samedi 27 novembre 2021

Plans de Paris du 14ème au 18ème siècle

 


    D'après mes statistiques, il semble que vous aimiez les galeries d'images. Je pense donc vous faire plaisir avec celle-ci !

    J'ai déjà utilisé plusieurs fois, pour illustrer certains articles, le magnifique plan de Paris dessiné par Bretez entre 1734 et 1739, plus connu sous le nom de plan de Turgot. Je lui ai même consacré un article que vous trouverez en cliquant sur ce lien : "1734 - 1739, Plan de Paris dessiné par Bretez, dit plan de Turgot." Mais là je vous propose toute une série allant de 1383 (même si celui-ci a été dessiné en 1705), jusqu'à 1797 (Après la Révolution 😉 )


    Vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous pour accéder à la galerie, ou cliquer sur le lien suivant : https://photos.app.goo.gl/cRcVex5a59u7naVX7


En plus !

Voici "en plus" quatre liens vous permettant de zoomer sur des versions "Haute Définition" :


Chronologie.

Les images ci-dessous vous donnent les dates de chaque plan :





Cadeau surprise !

En cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez accéder à une superbe carte interactive sur laquelle vous pourrez découvrir l'histoire des rues de Paris !








mercredi 24 novembre 2021

La Révolution a-t-elle eu un effet bénéfique pour les revenus des pauvres ? Non, dixit Piketty.


    Je me suis rendu compte que certains de mes articles, très longs (trop ?), traitaient de nombreux sujets, qui a eux seuls méritaient chacun un article.

    Voici donc le premier article (court) traitant d'un sujet très particulier, extrait d'un autre article. Celui-ci provient de l'article du 25 Novembre 1789 "Des Anglais admiratifs envoient leurs compliments à l'Assemblée nationale". En évoquant les relations entre la France et l'Angleterre, j'avais été amené à parler des deux révolutions anglaises, puis des évolutions différentes de leurs noblesses respectives et finalement de l'entrée précoce de la noblesse anglaise dans le monde des affaires.
    A la fin de cet article, je finissais par me poser la question suivante :"La révolution a-t-elle eu un effet bénéfique sur les revenus des plus pauvres ?". Le hasard faisait qu'au même moment, je lisais le livre de Thomas Piketty, "Le capital au XXIe siècle" et que j'y avais trouvé une réponse claire grâce à ces trois tableaux :






    La réponse à la question "La Révolution a-t-elle eu un effet bénéfique pour les revenus des pauvres ?", est donc simple, c'est non !

    Si vous voulez plus de détails, lisez le livre de Thomas Piketty à qui j'ai emprunté ces trois graphiques. (J'espère qu'il ne m'en voudra pas)




Voilà ce que j'appelle un article court 😉


    Mais rassurez-vous le capitalisme et la misère, sont traités dans d'autres articles de ce site.







mardi 2 novembre 2021

Les drapeaux des 60 districts parisiens de la Garde Nationale en 1789

District de Saint-Jacques du Haut Pas


    Je vous offre aujourd'hui un petit bijou. Il ne s'agit rien moins que des reproductions des drapeaux des 60 districts de la Garde Nationale en 1789.

    Ces petites merveilles sont regroupées et présentées avec érudition en deux cahiers édités en 1947 par les Editions Militaires Illustrées.


    Cette édition originale a été tiré à 1500 exemplaires, dont 900 sur vélin pur fil Crèvecœur des Papeteries du Marais.

Regardez ci-dessous ce que cela donne :


    Le premier cahier présente l'histoire de ces drapeaux rédigée par le Commandant Henry Lachouque. Le second cahier regroupe les planches dessinées par Gérard Blanckaert. Je dois dire que ces dessins sont d'une qualité peu commune, que mes photos ne peuvent pas rendre complètement. En effet, les parties dorées ou argentées des drapeaux brillent vraiment comme de l'or ou de l'argent !



Des drapeaux disparus dans les limbes du temps

    Il ne reste absolument plus rien de ces prestigieux drapeaux, car ils furent brûlés conformément à la Loi du 22 avril 1792, l'an 4e. de la Liberté, "relative au brûlement des anciens Drapeaux, Étendards & Guidons".

    Cette loi avait été rendue nécessaire par suite des difficultés qui avaient été constatées pour l'application du décret du 30 juin 1791, pour un nouveau modèle de drapeau. A partir de ce décret, chaque régiment à deux bataillons, possèderait dorénavant deux drapeaux différents. Sur le premier, on trouverait les trois couleurs nationales mais on conserverait la croix blanche avec mention du numéro du régiment. Sur le second, figureraient la croix blanche, le numéro du corps et différentes couleurs. Pour tous les drapeaux, la devise, qui existait déjà sous l'Ancien Régime, se généraliserait et s'intitulerait : "discipline, obéissance à la loi".

    L'auteur de la préface, Monsieur Rosset, Syndic du Conseil de Paris en 1947, nous dit se perdre en conjectures sur les motifs qui ont pu animer ce qu'il appelle "le zèle iconoclaste des hommes de 1792" et il fait de cet acte l'un des épisodes "caractéristiques et des plus significatifs du drame de la Révolution naissante". Il semble donc oublier que cette loi avait été signée de la main du roi Louis XVI ! D'un point de vue militaire, cette loi homogénéisait les uniformes et les drapeaux, mettant fin ainsi aux disparités chatoyantes qui contribuaient à semer la confusion sur les champs de bataille, quand dans la mêlé on se savait plus qui était qui. En revanche, je trouve intéressant qu'il qualifie les événements de 1792, de révolution naissante, ce qu'ils furent effectivement.


Le ton est donné, si j'ose dire. 

    Monsieur Rosset n'apprécie guère cette révolution populaire de 1792. Il remercie d'autant plus sincèrement le commandant Henry Lachouque pour cet ouvrage, que celui-ci partage avec lui les mêmes a priori et préjugés. Il le remercie "au nom du Conseil municipal de Paris, toujours attentif, quels que soient les hommes ou les partis qui passent à l'Hôtel de Ville".

    En effet, on comprend très vite ce que le Commandant pense du peuple de Paris ; ces gens qu'à la cour du roi on surnomme les grenouilles, rappelle-t-il. (Lisez mon article à ce sujet).

    Les Parisiens de 1789 en révolte sont qualifiés de : pègre, voyous, ivrognes, valetaille, guenilleux, bonnets gras, motionnaires, crapules, chienlit, greluchons, clercs de basoche, têtes fêlées, catins, souteneurs, galériens évadés, vagabonds sortis de leurs tanières et bien sûr, brigands. (Lire mon article "Peuple ou Populace").

Il résume sa pensée avec une citation tirée d'une comédie de Victorien Sardou (Ragagas) :

"L'émeute, c'est quand le populaire est vaincu… tous des canailles. La révolution, c'est quand il est le plus fort… tous des héros."

 

Un mot sur les uniformes

    Seul un bourgeois pouvait se payer la tenue nécessaire pour entrer dans la Garde nationale. Un uniforme coûtait 117 Livres, auxquelles il fallait ajouter 66 Livres pour l'équipement suivant :

  • 1 chemise de toile,
  • 2 cols en basin blanc
  • 1 col noir
  • 1 mouchoir en coton
  • 1 paire de bas
  • 3 paires de guêtres
  • 1 cocarde
  • 2 paires de souliers de cuir à boucles
  • 1 tire-bouton
  • 1 épinglette
  • 1 havresac en peau de veau
  • 1 boucle de col
  • 1 tournevis
  • 1 sac de toile.

    Pour mémoire, 1 Livre valait 20 sous (ou sols) et 20 sous était le montant du salaire journalier d'un ouvrier parisien (un artisan pouvait gagner jusqu'à 50 sous). L'uniforme et son équipement valait donc 243 Livres, soit 243 journées de travail d'un ouvrier.

(Je ne vous cache pas que j'essaie de trouver d'autres sources, tellement cela me semble exorbitant !)


Accès aux galeries !

    Je suis sûr que certains s'impatientent et veulent voir les gravures ! Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder aux albums. Vous constaterez, qu'à la fin de la première, il y a quelques variantes, car des sources donnaient des versions différentes :




Je continue... 😉

Ce que nous apprend la lecture de ce bel ouvrage.

1/ Concernant le commandant Lachouque, nous sommes faces à un personnage dont les préjugés vis-à-vis de la Révolution étaient courants à l'époque dans le milieu militaire (et le sont probablement encore, hélas, et pas seulement dans l'armée).

    Paradoxalement, ce militaire de carrière, au service de la République, n'aime guère la République et il méprise le peuple. Il est nostalgique de l'Ancien régime, où selon lui tous les Français étaient heureux, et seul le 1er Empire auquel il consacrera de nombreux ouvrages, trouve grâce à ses yeux.

    Si le commandant Lachouque s'intéresse autant aux magnifiques drapeaux des 60 districts de Paris, c'est parce que ce sont encore des drapeaux de l'ancien régime, les tout derniers. Leur iconographie mêle quelques nouveaux symboles (Liberté, par exemple), aux anciens qui demeurent ceux de l'héraldique monarchique et religieuse de l'Ancien régime..

    Quoi qu'il en soit, le récit des événements fait par le commandant Lachouque, n'en est pas moins d'un grand intérêt à lire. Ses préjugés, inhérents à chaque homme, ne l'empêchent pas de nous apprendre nombre de détails intéressants. Mais il est vraiment nécessaire de les croiser avec d'autres sources.

    Que s'est-il d'ailleurs réellement passé durant ces journées chaudes de Juillet 89 ? Il cite Lafayette qui aurait répondu à cette question le 24 Juillet 1789 : "On ne le sait pas on ne le saura jamais, car une main invisible dirige la populace".

    Qu'importe si d'autres ont vu parfois sortir cette main du Palais Royal ou de quelque autre endroit encore plus embarrassant !?


2/ D'un point de vue historique, on comprend ce que l'on peut déjà pu deviner à la lecture de mes articles concernant les journées révolutionnaires de Juillet 1789 ; à savoir, que la garde bourgeoise de 48.000 hommes créée à l'Hôtel de Ville de Paris le 13 Juillet 1789 à midi, devenue Garde nationale le 15 Juillet, avait plus pour objectif de protéger la Bourgeoisie du peuple, que le peuple de la dizaine de régiments qui menaçaient Paris ! (1)

(1) Royal Dragons à Paris, Royal Allemand à la Muette, Royal Cravatte à Charenton, Régiment Suisse de Reyrac à Sèvres, Régiment suisse de Salis-Samade à Issy, Régiment de Provence et de Vintimille à Saint-Denis, Berchémy-Hussards à l'Ecole Militaire et Régiments de Bouillon et de Nassau à Versailles, avec les Hussards de Lauzun.

    En effet, c'est bien la peur du peuple qui a motivé les Electeurs de Paris à former une milice bourgeoise. Comme le précise Lachouque, "ils sont les "Elus du peuple" depuis le dimanche 26 avril dernier". Oui, mais de quel peuple ? Probablement pas de celui que la faim accable.

    Il précise : "Dans les soixante districts de la capitale, "le Roi ayant reconnu leur pouvoir électif", ils ont choisi "librement les députés du Tiers aux Etats Généraux", après quoi ces électeurs auraient dû se séparer, mais, "soit pour donner leurs instructions à leurs députés, soit par ce besoin de se réunir et de s'agiter, qui est toujours dans le cœur des hommes", ils ont continué à tenir séances à l'archevêché.

    Ces grands électeurs du Tiers Etat prendront bientôt le nom (inspiré du mot anglais "Commons") de Commune de Paris. Ils éliront par acclamation Bailly, comme Maire de Paris et ils nommeront Lafayette Commandant de la Garde nationale. Le peuple n'aura pas vraiment à donner son avis. (Voir ma chronique des journées de juillet et août 1789).

    Du côté de l'Assemblée nationale constituante, les députés n'auront pour seul désir que de faire la paix avec ce roi qu'ils aiment tant et de mettre fin aux troubles qui les ont pourtant bien aidés à prendre le pouvoir. La Garde nationale leur servira en quelque sorte de bras armé. Celle-ci sera en effet plus souvent utilisée pour réprimer les émeutes que pour tourmenter les ennemis de la Révolution.

    Plus le temps passera, plus les Parisiens se défieront de cette Garde nationale commandée par le tout-puissant général Lafayette.

    Rappelons que le 17 Juillet 1791, la Garde nationale commandée par Lafayette fera feu (50 morts), sur une délégation venue déposer au Champs de Mars une pétition demandant la destitution du roi ; roi qui le mois précédent s'était enfuis, avait été rattrapé à Varennes, puis avait été pardonné et avait même vu sa pension augmentée !

    Le 29 septembre 1791, l'Assemblée constituante votera une loi sur la Garde nationale, approuvée par le roi le 14 octobre 1791. Cette loi s'inscrira dans la logique de la nouvelle constitution censitaire du 3 Septembre 1791, divisant les citoyens en différentes classes, les citoyens passifs n'ayant pas le droit de vote, et les actifs ayant le droit de vote, mais eux-mêmes divisés en 3 catégories dont seuls les citoyens actifs pouvant justifier d’une imposition directe d’au moins un marc d’argent, soit cinquante livres (c'était beaucoup) et posséder une propriété foncière, pouvaient se faire élire. Ne seront tolérés dans la Garde nationale que les citoyens passifs qui auront servi sans interruption depuis le début de la Révolution et qui seront jugés « bien intentionnés ». Hormis ces exceptions, seuls les citoyens actifs pourront être incorporés, c'est-à-dire, la bourgeoisie. (Voir mon article sur le Marc d'argent). 

    

1792

    C'est en 1792 que la Garde nationale prendra progressivement partie pour le peuple, du fait de l'aggravation de la situation, suite à la déclaration de guerre à l'Autriche du 20 Avril ; guerre souhaitée par les Girondins et par Louis XVI, mais pas pour les mêmes raisons (les uns souhaitant la victoire et l'autre souhaitant la défaite).

    En Août 1792, les armées prussiennes et autrichiennes marcheront sur Paris sans pouvoir être arrêtées, conduite par le Maréchal Brunswick, qui dans le manifeste qu'il rédigera le 25 Juillet, menacera de livrer la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale.

    Devant un si grand péril 4000 gardes nationaux seront réquisitionnés pour défendre la frontière et rejoindre l'armée du Rhin, commandée par le Général Alexis Magallon de la Morlière.

    Le 11 juillet 1792, face aux défaites militaires et aux menaces d’invasion (des Prussiens du duc de Brunswick et des émigrés du prince de Condé), l’assemblée législative déclarera "la Patrie en danger" et la levée de 50 000 volontaires parmi les gardes nationales.

    Le 30 Juillet 1792, un décret prendra des mesures contre les citoyens actifs qui se désengagent de la Garde nationale ou se font remplacer.

    Le 1er Août 1792, un décret ouvrira l'accès à la Garde nationale aux citoyens passifs.

    Le 10 Août 1792, devant la menace ennemie, les Parisiens s'insurgeront et chasseront le roi de son Palais des Tuileries ; une insurrection à laquelle prendra part la Garde Nationale.

10 Août 1792, prise des Tuileries

    Suite à l'insurrection du 10 Août 1792, les décrets des 11 et 12 août 1792 modifieront les règles et le corps électoral. "La distinction des Français entre citoyens actifs et non-actifs sera supprimée, et pour y être admis, il suffira d’être Français, âgé de vingt et un ans, domicilié depuis un an, vivant de son revenu et du produit de son travail, et n’étant pas en état de domesticité."

    La loi du 19-21 Août 1792 légalisera la réduction des soixante bataillons correspondants aux soixante districts parisiens, à quarante-huit ; ce qui correspondait au nombre des sections de la Commune.

Septembre 1792, Pont Neuf de Paris,
départ de la Garde nationale vers le front.
Tableau de Léon Cogniet

    À la fin de l’été, la situation militaire deviendra dramatique. Longwy capitulera le 23 août devant les Prussiens, Verdun se rendra. Le 26 août, l’assemblée approuvera alors, sur la proposition de Danton, une nouvelle levée de 30 000 hommes.

    Le 21 Septembre 1792, lendemain de la victoire de Valmy, ou la progression des armées étrangères sera enfin stoppée, la France deviendra une république.

20 Septembre 1792, Victoire de Valmy


    En résumé, on avait besoin d'armer le peuple pour défendre la France, raison pour laquelle la Garde nationale s'ouvrit à tous les citoyens...

La Garde nationale sera intégrée sous le commandement militaire de Paris en 1795.


    La Garde nationale aura une dernière fois son heure de gloire à Paris en 1871 lors de la Commune de Paris, quand elle sera la dernière à s'opposer aux troupes prussiennes, pour finir par se faire massacrer par les troupes versaillaises de Thiers (Plutôt le Kaiser que la Commune!). Mais ça, c'est une autre histoire...

Le Peuple et sa Garde nationale en 1871.


Merci pour votre lecture,


Bertrand Tièche, alias le Citoyen Basset !


Post Scriptum :

Je vous conseille la lecture de cet article de Florence Devenne publié en 1990 dans lequel j'ai trouvé des infos intéressantes :
"La garde Nationale ; création et évolution (1789-août 1792)".



samedi 9 octobre 2021

La mode au XVIIIe siècle

Article mis à jour le 01/12/2021

Trop de texte sur ce site ? Ok, alors voici plus de 300 estampes de mode !

    La plus grande partie des gravures de mode que je vous propose dans les 5 albums ci-dessous, a été publiée dans la célèbre "Galerie des Modes et Costumes Français", à Paris, de 1778 à 1787.

    Le premier volume regroupant ces gravures, réalisé en 1779, avait une page de titre agrémentée d'une belle illustration allégorique (voir ci-dessous), ainsi que le titre complet de la collection :

"Gallerie des modes et des costumes français dessinés d'après nature, Gravés par le plus Célèbres Artistes en ce genre, et colorés avec le plus grand soin par Madame Le Beau. Ouvrage commencé en l'année 1778. A Paris, chez les Srs Esnauts et Rapilly rue St. Jacques à la Ville de coutances. Avec priv. Du Roi"

( Galerie des modes et costumes français, tirés d'après nature, gravés par les artistes les plus célèbres de ce milieu, et coloriés à la main avec le plus grand soin par Madame Le Beau ; publication commencée en 1778. Paris, MM. Esnauts et Rapilly, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Cité des Comptes. Avec privilège du Roi (License du Roi).)

Frontispice de l'ouvrage

    Un point intéressant, c'est que ce long titre (chose courante à l'époque), indique que les gravures de la Galerie (ou Gallerie, selon l'orthographe du XVIIIe siècle) ont été créés "d'après nature" ou "après nature", ce qui signifie qu'elles représentaient ce qui était réellement porté dans les rues de Paris au cours de la dernière partie du XVIIIe siècle.

    Bien qu'elles varient dans leur présentation, la majorité des images sont des tableaux vivants dans lesquels des Parisiens de divers horizons affichent leurs modes quotidiennes. Ces planches ont été réalisées par un groupe d'éminents dessinateurs et graveurs du XVIIIe siècle et sont accompagnées d'un texte descriptif. Bien qu'aucune collection privée ou publique ne possède une édition complète de la Galerie, cette série est largement reconnue pour sa haute valeur esthétique et pour caractère innovant dans le domaine de la gravure de mode. René Colas, qui a compilé en 1933 un ouvrage de référence du costume et de la mode, l'a qualifié de « plus beau recueil existant sur la mode du XVIIIe siècle »

    Je pense que le temps a néanmoins dû faire son tri dans toutes ces gravures. Vous remarquerez qu'il y a peu (voir pas) de gravures de femmes du peuple. On reconnait quelques bourgeoises, et mêmes quelques "hétaïres". On y reconnait même le roi et la reine. Mais la plupart des tenues que vous pourrez voir sont portées par des femmes de la noblesses. Cette mode s'apparente donc à ce que nous appelons de nos jours, la "haute couture".

    Pour vous rappeler à quoi ressemblait l'immense majorité des gens du peuple, je vous invite à consulter ma galerie des "Les cris de Paris, cris des petits métiers, cris du petit peuple". Voici néanmoins une marchande de mode et une couturière allant livrer son ouvrage.

Marchande de mode
Couturière
 
    Petite devinette, dans chacun des albums de la mode féminine et de la mode masculine, vous retrouverez une personne que je n'ai pas su classer. Elle porte un costume d'homme, mais... 😏

    Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder à mes albums en ligne, que je continuerai de compléter au fil du temps. Une fois dans l'album, cliquez sur chaque image pour l'agrandir.


Mode féminine :

Mode masculine :

Mode enfantine :

Coiffures et chapeaux :

    L'album ci-dessous a été mis à jour le 01/12/2021, avec 21 nouvelles estampes de coiffures découvertes sur le site Gallica, grâce à cet intéressant article :"La coiffure, bel art du XVIII siècle".

    Honnêtement, je pense qu'aucune époque n'aura "déliré" autant que le dix-huitième siècle sur le thème de la coiffure ! Un siècle qui avait commencé en 1731 avec le scandale des emperruqués.  Les notes d’un inspecteur de police dénommé Duval, rapportent ce court texte anonyme évoquant ce scandale des fausses chevelures emplies de farine, alors que les pauvres n’avaient pas de pain :

"Dieu nous donne les blés non pour en faire profanations extravagantes, sacrilèges. Les perruques consomment plus d’une livre de farine par jour. C’est un grand scandale. Un grand scandale aussi dans l’Église quand des évêques, ecclésiastiques et religieux portent cet ornement par vanité, osent célébrer nos saints, la tête ainsi couverte avec indécence."

    Ce furent Rose Bertin, la modiste de Marie-Antoinette et Léonard, coiffeur de la Du Barry puis de la reine, qui portèrent aux plus hauts niveaux ces extravagances capillaires.

Je vous propose de consulter les liens ci-dessous, si vous souhaitez en savoir un peu plus :

"Histoire du poil"

"La mode des poufs à la Cour de Marie-Antoinette" (Reine de la mode à défaut d'être une bonne reine de France)

"Les chapeaux sous Louis XVI"

Et voici l'album :


Costume de scènes :




    Alors, d'après vous, la personne sur l'estampe ci-dessous, homme ou femme ?
Je l'ai mise dans chacun des albums de mode masculine et féminine.



    Au fait ! Saviez-vous que la loi interdisant le du port du pantalon par les femmes n'a été abrogée qu'en 2013 ?


lundi 30 août 2021

18 Juin 1774 : Louis XVI, premier "vacciné" de France !

 

Le jeune Louis XVI

Avertissements :

1/ J'ai trouvé utile de rédiger cet article, à la suite des commentaires affligeants qui ont suivi la publication sur Facebook le 21 Août dernier, de mon article qui donnait la définition de la liberté retenue par les députés de l'Assemblée constituante. J'avais cru nécessaire de rappeler ce qu'impliquait la liberté dans le cadre d'un contrat social, c'est-à-dire lorsque l'on vit en société, et le devoir de chaque citoyen envers les autres.

2/ La variole ou petite vérole fut une maladie si horrible que je n'ai pas souhaité insérer dans cet article des exemples des ravages qu'elle faisait sur le visage et le corps de ses victimes. 

3/ Malgré la gravité du sujet et la véracité absolue des faits rapportés dans cet article, vous décèlerez peut-être quelques traces d'humour sarcastique vers la fin. Je n'y peux rien, je suis ainsi. Ardent défenseur des lumières, le retour de l'obscurantisme me terrifie.


L'inoculation eut lieu le 18 Juin 1774

    Louis XVI était roi de France depuis seulement un mois et demi. À la suite de la mort de son grand-père, Louis XV, le 10 mai 1774, après une longue agonie, de la variole, déclarée le 26 avril à Marly, la décision avait été prise d’inoculer au jeune roi la petite vérole, c’est-à-dire la variole. L'inoculation eu lieu le 18 juin 1774. Pour avoir une chance de protéger la famille royale, il fallait une couverture immunitaire large. L’inoculation concerna donc les deux frères du roi, Monsieur – le comte de Provence, futur Louis XVIII – et le comte d’Artois – futur Charles X –, ainsi que la comtesse d’Artois. Marie-Antoinette en fut exemptée puisqu'elle avait déjà été inoculée dès 1768 sur ordre de sa mère, l’impératrice-reine Marie-Thérèse.

Bulletin de santé du roi et de ses frères
et sœur en date du 24 Juin 1774
Source : Big Royal Pharma


Extrait de la correspondance entre Marie-Thérèse d'Autriche et sa fille Marie-Antoinette après l'inoculation.

De Marie-Thérèse à Marie-Antoinette

Schönbrunn, le 1er juillet. Madame ma chère fille, Vous pouvez vous imaginer mes inquiétudes sur la situation du roi. Autant que je suis pour l'inoculation, qui m'a conservé trois fils et six petits-enfants, autant je suis en peine que dans le plus fort des chaleurs et sur les trois frères en même temps on l'entreprend. Dieu en soit loué que vous n'ayez rien contribué à la décision, quoique la plupart des lettres vous l'attribuent ; que vous en étiez enchantée, c'est à sa place ; mais je crains bien que vos inquiétudes auront été des plus grandes. Autant que cette résolution fait honneur au caractère personnel du roi, autant elle fait trembler pour des jours si précieux, qui promettent à la France, à l'Europe un prince dont on attend le bonheur universel.

De Marie-Antoinette à Marie-Thérèse

Marly, le 10 juillet. Madame ma très-chère mère, L'inoculation est entièrement finie ; le roi n'a souffert véritablement que pendant la fièvre, qui l'a fatigué et un peu accablé deux jours. Il sera purgé demain ; je compte que les médecins feront un procès-verbal sur tout ce qui s'est passé. Je l'enverrai à ma chère maman aussitôt qu'il sera fait. Mes frères et ma sœur sont également hors de toute crainte.

Suivent quelques lignes de la main du roi : Je vous assure aussi avec ma femme, ma chère maman, que je suis très bien rétabli de mon inoculation et que j'ai très peu souffert. Je vous demanderais la permission de vous embrasser si mon visage était plus propre.

 

Une idée venue de la  Chine

    L'idée de l'inoculation, comme tant d'autres grandes découvertes, nous est venue de Chine. C'est probablement au IXe siècle, que des médecins chinois commencèrent à inoculer. Autrement dit à administrer le virus de la variole amoindri pour déclencher une réponse immunitaire et protéger de la maladie. La variole, appelée autrefois la petite vérole était une maladie terrible qui vous tuait le plus souvent ou vous laissait défiguré.

La Chine du Moyen-Age, un âge d'or.
Source Big Chinese Pharma

    Ayant remarqué qu’on n’attrapait jamais deux fois la variole, les médecins chinois prenaient une personne moins malade que les autres, prélevaient un peu de pus et le glissaient dans le nez du patient. Parvenue en Inde, la méthode des Chinois fit son entrée en Europe par l’empire Ottoman. C’est à Constantinople que Lady Montaigu, noble dame anglaise, découvrit la méthode et décida d’inoculer son fils et sa fille, qui survécurent. Les médecins s’y intéressèrent et se déchirent entre pour et contre (étonnant, non ?). 

Lady Mary Wortley Montagu et son fils Edward
Peints par Jean-Baptiste Vanmour


    Bien que passionné par les sciences, Louis XVI c'était longtemps refusé à l'idée d'être inoculé, mais la mort de son grand-père l'avait fait changer d'avis. Raison pour laquelle il avait décidé de se faire inoculer au plus vite. On choisit une jeune blanchisseuse parisienne, de mœurs irréprochables, pour prélever le pus nécessaire à la vaccination du roi mais aussi de ses frères. La France retient son souffle. Le risque paraissait immense puisque, si ces trois-là mouraient de la variole, la France se retrouverait sans autre hériter qu’un enfant de 3 ans, le fils du frère cadet du roi, puisque Louis XVI n’a pas encore d’enfants. Fort heureusement l'opération fut un succès. Elle fut fêtée, notamment par des coiffures extravagantes dites « à l’inoculation ». 

Peinture de Paul Manceau (19ème siècle)


    Les Français douteront encore longtemps des bienfaits de la vaccination. Notamment les religieux, considérant le vaccin comme contre nature. La vaccination contre la variole ne se répandra enfin à grande échelle qu’au XIXe siècle. De nos jours, grâce au vaccin, la variole n’existe plus.

 

Sources (Big Pharma) :

https://histoire-image.org/fr/etudes/louis-xvi-inoculation-variole-quatre-bulletins-sante-royaux-24-25-26-29-juin-1774

https://www.reddit.com/r/france/comments/obhqui/1774_marieantoinette_sa_m%C3%A8re_marieth%C3%A9r%C3%A8se/

https://www.francebleu.fr/emissions/ils-ont-fait-l-histoire/louis-xvi-se-fait-vacciner-et-ne-meurt-pas-a-la-grande-surprise-des-francais 

https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/35109-Variole-oui-photographie-choc-attestant-bienfaits-vaccin-vraie



Post Scriptum :

    Grâce à la rédaction de cet article de commande, les laboratoires m'ont offert, outre une valise pleine d'assignats, plusieurs caisses contenant des petites pilules bleues dont j'ignore la composition, mais dont les effets secondaires présentent un certain intérêt. (Humour).





dimanche 29 août 2021

Les cris de Paris, cris des vieux métiers, cris du petit peuple.

 Article mis à jour le 29/03/2022



    J'ai découvert un autre moyen de vous montrer le Peuple de Paris tel qu'il était au 18ème siècle ! Les estampes que j'ai coutume de vous présenter représentent souvent le peuple d'une façon quelque peu caricaturale ou alors dans des situations ou circonstances particulières. Les gravures que je vous propose à présent sont différentes



François Guérard, Les Cris de Paris (1700)


    Mon souci est de vous montrer ceux que l'on ne voit pas, ceux qui n'étaient 'rien". Celles-et ceux qui travaillaient durement pour gagner les quelques sous qui les feraient survivre. Celles et ceux que l'on reconnaissait de loin, par les cris qu'ils poussaient. Ces cris informaient les passants des produits et services que ces vendeurs de rues proposaient


Louis Sébastien Mercier

    Louis-Sébastien Mercier dans son ouvrage "le Tableau de Paris", avait bien évoqué les cris de ces gens, mais il manquait des illustrations. La chance a fait que j'ai découvert à la BNF le livre "Etudes prises dans le bas peuple ou les cris de Paris", recueillant les gravures réalisées par Edmé Bouchardon. Vous pourrez bien sûr consulter ce livre en entier, au bas de cet article dans une fenêtre donnant sur le merveilleux site de la BNF. Mais en plus des illustrations de ce livre, j'en ai déniché d'autres que je partage avec vous sur cette page.

Edmé Bouchardon

    A l'époque, comme de nos jours, Paris était une France miniature au sein de laquelle travaillaient des milliers de provinciaux.

    On y croisait des enfants ramoneurs venus à pieds de Savoie, ainsi que des Savoyardes et des Normandes réputées bonnes nourrices, des bonnes venues de Bretagne ou de Guyenne, des concierges et serruriers de Lyon, des chiffonniers alsaciens, des vitriers du Piémont, des cuisiniers de Montpellier, des montreurs d'ours et des rémouleurs des Pyrénées, des pelletiers venus de la Creuse, couverts de peaux de lapins et occasionnellement dépeceurs de chats, des maçons du Limousin, des chapeliers auvergnats, à noter que les Auvergnats que l'on appelait aussi des Bougnats, s'étaient fait la spécialité de tenir des commerces de vins et charbons ! (Je dois beaucoup au livre de Graham Robb, pour les informations sur ce paragraphe).


Découvrons ensemble ces personnages surgis un instant pour nous du passé.

    Je vais commencer par cette pauvre femme portant du bois sur son dos, dont la légende indique "cotterets". On la retrouve sur quelques sites, dont celui de la BNF, portant toujours cette légende étrange. Cherchez vous-même dans des dictionnaires et vous ne trouverez pas la signification de ce mot.

    Cependant, si vous faites la supposition que j'ai faite, c'est à dire de penser que le graveur avait fait une faute d'orthographe, ce qui était on ne peut plus courant à l'époque, et que vous lisez alors "colteret", vous aurez une chance de trouver la signification de ce mot qui a disparu. Les colterets étaient des ramilles ou branches d'arbres laissées au sol, qui n'étaient bonnes qu'à mettre dans les fagots.

Définition

La vendeuse de colterets


Pommes cuites au four


Cureur de puits


Piégeur de rats


"De la belle Fayance"
Je ne puis croire que cette petite fille puisse porter un tel fardeau.
J'espère qu'elle ne fait qu'attendre sa mère.


Marchand de Lanternes


Vendeur de "Caffé"


Tailleur de Pierres
(Remarquez le titre du livre, gravé sur la pierre)


Chaudronnier Auvergnat


Crocheteur
(En ce temps-là, il s'agissait d'un porteur de lourdes charges s'aidant de crochets)


Vendeur de Moulins.
Pour amuser les enfants où éloigner les oiseaux ?


Balayeuse


Vendeuse de Balais


Des couteaux des ciseaux et des peignes,
mais aussi des lunettes si vous regardez bien.

Garçon Boulanger

Lanterne en Hiver, l'Eau en Eté
(Vous avez une idée ?)


Montreuse de Lanterne Magique


Joueur de Vielle


Orgue de Barbarie devant et Lanterne Magique derrière


La Revendeuse (ou regrattière, voir plus bas)


Fille de la Charité, servant les Malades


Vendeur de livres ambulant


Amuseur publique du Pont Neuf


"Voici le portrait à l'éloge
De ce Chantre Fameux
Nommé Guillaume de Limoge
Surnommé le Gaillard Boiteux"
(Remarquez les graffitis sur le muret)


Marchand d'encre (Ancre à l'époque)

La Blanchisseuse

La Charbonnière


Le Barbier


Italien vendeur de coupes en verre.


Vendeur de vin


Malheureux unijambiste, vendeur de vieux souliers


Porteur de Pierres

Terrassier

Vendeur d'eau, fraiche ou chaude

Colleur d'Affiches


"La Vie, La Vie"
(Vendeuse d'eau de vie ?)


Marchand de Lacets


Marchand de Lanternes


Marchand de Caffé (café)


Savetier


Crieur d'eau de vie

Raccommodeur de soufflets et de vieux seaux


Ramoneur
(Je vous raconterai un jour l'incroyable histoire de ces enfants qui,
 dès l'âge de 5 à 6 ans, quittaient les Alpes pour monter exercer ce dur métier à Paris)


Savoyarde
(Probablement une nourrice)


Vendeur de peaux de lapins (et de chats ?)

Vendeuse d'œillets


Lecteur de Gazette

    Gageons que ces lecteurs de gazette exercèrent une sacrée influence sur nombre d'événements révolutionnaires !



    Pour le métier suivant, il ne s'agit pas d'un cri, mais d'un bruit, celui de la cliquette !

La cliquette était le nom du petit instrument à percussion composé de deux lattes de bois, que le maître de poste ou son commis agitait pour annoncer son arrivée.
Vous remarquerez que c'était le destinataire qui payait le port et non l'envoyeur.

La cliquette


    Voici encore un petit métier, que je trouve assez révélateur de la société de cette époque, celui de "regratier", s'écrivant aussi regratiér, regrattier ou regrettier, mot qui voulait dire "revendeur".

Les regratiers vendaient les restes des repas des riches


Celui-ci revendait aux pauvres les restes
 des repas des riches de Versailles,

Cette estampe date de 1845, mais ce métier de revendre
 les restes de nourriture des riches exista encore longtemps.
On les appelait aussi "Marchands d'Arlequins"




Il y avait encore des Marchands d'Arlequins à Paris en 1910 !

Ils vendaient les restes des tables bourgeoises et des restaurants


    N'y voyez pas malice de ma part, mais ce petit métier si particulier me fait penser à ce que les économistes appellent "la théorie du ruissellement". Très orientée politiquement, celle-ci explique que plus on laisse les riches s'enrichir (moins d'impôts, etc.) plus l'économie produit de biens consommables et plus les pauvres en profitent.
(Remarquez combien j'ai mis les formes pour vous expliquer cette théorie de plus en plus controversées)



    Veuillez me pardonner mon excessive sensibilité. Cette rubrique se termine en effet sur une note amère. Mais voici comme promis le beau livre d'Edmé Bouchardon entreposé parmi les trésors de la BNF.