillon du régiment des Gardes Françaises

Les gardes françaises (Reconstituteurs)


    Fort curieusement, ces Gardes française sont conduits par un personnage un peu trouble, un dénommé Pierre Augustin Hulin, encore un Suisse, en relation avec le banquier suisse Perrégaux dont nous parlions hier. Etonnant, non ?

    Hulin fera même don par la suite à Louis XVI, d’un morceau de pierre de la Bastille, afin de lui montrer que ce n’était pas contre lui, mais au nom de l’idéal du bon roi, qu’il avait fait chuter la prison d’État...

Pierre de la Bastille offerte par Hulin à Louis XVI



Concours de circonstances favorables

    Il semble que le peuple en colère bénéficie vraiment en ce jour mémorable, d’un concours de circonstances on ne peut plus favorables !

    Voici à présent qu’un ingénieur se trouve également là et propose son aide pour le siège de la forteresse ! Il conseille d’abattre une petite maison accolée à Bastille, qui gêne les opérations. Comme il est impossible aux assiégés de pointer leur canon vers le pied du rempart, il conseille aux assiégeants d'y placer le leur. Il les engage alors à creuser afin de redresser le fût de leur canon. Il faut presque le pointer à la verticale. Lorsque le canon est bien orienté, ledit ingénieur indique aux assiégeants qu’ils peuvent faire feu. Les premiers coups de ce canon portent sur le canon des assiégés et le rendent inopérant.

    Colson rapporte qu'un autre coup de canon, adroit ou  heureux rompit la chaîne du pont-levis, lequel, par cette fracture, s'abaissa.


Le gouverneur De Launay s'impatiente.

    Pendant ce temps-là, à l’hôtel de ville, on a intercepté un billet du Baron de Besenval, aussi lieutenant des gardes Suisses, adressé à De Launay, le commandant de la Bastille. Il l’engage à résister, lui assurant qu’il sera bientôt secouru, ce qui confirme les rumeurs d’un coup préparé par la Cour, pour la nuit prochaine.

    Colson rapporte que Jacques de Flesselles, le prévôt des Marchands aurait demandé à De Launay de prolonger le siège, dans l'attente d'un renfort de 20.000 soldats qui arriverait durant la nuit par un sous-terrain venant du Donjon du château de Vincennes !

Jacques de Flesselles

    Constatant que les secours ne viendront pas assez vite, De Launay veut faire sauter la place, mais la garnison d’y oppose et l’oblige à se rendre. Un pont est alors abaissé par lequel la foule se précipite (voir plus haut l'incident de la chaîne !).

    Les gardes suisses parviennent à s’échapper et les gardes des invalides sont protégés de la fureur de la foule par les gardes françaises.


Siège de la Bastille prise en 2 heures et demie

Prise rapide.

    En tout et pour tout, le siège de cette forteresse « imprenable » sur laquelle Charles VII puis Henri IV s'étaient cassés les dents, n'aura duré deux heures et demie selon les uns, trois heures ou quatre heures selon les autres. La Bastille fut donc prise très rapidement, surtout à coup de canons.

    Notons tout de même, que ni Charles VII ni Henri IV ne disposaient des canons de l'ingénieur Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval qui firent "merveilles" ensuite, sur les champs de batailles de la Révolution et de l'Empire.

Prise en 4 heures selon cette estampe.

Prise en 3 heures selon celle-ci.



Premier bilan.

    Le peuple s'empare de la Bastille qui détenait bien un stock de 250 barils de poudre que Du Puget, Lieutenant du Roi et adjoint du gouverneur De Launay, avait fait transférer récemment. A noter que ce Pierre-François de Rivière du Puget sera le seul rescapé de l'état-major de la Bastille. Je vous engage à lire cet article sur la vie de cet homme étonnant : Un geôlier réformateur.

    Il y avait également sept prisonniers : 4 faussaires, un libertin, le comte de Solages, et 2 fous, Whyte et Tavernier. Les Solages étaient une grande famille d’entrepreneurs des mines de Carmaux. Ce Solage était suspecté de meurtre, et sa famille avaient prié le roi de l’enfermer à la Bastille pour lui éviter la pendaison ou la décapitation. 

    Parmi les assaillants, 96 seront tués et 60 seront blessés.


Arrestation du gouverneur De Launay


Exécutions du gouverneur de la Bastille et du prévôt des marchands


Bernard-René Jourdan De Launay

Colson nous rapporte ainsi la mort du Gouverneur (Dans son courrier du 19 juillet 1789)

La Marquis Delaunay
conduit à la Ville
"Lorsque les assiégés étaient en train de mettre bas les armes, le garde française qui avait pénétré le premier dans le fort est monté seul dans une tour ou le gouverneur, le lâche et indigne gouverneur monsieur Delaunay s'était retiré et, prenant cet indigne officier par le collet, il l'a fait descendre et l'a conduit à l'Assemblée des électeurs à l'Hôtel de Ville. Là, cet officier a été obligé d'avouer sa perfidie, ses lâches cruautés, et a accusé le prévôt des marchands d'avoir été d'intelligence avec lui et de lui avoir écrit que, s'il pouvait soutenir le siège jusqu'à la nuit, cette résistance sauverait la Bastille et qu'elle donnerait les moyens de faire entrer une armée dans Paris pour le subjuguer. Quand l'Assemblée des électeurs a eu suffisamment interrogé le gouverneur, elle lui a déclaré qu'elle ne pouvait prendre sur elle de le sauver et de le mettre en liberté, et qu'elle le laissait au peuple pour en ordonner ce qu'il jugerait à propos. Le peuple, le voyant rendu entre ses mains, n'avait pas la patience qu'il fut descendu en place de Grève pour satisfaire sa vengeance : il le meurtrissait de mille coups. Enfin, l'ayant étendu à terre d'un coup de crosse de fusil à la poitrine, quelqu'un lui coupa la tête."

Arrestation du Gouverneur de Launay
(Tableau de Jean-Baptiste Lallemand)

Jacques de Flesselles

    Peu de temps après l'exécution du Gouverneur De Launay, le Prévôt des Marchands, Jacques de Flesselles est lui aussi assassiné dans les mêmes conditions atroces.

    Une version raconte qu'il a été abattu quai Pelletier, d’un coup de pistolet tiré par un inconnu sorti de la foule. Il venait, nous dit-on, de quitter l’Hôtel de Ville sans être inquiété, pour aller à la rencontre d’un envoyé du comité insurrectionnel.

    Colson nous donne une toute autre version. Il nous dit que "la populace était devenue furieuse" en apprenant que De Launay avait accusé Flesselles de complicité, emmena Flesselles en Grève pour satisfaire sa vengeance, en l'accablant de reproches et d'injures. Puis, "quelqu'un l'ayant tiré par derrière par les épaules et lui ayant donné un coup de genou, l'étendit à terre, et un autre lui tira un coup de pistolet à l'oreille

   Jacques de Flesselles avait été nommé la veille par acclamation, président de comité permanent qui venait d'être établi. Mais il s’était rendu impopulaire, après avoir plusieurs fois trompé les parisiens. Il avait fait distribuer des cartouches mouillées qui ne prenaient pas bien. Il avait envoyé chercher des munitions où il savait qu'il n'y en avait pas et quand il envoyait où il y avait, ils donnaient des clés qui n'ouvraient pas !

    On prétendit avoir trouvé sur le gouverneur de la Bastille, une lettre de Flesselles dans laquelle il lui disait : « Tenez bon, tandis que j’amuse les Parisiens avec des cocardes. »

Massacre de Jacques de Flesselles
(Tableau de Jean-Baptiste Lallemand)


Jourdan "coupe-tête"

    Concernant cette odieuse décapitation du gouverneur De Launay, il semble que la responsabilité en revienne à un certain Mathieu Jouve Jourdan, un cabaretier, que l'on retrouvera le 22 Juillet perpétrer le même acte horrible. Il sera bientôt surnommé "Jourdan Coupe-Tête). Selon certains historiens, ce monstre aurait été un homme de main du Duc d'Orléans. Etonnant, non ?

L'immonde Jourdan coupe-tête représenté sur une gouache de Lesueur.
Combien de psychopathes comme lui ont sali des révolutions de leurs crimes ?


Paris en état de siège

    Donnons une dernière fois pour aujourd'hui la parole à Adrien-Joseph Colson, notre témoin contemporain, l'avocat au barreau de Paris qui relate les faits à son ami de Province, dans son courrier du 19 juillet 1789 :

"Cette journée glorieuse devait bien rabattre de l'espérance et de la joie qu'avaient les aristocrates du soulèvement du peuple, et leur faire craindre qu'il tournât contre eux. Mais comme ceux de Versailles n'étaient pas instruits de la réduction de la Bastille, on jugea qu'ils pourraient venir former une attaque la nuit suivante. L'on se crut même instruit que monsieur le comte d'Artois devait venir avec une armée attaquer à la porte Saint Martin. Sur cette nouvelle on illumina toutes les rues pour découvrir les surprises en cas qu'on en voulut tenter. On s'empara des hauteurs de Montmartre et on les garnit de canons dont en partie celui qu'on venait de prendre à la Bastille. Il courut avec beaucoup d'intrépidité et d'empressement plus de 20.000 hommes à la porte Saint-Martin. L'on y conduisit également du canon, et l'on barra les rues avec des tombereaux remplis de terre. On barra aussi quelques autres rues avec des tonneaux et l'on poussa des patrouilles à 3 ou 4 lieues loin de tous les côtés, à la découverte. Les patrouilles vinrent faire leurs rapports à une heure après minuit qu'elles n'avaient rien découvert, ce qui fit juger que les commandants des troupes, ayant enfin appris que la Bastille était prise, et n'ayant plus de secours à attendre par les souterrains de cette forteresse ni à se retirer sous son canon au cas qu'ils fussent obligés de plier, avaient renoncé à leur entreprise."

Porte Saint Martin


Démolir la Bastille au plus vite

    La Bastille, placée sous le commandement d'un électeur de Paris, le citoyen Prosper Soulès, sera aussitôt vouée à une "démolition sans délai" confiée au patriote Palloy, un entrepreneur fortuné du faubourg Saint-Antoine. 


Pierre-François Palloy, dit le patriote.

    Celui-ci invitera quelques personnalités, La Fayette, Mirabeau, Beaumarchais, l'archevêque de Paris, aux premiers coups de pioches. De même que le mur de Berlin 200 ans plus tard, il sera fait un commerce des pierres de la Bastille dont certaines seront même montées en bijoux.


Une des reproductions de la Bastille, réalisée dans une pierre de la Bastille,
envoyée par Palloy aux ministres, aux 83 départements, 
à Louis XVI et même à des personnalités étrangères, comme Washington.

Gouache de Lesueur d'une maquette de la Bastille portée en procession civique.



Gouache de Lesueur, représentant quelques individus
 du millier de démolisseurs de ce chantier qui dura 2 ans.

Démolition de la Bastille
Démolition de la Bastille, dessinée le 12 Août 1789

Démolition de la Bastille
Démolition de la Bastille

La milice bourgeoise est officialisée

    L’Assemblée nationale fut informée dans la nuit, par les électeurs du Tiers état de Paris, que la Bastille avait été prise, et la séance fut suspendue.

    Pendant ces événements, à Versailles, le député Bancal des Issarts (futur Girondin), était monté à la tribune pour féliciter le comité permanent constitué la veille à Paris et il avait déclaré : « Il n’y a que la milice bourgeoise qui puisse nous sauver ! ».

    Ladite milice sera officiellement créée le 15 Juillet. Il s'agira d'une milice bourgeoise, car La Fayette décidera que ne pourront entrer dans la garde nationale que ceux qui seront capable de se payer un uniforme dont le coût s’élève à 4 Louis, soit plus de 240 sous, sachant qu'un pain nourrissant une famille pour une journée coûtait 14 sous et que le salaire moyen d'un journalier en Juillet 1789 se situait entre 15 et 20 sous.

    Il faut savoir également que dès le lendemain, des patrouilles civiques se répandront dans Paris pour tenter de reprendre à la populace les fusils qui avaient été saisis. Ces fusils seront même rachetés jusqu’à 4 ou 5 Livres, c’est-à-dire de quoi vivre plusieurs jours. Devinez quoi, tous les fusils ne seront pas rendus…

Le fusil d'infanterie de l'ingénieur Gribeauval, modèle 1777.



Petit aparté

    Vous trouverez de nombreux récits de la prise de la Bastille. N’oubliez pas que beaucoup ont été écrits après que la révolution fut terminée et surtout vaincue pour ne pas dire reniée.

    Le brave banquier suisse un peu comploteur qui a contribué à armer des parisiens affamés, Jean-Fredéric Perregaux, repose au Panthéon en toute discrétion.

    L’homme de main, Pierre Augustin Hulin, bénéficie d'une page élogieuse sur Wikipedia et sur le site de la Ville de Paris.

Médaillon représentant Hulin, gravé par David.

    De nombreux ouvrages et sites web pleurent sur la mort du gouverneur De Launay et beaucoup plus encore maudissent la violence du peuple. (Lire cet article sur la violence révolutionnaire).

    Le peuple ? Vraiment ? Est-ce vraiment le peuple qui est à l'origine de tout cela ? Qui a remis le gouverneur De Launay entre les mains du peuple ? Qui a payé les soldats ? Qui a distribué des armes les 13 et 14 Juillets ?

    Les gens du Peuple n'étaient-ils pas en fait que de malheureux pions, sur l’échiquier de cette partie qui se jouait entre un pouvoir naissant et un pouvoir finissant ?

    Tout le monde a oublié jusqu’aux noms des 98 pions tués et 73 blessés ce jour-là, certains uniquement parce qu’ils avaient faim. N'oublions pas les autres pions de l'échiquier, les défenseurs de la Bastille, 107 prisonniers et 7 tués.

    Je ne juge pas. C'est ainsi que fonctionne l'humanité.


Epidémie de bastilles

    Sachez que des prises de Bastilles, il va y en avoir dans tout le pays dans les jours qui vont suivre, dès que la nouvelle sera connue, et que bientôt commencera « La Grande Peur ». La peur de quoi ? la peur de qui ? A suivre...


Encore quelques estampes


"Récit mémorable du siège de la Bastille"
(A Orléans, chez Letourmi)
Estampe "Adieu Bastille"
"Adieu Bastille"


"Le réveil du Tiers état."

"Destruction de la Bastille"



Et un petit jeu pour finir
! 😉

    Un ami Facebook a partagé ce 14 juillet 2022 l'image ci-dessous. Je partage son enthousiasme et je le remercie pour ce partage. Mais cette image comporte plusieurs erreurs. Cherchez-les ! (Réponses en dessous).




Le drapeau bleu blanc rouge n'existait pas encore le 14 Juillet 1789.

  • C'est le 15 février 1794, ou plutôt le 27 pluviôse An II, que la Convention décrètera le drapeau tricolore, emblème national pour les vaisseaux de la Marine, afin d'uniformiser les étendards de ses vaisseaux. Le peintre David prendra en charge son dessin « bleu au mât, blanc au centre, et rouge flottant ». 

La cocarde bleu blanc rouge n'existait pas encore non-plus.
  • Même si les trois couleurs deviennent populaires ce 14 juillet, le port de la cocarde tricolore ne se généralisera que plus tard, jusqu'à même devenir obligatoire (pour les hommes le 8 juillet 1792 , pour les femmes le 21 septembre 1793). Une des raisons de la popularité de ces trois couleurs, serait que c'étaient celles des uniformes des Gardes Françaises qui prirent rapidement parti pour le Peuple. Nous verrons le Roi porter cette cocarde tricolore pour la première fois, le 17 juillet 1789.
Le bonnet phrygien rouge n'était pas encore porté par les révolutionnaires.
  • Je précise "rouge", car le bonnet était couramment porté par les gens du peuple et celui-ci avait différentes couleurs. Il ressemblait à un simple bonnet de marin. A noter qu'il n'avait pas ces sortes de caches-oreilles pendants que l'on voit sur une multitude de représentations, dont celle-ci. Même les Phrygiens de l'antiquité n'étaient pas affublés de ces oreilles pendantes ! Ces artifices ont été ajoutés par la suite sur quelques bonnets, probablement pour faire références aux casques antiques équipés de paragnathides (protèges-joues). La majorité des bonnets portés étaient vraiment de simples bonnets, comme on peut le voir ci-dessous. Le port du bonnet rouge avec une cocarde ne deviendra à la mode qu'à partir de 1791.
Vrais bonnets d'époque :



Représentations de bonnet phrygiens :

Président du comité révolutionnaire

Pierre-Nicolas-Louis Leroy


Caricature de Louis XVI, dit "le dernier" (1792)


Phrygien et son bonnet :

Mêmes sur les images d'Epinal !

    J'ai retrouvé ces deux images d'Epinal publiées en 1880 et vous pouvez remarquer dessus le même anachronisme "drapeau, bonnet, cocarde"...



    Si vous êtes arrivés jusqu'ici et que vous avez tout lu, je vous remercie chaleureusement ! 💖

Bertrand Tièche, alias le Citoyen Basset


Le Citoyen Basset fête le 14 juillet !




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Je vous remercie pour ce commentaire.
Bien cordialement
Bertrand