dimanche 21 juillet 2019

21 Juillet 1788, l'Assemblée de Vizille

 

L'Assemblée de Vizille du 21 juillet 1788

    Comme on ne peut pas parler de l'Assemblée de Vizille sans évoquer la Journée des tuiles qui se déroula le 7 juin 1788 à Grenoble, je reproduis ci-dessous l'article concernant la fameuse Journée des Tuiles.

Tableau d'Alexandre Debelle

    Les historiens adorent les dates liées à des événements bien précis. Cela leur permet de les utiliser comme des repères marquant des débuts ou des fins. L'esprit humain affectionne ce genre de commodités qui satisfont son besoin de comprendre et de donner du sens. Raison pour laquelle, la date du 7 juin 1788 correspondant à l'événement désigné sous le nom de "journée des tuiles", est unanimement considérée comme l'une des prémisses de la Révolution française.

    En effet, à la suite de cette émeute qui se déroula à Grenoble, les états généraux du Dauphiné se réunirent (illégalement) au Château de Vizille le 21 juillet 1789 (le lieutenant-général du Dauphiné, le maréchal de Vaux en ayant interdit la tenue à Grenoble) et l'histoire nous dit que l'Assemblée de Vizille fut à l'origine de la convocation des Etats généraux du Royaume par Louis XVI.

   Comme vous devez le savoir, ces Etats généraux prirent une tournure inattendue en aboutissant à la création de l'Assemblée nationale dans un premier temps, puis à la prise de la Bastille dans un second temps…

La rue Raoul Blanchard à Grenoble, et ses fantômes de 1788.


7 juin 1788, la journée des Tuiles.

    Comment ne pas reconnaître quelques-uns des curieux ingrédients de la prise de la Bastille, dans cette insurrection qui eut lieu à Grenoble le 7 juin 1788 ? La bourgeoisie est irritée par les mesures impopulaires prises par le roi et fort commodément des émeutiers s'insurgent dans les beaux quartiers de Grenoble en lançant des tuiles sur la troupe depuis les toits.

    Dans les faits, le lieutenant général de la province confia à des patrouilles de soldats des lettres de cachet à remettre aux parlementaires pour leur signifier un exil sur leurs terres. Mais le tocsin se mit à sonner. La population fut rameutée par les auxiliaires de justice, (particulièrement fâchés de perdre le Parlement, qui était leur gagne-pain). Des Grenoblois s'emparèrent des portes de la ville. D'autres, montés sur les toits, jetèrent des tuiles et divers objets sur les soldats. Vers la fin de l'après-midi, les émeutiers, maîtres de la ville, réinstallèrent les parlementaires dans le palais de justice.

    En tout, 6 foyers d'émeutes seront recensés dans la ville lors de cette fameuse journée. Deux dans le nord de la ville, au palais du Parlement du Dauphiné et sur la place des Herbes. Quatre autres plus au sud, l'un devant le couvent des Jacobins appelés aussi Dominicain (actuel magasin des Galeries Lafayette), un second à l'hôtel de la première présidence (actuelle rue Voltaire), un troisième à l'hôtel du Lieutenant général et le quatrième au collège des Jésuites (actuel Lycée Stendhal, rue Raoul Blanchard. Ce dernier affrontement sera immortalisé par le peintre Alexandre Debelle, dans un tableau exposé au Château de Vizille, devenu musée de la Révolution française. Ces émeutes feront trois morts et vingt blessés dans la population et un assez grand nombre de blessés parmi les soldats du régiment de Royal-Marine.

    Etonnant, non ? Lisez plutôt la suite. 😉

 

21 juillet 1788, l'Assemblée de Vizille.

    L'Assemblée de Vizille du 21 juillet 1788 constitua effectivement un aperçu de ce qu'allaient être les Etats généraux du royaume qui se dérouleraient dix mois plus tard.

    Il y fut décidé pour la première fois, d'accorder au Tiers État, (majoritaire ce jour-là), le vote par tête, et non par ordre comme dans les autres états généraux du royaume ; une décision qui allait susciter d'âpres débats lors des états généraux de 1789.

    De plus, ces députés du Dauphiné votèrent que « les trois ordres de la province n'octroieraient les impôts, par dons gratuits ou autrement, que lorsque leurs représentants en auraient délibéré dans les états généraux du royaume. ». Ce qui fait dire qu'ils furent à l'origine de la convocation des Etats généraux du royaume, mais ce qui est hélas faux, puisque Louis XVI avait déjà fait annoncer par un arrêt du conseil, le 5 juillet précédent, la prochaine tenue des états généraux…

    En agissant ainsi, les députés du Dauphiné s'opposaient une fois de plus au roi et à son ministre Étienne-Charles de Loménie de Brienne, qui depuis la première Assemblée des Notables de 1787, tentaient de promulguer des réformes fiscales pour sauver le royaume de la faillite, réformes que refusaient de valider lesdits Parlements. (Lire mon article sur les Parlements en révolte contre le roi). A noter que ces réformes, un droit de timbre et un nouvel impôt foncier général, ne pénalisaient pas le peuple mais bien les privilégiés. Ce qui n'empêchait pas les parlementaires récalcitrants d'instrumentaliser le peuple en attisant la colère latente chez celui-ci. Il suffisait pour cela aux parlementaires, d'évoquer les mesures de libre échange qui avaient déjà provoqué la terrible guerre des farines.


Le château de Vizille

    Le château de Vizille où eu lieu (dans sa salle de jeu de paume), l’assemblée des trois ordres de la province, c'est-à-dire la réunion des états généraux du Dauphiné appartenait depuis 1780 à Claude Nicolas Perier, un bourgeois industriel, créateur de sa propre banque, devenu noble en 1778 quand il avait été nommé conseiller-secrétaire du roi à la Chambre des comptes du Dauphiné. Celui-ci avait fait installer dans une aile de son château, une manufacture d’impression sur tissu (cotonnades imprimées et d'indiennes).

L'Assemblée de Vizille, dans la salle de jeu de paume du château.
 

    Claude Nicolas Perier était un fervent défenseur des idées nouvelles, comme tous des membres de la haute bourgeoisie, cette nouvelle classe sociale née au sein du Tiers état, ainsi que chez certains membres de la noblesse et du bas-clergé.

Claude Nicolas Perier


Une classe montante...

    Comme le dira plus tard Barnave, cet avocat du Dauphiné devenu député : "Une nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution du pouvoir ".

Telle fut en fait la raison première de la Révolution de 1789...

    Lors de la journée des Tuiles, Barnave avait d'ailleurs rédigé un libelle "L'Esprit des Édits", appelant à soutenir le Parlement de Grenoble suspendu par le pouvoir royal. Barnave et son ami Mounier deviendront députés du Dauphiné en 1789 et Mounier sera même un temps président de l'Assemblée nationale avant de s'enfuir de Paris le 10 octobre 1789 quand les femmes parisiennes feront prendre un nouveau tournant à la Révolution


Conclusion

    Effectivement, on devine la lueur de la Révolution dans cette journée chaude du 7 juin 1788, tout comme on la devine également le 21 juillet 1788 à Vizille.

    Les principaux acteurs sont là, les grands rôles comme les petits rôles, les grands qui gagneront et les petits qui perdront.



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Bien cordialement
Bertrand