vendredi 15 juillet 2022

Bonnet phrygien, cocarde, drapeau, ce qu'il faut savoir !

    Un ami Facebook a partagé le 14 juillet 2022 l'image ci-dessous. J'ai loué son enthousiasme et je l'ai remercié pour ce partage. Mais cette image comporte au moins trois très très grosses erreurs, plus précisément des anachronismes.

Vous les voyez ?



Le drapeau bleu blanc rouge n'existait pas encore le 14 Juillet 1789 !

  • C'est le 15 février 1794, ou plutôt le 27 pluviôse An II, que la Convention décrètera le drapeau tricolore, emblème national pour les vaisseaux de la Marine, afin d'uniformiser les étendards de ses vaisseaux. Le peintre David prendra en charge son dessin « bleu au mât, blanc au centre, et rouge flottant ». 
  • Il y avait déjà des drapeaux tricolores, ceux-ci se sont répandus à partir de la période républicaine de la Révolution (1792). Mais ils n'étaient pas officiels et l'ordre et le sens des couleurs pouvait varier, comme on peut le voir sur les photos ci-dessous. Celle-ci ont été prises le 21 septembre 2014 au pieds du Moulin de Valmy, lors d'une reconstitution historique. Ces  drapeaux sont de très fidèles répliques. Notez le bonnet phrygien sur le dernier.
 

 

Ne manquez pas d'aller admirer mon article sur les 60 drapeaux de la Garde nationale parisienne !


La cocarde bleu blanc rouge n'existait pas non-plus le 14 juillet 1789.
  • Même si les trois couleurs deviennent populaires ce 14 juillet, le port de la cocarde tricolore ne se généralisera que plus tard, jusqu'à même devenir obligatoire (pour les hommes le 8 juillet 1792, pour les femmes le 21 septembre 1793). Une des raisons de la popularité de ces trois couleurs en juillet 1789, serait que c'étaient celles des uniformes des Gardes Françaises qui prirent rapidement parti pour le Peuple. Nous verrons le Roi porter cette cocarde tricolore pour la première fois, le 17 juillet 1789. Lisez absolument l'article. Je gage que vous serez surpris par la signification de ces 3 couleurs.
Cocarde de 1793 conservée pieusement par un soldat


Gouache de Lesueur représentant, au milieu, une petite vendeuse de cocardes.


Le bonnet phrygien rouge n'était pas porté par les révolutionnaires de juillet 89.
  • Je précise "rouge", car le bonnet était couramment porté par les gens du peuple et celui-ci avait différentes couleurs. Il ressemblait à un simple bonnet de marin. A noter qu'il n'avait pas ces sortes de caches-oreilles pendants, que l'on voit sur une multitude de représentations, dont celle du dessin que nous étudions, ainsi que sur le personnage à droite de l'arbre de la liberté de l'estampe ci-dessous :

    Refrain patriotique (1793)
  • Même les Phrygiens de l'antiquité n'étaient pas affublés de ces oreilles pendantes ! Ces artifices ont été ajoutés par la suite sur quelques bonnets, probablement pour faire références aux casques antiques équipés de paragnathides (protèges-joues).
  • La majorité des bonnets portés étaient vraiment de simples bonnets, comme on peut le voir ci-dessous. Le port du bonnet rouge avec une cocarde ne deviendra à la mode qu'à partir de 1791.
  • A noter que la grande majorité des bonnets phrygiens en circulation (ventes aux enchères, etc.), dits bonnets rouges, sont des reconstitutions postérieures souvent réalisées pour les dates anniversaire commémoratives de la Révolution française. Beaucoup ont été réalisés au 19ème siècle pour le centenaire de la Révolution (1889).

Vrais bonnets d'époque (Le dernier est au musée Carnavalet, à Paris) :
 

 

On trouve tout de même des bonnets un peu excentriques comme ceux-ci ci-dessous, mais le premier (à gauche) date du 19ème siècle. Le second a été mis en vente à Drouot comme datant de la Révolution, mais j'en doute, au vu de son parfait état :

  

Représentations de bonnets phrygiens :
  • Les 4 premières datent de 1794
 
 

 


 

Un bouton avec un bonnet phrygien sur un simple baton

Deux sans-culottes coiffant un buste de Voltaire d'un bonnet phrygien, dit "bonnet rouge".
Je doute que le grand Voltaire aurait apprécié.


  • N'oublions pas cette représentation...

Phrygien et son bonnet :

Le Citoyen Basset portant bonnet 😉


Le Citoyen Basset fête le 14 juillet !




vendredi 1 avril 2022

Le château de Versailles, un magnifique monument aux morts…

 

Construction du château de Versailles, par Adam François Van der Meulen
.

    Vous trouvez mon titre choquant, voire incompréhensible ? Alors je vous invite amicalement à lire mon article (légèrement iconoclaste) sur le célébrissime château de Versailles.


Oublié durant la Révolution

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'y eut pas de destructions à Versailles durant la Révolution, si ce n'est la grande grille qui fut menée à mal lors des journées des 5 et 6 octobres 1789.


    Après le retour de Louis XVI et de sa famille à Paris au château des Tuileries, Versailles fut tout simplement vidé de ses occupants (plus de 10.000 personnes y travaillaient), puis de ses meubles qui furent en grande partie vendus (pour payer la dette abyssale du royaume) et finalement le château fut oublié durant le reste de la Révolution.

Arrivée du roi et de sa famille, le 6 octobre 1789 dans la soirée.

    C'est après la Révolution que Versailles subit de nouvelles modifications, entrainant parfois des destructions, comme vous le découvrirez dans l'une des 3 magnifiques vidéos que je vous propose à la fin de cet article.

Reconstruction de l'aile gauche, demandée par Napoléon en 1814.
Source : Versailles 3D


Un chantier pharaonique !

    Il est de bon ton de s'émerveiller devant ce palais, si impressionnant par sa démesure. Même si c'était un chateau des courants d'air, glacé en hiver et sans aucune commodité. Jamais un riche romain habitué au chauffage des planchers et murs par hypocauste et aux bains chauds, n'aurait voulu y vivre ! Mais qu'importait, c'était avant tout un monument, un symbol, une représentation du pouvoir absolu.

    Je souris toujours lorsque j'entends quelqu'un dire que "Louis XIV a construit Versailles". Ce raccourci employé également pour d'autres monuments, fait oublier les milliers d'artisans et ouvriers qui ont construit ce château.

On admire bien sûr et à juste raison, les architectes, Le Vau, Mansart, Gabriel, ou le jardinier Le Nôtre.

  

Louis Le Vau, Pierre Hardouin Mansart, Ange Jacques Gabriel et André le Nôtre.
(Notez sur le tableau représentant Mansart qu'il est écrit Mansard avec un d)

Podcast sur France Culture

    On évoque éventuellement les savants et ingénieurs de l'époque, qui durent déployer des trésors d'inventions pour répondre aux attentes et aux caprices du roi Louis XIV, lequel, avec son château, ses jardins, ses fontaines, sa ménagerie et son potager, voulait impressionner la terre entière.

Podcast sur France Inter

    Mais bien sûr on ne dit rien des milliers d'anonymes qui périrent lors de la construction du Château de Versailles. Périrent ? Oui, "périrent", car la construction de ce château fut mortelle pour nombre de malheureux (autrement que par le paiement d'impôts exorbitants pour financer sa construction).

La machine de Marly avec l'aqueduc de Louveciennes en arrière-plan
(1729, Pierre-Denis Martin)


Un chantier mortel...

    Pour construire ce palais, à partir de 1620, il fallut commencer par assécher les étangs et marais qui entouraient à l'origine le pavillon de chasse de Louis XIII. Ensuite pour y apporter de l’eau, il fut nécessaire de canaliser celle puisée dans la Seine. La machine de Marly fut construite dans ce but à partir de 1681. C'était un ouvrage gigantesque qui demanda après sa construction d'incessants (et couteux) travaux d'entretien et de réparations. Le pire, c'est que son débit était insuffisant pour alimenter toutes les fontaines de Versailles ! (Voir la vidéo ci-dessous)



    Les travaux de ce pharaonique chantier mobilisèrent 36.000 hommes dont environ 30.000 soldats, (soit environ 10 % de l’armée). Les ouvriers, le plus souvent réquisitionnés dans les villages, travaillaient 11 heures par jour, 220 jours par an.

    Les accidents mortels étaient si nombreux que chaque matin de nombreuses charrettes partaient du chantier emportant les morts. En 1685, une fièvre paludéenne tua en très peu de temps 6.000 ouvriers. Puis ce fut la fièvre typhoïde. Aussi fallut-il sans cesse réapprovisionner ce fatal chantier en main-d’œuvre. Selon certaines estimations, ce chantier aurait fait mourir au total un peu plus de 10 000 ouvriers, sans que soient ici comptés les charpentiers, les maçons ou encore les miroitiers et installateurs.

    Je ne pense pas que la construction des pyramides ait fait autant de victimes (pour le cas où vous l’ignoreriez, celles-ci n’ont pas été construites par des esclaves, comme dans les films américains, mais principalement par les paysans égyptiens, hors périodes de travaux aux champs).


Un lieu de pouvoir devenu temple du luxe

    A l'exception de quelques congrès (réformes de la constitution) et d'occasionnelles réceptions diplomatiques, ce château n'est plus un lieu de pouvoir. Au fil du temps, Versailles est devenu une sorte de temple dédié à la consécration du luxe français.

    L'industrie du luxe, dont beaucoup de Français s'enorgueillissent, est en fait une survivance de l’ancien régime.

Paul Thiry d'Holbach

    A propos du luxe, voici ce qu'écrivait Le baron d’Holbach, décédé le 21 Janvier 1789 dans son ouvrage intitulé : Éthocratie ou Le gouvernement fondé sur la morale :

"Le luxe est une forme d'imposture, par laquelle les hommes sont convenus de se tromper les uns les autres, et parviennent souvent à se tromper eux-mêmes »

"Les Souverains commettent une très grande faute lorsqu'ils montrent beaucoup d'estime pour les richesses ; ils excitent dans les esprits un embrasement général qui ne pourra s'éteindre que par l'anéantissement de la Société."

"le commerçant & l'artisan des marchandises de luxe sont des empoisonneurs publics, dont les denrées séduisantes portent partout la contagion & la folie. On peut les comparer à ces navigateurs qui, voulant dompter sans peine des nations sauvages, portent aux hommes des armes, des couteaux, de l'eau de vie, & aux femmes des colliers, des miroirs, des jouets de nulle valeur."

" Les partisans du Luxe ne manqueront pas de nous dire, que les folles dépenses des riches font travailler le pauvre & le mettent à portée de subsister ; mais on leur répondra que le vrai pauvre qu'il faudrait encourager, c'est le cultivateur"…

    En résumé, le luxe est inutile à la société. Il semble qu'il faille une crise majeure pour que nous comprenions qu'un cultivateur ou un boulanger, sont plus nécessaires à la société qu'un bijoutier ou un maroquinier de luxe.

    Avec le ridicule sac Vuitton à 6700 Euros que vous pouvez contempler ci-dessous (Notez sa sculpture de banane peinte à la main, suspendue par une chaine plaquée or), vous pouvez acheter 6700 baguettes de pains...

Source Vuitton


Monuments aux morts

    Voilà pourquoi je considère Versailles comme un magnifique monument aux morts, morts pour le luxe, morts pour le pouvoir absolu. Les dorures de Versailles sont faites du sang et de la sueur des malheureux.

    Bah oui, désolé, je gâche un peu l'ambiance. Mais rappelons-nous que le Citoyen Basset est tout de même un révolutionnaire dans l'âme. 😉


Magnifiques vidéos !

    Pour vous faire rêver un peu (pas au point d'oublier ce que je viens de vous apprendre, j'espère), je vous propose de regarder ces trois magnifiques vidéos racontant l'histoire de ce si beau monument (aux morts).


De Louis XIII à la Révolution.

 


Après la Révolution



Versailles, des jardins aux châteaux de Trianon 



samedi 27 novembre 2021

Plans de Paris du 14ème au 18ème siècle

 


    D'après mes statistiques, il semble que vous aimiez les galeries d'images. Je pense donc vous faire plaisir avec celle-ci !

    J'ai déjà utilisé plusieurs fois, pour illustrer certains articles, le magnifique plan de Paris dessiné par Bretez entre 1734 et 1739, plus connu sous le nom de plan de Turgot. Je lui ai même consacré un article que vous trouverez en cliquant sur ce lien : "1734 - 1739, Plan de Paris dessiné par Bretez, dit plan de Turgot." Mais là je vous propose toute une série allant de 1383 (même si celui-ci a été dessiné en 1705), jusqu'à 1797 (Après la Révolution 😉 )


    Vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous pour accéder à la galerie, ou cliquer sur le lien suivant : https://photos.app.goo.gl/cRcVex5a59u7naVX7


En plus !

Voici "en plus" quatre liens vous permettant de zoomer sur des versions "Haute Définition" :


Chronologie.

Les images ci-dessous vous donnent les dates de chaque plan :





Cadeau surprise !

En cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez accéder à une superbe carte interactive sur laquelle vous pourrez découvrir l'histoire des rues de Paris !








mercredi 24 novembre 2021

La Révolution a-t-elle eu un effet bénéfique pour les revenus des pauvres ? Non, dixit Piketty.


    Je me suis rendu compte que certains de mes articles, très longs (trop ?), traitaient de nombreux sujets, qui a eux seuls méritaient chacun un article.

    Voici donc le premier article (court) traitant d'un sujet très particulier, extrait d'un autre article. Celui-ci provient de l'article du 25 Novembre 1789 "Des Anglais admiratifs envoient leurs compliments à l'Assemblée nationale". En évoquant les relations entre la France et l'Angleterre, j'avais été amené à parler des deux révolutions anglaises, puis des évolutions différentes de leurs noblesses respectives et finalement de l'entrée précoce de la noblesse anglaise dans le monde des affaires.
    A la fin de cet article, je finissais par me poser la question suivante :"La révolution a-t-elle eu un effet bénéfique sur les revenus des plus pauvres ?". Le hasard faisait qu'au même moment, je lisais le livre de Thomas Piketty, "Le capital au XXIe siècle" et que j'y avais trouvé une réponse claire grâce à ces trois tableaux :






    La réponse à la question "La Révolution a-t-elle eu un effet bénéfique pour les revenus des pauvres ?", est donc simple, c'est non !

    Si vous voulez plus de détails, lisez le livre de Thomas Piketty à qui j'ai emprunté ces trois graphiques. (J'espère qu'il ne m'en voudra pas)




Voilà ce que j'appelle un article court 😉


    Mais rassurez-vous le capitalisme et la misère, sont traités dans d'autres articles de ce site.







mardi 2 novembre 2021

Les drapeaux des 60 districts parisiens de la Garde Nationale en 1789

District de Saint-Jacques du Haut Pas


    Je vous offre aujourd'hui un petit bijou. Il ne s'agit rien moins que des reproductions des drapeaux des 60 districts de la Garde Nationale en 1789.

    Ces petites merveilles sont regroupées et présentées avec érudition en deux cahiers édités en 1947 par les Editions Militaires Illustrées.


    Cette édition originale a été tiré à 1500 exemplaires, dont 900 sur vélin pur fil Crèvecœur des Papeteries du Marais.

Regardez ci-dessous ce que cela donne :


    Le premier cahier présente l'histoire de ces drapeaux rédigée par le Commandant Henry Lachouque. Le second cahier regroupe les planches dessinées par Gérard Blanckaert. Je dois dire que ces dessins sont d'une qualité peu commune, que mes photos ne peuvent pas rendre complètement. En effet, les parties dorées ou argentées des drapeaux brillent vraiment comme de l'or ou de l'argent !



Des drapeaux disparus dans les limbes du temps

    Il ne reste absolument plus rien de ces prestigieux drapeaux, car ils furent brûlés conformément à la Loi du 22 avril 1792, l'an 4e. de la Liberté, "relative au brûlement des anciens Drapeaux, Étendards & Guidons".

    Cette loi avait été rendue nécessaire par suite des difficultés qui avaient été constatées pour l'application du décret du 30 juin 1791, pour un nouveau modèle de drapeau. A partir de ce décret, chaque régiment à deux bataillons, possèderait dorénavant deux drapeaux différents. Sur le premier, on trouverait les trois couleurs nationales mais on conserverait la croix blanche avec mention du numéro du régiment. Sur le second, figureraient la croix blanche, le numéro du corps et différentes couleurs. Pour tous les drapeaux, la devise, qui existait déjà sous l'Ancien Régime, se généraliserait et s'intitulerait : "discipline, obéissance à la loi".

    L'auteur de la préface, Monsieur Rosset, Syndic du Conseil de Paris en 1947, nous dit se perdre en conjectures sur les motifs qui ont pu animer ce qu'il appelle "le zèle iconoclaste des hommes de 1792" et il fait de cet acte l'un des épisodes "caractéristiques et des plus significatifs du drame de la Révolution naissante". Il semble donc oublier que cette loi avait été signée de la main du roi Louis XVI ! D'un point de vue militaire, cette loi homogénéisait les uniformes et les drapeaux, mettant fin ainsi aux disparités chatoyantes qui contribuaient à semer la confusion sur les champs de bataille, quand dans la mêlé on se savait plus qui était qui. En revanche, je trouve intéressant qu'il qualifie les événements de 1792, de révolution naissante, ce qu'ils furent effectivement.


Le ton est donné, si j'ose dire. 

    Monsieur Rosset n'apprécie guère cette révolution populaire de 1792. Il remercie d'autant plus sincèrement le commandant Henry Lachouque pour cet ouvrage, que celui-ci partage avec lui les mêmes a priori et préjugés. Il le remercie "au nom du Conseil municipal de Paris, toujours attentif, quels que soient les hommes ou les partis qui passent à l'Hôtel de Ville".

    En effet, on comprend très vite ce que le Commandant pense du peuple de Paris ; ces gens qu'à la cour du roi on surnomme les grenouilles, rappelle-t-il. (Lisez mon article à ce sujet).

    Les Parisiens de 1789 en révolte sont qualifiés de : pègre, voyous, ivrognes, valetaille, guenilleux, bonnets gras, motionnaires, crapules, chienlit, greluchons, clercs de basoche, têtes fêlées, catins, souteneurs, galériens évadés, vagabonds sortis de leurs tanières et bien sûr, brigands. (Lire mon article "Peuple ou Populace").

Il résume sa pensée avec une citation tirée d'une comédie de Victorien Sardou (Ragagas) :

"L'émeute, c'est quand le populaire est vaincu… tous des canailles. La révolution, c'est quand il est le plus fort… tous des héros."

 

Un mot sur les uniformes

    Seul un bourgeois pouvait se payer la tenue nécessaire pour entrer dans la Garde nationale. Un uniforme coûtait 117 Livres, auxquelles il fallait ajouter 66 Livres pour l'équipement suivant :

  • 1 chemise de toile,
  • 2 cols en basin blanc
  • 1 col noir
  • 1 mouchoir en coton
  • 1 paire de bas
  • 3 paires de guêtres
  • 1 cocarde
  • 2 paires de souliers de cuir à boucles
  • 1 tire-bouton
  • 1 épinglette
  • 1 havresac en peau de veau
  • 1 boucle de col
  • 1 tournevis
  • 1 sac de toile.

    Pour mémoire, 1 Livre valait 20 sous (ou sols) et 20 sous était le montant du salaire journalier d'un ouvrier parisien (un artisan pouvait gagner jusqu'à 50 sous). L'uniforme et son équipement valait donc 243 Livres, soit 243 journées de travail d'un ouvrier.

(Je ne vous cache pas que j'essaie de trouver d'autres sources, tellement cela me semble exorbitant !)


Accès aux galeries !

    Je suis sûr que certains s'impatientent et veulent voir les gravures ! Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder aux albums. Vous constaterez, qu'à la fin de la première, il y a quelques variantes, car des sources donnaient des versions différentes :




Je continue... 😉

Ce que nous apprend la lecture de ce bel ouvrage.

1/ Concernant le commandant Lachouque, nous sommes faces à un personnage dont les préjugés vis-à-vis de la Révolution étaient courants à l'époque dans le milieu militaire (et le sont probablement encore, hélas, et pas seulement dans l'armée).

    Paradoxalement, ce militaire de carrière, au service de la République, n'aime guère la République et il méprise le peuple. Il est nostalgique de l'Ancien régime, où selon lui tous les Français étaient heureux, et seul le 1er Empire auquel il consacrera de nombreux ouvrages, trouve grâce à ses yeux.

    Si le commandant Lachouque s'intéresse autant aux magnifiques drapeaux des 60 districts de Paris, c'est parce que ce sont encore des drapeaux de l'ancien régime, les tout derniers. Leur iconographie mêle quelques nouveaux symboles (Liberté, par exemple), aux anciens qui demeurent ceux de l'héraldique monarchique et religieuse de l'Ancien régime..

    Quoi qu'il en soit, le récit des événements fait par le commandant Lachouque, n'en est pas moins d'un grand intérêt à lire. Ses préjugés, inhérents à chaque homme, ne l'empêchent pas de nous apprendre nombre de détails intéressants. Mais il est vraiment nécessaire de les croiser avec d'autres sources.

    Que s'est-il d'ailleurs réellement passé durant ces journées chaudes de Juillet 89 ? Il cite Lafayette qui aurait répondu à cette question le 24 Juillet 1789 : "On ne le sait pas on ne le saura jamais, car une main invisible dirige la populace".

    Qu'importe si d'autres ont vu parfois sortir cette main du Palais Royal ou de quelque autre endroit encore plus embarrassant !?


2/ D'un point de vue historique, on comprend ce que l'on peut déjà pu deviner à la lecture de mes articles concernant les journées révolutionnaires de Juillet 1789 ; à savoir, que la garde bourgeoise de 48.000 hommes créée à l'Hôtel de Ville de Paris le 13 Juillet 1789 à midi, devenue Garde nationale le 15 Juillet, avait plus pour objectif de protéger la Bourgeoisie du peuple, que le peuple de la dizaine de régiments qui menaçaient Paris ! (1)

(1) Royal Dragons à Paris, Royal Allemand à la Muette, Royal Cravatte à Charenton, Régiment Suisse de Reyrac à Sèvres, Régiment suisse de Salis-Samade à Issy, Régiment de Provence et de Vintimille à Saint-Denis, Berchémy-Hussards à l'Ecole Militaire et Régiments de Bouillon et de Nassau à Versailles, avec les Hussards de Lauzun.

    En effet, c'est bien la peur du peuple qui a motivé les Electeurs de Paris à former une milice bourgeoise. Comme le précise Lachouque, "ils sont les "Elus du peuple" depuis le dimanche 26 avril dernier". Oui, mais de quel peuple ? Probablement pas de celui que la faim accable.

    Il précise : "Dans les soixante districts de la capitale, "le Roi ayant reconnu leur pouvoir électif", ils ont choisi "librement les députés du Tiers aux Etats Généraux", après quoi ces électeurs auraient dû se séparer, mais, "soit pour donner leurs instructions à leurs députés, soit par ce besoin de se réunir et de s'agiter, qui est toujours dans le cœur des hommes", ils ont continué à tenir séances à l'archevêché.

    Ces grands électeurs du Tiers Etat prendront bientôt le nom (inspiré du mot anglais "Commons") de Commune de Paris. Ils éliront par acclamation Bailly, comme Maire de Paris et ils nommeront Lafayette Commandant de la Garde nationale. Le peuple n'aura pas vraiment à donner son avis. (Voir ma chronique des journées de juillet et août 1789).

    Du côté de l'Assemblée nationale constituante, les députés n'auront pour seul désir que de faire la paix avec ce roi qu'ils aiment tant et de mettre fin aux troubles qui les ont pourtant bien aidés à prendre le pouvoir. La Garde nationale leur servira en quelque sorte de bras armé. Celle-ci sera en effet plus souvent utilisée pour réprimer les émeutes que pour tourmenter les ennemis de la Révolution.

    Plus le temps passera, plus les Parisiens se défieront de cette Garde nationale commandée par le tout-puissant général Lafayette.

    Rappelons que le 17 Juillet 1791, la Garde nationale commandée par Lafayette fera feu (50 morts), sur une délégation venue déposer au Champs de Mars une pétition demandant la destitution du roi ; roi qui le mois précédent s'était enfuis, avait été rattrapé à Varennes, puis avait été pardonné et avait même vu sa pension augmentée !

    Le 29 septembre 1791, l'Assemblée constituante votera une loi sur la Garde nationale, approuvée par le roi le 14 octobre 1791. Cette loi s'inscrira dans la logique de la nouvelle constitution censitaire du 3 Septembre 1791, divisant les citoyens en différentes classes, les citoyens passifs n'ayant pas le droit de vote, et les actifs ayant le droit de vote, mais eux-mêmes divisés en 3 catégories dont seuls les citoyens actifs pouvant justifier d’une imposition directe d’au moins un marc d’argent, soit cinquante livres (c'était beaucoup) et posséder une propriété foncière, pouvaient se faire élire. Ne seront tolérés dans la Garde nationale que les citoyens passifs qui auront servi sans interruption depuis le début de la Révolution et qui seront jugés « bien intentionnés ». Hormis ces exceptions, seuls les citoyens actifs pourront être incorporés, c'est-à-dire, la bourgeoisie. (Voir mon article sur le Marc d'argent). 

    

1792

    C'est en 1792 que la Garde nationale prendra progressivement partie pour le peuple, du fait de l'aggravation de la situation, suite à la déclaration de guerre à l'Autriche du 20 Avril ; guerre souhaitée par les Girondins et par Louis XVI, mais pas pour les mêmes raisons (les uns souhaitant la victoire et l'autre souhaitant la défaite).

    En Août 1792, les armées prussiennes et autrichiennes marcheront sur Paris sans pouvoir être arrêtées, conduite par le Maréchal Brunswick, qui dans le manifeste qu'il rédigera le 25 Juillet, menacera de livrer la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale.

    Devant un si grand péril 4000 gardes nationaux seront réquisitionnés pour défendre la frontière et rejoindre l'armée du Rhin, commandée par le Général Alexis Magallon de la Morlière.

    Le 11 juillet 1792, face aux défaites militaires et aux menaces d’invasion (des Prussiens du duc de Brunswick et des émigrés du prince de Condé), l’assemblée législative déclarera "la Patrie en danger" et la levée de 50 000 volontaires parmi les gardes nationales.

    Le 30 Juillet 1792, un décret prendra des mesures contre les citoyens actifs qui se désengagent de la Garde nationale ou se font remplacer.

    Le 1er Août 1792, un décret ouvrira l'accès à la Garde nationale aux citoyens passifs.

    Le 10 Août 1792, devant la menace ennemie, les Parisiens s'insurgeront et chasseront le roi de son Palais des Tuileries ; une insurrection à laquelle prendra part la Garde Nationale.

10 Août 1792, prise des Tuileries

    Suite à l'insurrection du 10 Août 1792, les décrets des 11 et 12 août 1792 modifieront les règles et le corps électoral. "La distinction des Français entre citoyens actifs et non-actifs sera supprimée, et pour y être admis, il suffira d’être Français, âgé de vingt et un ans, domicilié depuis un an, vivant de son revenu et du produit de son travail, et n’étant pas en état de domesticité."

    La loi du 19-21 Août 1792 légalisera la réduction des soixante bataillons correspondants aux soixante districts parisiens, à quarante-huit ; ce qui correspondait au nombre des sections de la Commune.

Septembre 1792, Pont Neuf de Paris,
départ de la Garde nationale vers le front.
Tableau de Léon Cogniet

    À la fin de l’été, la situation militaire deviendra dramatique. Longwy capitulera le 23 août devant les Prussiens, Verdun se rendra. Le 26 août, l’assemblée approuvera alors, sur la proposition de Danton, une nouvelle levée de 30 000 hommes.

    Le 21 Septembre 1792, lendemain de la victoire de Valmy, ou la progression des armées étrangères sera enfin stoppée, la France deviendra une république.

20 Septembre 1792, Victoire de Valmy


    En résumé, on avait besoin d'armer le peuple pour défendre la France, raison pour laquelle la Garde nationale s'ouvrit à tous les citoyens...

La Garde nationale sera intégrée sous le commandement militaire de Paris en 1795.


    La Garde nationale aura une dernière fois son heure de gloire à Paris en 1871 lors de la Commune de Paris, quand elle sera la dernière à s'opposer aux troupes prussiennes, pour finir par se faire massacrer par les troupes versaillaises de Thiers (Plutôt le Kaiser que la Commune!). Mais ça, c'est une autre histoire...

Le Peuple et sa Garde nationale en 1871.


Merci pour votre lecture,


Bertrand Tièche, alias le Citoyen Basset !


Post Scriptum :

Je vous conseille la lecture de cet article de Florence Devenne publié en 1990 dans lequel j'ai trouvé des infos intéressantes :
"La garde Nationale ; création et évolution (1789-août 1792)".



samedi 9 octobre 2021

La mode au XVIIIe siècle

Article mis à jour le 01/12/2021

Trop de texte sur ce site ? Ok, alors voici plus de 300 estampes de mode !

    La plus grande partie des gravures de mode que je vous propose dans les 5 albums ci-dessous, a été publiée dans la célèbre "Galerie des Modes et Costumes Français", à Paris, de 1778 à 1787.

    Le premier volume regroupant ces gravures, réalisé en 1779, avait une page de titre agrémentée d'une belle illustration allégorique (voir ci-dessous), ainsi que le titre complet de la collection :

"Gallerie des modes et des costumes français dessinés d'après nature, Gravés par le plus Célèbres Artistes en ce genre, et colorés avec le plus grand soin par Madame Le Beau. Ouvrage commencé en l'année 1778. A Paris, chez les Srs Esnauts et Rapilly rue St. Jacques à la Ville de coutances. Avec priv. Du Roi"

( Galerie des modes et costumes français, tirés d'après nature, gravés par les artistes les plus célèbres de ce milieu, et coloriés à la main avec le plus grand soin par Madame Le Beau ; publication commencée en 1778. Paris, MM. Esnauts et Rapilly, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Cité des Comptes. Avec privilège du Roi (License du Roi).)

Frontispice de l'ouvrage

    Un point intéressant, c'est que ce long titre (chose courante à l'époque), indique que les gravures de la Galerie (ou Gallerie, selon l'orthographe du XVIIIe siècle) ont été créés "d'après nature" ou "après nature", ce qui signifie qu'elles représentaient ce qui était réellement porté dans les rues de Paris au cours de la dernière partie du XVIIIe siècle.

    Bien qu'elles varient dans leur présentation, la majorité des images sont des tableaux vivants dans lesquels des Parisiens de divers horizons affichent leurs modes quotidiennes. Ces planches ont été réalisées par un groupe d'éminents dessinateurs et graveurs du XVIIIe siècle et sont accompagnées d'un texte descriptif. Bien qu'aucune collection privée ou publique ne possède une édition complète de la Galerie, cette série est largement reconnue pour sa haute valeur esthétique et pour caractère innovant dans le domaine de la gravure de mode. René Colas, qui a compilé en 1933 un ouvrage de référence du costume et de la mode, l'a qualifié de « plus beau recueil existant sur la mode du XVIIIe siècle »

    Je pense que le temps a néanmoins dû faire son tri dans toutes ces gravures. Vous remarquerez qu'il y a peu (voir pas) de gravures de femmes du peuple. On reconnait quelques bourgeoises, et mêmes quelques "hétaïres". On y reconnait même le roi et la reine. Mais la plupart des tenues que vous pourrez voir sont portées par des femmes de la noblesses. Cette mode s'apparente donc à ce que nous appelons de nos jours, la "haute couture".

    Pour vous rappeler à quoi ressemblait l'immense majorité des gens du peuple, je vous invite à consulter ma galerie des "Les cris de Paris, cris des petits métiers, cris du petit peuple". Voici néanmoins une marchande de mode et une couturière allant livrer son ouvrage.

Marchande de mode
Couturière
 
    Petite devinette, dans chacun des albums de la mode féminine et de la mode masculine, vous retrouverez une personne que je n'ai pas su classer. Elle porte un costume d'homme, mais... 😏

    Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder à mes albums en ligne, que je continuerai de compléter au fil du temps. Une fois dans l'album, cliquez sur chaque image pour l'agrandir.


Mode féminine :

Mode masculine :

Mode enfantine :

Coiffures et chapeaux :

    L'album ci-dessous a été mis à jour le 01/12/2021, avec 21 nouvelles estampes de coiffures découvertes sur le site Gallica, grâce à cet intéressant article :"La coiffure, bel art du XVIII siècle".

    Honnêtement, je pense qu'aucune époque n'aura "déliré" autant que le dix-huitième siècle sur le thème de la coiffure ! Un siècle qui avait commencé en 1731 avec le scandale des emperruqués.  Les notes d’un inspecteur de police dénommé Duval, rapportent ce court texte anonyme évoquant ce scandale des fausses chevelures emplies de farine, alors que les pauvres n’avaient pas de pain :

"Dieu nous donne les blés non pour en faire profanations extravagantes, sacrilèges. Les perruques consomment plus d’une livre de farine par jour. C’est un grand scandale. Un grand scandale aussi dans l’Église quand des évêques, ecclésiastiques et religieux portent cet ornement par vanité, osent célébrer nos saints, la tête ainsi couverte avec indécence."

    Ce furent Rose Bertin, la modiste de Marie-Antoinette et Léonard, coiffeur de la Du Barry puis de la reine, qui portèrent aux plus hauts niveaux ces extravagances capillaires.

Je vous propose de consulter les liens ci-dessous, si vous souhaitez en savoir un peu plus :

"Histoire du poil"

"La mode des poufs à la Cour de Marie-Antoinette" (Reine de la mode à défaut d'être une bonne reine de France)

"Les chapeaux sous Louis XVI"

Et voici l'album :


Costume de scènes :




    Alors, d'après vous, la personne sur l'estampe ci-dessous, homme ou femme ?
Je l'ai mise dans chacun des albums de mode masculine et féminine.



    Au fait ! Saviez-vous que la loi interdisant le du port du pantalon par les femmes n'a été abrogée qu'en 2013 ?