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Paul-André Basset, représenté en haut, à gauche |
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Paul-André Basset, représenté à la droite de Le Clerc. |
J’avais choisi d'interpréter le citoyen Basset, à l’occasion du tournage d’une émission de Mac Lesggy sur la chaîne de télévision M6, « L’histoire au quotidien », pour laquelle l’association de reconstitution historique dont j’étais membre, avait été sollicitée afin de faire de la figuration. Vous trouverez en bas de l'article la vidéo de l'émission.
J’ai
conservé ensuite ce rôle, parce qu’il me permettait de raconter la Révolution
française d’une façon originale et amusante, rien qu’avec des estampes. Et des
estampes, il y en a eu beaucoup durant la Révolution ! On a répertorié
plus de 600 modèles différents, rien que sur la période s’étalant entre le
printemps 1789 (les états généraux et les débuts de la Révolution) et l’été 1792 (chute de la monarchie et
guerres révolutionnaires) et cela continua ensuite, bien sûr !
Le citoyen Paul André Basset était l'un de ces marchands d'estampes, et celle qui illustre cet article nous prouve qu'il a réussi à traverser la Révolution sans trop de soucis, puisqu'elle date de 1806.
Cet article va non seulement vous le présenter, lui et sa famille, mais il va vous décrire le petit milieu des imagiers de la rue Saint-Jacques, leurs liens avec l’ordre religieux des Trinitaires et plein d'autres choses encore !
Vous avez dit Basset ?
Paul André Basset était graveur ; fabricant et marchand de papiers peints et d'estampes. Il tenait une boutique rue Saint Jacques à Paris, dont il avait hérité de son père André. Celle-ci se situait en plein cœur du quartier Latin, à l’angle de la rue des Mathurins, juste en face du couvent des Mathurins. Basset avait de l’humour puisqu’il avait choisi de représenter un chien Basset sur l’enseigne à sa boutique.
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Détail d'une estampe (Orthographe d'époque !) |
La boutique se situait à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Mathurins. Ne cherchez plus la rue des Mathurins de nos jours, car elle a disparu. Voyez ci-dessous, une planche extraite du plan de Paris que
le prévôt des marchands Michel-Etienne Turgot avait fait réaliser entre 1734 et
1739 par Louis Bretez professeur de perspective. Sur cette représentation du
quartier Latin, on voit très bien le couvent des Mathurins (en rose), ainsi que
l’immeuble de la maison Basset (en vert), juste en face. J’ai même ajouté un
agrandissement !
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Source BNF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530111615/f15.item |
Depuis le 13ème siècle, le couvent des Mathurins accueillait
dans son cloître les assemblées de l'université toute proche (jusqu'en 1764,
date à laquelle, après l'expulsion des jésuites, elles furent transférées dans
le collège Louis-le-Grand). Il abritait aussi au Moyen Âge la halle aux
parchemins, où ceux-ci étaient entreposés avant d'être vendus. La bibliothèque
des Mathurins détenait au 18ème siècle entre cinq à six mille ouvrages, parmi
lesquels quelques manuscrits précieux.
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Couvent des Mathurins au XVIIe siècle Source : La Dormeuse |
Les confréries.
Cinq confréries du quartier Saint-Jacques étaient hébergées dans le couvent : celle de saint Jean l'Évangéliste pour les libraires, imprimeurs et papetiers (dits « suppôts de l'Université ») ; celle de saint Charlemagne pour les messagers-jurés de l'université ; celle de sainte Barbe pour les paumiers (fabricants de balles pour le jeu de Paume) et tripotiers (tenanciers des « tripots », qui étaient à l'origine les salles de jeu de paume) ; celle de saint Nicolas pour les huiliers et chandeliers ; et celle de la sainte Trinité et Rédemption des Captifs.
Cette dernière dépendait de l'ordre religieux des Trinitaires, qui avait été créée en
1198 par Jean de Matha et Félix de Valois, avec pour objectif de réunir d’importantes
sommes d’argent afin de racheter dans les états barbaresques d’Afrique du Nord
les chrétiens qui y étaient maintenus en esclavage. Cette mise en esclavage des chrétiens par les musulmans, qui dura plusieurs siècles, s’est quelque peu perdue dans les
mémoires semble-t-il. Mais ne polémiquons pas, ce n’est que de l’histoire et n’étaient-ce
pas les chrétiens qui avaient commencé à chapouiller les musulmans avec les croisades ? (Ne parlons surtout pas non-plus de leurs treize siècles de traite négrière, c'est hors sujet et politiquement très incorrect.) Mais de grâce ne vous méprenez pas sur mon propos, toutes les cultures sans exception, ont de semblables dossiers dans leurs archives.
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Rachat d'esclaves chrétiens Source : La Dormeuse. |
Les Trinitaires.
L’ordre religieux des Trinitaires est aussi remarquable pour
l’intérêt qu’il portait précisément aux estampes. C’est ce que j’ai découvert
en lisant une soutenance d’Emmanuelle Bermès, une docteure en histoire
travaillant à présent à la BNF, intitulée « Le couvent des Mathurins de Paris et l’estampe au XVIIIe siècle ». Je vous en conseille bien
sûr la passionnante lecture.
Emmanuelle Bermès explique que cet intérêt des Trinitaires pour
les images « correspondait à une préoccupation caractéristique du temps :
depuis le concile de Trente, les estampes faisaient l’objet d’une attention
toute particulière de la part de la hiérarchie ecclésiastique. L’utilisation de
l’estampe pour établir le contact entre les religieux et les fidèles pouvait
prendre une telle ampleur qu’il n’est pas excessif de parler de propagande. »
Les religieux avaient en effet compris avant bien d’autres, le formidables
pouvoir des images sur les fidèles. On prêtait même des guérisons miraculeuses
à des estampes appliquées sur le corps de malades ! (Sans commentaire).
Le couvent Saint-Mathurin, la maison parisienne de cet
ordre, se trouvait, explique-t-elle « rue Saint-Jacques, dans un quartier
où, au XVII e siècle, les graveurs et les marchands d’estampes rejoignaient les
libraires et imprimeurs qui y étaient déjà installés en raison du voisinage de
l’Université. »
Les religieux possédaient également plusieurs maisons tout
autour de leur couvent et dans le quartier environnant : en 1634, ils avaient
seize maisons dans leur censive, et possédaient vingt-deux autres maisons et
boutiques qu'ils louaient à des particuliers, notamment des artisans. Les
derniers religieux de l'ordre quittèrent les lieux en août 1792. Les bâtiments
conventuels furent vendus à des particuliers en 1799. Quant à l'église
elle-même, elle fut démolie en 1863 en même temps que les bâtiments claustraux
situés contre l'Hôtel de Cluny au moment de l'aménagement de la rue de Cluny.
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Graveur d'estampe en 1643 |
La période pieuse des Basset. 😇
On peut imaginer que les Basset aient fait partie à une
époque de la confrérie de saint Jean l'Évangéliste, celles des « suppôts de
l'Université ». Il est même fort probable que leur boutique ait appartenu aux Trinitaires. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les Basset, père et fils, ont bien gravé
et vendu des estampes religieuses. Une exposition leur a même été consacrée par
le musée de l’Image de la ville d’Epinal ! Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder. Par contre je ne sais pas si certaines de leurs estampes ont permi des guérisons miraculeuses. 😉
La période révolutionnaire des Basset ! 😈
Les Basset ont donc su s’adapter à l’esprit du temps, puisqu’ils
ont laissé de côté les estampes religieuses dès 1789, pour "coller au
plus près de l’actualité" et illustrer la Révolution ! La maison Basset fut
en effet très active durant la période révolutionnaire. Malgré une perquisition
qui eut lieu dans son magasin le 16 janvier 1794, pour y chercher des "signes de
féodalité", Paul André Basset traversa la Révolution sans trop d’encombres,
puisqu’il prit sa retraite en 1819. La petite entreprise des Basset fut reprise
successivement par divers membres de la famille, toujours à la même adresse,
rue Saint Jacques avant de disparaître après 1865.
Les estampes !
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Le joli moine, profitant de l'occasion. |
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Le moine qui se fait séculariser. |
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Le joli moine - The pretty monk. |
Les estampes de chez Basset n’étaient pas vraiment des
œuvres d’art, comme celles de Joseph Longueuil dont j’ai parlé le 16 novembre. Longueil était un véritable artiste, spécialisé dans la reproduction
d’œuvres de peintres et dessinateurs célèbres. La gravure de Longueil imprimée
en noir et blanc que je vous avais présentée, étaient vendue 3 livres,
c’est-à-dire 60 sols (ou sous).
Les estampes gravées chez Basset étaient plus modestes et même parfois proches de la caricature que de l’œuvre d’art, du moins à l’époque révolutionnaire.
Les graveurs d’estampes étaient rétribués de 5 à 10 sous la
plaque gravée. Le graveur reproduisait un dessin sur une plaque de cuivre qui
avait été préalablement recouverte d’un vernis. C’était en fait le vernis qu’il
gravait. Le dessin terminé, on appliquait de l'acide nitrique, appelé à l’époque « eau-forte », et l’acide attaquait le cuivre aux endroits où il avait été mis à
nu. Du fait de l’impression sur le papier, les textes et légendes
devaient être gravés à l’envers sur les plaques, ce qui donnait lieu parfois à
quelques oublis sur certaines estampes qui étaient néanmoins tirées (avec des
mots à l’envers). Les couleurs étaient ensuite appliquées avec des pochoirs.
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Une presse à estampes et un graveur à droite |
Chaque exemplaire imprimé était ensuite vendu entre 10 et 15 sous, soit dans la boutique, soit par des colporteurs comme celui que nous voyons sur ces trois estampes.
Même si les estampes de chez Basset étaient moins chères que
celle des maîtres graveurs, tout le monde ne pouvait pas se les offrir.
En 1789, le salaire d’un travailleur journalier parisien variait entre 12 et 20
sous (plus souvent 15), et celui d’un artisan variait entre 20 et 50 sous.
Pour vous donner une meilleure idée, sachez que le 14
juillet 1789, une miche de pain coûtait 14 sous (de 1 à 3 sous la livre selon
la qualité du pain). Entre janvier 1787 et juillet 1789, le prix du pain avait
augmenté de 75%...
Vous apprendrez dans la vidéo que je vous propose ci-dessous, que comparés au revenu actuel d'un travailleur, ces 14 sous équivalaient à plus de 56 de nos euros actuels !
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Le bonhomme à droite, c'est Basset ! |
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Au fond, l'échoppe de Basset et Basset dansant la Carmagnole 😂 |
La "start-up" de Basset, sur le tournage. |
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Je vous remercie pour ce commentaire.
Bien cordialement
Bertrand