mercredi 4 novembre 2020

4 Novembre 1789 : Boissel, un effacé de l’histoire, scandalise l’Assemblée avec son catéchisme du genre humain

    L’Assemblée nationale travaille toujours autant, bien sûr. Mais aujourd’hui, mon attention s’est portée sur un événement très particulier. Il s’agit de l’intervention de Monsieur de Bonnal, évêque de Clermont, qui est venu dénoncer à la tribune un livre intitulé « Catéchisme du genre humain » !

Lisons le procès-verbal :

« M. de Bonnal, évêque de Clermont, dénonce un livre intitulé : Catéchisme du genre humain, qui a été adressé à tous les députés, comme rempli de blasphèmes contre la religion. Le prélat en cite quelques passages : « Qu'entendez-vous par les religions ? J'entends ce qui a été établi par les plus forts et les plus rusés pour commander par la force au nom d'une idole qu'ils se sont créée. — Qu'est-ce que le lien conjugal ? C'est la propriété que l'homme a de la femme. » L'auteur trouve cette propriété aussi injuste que celle des terres, et ne voit d'autre moyen de détruire cette injustice que le partage des terres et la communauté des femmes.

Dans une pièce de vers qui termine le volume, et qui est intitulé : Extrait des minutes du Vatican, l'auteur attaque les trois personnes de la Trinité. Il les introduit sur la scène comme des êtres insensés, et les charge de ridicules.

M. l'évêque de Clermont demande que ce livre soit remis au comité des recherches, qui s'occupera d'en connaître l'auteur et l'imprimeur, et qu'il soit ordonné au procureur du roi du Châtelet de faire sur cet objet ce que son devoir lui prescrit.

M. Le Chapelier répond :

« Ce livre ne nous est pas assez connu pour statuer en ce moment sur la dénonciation. Je propose de le renvoyer au comité des rapports, en se conformant ainsi à ce qui a été fait au sujet de M. l'évêque de Tréguier, qui, sous un autre sens, était plus dangereux encore.

L'Assemblée adopte cette opinion.

    Il semble que ce soit plutôt le brûlot contre-révolutionnaire de l’évêque de Tréguier, qui inquiète plus les députés que ce drôle de petit livre !

    D’ailleurs, si vous voulez vous faire votre idée quant à sa dangerosité, vous pouvez le lire dans la fenêtre située en bas d’article !

 

Fresque de François Boissel
sur le parvis de l'église de
Saint Pierre de Joyeuse.
   L’auteur de ce petit livre est un dénommé François Boissel, né le 27 avril 1728 à Joyeuse (Ardèche) et mort à Paris en 1807. Il était avocat au parlement de Paris et juge de paix. Peut-être a-t-il connu Adrien Joseph Colson dont nous parlons de temps à autre pour les récits des événements qu’il fait dans ses courriers ? Durant la Révolution, il deviendra archiviste puis vice-président du Club des jacobins.

    Cet homme exerçant de très sérieuses fonctions, était également un philosophe et un écrivain. Il écrivit une quinzaine d’ouvrages, dont ce fameux « Catéchisme du genre humain », parut en avril 1789, qui connut un très gros succès. Par ses idées d’avant-garde, on le dit précurseur du communisme (selon Jaurès), précédant de peu Babeuf et Saint-Simon, et aussi pionnier du féminisme et de l’écologie, rien que ça !

    Je vous invite à visiter cette page d’un site ardéchois qui lui rend hommage, accessible par le lien suivant : https://www.medarus.org/Ardeche/07celebr/07celTex/boissel_francois.html

    Il est extrêmement curieux qu’un personnage aussi étonnant ait été oublié. L’hypothèse suivante, avancée sur la page de ce site est fort probable. L’écrivain ardéchois, Pierre-Antoine Courouble, auteur du livre "Citoyen Boissel", suggère que Boissel ne serait pas un oublié "par hasard" de l’histoire, mais un "effacé" de l’histoire. Son œuvre écrite, aurait été victime de la censure napoléonienne et de la chasse aux anciens jacobins.

    Combien l’histoire officielle, qui comme tout le monde le sait est écrite par les vainqueurs, contient-elle de ces malheureux oubliés ou effacés ? Souvenez-vous de Louise de Keralio, évoquée le 13 août dernier, cette véritable féministe républicaine, oubliée au profit d’une Olympe de Gouge monarchiste, totalement réinventée. Je pense néanmoins qu’en histoire, le pire sort réservé aux plus haïs, c’est la calomnie.

Je vous propose également la lecture de cet article : « Pierre-­Antoine Courouble, L’énigmeBoissel. Le phi­­lo­­sophe sans visage »


Oups ! J'allais oublier ! Voici le scandaleux petit catéchisme du genre humain, rêvé par ce philosophe "effacé".




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Je vous remercie pour ce commentaire.
Bien cordialement
Bertrand