mercredi 24 juin 2020

24 Juin 1789 : Une fessée donnée en public au Palais-Royal (et une digression sur la fessée patriotique)

Article mis à jour le 31 juillet 2023.

    Ce 24 juin 1789 un événement a marqué les esprits au point de d'être à l'origine de nombreuses estampes. Une fessée aurait été donnée en public dans les jardins du Palais-Royal. Mais qui a-t-on fessé réellement ? Selon certaines estampes, une dame de qualité qui aurait craché sur le portrait de Necker et selon d'autres estampes, un abbé insolent. Mystère.


La colère du Peuple.

    Ces événement que l'on peut trouver à première vue, cocasses mais insignifiants, révèlent en fait la colère du peuple envers certaines catégories sociales. La plupart du temps, ce sont des femmes qui ont été les actrices de ces expéditions punitives.

La semaine fouettarde d'avril 1791.

    Il y aura d'autres fessées célèbres durant la Révolution. Les plus connues sont celles administrées entre les 10 et 17 avril 1791, à Paris principalement, mais en province aussi.

    Le Docteur Robinet, dans son ouvrage intitulé « Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution (1789-1801) » évoque en page 464 les fustigations infligées à des religieuses et des prêtres :

« Au nombre des premières violences contre les personnes, doivent prendre place d'ignobles excès qui se produisirent non seulement à Paris, mais dans un certain nombre de villes.

Nous transcrivons la notice du Dr Robinet.

« Toutes les chapelles des couvents et des hôpitaux restaient le lieu d'élection des intrigues et des conspirations catholiques et royalistes.

C'est ainsi que le comprit la partie de la population de Paris (et d'ailleurs) qui était attachée à la Révolution ; aussi y eut-il sur plusieurs points de la capitale des religieuses que des femmes patriotes ne craignirent pas de fouetter publiquement.

« Ces exécutions populaires, sorte de châtiment civique, eurent lieu du 10 au 17 avril, quoique les ordres monastiques qui en furent atteints se trouvassent assez nombreux : les sœurs de la Visitation Sainte-Marie, rue Saint-Antoine ; les Miramionnes, sur le quai du même nota (aujourd'hui quai de la Tournelle) ; les Récollettes, de la rue du Bac ; les Filles du Précieux Sang ; les Filles du Calvaire et surtout les sœurs Grises, dont les maisons étaient situées dans les paroisses de Saint-Sulpice, Saint-Laurent, Sainte-Marguerite, la Magdeleine et Saint-Germain-L'auxerrois.

« S'il faut en croire les brochures et journaux du temps, trois cents religieuses, y compris quelques prêtres et quelques dévotes laïques, auraient subi cette correction de la part des marchandes de la Halle, du marché de la place Maubert, etc., auxquelles s'étaient jointes, dans les différents quartiers, mais surtout au faubourg Saint-Antoine, des femmes du peuple, voire des héroïnes (1) des 5 et 6 octobre.

« Partout le motif de cette répression extra légale était, nous l'avons dit, que ces maisons devenaient ostensiblement le refuge des prêtres non-jureurs et des nobles qui conspiraient contre le nouvel état de choses ; les couvents leur étaient ouverts, les premiers y étaient logés et nourris, et y recevaient, sous prétexte de conférences religieuses, les aristocrates des deux sexes et leurs agents, ainsi que la foule demeurée fidèle à l'ancienne Église et à l'ancien régime. On y prêchait la résistance aux nouvelles lois, la haine et le mépris des prêtres constitutionnels et de l'Assemblée nationale. On y recevait les mots d'ordre de Rome et de Coblentz, que les élèves mêmes des religieuses colportaient dans leurs familles.

« La verve gouailleuse et brutale avec laquelle sont rapportées ces violences dans les brochures du temps nous interdit malheureusement d'en donner des extraits.»

    Ce livre du Dr. Robinet est entièrement consultable sur le site Internet Archives :
 
https://archive.org/details/lemouvementreli00euggoog 

    La gravure ci-dessous illustre une fustigation infligée le 6 avril 1794 aux sœurs grises, après la messe par des "ennemis des servantes de dieu".


    Voici d'autres estampes illustrant ces fessées de la semaine Pascale de 1791. Plus d'info dans cet article du site Sciences Humaines.

 
 
 

    A noter que cet événement tragicomique choqua profondément nos amis Britanniques, au point qu'ils en firent une illustration à leur façon, l'année suivante, en 1792.

Plus d'infos sur les fessées révolutionnaires.

    Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce sujet brûlant, je vous propose de lire ces deux articles :

    Celui, d’Annie Duprat qui parle de fesses et de fessées sous la Révolution : « La trésorière des Miramionnes n’avait qu’une fesse… »

    Et cet autre, lui aussi fort intéressant : "Tu la veux ta bonne fessée ?"

    Ce document à télécharger est également très bien ! : "Entre scatologie et fantasmes sexuels, le cul et son imaginaire".

D'autres fessées ?

    Voici trois autres estampes représentant la célèbre fessée infligée à Théroigne de Méricourt le 16 mai 1793.

  

L'art de la fessée, ou de l'utilité de celle-ci...

    Si votre soif d'érudition vous incite à en apprendre toujours plus, vous pouvez éventuellement lire cet ouvrage publié en 1788, intitulé :"Traité du fouet, ou Aphrodisiaque externe".

  


Une conclusion ?

    Là encore, de même que pour la violence, la fessée ne fut pas l'apanage de la Révolution. Cette pratique était déjà fort appréciée sous l'Ancien régime, comme le démontre si brillamment l'ouvrage que je vous ai proposé ci-dessus, ainsi que ces trois dernières illustrations :

 

    La gravure ci-dessous (une préparation à la fessée) fait partie des nombreuses images illustrant le livre du Marquis de Sade "Justine ou les malheurs de la vertu". C'est aussi une des moins choquantes, je vous assure. Car certaines des illustrations sont très "difficiles".

Désolé... 😉

24 Juin 1789 : 151 députés du Clergé rejoignent le Tiers Etat. (Et une digression sur le mariage des prêtres en 1791)

Un député du Clergé et un homme à la mode de septembre 1789
Lithographie de Villain.
Source

151 députés du clergé rejoignent le Tiers état !

    La patience du Tiers état a payé ! C'est en effet un événement de taille que l'arrivée ce 24 juin de ces députés du clergé au sein de leur assemblée. La voici décrite ci-dessous, telle que consignée dans le procès verbal de la journée :

Arrivée de la majorité des députés du clergé pour siéger avec les députés des communes, lors de la séance du 24 juin 1789

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4546_t2_0149_0000_9

La délibération sur la motion de M. Mounier est interrompue par l'arrivée du clergé, précédé et annoncé par son huissier.

Cent cinquante-un ecclésiastiques formant la majorité, à la tête desquels sont MM. les archevêques de Vienne et de Bordeaux, les évêques de Coutances, Chartres et Rhodez, avancent au milieu de la salle, qui retentit d'applaudissements et d'acclamations universels.

Un secrétaire porte devant eux les pouvoirs qui avaient été vérifiés dans le comité assemblé le lundi précédent.


Digression 😉

La patrie reconnaissante envers le bas-clergé autorisera en 1791 le mariage des prêtres !...

     Nous oublions toujours que la Révolution française n'aurait jamais pu avoir lieu si le Clergé n'avait pas rallié le Tiers État ce jour-là ! 

    On pourrait même dire (avec une pointe d'humour) que les révolutionnaires furent reconnaissant envers ces bons curés (car c'est bien le bas-clergé qui fut à l'origine de ce ralliement), puisque l'Assemblée constituante autorisera le mariage des prêtre "en dehors du cadre de l'Église" par son décret du 27 août 1791. Dans une étude publiée en 1976, le célèbre historien Michel Vovelle a estimé le nombre de mariages de prêtres à 6500 durant la période révolutionnaire.

    Le décret du 12 août 1793 (art. 3) punira même de déportation tout prêtre s'opposant au mariage civil ou divorce d'un autre prêtre...

    À noter qu’en contrepartie de la constitution civile du Clergé, ledit clergé avait obtenu que le catholicisme resta la religion d'État et les traitements des ecclésiastiques pris en charge par la Nation avaient été augmentés : 50 000 livres pour l'évêque métropolitain de Paris, entre 12 000 et 20 000 pour les autres évêques et entre 1 200 et 6 000 livres pour les curés selon l'importance de la cure. Ces réformes en soit n'étaient donc pas inacceptables par l'Église, la réorganisation récente de Joseph II d'Autriche (le turbulent frère de Marie Antoinette) dans ses états du Saint-Empire avait été bien plus brutale que la prudent constitution civile du clergé des révolutionnaires français.

Estampe réalisée en 1790 à l'occasion de
la dissolution des ordres religieux qui
donnèrent lieu à de nombreux mariages...


Un dernier mot. (Digression dans la digression)

    Le saviez-vous, jusqu’au 11ème siècle, beaucoup de prêtres catholiques étaient mariés, sans que cela pose le moindre problème. En 1059, le milieu pontifical se mit brusquement à considérer ces clercs-là comme des pervers sexuels, mais surtout comme des hérétiques, les Nicolaïtes, qui étaient proches d’autres déviants (les simoniaques) et qu’il fallait éradiquer...

 

Conclusion à cet article un peu spécial.

    Cette digression concernant la constitution civile du clergé et le mariage des prêtres m'a semblé nécessaire afin de désamorcer les éventuels a priori  que l'on pourrait avoir concernant le rôle des prêtres au cours de la Révolution. Vous verrez bientôt que certains prêtres furent parmi les premiers à prendre les armes aux côtés du Peuple...

Examen du décret du 27 août 1791 de l'Assemblée constituante, ou l'on traite la question du célibat ecclésiastique, de l'indissolubilité du mariage, etc, pour les concilier avec ce décret.

 À lire également : "Débat sur le mariage des prêtres dans le diocèse de Rhone et Loire au début de la Révolution."