samedi 19 juin 2021

19 Juin 1790 : Suppression de la noblesse héréditaire, de ses titres, livrées et autres symboles

 

 Article en cours de rédaction.

"M. le Président met aux voix le décret, dont les parties ont déjà été votées successivement. Il est adopté en ces termes, sauf rédaction :

« L'Assemblée nationale décrète que la noblesse héréditaire est pour toujours abolie ; qu'en conséquence, les titres de prince, de duc, de comte, de marquis, vicomte, vidame, baron, chevalier, messire, écuyer, noble, et tous autres titres semblables, ne seront ni pris par qui que ce soit, ni donnés à personne ;

« Qu'aucun citoyen français ne pourra prendre que le vrai nom de sa famille ;

« Qu'il ne pourra non plus porter ni faire porter de livrée, ni avoir d'armoiries ;

« Que l'encens ne sera brûlé, dans les temples, que pour honorer la Divinité, et ne sera offert à qui que ce soit ;

« Que les titres de monseigneur et de messeigneurs ne seront donnés ni à aucun corps, ni à aucun individu, ainsi que les titres d'excellence, d'altesse, d'éminence, de grandeur :

« Sans que, sous prétexte du présent décret, aucun citoyen puisse se permettre d'attenter aux monuments dans les temples, aux chartes, titres et autres renseignements intéressant les familles ou les propriétés, ni aux décorations d'aucuns lieux publics ou particuliers, et sans que l'exécution des dispositions relatives aux livrées et aux armes placées sur les voitures, puisse être suivie ni exigée par qui que ce soit, avant le 14 juillet pour les citoyens vivant à Paris, et avant trois mois pour ceux qui habitent les provinces. »

Source : 
https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1883_num_16_1_7239_t1_0378_0000_1 

Article intéressant sur le sujet :
https://www.parlons-politique.fr/ephemerides/le-19-juin-1790-quand-la-revolution-abolit-les-titres-de-noblesse-et-vise-les-heritages-de-prestige_21404/

samedi 15 mai 2021

15 Mai 1790 : Opinion de Robespierre sur le droit de déclarer la guerre et contre la guerre de conquête

 Préambule indispensable.


Je me suis rendu compte qu'il était devenu impossible de trouver sur le WEB certains discours de Robespierre, comme il était possible de le faire auparavant. J'ai donc pris la liberté de recopier sur cette page son discours du 15 Mai 1790, que j'ai retrouvé dans le magistral ouvrage "Robespierre parle aux Français" de Philippe Landeux, qui regroupe en 900 pages, l'intégralité des écrits de Maximilien Robespierre. J'espère qu'il me pardonnera cet emprunt.

Je vous renvoie à la fin de cet article à une remarque très judicieuse que fait Philippe Landeux sur cette invraisemblable guerre.



OPINION SUR LE DROIT DE DÉCLARER LA GUERRE

ET CONTRE LA GUERRE DE CONQUÊTE

Ou

Sur l’attribution au roi du droit de paix et de guerre


Intervention à l’Assemblée nationale, le 15 mai 1790

Le 14 mai 1790, Montmorin, ministre des Affaires étrangères, informe l’Assemblée de la prise de possession, au début du mois, de la baie de Nootka (Colombie) par les Anglais sur les Espagnols, et des préparatifs que le roi, lié aux Bourbons espagnols par un pacte de famille, a ordonné pour soutenir l’Espagne contre l’Angleterre. Le lendemain, cette nouvelle provoque le débat (lancé par Alexandre Lameth) autour de la question de la guerre : À qui appartient le droit de la déclarer ? au roi ou à la Nation ? Robespierre, craignant que toute cette affaire ne soit un nouveau piège tendu à la Révolution, intervient pour que la question soit débattue. Finalement, l’Assemblée, sur proposition de Mirabeau, vote des remerciements au roi pour avoir pris les mesures pour maintenir la paix et ajourne au lendemain la question du droit de paix et de guerre. La discussion se poursuivra du 16 au 22 mai.

Le Point du Jour, n° 303 :

« M. Robespierre s’est élevé à des considérations plus importantes en disant : — Il est évident que s’il est un moment pour l’Assemblée nationale de décider à qui appartient le droit de faire la paix ou la guerre, c’est celui où il peut être question de délibérer sur l’exercice de ce droit, et où le ministère semble nous annoncer que nous devons prendre part aux différends de deux nations voisines. [...] Si vous la décidez conformément aux prétentions de la cour ou si vous la laissez indécise, (ce qui laisserait ce redoutable pouvoir entre les mains du ministre) vous devez craindre, avec beaucoup de raison, qu’une guerre étrangère soit une machination formée par les cours ou par les cabinets ministériels contre les nations, dans le moment où la nôtre a reconquis sa liberté, et où les autres sont peut-être déjà tentées d’imiter ce grand exemple ; et il est évident que les mesures du ministère français devraient être naturellement conformes à ce but, si vous lui abandonnez l’exercice du droit de la guerre et de la paix.

 » Cependant n’est-il pas possible qu’après avoir pris une connaissance certaine et particulière des faits et des circonstances des prétendus démêlés de l’Espagne et de l’Angleterre, dont la lettre ministérielle vous parle si obscurément et si vaguement, n’est-il pas possible, dis- je, qu’au lieu de mesures hostiles et précipitées qui ébranleraient infailliblement l’édifice de votre constitution naissante, vous adoptiez des mesures de paix et de médiation, dignes de la justice et de la dignité d’une nation qui vient de reconquérir sa liberté, et cette dernière espèce de mesures, qui pourra la prendre, si ce n’est la nation ou ses représentants ?

» Je suppose, par exemple, que vous élevant à la hauteur de votre rôle et des circonstances, vous jugiez qu’il pourrait être de votre sagesse de déconcerter les projets des cours, en déclarant aux nations, et particulièrement à celles que l’on vous présente comme prêtes à faire la guerre : que, réprouvant les principes de la fausse et coupable politique, qui jusqu’ici a fait le malheur des peuples, pour satisfaire l’ambition ou les caprices de quelques hommes, vous renoncez à tout avantage injuste, à tout esprit de conquête et d’ambition ; je suppose que vous ne désespériez pas de voir les nations, averties par cette noble et éclatant démarche de vos droits et de leurs intérêts, comprendre ce qu’elles ont peut-être déjà senti, qu’il leur importe de ne plus entreprendre d’autres guerres que celles qui seront fondées sur leur véritable avantage et sur la nécessité, de ne plus être les victimes et les jouets de leurs maîtres ; qu’il leur importe de laisser en paix et de protéger la nation française qui défend la cause de l’humanité, et à qui elles devront leur bonheur et leur liberté… Je suppose, dis-je, qu’il fût utile ou nécessaire de prendre dans les circonstances actuelles, les mesures que je viens d’indiquer ou d’autres semblables. Est-ce la cour, sont-ce les ministres qui les prendront ? Non, ce ne peut-être que la nation même ou ses représentants. Il faut donc, avant tout, et dès à présent décider si le droit de la guerre et de la paix appartient à la nation ou au roi. [...] »

 

Observation de Philippe Landreux, auteur de cet indispensable ouvrage :

"Cette défiance de Robespierre vis-à-vis de la guerre et son opposition aux guerres de conquête ne contribua pas peu à le perdre. C’est elle qui, fin 1791, début 1792, le dressa en premier lieu contre les Girondins qui voulaient à toute force déclarer la guerre à l’empereur d’Autriche et qui parvinrent en effet à plonger la France dans un conflit qui dura près de 20 ans. C’est elle encore qui, au printemps 1794, l’amena à s’opposer à Carnot, son collègue au Comité de salut public, spécialisé dans le domaine militaire, lequel, une fois le territoire national libéré, voulait continuer une guerre de conquêtes et de rapines au lieu d’envisager la paix. Or, si Fouché passe à juste titre pour le principal artisan du complot du 9 thermidor, les robespierristes, eux, regardaient Carnot comme leur pire ennemi."


Post Scriptum :

Voici la liste des discours de Robespierre que l'on peut lire sur l'indispensable ouvrage de Philippe Landeux :

Robespierre & la guerre

  • Premières interventions sur la guerre (28 nov., 11, 12, 14 déc.)
    • La guerre qui convient (28 novembre 1791)
    • Pas de guerre (11 décembre 1791)
    • Le mieux est d’attendre (12 décembre 1791)
    • Sur le droit de discuter de la guerre (14 décembre 1791)
  • Premiers discours contre la guerre (18 décembre 1791)
  • Deuxième discours contre la guerre (2 janvier 1792)
  • Troisième discours contre la guerre (11 janvier 1792)
  • Quatrième discours contre la guerre (25 janvier 1792)
  • Discours sur les moyens de sauver la patrie (10 février 1792)
  • En attendant la guerre
    • Sur Dumouriez (19 mars 1792)
    • Sur le bonnet rouge (19 mars 1792) 

 

lundi 26 avril 2021

27 Avril 1790 : Création du célèbre Club des Cordeliers.

 

Jeton d'admission aux séances du club des Cordeliers (1790)

     Création ce jour d'un nouveau club révolutionnaire dans le turbulent district des Cordeliers. Il portera le nom de "Société des amis des droits de l'homme et du citoyen", plus connu sous le nom de club des CordeliersIl doit ce nom au lieu où il est implanter, la Chapelle du couvent des Cordeliers, alors devenue "bien national".  Le club des Cordeliers sera l'un des clubs les plus à "Gauche" de la Révolution. L'un de ses membres fondateur et premier président, sera Louis Pierre Dufourny de Villiers, qui avait publié le 25 avril 1789 un cahier intitulé « Cahiers du quatrième Ordre, celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigents, etc., l'ordre sacré des infortunés ; ou correspondance philanthropique entre les Infortunés, les Hommes sensibles, et les États-généraux : pour suppléer au droit de députer directement aux États, qui appartient à tout français, mais dont cet Ordre ne jouit pas encore ».

Un club ouvert à tous et toutes. 

    Important à signaler, sa cotisation annuelle sera très modique, seulement 24 sous, soit l'équivalent du paiement d'une journée de travail d'un ouvrier. D'autres sources indiquent que l'on pouvait donner ce que l'on voulait sur un drapeau tendu à cet effet. Ce très faible coût était une particularité, car les droits d'entrées dans les autres clubs politiques étaient coûteux.

    Ce club n'accueillera pas seulement en son sein des hommes de toutes les conditions, de simples citoyens passifs, il permettra aussi aux femmes d'assister à ses séances et de prendre part aux délibérations. Les Cordeliers adopteront par exemple les adresses que leur présentera Mademoiselle Le Maure, l'une des citoyennes les plus assidues à leurs séances.

 Il sera également fréquenté par des personnalités telles Camille Desmoulins, les journalistes Momoro et François RobertFournier l'Américain, ou encore le Chevalier de Rutledge dont nous parlerons bientôt.

Club de réflexion progressiste

    Le Club de Cordeliers diffusera dans la société de nombreuses idées révolutionnaires très avancées. Parmi elles, l'idée de République, inspirée d'une analyse approfondie des œuvres de philosophes anglais, tels que Marchamont Nedham, James Harrington, Algernon Sidney et Thomas Cordon. Étonnant, non, d'imaginer que l'idée de république nous serait peut-être venue d'Angleterre ? Si vous souhaitez en savoir plus, j'ai rédigé un article traitant de ce sujet intitulé :"26 Novembre 1789 : L'affaire Rutledge, ou de l'influence des républicains anglais sur la Révolution française (avec l'historienne Rachel Hammersley)"

Club d'action 

    On retrouvera ce club à des moments clés de la Révolution, quand celle-ci se démarquera de la bourgeoisie et prendra une tournure plus populaire, comme lors du dépôt d'une pétition demandant la destitution du roi après la tentative de fuite de celui-ci, le 17 juillet 1791.

    On connait également ce club pour son emblème, l'œil de la surveillance, car ses membres se consacreront, entre autres, "à dénoncer au tribunal de l'opinion publique les abus des différents pouvoirs et toute espèce d'atteinte aux droits de l'homme", comme il est écrit dans l'arrêté du 27 Avril. 

    "Les Cordeliers se donneront comme les protecteurs de tous les opprimés, les défenseurs des victimes de toutes les injustices, les redresseurs de tous les abus particuliers ou généraux. Leur mission sera essentiellement une mission de surveillance et de contrôle à l'égard de toutes les autorités. Ils provoqueront des dénonciations, ils entreprendront des enquêtes, ils visiteront dans les prisons les patriotes opprimés, ils leur donneront des défenseurs, ils solliciteront en leur faveur auprès des autres clubs ou des autorités, ils saisiront l'opinion par des placards, ils viendront en aide aux familles des victimes par des souscriptions, etc. Bref, ils constitueront un groupement d'action et de combat. Ainsi, ils resteront fidèles à la tradition de l'ancien district des Cordeliers qui protégeait Marat contre les poursuites du Tribunal du Châtelet, au besoin à force ouverte. Ainsi, ils resteront en contact avec le peuple des travailleurs et des petites gens, continuellement et directement intéressés à leurs démarches. "

Source : Le Club des Cordeliers - Albert Mathiez, 1910.

 

Une précision utile sur cette idée ambigüe de surveillance citoyenne.

Le contexte de 1792 et 1793

    Certains s’offusquent de la politique de surveillance qui fut menée à partir de 1792 alors que la France révolutionnaire était en guerre ; guerre contre toutes les nations d’Europe (11 armées ayant franchi nos frontières) et guerre civile sur le territoire français (Révoltes en Vendée, Bretagne, Normandie, dans le Midi, à Bordeaux, Dijon et Lyon). C’est oublier que le même type de surveillance eu lieu à chacune des guerres qui suivirent, et que dire de l'hyper surveillance dont nous faisons l'objet à présent ?

1792, "la Patrie en danger"

    Lors de ma visite de l’exposition "Paris 1793 1794 –Année révolutionnaire", j’ai lu avec intérêt ce cartel expliquant la nature de ce nouvel ordre policier :

« Au quotidien, les Parisiennes et les Parisiens ne peuvent se passer des cartes de sûreté, des certificats de résidence ou même de civisme. La guerre et la guerre civile justifient la mise en place d’une vaste administration. Organisée dans les comités révolutionnaires de quartier ; la culture de la surveillance et de la dénonciation civique vise à distinguer les bons citoyens des ennemis de la République et pèse beaucoup sur les libertés. Pourtant, c’est au nom d’un ordre public plus juste que les pouvoirs de police sont confiés à la municipalité et aux quarante-huit sections qui quadrillent le territoire parisien. Élus par les habitants, les commissaires de police incarnent l’idéal d’une police citoyenne. » 


État d'exception.

    Ce qui choque certaines bonnes âmes pour la 1ère République ne les choque pas pour la 3ème République. Rappelons en effet que lors de la séance historique du 4 août 1914 à la Chambre des députés, le Parlement français s'ajourna sine die laissant au Président du Sénat et au Président de la Chambre des députés le soin de le convoquer, le cas échéant. L’état d’exception de 1793, avec ses 11 armées étrangères qui envahissaient la France, valait bien celui d’août 1914, ne trouvez-vous pas ?

    Les ennemis de la Révolution ont vu dans cet œil, le symbole de l’état policier et totalitaire, prémisse d’une société oppressive, identique à celle décrite dans le roman 1984 de George Orwell. Que pensent-ils de notre société où les caméras de surveillance policière sont omniprésentes, ou de ces panneaux des « voisins vigilants » aux entrées de nos villages ornés du même œil ?

    Sommes-nous en état d'urgence ? Vivons-nous sous un état d'exception ?

 

Rien n'est jamais simple en histoire, comme vous le voyez...


Démolition du couvent des Cordeliers en 1802.