samedi 25 mars 2023

25 mars 1792, Théroigne de Méricourt exhorte les concitoyennes à s'armer !

Anne-Josèphe Théroigne en 1785
Anne-Josèphe Théroigne en 1785
 

La belle liégeoise

    Anne-Josèphe Théroigne, née en 1762 à Marcourt, non loin de Liège fut l’une des grandes figures féminines de la Révolution française. (Ne pas confondre Marcourt en Belgique et Méricourt ni Mirecourt, chez nous). D’origine paysanne, elle fut, tour à tour, vachère, servante, dame de compagnie, comédienne et chanteuse. Elle voyagea même en Angleterre puis en Italie, avant d’arriver en France pour y devenir une Amazone révolutionnaire !

L'Amazone Théroigne, peinte par Lesueur
L'Amazone Théroigne, peinte par Lesueur.

     En 1789, elle participa à la prise de la Bastille puis à la marche des femmes à Versailles le 5 octobre 1789. Celle que l’on appelait la « belle Liégeoise » devint une icône révolutionnaire grâce à son courage, sa verve et sa beauté.

    En 1792 elle réclama la création d'une « phalange d'Amazones », sorte de garde nationale féminine, pour défendre la patrie menacée par les puissances européennes qui menaçaient la France.

    La belle Théroigne dérangeait, bien sûr. Nous l’avons déjà constaté, les femmes furent un des moteurs essentiels des plus grands évènements révolutionnaires. Mais les hommes semblaient partagés entre l’admiration et la peur envers cette femme d’exception qui se promenait en uniforme, armée d’un sabre et d’un pistolet !

    Ceux qui la redoutaient le plus étaient les royalistes qui la diffamaient au travers de pamphlets pornographiques et misogynes.

Théroigne en uniforme et sabre en main
Théroigne en uniforme et sabre en main

Une aventurière !

    Cette guerrière dynamique qui n’assistait en vérité que de loin aux empoignades fut pourtant accusée d’assassinat. Anne-Josèphe quitta alors Paris pour se réfugier en Belgique où elle fut arrêtée pour fait d’espionnage par les Autrichiens qui occupaient le pays en 1792 et qui l’incarcérèrent à Kufstein. Usant de son charme, elle réussit à convaincre son geôlier de la libérer et elle s’enfuit rapidement vers Paris…

    En 1793, des citoyennes d’obédience jacobine la prirent à partie et la flagellèrent publiquement, au motif de ses prétendues sympathies pour les Girondins (en vérité elle condamnait les chamailleries qu’elle jugeait contre-productives entre les Girondins et les Jacobins) 


Une fin tragique

    En 1794, à 32 ans, Anne-Josèphe sembla s’affaiblir physiquement et intellectuellement, ses propos devinrent confus. Elle n’était plus la brillante Théroigne pleine de verve et elle se retira de la vie publique. Son état s’aggrava alors alors de façon fulgurante, elle fut reconnue comme démente en septembre 1794 et hospitalisée en décembre. Son agonie fut lente, abominable et triste. Elle se nourrissait d’immondices et d’eau des égouts. Le 9 juin 1817, après de nombreux transferts d’asile en asile, où elle subit entre autre les expérimentations des premiers aliénistes, Philippe Pinel puis Jean-Étienne Esquirol, Anne-Josèphe s’éteignit à l’âge de 55 ans, sans avoir pu relever son défi : rendre totalement égaux les femmes et les hommes lors de la Révolution française.


Ses paroles du 25 mars 1792 

    Anne-Josèphe Théroigne mériterait un peu plus d’attention de la part des historiens. Mais ceux-ci ont fait le tri et conservé les figures les moins « dérangeantes », quitte à réécrire leur histoire, comme la belle Olympe de Gouge...

    Théroigne n’a pas laissé d’écrits parce qu’elle s’exprimait principalement dans des discours publics. Vous trouverez en bas de la page son discours du 25 mars 1792 en entier, depuis le site Gallica de la BNF. En voici ci-dessous un extrait :

Discours à la Société fraternelle des minimes, le 25 mars 1792, l'an quatrième de la liberté, par Mlle Théroigne, en présentant un drapeau aux citoyennes du faubourg S. Antoine :

« Françaises, je vous le répète encore, élevons‑nous à la hauteur de nos destinées, brisons nos fers. Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l'ignorance, l'orgueil et l'injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps ; replaçons‑nous au temps où nos mères, les Gauloises et les fières Germaines, délibéraient dans les assemblées publiques, combattaient à côté de leurs époux pour repousser les ennemis de la liberté. Françaises, le même sang coule toujours dans nos veines ; ce que nous avons fait à Beauvais, à Versailles, les 5 et 6 octobre, et dans plusieurs autres circonstances importantes et décisives, prouve que nous ne sommes pas étrangères aux sentiments magnanimes. Reprenons donc notre énergie ; car si nous voulons conserver notre liberté, il faut que nous nous préparions à faire les choses les plus sublimes. Dans le moment actuel, à cause de la corruption des mœurs, elles nous paraitront extraordinaires, peut‑être même impossibles ; mais bientôt par l'effet des progrès de l'esprit public et des lumières, elles ne seront plus pour nous que simples et faciles. Citoyennes, pourquoi n'entrerions‑nous pas en concurrence avec les hommes ? Prétendent‑ils seuls avoir des droits à la gloire ? Non, non…Et nous aussi nous voulons mériter une couronne civique, et briguer l'honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut‑être plus chère qu'à eux, puisque les efforts du despotisme s'appesantissaient encore plus durement sur nos têtes que sur les leurs.


Oui...généreuses citoyennes, vous toutes qui m'entendez, armons‑nous, allons nous exercer deux ou trois fois par semaine aux Champs‑Élysées, ou au Champ de la Fédération ; ouvrons une liste d'Amazones françaises ; et que toutes celles qui aiment véritablement leur patrie, viennent s'y inscrire [...]. »

 

Quelques portraits. 

 Assurément, Anne-Josèphe Théroigne était très jolie, puisque nombre de portraits de la belle amazone nous sont parvenus. En voici quelques-uns :

 


 
   

 

   

 


 

Estampe humoristique "Les couches de M. Targuet sur laquelle on voit Théroigne en grande tenue.
Estampe humoristique "Les couches de M. Targuet
sur laquelle on voit Théroigne en grande tenue
.


Théroigne représentée sur l'enseigne du club breton
Théroigne représentée sur l'enseigne du célèbre "Club Breton"


Assiette du 18ème siècle

 

Buste de Théroigne de Méricourt Julie Charpentier Terre cuite, fin du XVIIIe siècle Ville de Versailles, musée Lambinet
Buste de Théroigne de Méricourt
Julie Charpentier
Terre cuite, fin du XVIIIe siècle
Ville de Versailles, musée Lambinet

Portrait de Madame Théroigne de Méricour (1795) Par Henri-Pierre Danloux
Portrait de Madame Théroigne de Méricour (1795)
Par Henri-Pierre Danloux

"Portrait de Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt"
sur une miniature en ivoire (1795)
Par Antoine VESTIER

Quelques liens intéressants évoquant la belle Théroigne :

Un podcast de Radio France : 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/mademoiselle-theroigne-1762-1817-l-amazone-de-la-liberte-6475583

Un article très intéressant de Bérengère Kolly :
https://journals.openedition.org/genrehistoire/363 

 

Le discours du 25 mars 1792, en entier, sur le site Gallica :

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Bien cordialement
Bertrand