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| Jean-Joseph-François Tasaert "La nuit du 9 au 10 Thermidor" (1796) |
Si j'achève un jour sur ce site ma chronologie de la Révolution française, je la terminerai à cette date précise. Le décadi 10 Thermidor de l'An II, 310ème jour de l'année du calendrier républicain, correspondant au 28 Juillet 1794, Maximilien Robespierre est exécuté.
La plupart des historiens sérieux conviennent en effet que cette date marque la fin de la Révolution française.
Après cette date, tout redeviendra peu à peu à la normale (ou à l'anormal ?). Fini le prix maximum fixé pour le pain. Dès l'automne des Parisiens mourront de faim, comme avant la Révolution. Les lois de Ventôse qui ouvraient la voie à une large redistribution des biens nationaux au profit des paysans pauvres contre les intérêts des classes riche, ne seront pas appliquées. Terminée la République populaire qui avait abolie l'esclavage, avait instauré le suffrage universel (masculin) dans sa Constitution du 27 juin 1794 et accompli tant de belles choses.
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| Lisez très attentivement. Vous allez être surpris. |
La Révolution est vaincue.
Le 28 juillet 1794, la Révolution était enfin vaincue par la Bourgeoisie, cette nouvelle classe sociale qui avait pris le pouvoir en Juillet 1789. Rappelez--vous ce qu'avait dit Barnave : "Une nouvelle répartition des richesse, entraîne une nouvelle répartition des pouvoirs." Ce n'était donc que ça ?
Nombre d'entre-eux s'étaient enrichis grâce à la vente des biens nationaux, la spéculation sur les blés et le trafic des subsistances militaires (sans oublier l'esclavage dans les colonies). Leur révolution industrielle et agricole était en marche et les malheureux travaillaient jusqu'à l'épuisement dans leurs "manufactures".
Le changement de société qu'ils désiraient tant, avait cependant tardé à se concrétiser, car pour renverser le pouvoir en place ils avaient eu besoin du Peuple. Souvenez-vous de ces fusils distribués à la population la veille du 14 juillet devant les hôtels particuliers de quelques banquiers parisiens.
Mais une fois entré dans la danse, le Peuple avait peu à peu pris conscience de son propre pouvoir. C'en était suivie au fil des années une lutte incessante entre ces deux courants révolutionnaires. (Ne pas oublier les 900 émeutes qui depuis 1786 avaient précédées la prise de la Bastille.)
- Le courant de ceux que depuis, certains appellent l'extrême centre. C'est-à-dire des gens détestant les extrêmes, qui se prétendent modérés, et ne souhaitent rien de plus qu'un roi tenu en laisse au sein d'une monarchie constitutionnelle. La liberté la plus importante étant pour eux celle de commercer.
- Le courant républicain et populaire, qui se soucie de donner "vraiment" les mêmes droits à tous les citoyens. Égalité devant le vote, les impôts, l'instruction, etc. Assistance aux plus faibles et modération de la puissance des plus riches (pour faire court).
Robespierre avait symbolisé ce courant populaire, lui qui dès octobre 1789, fatiguait déjà les députés de l'Assemblée nationale par ses interventions incessantes en faveur des pauvres.
Comment ne pas terminer cette chronique en évoquant Maximilien Robespierre ?
Robespierre avait été l'un des rares révolutionnaires à s'opposer farouchement à la guerre dès la fin de l'année 1791, face au camp belliciste mené par Jacques-Pierre Brissot et les Girondins. Ses discours au Club des Jacobins développaient une argumentation lucide, qui anticipait avec précision les dérives financières, politiques et militaires du conflit qui allait éclater le 20 avril 1792.
Mais pour les Girondins, et ce, depuis le 20 octobre 1791, la guerre leur était apparue comme une solution miracle à la crise économique au travers de trois leviers principaux :
1. Le pillage et les contributions de guerre
L'or étranger : Les caisses de l'État étaient vides et la fiscalité ne rentrait plus. Les Girondins (notamment via le ministre des Finances Étienne Clavière) espéraient que les armées françaises se nourriraient sur le terrain et rapporteraient du butin.
Le précédent historique : L'idée de conquérir des territoires riches (comme la Belgique ou la Rhénanie) pour y lever des taxes et confisquer des biens était perçue comme le moyen le plus rapide de renflouer le Trésor public.
2. Le sauvetage de l'assignat
La crise du papier-monnaie : Créé en 1789, l'assignat subissait une inflation galopante et perdait sa valeur.
L'extension du gage : En exportant la Révolution, les Girondins projetaient de confisquer les biens du clergé et de la noblesse des pays envahis. Ces nouveaux territoires devaient servir de "gage" supplémentaire pour garantir la valeur des assignats en circulation et stopper leur dépréciation.
3. Une diversion face à la crise intérieure
Masquer la misère : La France souffrait de graves pénuries de subsistances et de révoltes paysannes. Fixer l'attention de la population sur un ennemi extérieur permettait de détourner la colère populaire liée au coût de la vie et au manque de pain.
Roi et Reine..
Quant à Louis XVI, il n’avait pas hésité à proposer à l’Assemblée nationale de déclarer la guerre le 20 avril 1792, au « roi de Bohême et de Hongrie », l'empereur d'Autriche François II. C’est-à-dire au neveu de Joseph II, frère de son épouse Marie Antoinette. Celle-ci bien sûr ne manquera pas de communiquer à son parent autrichien les mouvements et position de l'armée française !
En agissant ainsi, le roi avait espéré secrètement une défaite rapide des armées françaises pour permettre aux monarchies européennes de l'aider à retrouver son pouvoir absolu.
La position anti-guerre de Robespierre.
Les arguments de Robespierre contre le projet de guerre girondin avait été les suivants :
1. Le gouffre financier de la guerre
Le coût des armées : Robespierre dénonçait l'illusion d'une guerre qui "renflouerait" l'État. Il affirmait que lever, équiper et nourrir des troupes allait vider le Trésor public bien avant de pouvoir piller la moindre richesse étrangère.
L'aggravation de la misère : Pour lui, les dépenses militaires massives allaient accélérer la chute de l'assignat, provoquer une inflation incontrôlable et ruiner le peuple français, qui subissait déjà la famine et les pénuries.
2. Le piège de la Cour et la trahison interne
Le double jeu du roi : Robespierre cavait compris immédiatement que Louis XVI soutenait la guerre pour de mauvaises raisons. Il martelait que le véritable ennemi n'était pas à Coblence ou à Vienne, mais aux Tuileries.
L'ennemi intérieur : Avant de vouloir combattre les tyrans étrangers, il estimait qu'il fallait d'abord assainir la situation politique en France et neutraliser les forces contre-révolutionnaires de l'intérieur.
3. Le rejet des "missionnaires armés"
La résistance des peuples : Face aux Girondins qui affirmaient que les peuples européens accueilleraient les soldats français comme des libérateurs, Robespierre avait prononcé sa célèbre formule : « Personne n'aime les missionnaires armés ».
Le nationalisme inversé : Il avait prévenu que l'invasion française allait braquer les populations locales, réveiller leur nationalisme et les pousser à soutenir leurs propres souverains contre la France.
4. Le danger du césarisme et de la dictature militaire
La montée d'un sauveur : Ce fut là son argument le plus prophétique. Robespierre pavait prévenu qu'en cas de victoire, la guerre donnerait un pouvoir immense aux généraux. Il craignait qu'un chef militaire populaire n'en profite pour confisquer la Révolution et rétablir un pouvoir personnel (ce que fera Napoléon Bonaparte quelques années plus tard).
Celui qui sauva la situation.
Au final, ce fut Robespierre, son gouvernement de la Convention montagnarde, avec le Peuple en armes, qui sauvèrent la France du désastre qu’avait entraîné cette guerre qui avait débuté par une série de coûteuses défaites.
En 1792, 11 armées étrangères avaient envahie la France et plus de 10 révoltes sévissaient sur les arrières de l’armée républicaine, dont la terrible révolte de Vendée. L’armée républicaine mis un terme à ces défaites à partir de sa première victoire à Valmy le 20 septembre 1792. Et c’est le surlendemain de Valmy que la royauté fut abolie en France le 22 septembre 1792...
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| 1792, la France assaillie de toutes parts. |
La fin...
Tout ce que Robespierre avait prédit arriva hélas. Il comprit comment cela allait finir et il sombra vers la fin dans une terrible mélancolie. Il ne siégeait même plus au comité de salut public, raison pour laquelle ses adversaires redoublèrent le nombre de condamnations à mort en son nom afin de précipiter sa perte. Il ne résista pas lorsque ses assassins s’emparèrent de lui...
Épitaphe royale.
Le frère Cadet de Louis XVI, comte de Provence devenu Louis XVIII fit ce curieux éloge de Maximilien Robespierre ;
« Les hommes d'État ne doivent pas être jugés d'après les règles ordinaires de morale. En 1793 et 1794, il s'agissait de sauver le corps social et s'il était prouvé que le chef des Jacobins n'eût fait dresser les échafauds de la Terreur que pour abattre les factions et rétablir ensuite ce gouvernement royal que la France entière désirait, il serait injuste de regarder Robespierre comme un homme cruel et de l'appeler tyran; il faudrait au contraire voir en lui, comme dans Sylla, une forte tête, un grand homme d'État. Richelieu aurait fait plus que Robespierre s'il se fut trouvé dans une position semblable».
Malheur aux vaincus !
Après sa chute, les vainqueurs écriront comme il se doit leur version de l'histoire. Soit plus de deux siècles de calomnies. Fort heureusement, une nouvelle génération d'historiens a commencé de travailler plus sérieusement sur ce personnage, sa politique et son époque.
Si l'on regarde bien autour de nous, la Révolution est calomniée tous les jours. La 1ère République a totalement été effacée des mémoires. L'extrême centre est toujours au pouvoir, faisant semblant de s'ériger comme une barrière contre les extrêmes. Quelles sont-elles ces extrêmes ? D'un côté les nostalgiques de l'ancien régime qui ont poussé l'audace jusqu'à s'approprier le drapeau tricolore. De l'autre côté, les descendants des sans-culottes sempiternellement calomniés, y compris par ceux qu'ils défendent !
Mais pas de jugement ! Les hommes réagissent tous depuis la nuit des temps selon les mêmes archaïques comportements. Le monde change, mais pas l’humanité. Le monde est devenu complexe et nous réagissons à celui-ci comme nos ancêtres lorsqu'ils sortaient de leurs cavernes...
Mea culpa.
J'ai écrit cet article d'une traite, afin de le publier ce jour anniversaire. Chose étonnante, l'idée m'est venu en discutant sur le sujet avec l'intelligence artificielle de Google. Discussion au demeurant passionnante ! Il faudra bien sûr que je le relise et que je le compète. Veuillez excuser son imperfection.
Post Scriptum !
Comme je ne sais pas si je terminerai un jour ma chronologie de la Révolution française, Je me permets de vous proposer ci-dessous ces conférences de Henri Guillemin ! Si vous aimez la Révolution Française, vous en avez inévitablement entendu parler. Si ce n'est pas le cas, vous allez adorer !
La première vidéo vous raconte toute la Révolution française (ou presque). Et la seconde vous raconte Robespierre...



