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samedi 9 octobre 2021

La mode au XVIIIe siècle

Article mis à jour le 01/12/2021

Trop de texte sur ce site ? Ok, alors voici plus de 300 estampes de mode !

    La plus grande partie des gravures de mode que je vous propose dans les 5 albums ci-dessous, a été publiée dans la célèbre "Galerie des Modes et Costumes Français", à Paris, de 1778 à 1787.

    Le premier volume regroupant ces gravures, réalisé en 1779, avait une page de titre agrémentée d'une belle illustration allégorique (voir ci-dessous), ainsi que le titre complet de la collection :

"Gallerie des modes et des costumes français dessinés d'après nature, Gravés par le plus Célèbres Artistes en ce genre, et colorés avec le plus grand soin par Madame Le Beau. Ouvrage commencé en l'année 1778. A Paris, chez les Srs Esnauts et Rapilly rue St. Jacques à la Ville de coutances. Avec priv. Du Roi"

( Galerie des modes et costumes français, tirés d'après nature, gravés par les artistes les plus célèbres de ce milieu, et coloriés à la main avec le plus grand soin par Madame Le Beau ; publication commencée en 1778. Paris, MM. Esnauts et Rapilly, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Cité des Comptes. Avec privilège du Roi (License du Roi).)

Frontispice de l'ouvrage

    Un point intéressant, c'est que ce long titre (chose courante à l'époque), indique que les gravures de la Galerie (ou Gallerie, selon l'orthographe du XVIIIe siècle) ont été créés "d'après nature" ou "après nature", ce qui signifie qu'elles représentaient ce qui était réellement porté dans les rues de Paris au cours de la dernière partie du XVIIIe siècle.

    Bien qu'elles varient dans leur présentation, la majorité des images sont des tableaux vivants dans lesquels des Parisiens de divers horizons affichent leurs modes quotidiennes. Ces planches ont été réalisées par un groupe d'éminents dessinateurs et graveurs du XVIIIe siècle et sont accompagnées d'un texte descriptif. Bien qu'aucune collection privée ou publique ne possède une édition complète de la Galerie, cette série est largement reconnue pour sa haute valeur esthétique et pour caractère innovant dans le domaine de la gravure de mode. René Colas, qui a compilé en 1933 un ouvrage de référence du costume et de la mode, l'a qualifié de « plus beau recueil existant sur la mode du XVIIIe siècle »

    Je pense que le temps a néanmoins dû faire son tri dans toutes ces gravures. Vous remarquerez qu'il y a peu (voir pas) de gravures de femmes du peuple. On reconnait quelques bourgeoises, et mêmes quelques "hétaïres". On y reconnait même le roi et la reine. Mais la plupart des tenues que vous pourrez voir sont portées par des femmes de la noblesses. Cette mode s'apparente donc à ce que nous appelons de nos jours, la "haute couture".

    Pour vous rappeler à quoi ressemblait l'immense majorité des gens du peuple, je vous invite à consulter ma galerie des "Les cris de Paris, cris des petits métiers, cris du petit peuple". Voici néanmoins une marchande de mode et une couturière allant livrer son ouvrage.

Marchande de mode
Couturière
 
    Petite devinette, dans chacun des albums de la mode féminine et de la mode masculine, vous retrouverez une personne que je n'ai pas su classer. Elle porte un costume d'homme, mais... 😏

    Il vous suffit de cliquer sur les images ci-dessous pour accéder à mes albums en ligne, que je continuerai de compléter au fil du temps. Une fois dans l'album, cliquez sur chaque image pour l'agrandir.


Mode féminine :

Mode masculine :

Mode enfantine :

Coiffures et chapeaux :

    L'album ci-dessous a été mis à jour le 01/12/2021, avec 21 nouvelles estampes de coiffures découvertes sur le site Gallica, grâce à cet intéressant article :"La coiffure, bel art du XVIII siècle".

    Honnêtement, je pense qu'aucune époque n'aura "déliré" autant que le dix-huitième siècle sur le thème de la coiffure ! Un siècle qui avait commencé en 1731 avec le scandale des emperruqués.  Les notes d’un inspecteur de police dénommé Duval, rapportent ce court texte anonyme évoquant ce scandale des fausses chevelures emplies de farine, alors que les pauvres n’avaient pas de pain :

"Dieu nous donne les blés non pour en faire profanations extravagantes, sacrilèges. Les perruques consomment plus d’une livre de farine par jour. C’est un grand scandale. Un grand scandale aussi dans l’Église quand des évêques, ecclésiastiques et religieux portent cet ornement par vanité, osent célébrer nos saints, la tête ainsi couverte avec indécence."

    Ce furent Rose Bertin, la modiste de Marie-Antoinette et Léonard, coiffeur de la Du Barry puis de la reine, qui portèrent aux plus hauts niveaux ces extravagances capillaires.

Je vous propose de consulter les liens ci-dessous, si vous souhaitez en savoir un peu plus :

"Histoire du poil"

"La mode des poufs à la Cour de Marie-Antoinette" (Reine de la mode à défaut d'être une bonne reine de France)

"Les chapeaux sous Louis XVI"

Et voici l'album :


Costume de scènes :




    Alors, d'après vous, la personne sur l'estampe ci-dessous, homme ou femme ?
Je l'ai mise dans chacun des albums de mode masculine et féminine.



    Au fait ! Saviez-vous que la loi interdisant le du port du pantalon par les femmes n'a été abrogée qu'en 2013 ?


mardi 17 août 2021

L'historienne Aurore Chéry explique la pénurie de farine en 1789 et la raison de l'Algérie comme origine du blé.

Grande première sur https://www.revolutionfrancaise.website/ une historienne de renom, Aurore Chéry, nous rédige un billet concernant un problème que j'ai souvent évoqué sur ce blog, celui du pain.

(Et je vous garantis quelques surprises)

Présentation d'Aurore Chéry

    Aurore Chéry est docteure en histoire moderne et chercheuse associée au LARHRA. Elle a consacré sa thèse de doctorat à l’image de Louis XV et Louis XVI et elle travaille actuellement sur la représentation du pouvoir dans l’Europe du XVIIIe siècle.  

Elle est l’autrice de : 

  • Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, avec William Blanc et Christophe Naudin, Libertalia, 2016. 

    
    En plus de la lecture de ces deux excellents livres ("Les historiens de garde" est un régal et "L'Intriguant" vous étonnera !). Vous pouvez également avoir un aperçu de ses travaux sur les deux sites suivants :


Les rendez-vous de l'histoire.
Séries de conférences organisées par la ville de Blois et retransmises sur France Culture.

Cliquez sur l'image
pour accéder au site

A l'occasion des 24ème Rendez-vous de l'Histoire de la Ville de Blois, Aurore Chéry a participé à plusieurs conférences parmi lesquelles :




    Aurore Chéry publie de passionnants articles dans la rubrique "A travers champs" du site hypothèses.org.

    Cette rubrique "A travers champs" sous-titrée "Les nouvelles manières d'être historien au XXIe siècle", est totalement en phase avec ma façon de voir l'étude de l'histoire de nos jour. J'avais d'ailleurs évoqué ces jeunes historiennes et historien que je qualifiais de "2.0" en prenant justement l'exemple d'Aurore Chéry, dans un article du 1er Octobre 2020..

    Mais attention, je vous préviens, vous aurez affaire à du lourd dans ces articles ! Ce n'est pas de l'histoire de contes de fées, façon Stéphan et Lorànt 

 Ces jeunes historiens utilisent les techniques nouvelles de recherches et de comparaisons de documents, De plus, (selon moi) nombre d'entre eux abordent les sujets traités, l'esprit débarrassé des guerres idéologiques du passé. Alors attendez-vous à être dérangés par certains articles !

    J'insérerai dans le texte ci-dessous, qu'Aurore Chéry m'a fait l'honneur de rédiger pour mon modeste site, quelques liens vers ses propres articles qu'il vous faudra absolument lire.



PAIN ET ALGERIE EN 1789

Aurore Chéry, le 12 août 2021


    Pour répondre sur la question du pain, que j'avais évoquée dans mon billet du 8 novembre 2020 LA POLICE DES LUMIÈRES ET LE PAIN, ce qui est intéressant à observer, c'est que toutes les justifications arrivent bien après le 14 juillet. C'est ce que vous notez dans votre billet du 10 novembre 2020. La pénurie de farine et le manque de pain sont-ils organisés?

    Le duc de Liancourt s'exprime sur le sujet devant l'Assemblée le 23 juillet, neuf jours après la prise de la Bastille et alors que tout le royaume s'embrase. Le mal est déjà fait et on annonce enfin que du blé est en cours d'acheminement.

    Si la justification arrive si tardivement, c'est que tout ne s'est pas passé comme prévu pour Louis XVI. Au lendemain de la prise de la Bastille, le roi avait l'intention d'aller à Metz, en laissant penser qu'il avait été enlevé par les aristocrates du parti autrichien (c'est le même plan qu'il reprendra en 1791 et qui échouera à nouveau). 

    Cette situation confuse aurait créé une sorte d'état d'urgence qui aurait enfin exposé les ingérences étrangères, ici autrichiennes, et aurait montré que le roi n'était pas libre. La conséquence qu'il fallait en tirer, c'était qu'il fallait libérer le roi en changeant de régime et en allant vers des républiques inspirées par Sparte, c'est-à-dire égalitaires (sans aristocratie) mais sans éliminer les rois.

    Seulement, Louis XVI n'a pas réussi à aller à Metz. L'aristocratie était menacée par la Grande Peur, mais son rôle vis-à-vis du roi n'avait pas encore été clairement exposé. Elle pouvait donc riposter et le risque c'était qu'elle riposte en rejetant la responsabilité sur le roi en le faisant passer pour fou. 

    Louis XVI a été régulièrement confronté à cette menace depuis le début de son règne, il savait donc à quoi s'en tenir. Or dans l'affaire du 14 juillet, il était facile de démontrer que Louis XVI n'était plus en capacité de gouverner si on montrait qu'il était parfaitement informé du fait que le blé allait manquer et que pourtant, il n'avait rien fait pour réagir.

    Comme je l'ai expliqué dans mon billet du 8 novembre, il était en effet parfaitement informé par la police. Il lui fallait donc se défendre en expliquant qu'il avait essayé de réagir, qu'il avait commandé du blé mais que ce blé n'était tout simplement pas arrivé à temps. Au reste, pour tenter de détourner l'attention, on se met rapidement à accuser des pirates à la solde de l'Angleterre pour ce retard. C'est une méthode dont on a usé et abusé et dont je trouve les traces au moins jusqu'au début de 1793.

    Ce qui montre en outre que Louis XVI n'était pas très soucieux de se débarrasser du problème des disettes, c'est la manière dont il a traîné du pied par rapport à la pomme de terre. 

    J'ai montré notamment que la légende de son soutien enthousiaste à Parmentier avait été montée de toutes pièces par la Restauration. 

Article hélas réservé aux abonnés de Retronews

    Dans les faits, Parmentier lui a présenté un pain de pommes de terre en décembre 1778 et ensuite, il s'est complètement désintéressé de la patate jusqu'en 1789, et ce, bien que Parmentier ait commencé à en planter en 1785. 

Ci-dessous, l'exemplaire recto verso de la Gazette de Paris, du vendredi 18 décembre 1778. Cliquez sur l'image du verso et vous pourrez lire :

"Le pain de pomme de terre qui a été présenté au Roi, & dans lequel il n'entre aucun mélange de grains, est comparable par sa blancheur & sa légèreté au meilleur pain de froment : dans les contrées où la pomme de terre est cultivée en grand & elle peut l'être partout, ce pain ne reviendrait qu'à un sol la livre, & il est possible d'en faire du pain bi, encore plus économique"


    Le mercredi 7 janvier 1789, le sujet de la pomme de terre est de nouveau évoqué dans le Journal de Paris, par la publication d'une lettre de Monsieur Parmentier, adressée aux auteurs du journal et publiée en première page. Dans sa lettre Parmentier explique qu'il est encore possible fabriquer son pain de pommes de terre à partir de tubercules qui ont été abimées par le froid. A la fin de sa lettre, il ajoute que des éclaircissements sur son procédé "paraitront incessamment dans un traité sur la culture & les usages des pommes de terres" qu'il rédige par ordre du Roi.

Cliquez sur les images ci-dessous pour lire son courrier :

(Le citoyen Basset possède un exemplaire de ce journal, quelle chance !)


    Louis XVI n'a donc fait que demander à Parmentier que celui-ci lui rédige un traité sur l'usage des pommes de terre, dix ans après que celui-ci lui ait présenté son pain de pommes de terre. A ce moment-là, le roi savait bien que – et c'est le cas de le dire – ça ne mangeait pas de pain. Ce n'est pas le traité de Parmentier qui allait remettre en cause ses plans révolutionnaires pour 1789. En revanche, ça permettait au roi de se couvrir et de laisser penser qu'il ne voulait surtout pas de disettes.

    Le traité est bien paru en 1789. Je n'ai pas réussi à trouver à quelle période de l'année il était paru, mais s'il n'avait été commandé qu'en janvier, il est probable qu'il est lui aussi paru après le 14 juillet 1789.

    En consultant le traité, en ligne sur le site de la BNF, on constate que seule l'année 1789 y figure ( M DCC XXXIX ).  Mais en 1789, ce traité arrivait bien trop tard !

Note de "Basset" : La signature de conformité à l'original remis, du secrétaire perpétuel Broussonet, en date du 20 février 1789 que l'on peut voir en dernière page, ne constitue aucunement la preuve qu'il fut mis sous presse aussitôt. Quand bien même l'eut il été, il était bien trop tard pour que ce traité destiné au Roi et aux savants de l'Académie d'agriculture, puisse être enfin mis en application par des paysans, et puis, ne l'oublions pas ce dernier détail, le marché du blé était un faiseur de fortunes.


    Pour ce qui est de l'Algérie, je pense que ça peut être intéressant de prendre aussi en considération le contexte international. Il y a des liens très anciens entre la France et l'Empire Ottoman que j'ai essayés de résumer dans un billet. Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder : 

Le billet d'Aurore Chéry (Recommandé par Basset)

    On a surtout des situations très proches pour le roi et le sultan. En France, le roi se sentait prisonnier de l'aristocratie, dans l'Empire ottoman, le sultan se sentait prisonnier des janissaires, qui étaient devenus l'aristocratie ottomane au fil du temps. 

    Selon les souverains, la situation était plus ou moins bien vécue mais pour ceux qui la vivaient très mal, la seule solution, c'était de renverser le régime. Et Louis XVI s'entendait très bien avec Sélim III, qui était devenu sultan en 1789 et qu'on a même surnommé le « Louis XVI des Turcs ». 

    Les deux étaient des souverains révolutionnaires. Pour l'Empire ottoman, renverser le régime, ça passait par l'éclatement de l'empire. Ça pouvait donc être très intéressant pour eux deux que la France entretienne des relations avec l'Algérie. En y commandant du blé, la France avait une excuse pour y envoyer de l'argent (il fallait bien payer le blé), et aussi pour y envoyer des armes et des hommes armés puisqu'il fallait protéger les cargaisons des pirates. Cet argent et ces armes pouvaient tout aussi bien servir à alimenter la lutte armée sur place et donc à favoriser l'éclatement de l'empire. De ce fait, en expliquant qu'il avait commandé du blé algérien, Louis XVI se couvrait sur deux points : ce n'était pas lui qui était responsable de la révolution en France et il n'avait pas cherché non plus à financer un mouvement révolutionnaire en Algérie puisque l'argent et les armes, c'était pour le blé. Evidemment, la guerre d'indépendance algérienne a été l'héritière de cette longue histoire.


Aurore Chéry




Post Scriptum :

Je vous conseille la lecture de son très dérangeant, mais passionnant livre sur Louis XVI, "L'intriguant"

mardi 22 décembre 2020

Gare à la Seine, voici la Garre d’eau de l’Hôpital !

     Il existe à Paris une station sur la ligne 6 du métro, dénommée « Quai de la Gare ». Son nom ne vient pas de la Gare d’Austerlitz toute proche, mais de l’ancienne gare fluviale, (gare d’eau à l’époque), connue sous le nom de "Gare de l’Hôpital" ou "Gare de la Plaine d’Ivry", construite à la fin du règne de Louis XV ; construite mais jamais achevée...


Une garre avec deux « r ».

    Vous pouvez voir cette gare fluviale sur quelques plans de Paris du XVIIIème siècle, dont celui que je vous propose ci-dessous, qui date de 1792. Vous remarquerez une fois de plus l’orthographe d’époque qui écrit garre, avec deux « r ».

Quartier de la Gare à Paris en 1792

Le plan complet se trouve ici : Plan routier de la Ville et des Faubourgs, 1792.


    J’ai trouvé intéressant de comparer cet extrait d'un plan de 1792, sur laquelle est représentée cette gare fluviale, avec une vue aérienne du Paris de 2020, via Google Earth. On reconnait encore l’hôpital de la Salpêtrière qui existait déjà, ainsi que le « Jardin du Roy », devenu le « Jardin des Plantes ». En revanche, il ne subsiste plus rien de la gare fluviale, si ce n’est le nom du quartier et celui de la station de métro.


    Plus de trace non-plus de la Bièvre, cette petite rivière qui se jetait dans la Seine pas loin dudit jardin du Roy (elle s'écoule à présent dans une conduite sous-terraine). J’ai signalé l’embouchure de celle-ci par un canard, mais j’aurais plutôt dû mettre un castor, puisque le nom de la Bièvre vient du mot gaulois "bebros" désignant les castors. 

    Certains plans anciens de Paris, dont celui-ci, la désignent également sous le nom de rivière des Gobelins. Ces gobelins n’avaient rien à voir avec les trolls folkloriques des contes et légendes, ni avec ceux des jeux vidéo. Les Gobelins étaient une famille de teinturiers d’origine flamande, qui était venue sous le règne du roi François 1er, installer ses ateliers au bord de cette petite rivière, (qui a donc dû en voir de toutes les couleurs).


Un projet original

    L’idée de cette gare était née en 1753 des réflexions d’un dénommé Destouches, qui l’avait soumise à la ville de Paris, sans suites. Sa destination aurait été de permettre à des bateaux de stationner sans risque pour décharger ou embarquer des marchandises. Le bassin ainsi créé aurait été isolé de la Seine par une estacade permettant le halage hors de l’eau des bateaux. Totalement isolé de la Seine, le bassin aurait été approvisionné en eau par la Bièvre toute proche.

    Ce n'est qu'en 1762 qu’un nouveau projet sera finalement retenu, celui de l’architecte Pierre-Louis Moreau-Desproux. Il s’agira d’une gare d’eau d'une superficie de 9 hectares pouvant recevoir jusqu’à 450 bateaux. Située au début du quai d'Ivry, au niveau du bac de la Rapée, la gare serait constituée d’une demi-lune de 270 toises de longueur sur 108 de largeur (1 toise = 1.949 mètre) et environ 5 pieds de profondeur (5 x 0.325 = 1.625m) dans les plus basses eaux. A chaque extrémité se trouveraient deux canaux de chacun de 8 toises de large (15.6m) servant l'un d'entrée et l'autre de sortie, couverts d'un pont de pierre de 4 toises d'épaisseur, à une seule arche, avec escaliers de chaque côté. Ce bassin serait séparé de la rivière par une levée de terre de 6 toises de largeur sur 4 toises de hauteur au-dessus des plus basses eaux, ayant dans son milieu une chaussée de pavé de 4 toises de largeur aboutissant par chaque bout aux ponts, bordée du côté du bassin d'une berge en pente douce de 8 toises de largeur construite en meulière avec mortier, de chaux, de sable, distribuée d'escaliers. La partie circulaire du bassin serait elle aussi, bordée d'une levée de 6 toises avec une chaussée au milieu. Le petit bâtiment que vous voyez sur la carte au milieu de l'arc de cercle aurait abrité le logement du gardien, des bureaux et un corps de garde. 

    Les travaux commencèrent en 1764, mais ils ne furent jamais terminés, même si le projet paraît l'être sur ce plan de 1792. Mais il en va des plans comme d’autres documents, on y représente parfois les choses telles que l’on voudrait qu’elles soient et pas nécessairement telle qu’elles sont. Je vous ai déjà appelé à la prudence concernant ce sujet, avec le magnifique plan de BretezLa preuve en est que sur le plan de Paris en 1797, il n’y a plus aucune trace de cette gare ! Regardez ci-dessous.


Le plan complet se trouve ici : "Plan géométral de Paris et de ses Fauxbourgs", 1797.

Il vous faudra lire l'article jusqu'au bout pour connaître la cause probable de l'inachèvement de ce chantier. 😉


Fluctuat nec mergitur ?

    Il y a une bonne raison pour laquelle la devise latine de la ville de Paris signifie « Flotte mais ne coule pas » et que son blason représente un bateau. Paris a en effet eu la particularité d’être un port important depuis la plus haute antiquité, si ce n’est même depuis la nuit des temps !

    Parmi les plus vieux monuments gaulois de l’antique Lutèce que l’on ait retrouvés, figure en première place les vestiges morcelés du pilier des nautes, érigé au 1er siècle de notre ère par une riche confrérie de bateliers. 

Plus d’info sur le site du Musée Carnavalet en cliquant sur l’image ci-dessous :

Un élément du pilier des Nautes (1er siècle)

    Quant à "la nuit des temps", sachez qu’ont été retrouvés sur la rive droite de la Seine (en face de la Gare d’eau), lors de la construction du palais omnisports de Bercy, une dizaine de pirogues dont les deux plus anciennes datent de 4800-4300 av. J.-C ! 

Plus d’info sur le site du Musée Carnavalet en cliquant sur l’image ci-dessous :

Pirogue datant du néolithique, trouvée à Bercy

    Revenons à notre 18ème siècle révolutionnaire et amusons-nous à compter le nombre de bateaux dessinés sur le plan de Bretez, que je vous ai précédemment présenté. Le compte achevé, on peut se faire une bonne idée de l’importance de la navigation sur la Seine !

    Pour accéder au magnifique plan complet de la ville, cliquez sur l'image ci-dessous, qui représente l'ile Louvier (qui n'est plus une île depuis 1847).

Extrait du plan de Bretez représentant l'Isle Louvier.


Pourquoi mettre à l’abri les bateaux ?

    Il y avait déjà de nombreux ports à Paris. La fonction de cette gare était principalement de protéger les bateaux qui y seraient halés. Protéger de quoi ? Fort probablement de la glace ! 

    En effet, l’Europe a traversé un petit âge glaciaire durant les XVIIème et XVIIIème siècles. D’après certains chercheurs, cette courte ère glaciaire aurait même conduit aux progrès techniques et politiques du siècle des Lumières ! 

    Ce qui est certain, c’est qu’elle a grandement éprouvé les gens qui l’ont vécue. Le début du XVIIIème siècle avait débuté par le terrible hiver de 1709 et d’autres hivers rigoureux suivirent. Le climat de la France ressemblant tout à coup à celui de la Scandinavie ou du Canada, il devient courant chaque hiver, de voir les fleuves et rivières geler. Lorsque les températures remontaient, la débâcle survenait, c’est-à-dire que les rivières charriaient de gros blocs de glace qui causaient des dégâts importants, maisons sur les rives emportés, ponts brisés et bateaux fracassés.

Je vous renvoie au témoignage de notre ami Colson, en date du 27 Janvier 1789.

Une débâcle.

Mauvais esprit 😈

    D’importantes sommes d’argent ont dû être dépensées en pure perte, sur ce chantier qui occupa par moment jusqu’à 1800 ouvriers. 

    Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’il est un peu regrettable qu'il n’ait pas été utilisé pour abriter les malheureux qui vivaient dans des conditions immondes le long des berges de Paris, plutôt que pour protéger les bateaux. Souvenons-nous du témoignage du général Thiébault dans ses mémoires, qui décrit ce qu’il vit à Paris en 1784 : « ces caves infectes où vivaient, le long des quais, cent mille de ces misérables, qui, dix fois l'an, étaient submergés par des pluies ou par les crues de la Seine, et souvent, de nuit, étaient forcés de porter leurs paillasses à la pluie ou dans la boue, pour ne pas être noyés ».

Lire mon article "A propos de la terrible misère au 18ème siècle".


Bon esprit 😇 (me faisant découvrir une cause probable de l'inachèvement du projet)

    En y réfléchissant bien, j'ai fini par deviner la raison probable pour laquelle le projet avait été abandonné. 

    Le mauvais côté de mon expérience professionnelle m'a d'abord fait supposer une sordide affaire de marché public, ou d'entrepreneur mettant la clé sous la porte sans payer les ouvriers. Mais le bon côté de mon expérience d'ingénieur m'a fait repenser aux aspects techniques et réglementaires de certaines opérations de travaux publics que j'ai été amené à conduire précisément dans cette zone de Paris. En effet, il faut le savoir, ce secteur de Paris, ainsi que celui de la ville limitrophe d'Ivry, se situent en zone inondable. Pour cette raison, tous les projets d'aménagement urbains sont soumis à de strictes contraintes réglementaires, (qui ne vont tout de même pas jusqu'à interdire de construire des quartiers neufs sur lesdites zones).

    Je suis donc allé sur le site de la Préfecture et j'ai récupéré le zonage réglementaire du Plan de Prévention du Risque Inondation. La zone bleue correspond aux zones urbanisées situées en zone inondable. Au sein de cette zone, deux variantes sont définies : une zone bleu sombre, qui correspond à des secteurs de bâtis importants exposés à des niveaux de submersion potentiellement supérieurs à un mètre, et une zone bleu clair correspondant au reste de la zone inondable, exclusion faite des zones verte et rouge. (Voir détail des explication sur le PPRI).

    J'ai représenté sur l'extrait ci-dessous, l'emplacement de l'ancienne gare d'eau. Vous pouvez constater qu'il se trouve en zone inondable, qui plus est, en zone bleu sombre.

Extrait du PPRI

Source : Plan PPRI de Paris.

Plus d'infos sur le site de la Préfecture en cliquant sur l'image ci-dessous :


Qui l'eût cru !

    Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un plan équivalent de celui de l'actuel PPRI, sur lequel était représentée la crue de 1740, la plus importante crue relevée au 18ème siècle !

Regardez vous-même !


Conclusion

    La Seine n'étant régulée à l'époque par aucun bassin de stockage (Voir ce lien), ses crues étaient plus fréquentes et plus importantes que de nos jours (Voir plus haut le témoignage du général Thiébault), sans parler des risques de débâcles de glaces, que le réchauffement climatique a éloigné de nos soucis.

    L'emplacement choisi pour créer cette gare destinée à mettre à l'abri des bateaux était donc loin d'être le meilleur. Il est même fort probable que le chantier lui-même ait été inondé.

    Si quelqu'un m'apporte une autre explication, je lui en serai bien sûr reconnaissant et je mettrai à jour cet article immédiatement. 😊



Post Scriptum : En fait, Paris n'est peut-être pas si "nec mergitur" que ça ! 😉


vendredi 18 décembre 2020

1734-1739, Plan de Paris dessiné par Bretez, dit "Plan de Turgot".

Le cartouche du plan de Bretez.


    J’inaugure cette nouvelle rubrique de mon site, intitulée "Plans et cartes", en vous présentant le fameux plan de Paris réalisé par Louis Bretez. Il est plus connu sous le nom de "plan de Turgot", puisque celui-ci fut dressé à la demande de Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands de la capitale.

    Louis Bretez était membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture et professeur de perspective. Il opta pour le système de la « perspective à la cavalière, sans point de vue, ni point de distance ».

   Bretez commença son travail en 1734 et le termina en 1739. Les 20 planches composant la totalité du plan furent ensuite gravées par Claude Lucas et écrites par Aubin.

    C’est probablement le plus beau plan de Paris avant la Révolution. On peut trouver ses 20 planches sur le site Gallica de la BNF. Mais le lien ci-dessous vous envoie sur une page qui vous permettra de survoler à loisir absolument toutes les rues de la capitale en utilisant le zoom (avec la molette de la sourie sur votre ordi ou avec vos doigts sur smartphone) : 

https://www.raremaps.com/gallery/detail/66398/plan-de-paris-commence-lannee-1734-turgot-bretez

    Vous remarquerez qu’il s’agit d’une représentation de Paris "à vue d’oiseau". A vous de jouer au moineau de Paris (il n’y avait pas de pigeons au XVIIIème siècle), et de voleter de-ci de-là !

    Il n’y avait pas de pigeons en effet, ou alors occasionnellement. Ceux-ci ne commencèrent à investir la capitale qu’à la fin du XIXème siècle.

    Un dernier petit conseil avant de vous laisser vous envoler. Ne soyez pas dupes de la beauté de cette représentation du Paris de l’Ancien régime. Je veux dire par là, que vu du ciel, le monde est toujours plus beau ! Ce magnifique plan ne laisse évidemment rien deviner de la misère omniprésente à Paris.

    Mais je ne veux gâcher votre plaisir, régalez-vous de ce petit chef-d’œuvre. Nous serons souvent amenés à reparler de ce plan exceptionnel.





C'est toujours un beau livre !

    Je vous conseille la lecture agréablement illustrée, de cet article à propos du chef-d'œuvre de Bretez, sur le blog des éditions Beauchesne qui l'éditent sous forme d'un très beau livre.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder :




mercredi 11 novembre 2020

1789 : L’année où les grenouilles montrèrent les dents !

 

Que disent les grenouilles ?

    C’était ainsi que les Princes s’enquéraient de l’opinion publique parisienne, à la cour de Louis XVI. C’est ce que nous rapporte Louis Sébastien Mercier dans son ouvrage « Le tableau de Paris ». Je vous ai déjà parlé de lui le 1er octobre dernier, lorsqu’il a fondé un journal avec le journaliste Jean-Louis Carra.

    Je vous recommande vraiment la lecture de son livre, le tableau de Paris. Il y décrit le Paris populaire avec une particulière acuité. C’est un bon complément à la lecture des « Nuits de Paris » de Restif de la Bretonne dont je vous ai raconté l’arrestation par le police, le 29 octobre dernier.

    Louis Sébastien Mercier, lui aussi, eut des ennuis avec la police. A peine ses deux premiers volumes furent-ils publiés en 1781, que bien sûr, ils furent interdits. Mercier décrivait avec un peu trop de précision les inégalités sociales et il ne se privait pas de critiquer l’injustice du système fiscal. Il continua néanmoins à publier depuis la Suisse jusqu’en 1788.

Découvrez son œuvre sur cette page du site Gallica 
                                    


    🐸Je vous propose de lire ce court extrait évoquant les grenouilles parisiennes, vues par les "grands".

« La cour est très attentive aux discours des Parisiens : elle les appelle, les grenouilles : que disent les grenouilles, se demandent souvent les Princes entre eux ? Et quand les grenouilles frappent des mains à leur apparition, ou au spectacle, ou sur le chemin de Sainte Geneviève, ils sont très contents. On les punit quelques fois par le silence : en effet, ils peuvent lire dans le maintien du peuple les idées qu’on a sur leur compte : l’allégresse ou l’indifférence publique ont un caractère bien marqué. On prétend qu’ils sont sensibles à la réception de la capitale, parce qu’ils sentent confusément que dans cette multitude, il y a du bon sens, de l’esprit, & des hommes en état de les apprécier, eux & leurs actions : or ces hommes, on ne sait pas trop comment, déterminent le jugement de la populace.

La police a soin dans certaines circonstances de payer de fortes gueules, qui se répandent dans différents quartiers, afin de mettre les autres en train, ainsi qu’elle soudoie des chianlis pendant les jours gras : mais les vrais témoignages de l’allégresse publique, ainsi que du consentement du peuple, ont un caractère que rien n’imite, »

 

    Ne vous y trompez pas, la comparaison avec les grenouilles est bien méprisante. Cette image peu flatteuse du peuple remonte à la plus haute antiquité, puisque Esope, l’écrivain Grec du 6ème siècle avant notre ère, l’utilisait déjà dans une fable destinée à se moquer du peuple d’Athènes.

    On a également attribué à Homère, un poème narrant une guerre des grenouilles contre les rats, la "Batrachomyomachie" !


Voici, inspirée de celle d’Esope, la fable de Jean de la Fontaine, intitulée :

"Les grenouilles qui demandent un roi". 🐸

"Les Grenouilles, se lassant

De l'état Démocratique,

Par leurs clameurs firent tant

Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique.

Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique :

Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant

Que la gent marécageuse,

Gent fort sotte et fort peureuse,

S'alla cacher sous les eaux,

Dans les joncs, dans les roseaux,

Dans les trous du marécage,

Sans oser de longtemps regarder au visage

Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau ;

Or c'était un Soliveau,

De qui la gravité fit peur à la première

Qui de le voir s'aventurant

Osa bien quitter sa tanière.

Elle approcha, mais en tremblant.

Une autre la suivit, une autre en fit autant,

Il en vint une fourmilière ;

Et leur troupe à la fin se rendit familière

Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi.

Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coi.

Jupin en a bientôt la cervelle rompue.

Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.

Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,

Qui les croque, qui les tue,

Qui les gobe à son plaisir,

Et Grenouilles de se plaindre ;

Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir

A ses lois croit-il nous astreindre ?

Vous avez dû premièrement

Garder votre Gouvernement ;

Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire

Que votre premier roi fût débonnaire et doux :

De celui-ci contentez-vous,

De peur d'en rencontrer un pire."


    Ne sommes-nous donc pour nos maîtres, que des grenouilles coassant dans notre marécage, dont l’opinion est facile à manipuler, grâce à quelques agitateurs, payés autrefois par la police, et maintenant… ?


    Néanmoins, il arrive encore parfois, que les grenouilles montrent les dents, comme en 1789. Est-ce un hasard ou un clin d'œil de Clio, la muse de l'histoire, si une grenouille dénommée "Pepe la grenouille" est devenue la mascotte des manifestants du mouvement prodémocratie à Hong Kong en 2019 ?

Pepe la grenouille, Hong Kong 2019



dimanche 8 novembre 2020

Les Parlements contre le Roi. 30 ans d'une lutte de l'aristocratie contre l'absolutisme royal

    Je me suis rendu compte qu'il était vraiment nécessaire de consacrer un article aux trois décennies qui avaient précédé la Révolution, afin de mieux comprendre l'origine de celle-ci.

    Cela nous permettra de mieux comprendre, par exemple, pourquoi, le 3 novembre 1789, l'Assemblée nationale s'était trouvée dans l'obligation de mettre tous les parlements en vacance, c'est-à-dire de les supprimer ; ce que Louis XVI avait déjà été obligé de faire en 1788, mais pour une autre raison, bien sûr.

    Pendant presque trente ans en effet, l'aristocratie s'est mesurée au pouvoir royal, dans le but de préserver ses privilèges, voir même de les étendre. Ce faisant elle a non seulement réussi à empêcher toutes les tentatives de réformes qui auraient pu redresser la situation du royaume, mais elle a aussi très largement contribué à affaiblir le pouvoir du roi, ce qui, paradoxalement, a contribué à l'effondrement de la monarchie.

    Attention, cet article constitue un résume, un rapide survol ! Je ne suis pas rentré dans le détail de chaque fait évoqué pour le vérifier, comme je le fais pour mes articles sur la Révolution.😉


La cour de Louis XIV
L'absolutisme royal 
   L'absolutisme royal s'est établi progressivement dans le royaume de France, jusqu’à ce qu’il trouve sa forme la plus aboutie sous le règne de Louis XIV. Ses successeurs Louis XV et Louis XVI s’efforceront de le maintenir, mais ils se trouveront peu à peu confrontés à une réaction nobiliaire de l’aristocratie.

    L'absolutisme royal consacre les pleins pouvoirs du roi, puisque celui-ci considère qu'il les tient de Dieu. Sa personne est sacrée. Le roi dispose de la totalité des pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire. Il peut faire la paix ou la guerre, anoblir, battre monnaie, lever des impôts. Il peut faire emprisonner qui il veut sans jugement.

    L'absolutisme reposait sur un contrôle des nobles, que Louis XIV avait su attirer à Versailles pour en faire des courtisans dépendants de son bon vouloir.

    L'absolutisme se manifestait également par un contrôle de l’Etat dans tous les domaines y compris celui de l’économie.

La seule limite rencontrée par le pouvoir royal était les parlements (Nous allons y venir).


La réaction nobiliaire

    La réaction nobiliaire du XVIIIe siècle consista en une tentative de la noblesse de retrouver ses pouvoirs d'antan, c’est-à-dire occuper les plus hautes fonctions de la monarchie, voire la contrôler. De plus, la noblesse s’inquiétait du pouvoir grandissant de la haute bourgeoisie qui lui faisait concurrence. L’accession d’un roturier comme Necker à un poste ministériel en était un exemple flagrant. (Notons que Necker s'opposera en juin 1790 à l'abolition de la noblesse).


L'anti-absolutisme

    Cette réaction nobiliaire finit par constituer une sorte de grand mouvement anti-absolutiste dirigé contre ce qu’elle appelait le « despotisme ministériel ». La noblesse préférait bien sûr attaquer les ministres plutôt que le roi. Néanmoins ce sont bien des aristocrates qui les premiers ont présenté le pouvoir royal comme une tyrannie, et par conséquence le roi comme un tyran, pas le peuple. Peu à peu, mais pour d'autres motifs bien sûr, la bourgeoisie a finit par rejoindre elle aussi ce mouvement anti-absolutiste.

C'est principalement par au sein des parlements que l'anti-absolutisme s'opposa au roi.


Les Parlements

    Sous l’Ancien Régime, en dépit de leur nom, les Parlements n’avaient pas de vocation politique. Il ne s’agissait que de simples chambres de justice. S’étant vu confier la mission d’enregistrer les lois, ils s’étaient progressivement autorisés à adresser au roi des remontrances concernant celles qui leur paraissaient contraires aux lois fondamentales du royaume. S’il voulait obtenir à tout prix l’enregistrement d’une loi, le roi devait tenir « un lit de justice » devant les magistrats.

Lit de justice tenu par le roi en 1651 au Parlement de Paris
Source Paris Musées

    Afin d’affirmer son autorité, Louis XIV avait retiré le « droit de remontrance » aux Parlements en 1673. Mais à sa mort, en 1715, le Régent Philippe d’Orléans l’avait rétabli, probablement pour tenter de gagner les bonnes grâces des magistrats.

Lire cet article sur la lutte de Louis XIV contre les parlements


Quelques dates

    Cette liste n'est pas exhaustive, bien sûr. Si j'en ai le temps, je la complèterai par la suite. Son but est de vous décrire sommairement quelques étapes clés de cette étonnante lutte de l'aristocratie contre le pouvoir royal.

1764

    De 1764 à 1771, eu lieu ce que l’on appela « L’affaire de Bretagne », un conflit qui opposa, sous le règne de Louis XV, le procureur général du parlement de Rennes, La Chalotais, au duc d'Aiguillon, commandant en chef de la province de Bretagne. Le parlement de Bretagne refusait d’enregistrer de nouveaux impôts destinés à financer la de Sept Ans (mais pas seulement). Cette affaire eu un retentissement national.

Je vous conseille la lecture de l'ouvrage ci-dessous (en cliquant sur l'image) :

En marge ou au cœur de "L'affaire de Bretagne"?

1770

    En 1770, le Parlement de Rennes s’en prend au « triumvirat » ministériel, le chancelier Maupeou, le contrôleur général Terray et le secrétaire d'État d'Aiguillon. Louis XV casse la procédure intentée par les parlementaires rennais mais ceux de Paris leur viennent en aide en émettant un avis de remontrance au roi. Celui-ci est obligé de tenir un lit de justice, mais le Parlement de Paris riposte en énonçant de nouvelles remontrances reprises par les chambres de province.

1771

Maupeou


    Le 20 janvier 1771, le garde des sceaux Maupeou réussit à convaincre le roi de briser le Parlement de Paris en faisant arrêter et exiler les cent trente magistrats du Parlement de Paris.

    Le 13 avril 1771, malgré les protestations, Louis XV installe un nouveau parlement qui lui est acquis et qui entérine les réformes.

    Le 1er octobre 1771, le parlement de Provence situé à Aix est supprimé, ses membres exilés et remplacés par un nouveau corps de magistrature composé des officiers de la cour des comptes, qui réunissent toutes les attributions de l'une et de l'autre cour. C'est ce qu'on appela le Parlement Maupeou, du nom du chancelier de Louis XV qui opéra cette révolution. Cette nouvelle cour fut supprimée à son tour par Louis XVI, peu après son avènement au trône. L'ancien parlement et l'ancienne cour des comptes furent rétablis tels qu'ils existaient auparavant et reprirent leurs fonctions le 12 janvier 1775.

1772

Chrétien-François de Lamoignon de Bâville (Magistrat au Parlement de Paris en 1755, Président à mortier en 1758, exilé en janvier 1771 dans le Beaujolais), anime la résistance du Parlement contre la réforme du chancelier Maupeou en 1772.

1774

Maurepas

    À la mort de Louis XV, en 1774, son petit-fils et successeur, le jeune Louis XVI (20 ans), nomme ministre d'État Maurepas, qui avait été disgracié par Louis XV. Celui-ci fait renvoyer les trois ministres de Louis XV, Aiguillon, Terray et Maupéou qui, depuis trois ans, travaillaient, non sans un certain succès, au rétablissement des finances, et du pouvoir royal. Maurepas fait nommer Turgot aux finances, Malesherbes à la Maison du Roi et Vergennes, aux Affaires étrangères.

    Maurepas commet l’erreur de rappeler les Parlementaires, qui avaient été suspendus par Maupeou en 1771. Le Parlement reprend alors très vite sa politique d'obstruction, et entreprend de bloquer toutes les réformes tentées par Louis XVI.

1776

Turgot

    Le 12 mai 1776, le roi se sépare de Turgot et annule ses réformes sous la pression des privilégiés et de la Cour. Ces privilégiés (essentiellement les parlementaires et la haute aristocratie) rejettent tout changement. Ils dénoncent dans la volonté de réforme du roi une manifestation de tyrannie...

    Turgot est remplacé par le contrôleur général Clugny de Nuits. Mais le décès de celui-ci donne l’occasion à Necker d’obtenir son premier ministère. Il est nommé conseiller des Finances et « directeur général du Trésor royal ». Necker recevra le titre de « directeur général des Finances » le 29 juin 1777

1781

Necker

    À la fin du mois d’avril 1781, le Parlement de Paris refuser d’enregistrer l’édit de création d’une nouvelle assemblée provinciale en Bourbonnais. La création de ces assemblées répond notamment à l’objectif de priver les parlements d’une partie de leurs prérogatives extra-judiciaires. Necker a exposé son projet dans un mémoire manuscrit remis confidentiellement au Roi. Un pamphlet, adressé le 20 avril 1781 à six membres du Parlement de Paris, révèle les intentions de Necker en citant ce mémoire. Les parlementaires se révoltent. Convoqué au château de Marly, le Premier président d’Aligre se voit intimer par Louis XVI, sur un ton sec, d’interdire toute discussion du mémoire. Néanmoins, Louis XVI est ébranlé par le retournement de l’opinion, et son ministre Maurepas préconise le renvoi de Necker.

1786

Calonne

    Le 20 août 1786, Charles Alexandre de Calonne, contrôleur général des finances et de fait premier ministre, remet à Louis XVI un mémoire sur le déficit financier ; il préconise comme indispensable une réforme de l'Etat sur un triple plan :

 - Plan fiscal : tendance à l'égalité devant l'impôt et à l'unification ;

 - Plan économique : liberté du commerce des grains, suppression des douanes intérieures ;

 - Plan administratif : création d'assemblées municipales (élues par tous les propriétaires ayant au moins 600 livres de revenu), qui éliraient des assemblées de district, lesquelles éliraient à leur tour des assemblées provinciales ; toutes ces assemblées demeurant d'ailleurs purement consultatives.

    Au lieu de soutenir Calonne et d'imposer son plan de réformes, Louis XVI tergiverse et cherche, pour vaincre la résistance prévisible des parlements, à obtenir le soutien de la Noblesse.

    Nous verrons que ces trois mesures feront partie des toutes premières prises par l'Assemblée nationale en 1789.

    Calonne dira au roi : « Ce qui est nécessaire pour le salut de l’État serait impossible par des opérations partielles, il est indispensable de reprendre en sous-œuvre l’édifice entier pour en prévenir la ruine… Il est impossible d’imposer plus, ruineux d’emprunter toujours ; non suffisant de se borner aux réformes économiques. Le seul parti qu’il reste à prendre, le seul moyen de parvenir enfin à mettre véritablement de l’ordre dans les finances doit consister à vivifier l’État tout entier par la refonte de tout ce qu’il y a de vicieux dans sa constitution. »

Calonne ajoutera en trois ans 653 nouveaux millions aux emprunts précédents.

1787

22 Février 1787

    Sachant que son projet va se heurter à l’opposition du Parlement, Calonne convoque une assemblée de notables qui se tiendra jusqu’au 25 mai. Cette assemblée sera composée de 114 membres désignés par le roi, dont 7 princes de sang, 36 ducs et pairs ou maréchaux de France, 33 présidents ou procureurs généraux de parlements, 11 prélats, 12 conseillers d'Etat, 12 députés des "pays d'Etat", 25 maires ou échevins des principales villes, etc. 

Assemblée des notables du 22 février 1787
Estampe vendue chez Basset, à Paris,
rue Saint Jacques, au coin de celle des Mathurins !
Calonne face aux notables...

    Dès son ouverture, l’Assemblée des notables s’écarte des vues du ministère. Seul le comte d’Artois et certains grands seigneurs libéraux comme La Fayette, d’Estaing, La Rochefoucauld le soutiennent ainsi que quelques aristocrates réformistes.
    Les parlementaires, rangés derrière le premier président du Parlement de Paris, Etienne François d’Aligre, qui déteste Calonne, mènent l’opposition, appuyés par le clergé. Les discussions difficiles qui s’engagent prennent des allures inquiétantes. L’un des parlementaires les plus véhéments, le procureur général de Castillon, déclare que seuls les états généraux peuvent admettre le bouleversement qu’entraînerait le nouvel impôt proposé par le ministère : la « subvention territoriale ». Le lieutenant civil Angran d’Alleray renchérit, disant que cette subvention est une « vexation » à l’égard des ordres supérieurs, car elle porte atteinte à leurs privilèges.

    Les notables rejetteront en bloc toutes les réformes de Calonne (un programme calqué sur celui de Turgot). Cet échec conduira au renvoi de Calonne.

Plan d'aménagement de l'Assemblée des Notables


    De 1787 à 1788, Brienne reprendra à son compte les édits de Calonne. Il renverra les notables, mais se retrouvera en conflit avec le Parlement, qui l’empêchera de faire passer sa réforme

2 Juillet 1787

Loménie de Brienne

    Le Parlement de Paris suivi de la Cour des aides et de la Cour des comptes refusent à Brienne l’enregistrement de l’édit qui assujettissait au timbre les pétitions, quittances, lettres de faire-part, journaux, affiches, etc. Ce refus d’un nouveau impôt les rend populaires auprès du peuple.

16 Juillet 1787

    Le Parlement de Paris déclare que seule la Nation réunie dans ses Etats Généraux peut consentir un impôt perpétuel. Son véritable objectif est de prendre en charge cette fonction (Les Etats Généraux ne formant pas une assemblée régulière ne pouvant l’assumer). Le Tiers-état s’est lui aussi déclaré favorable à cette convocation des États Généraux car il espère que les réformes iront dans son sens.

6 Août 1787

Lit de justice de Louis XVI imposant l’enregistrement de l’impôt sur le timbre.

Lit de justice du 6 aout 1787
Source BNF Gallica

7 Août 1787

    Le Parlement déclare nul le Lit de Justice. Calonne redoute que le Parlement ordonne son arrestation pour informer contre lui au sujet de la réforme monétaire de 1785, dans laquelle il est accusé de malversations et il quitte la France pour l’Angleterre où il est fort bien accueilli.

14 Août 1787

    Louis XVI, par l'intermédiaire de Brienne, fait exiler les parlementaires parisiens à Troyes pendant la nuit du 14 au 15. La ville de Troyes leur fait un accueil triomphal et les Parlements provinciaux se solidarisent avec le Parlement de Paris.

15 au 18 Août 1787

    Des émeutes populaires éclatent à Paris pour soutenir les Parlements. La négociation entre Loménie de Brienne et les parlements aboutit à un compromis : le gouvernement envisage de convoquer les États Généraux, mais demande du temps et des moyens financiers pour présenter en 1792 un bilan satisfaisant (novembre).

18 Août 1787

Lit de justice de Louis XVI imposant l'exil du Parlement de Bordeaux à Libourne.

4 Septembre 1787

    Brienne suggère un compromis financier, comportant l'abandon de la subvention territoriale ; le Parlement l'accepte et est rappelé : mais la banqueroute menace de plus belle.

19 Septembre 1787

    Séance royale du Parlement pour l'enregistrement de l'édit (prorogation de l’impôt des deux vingtièmes) et du lancement d'un emprunt. Le Parlement réclame les Etats Généraux pour 1789. Le roi répond par l'ordre pur et simple d'enregistrer. Le Duc d'Orléans proteste ; Louis XVI lui répond : "C'est légal parce que je le veux". Le Parlement annule l'enregistrement comme illégal. Brienne fait arrêter deux conseillers (Fréteau et Sabatier) par lettre de cachet. (Fréteau deviendra l'un des présidents de l'Assemblée constituante). Le duc d'Orléans que la foule avait porté en triomphe, est exilé à Villers-Cotterêts.

19 Novembre 1787

    Louis XVI impose au Parlement l’enregistrement par lit de justice un emprunt de quatre cent vingt millions. Le duc d'Orléans et deux conseillers du parlement qui s'opposent à cet emprunt sont exilés, mais bientôt après rappelés.


1788

4 Janvier 1788

    Sur la proposition d'Adrien Duport, (un des premiers nobles à rejoindre le Tiers Etat le 27 juin 1789), le Parlement vote un réquisitoire contre les lettres de cachet et réclame la liberté individuelle comme un droit naturel.

3 Mai 1788

    Le Parlement de Paris se sent menacé de suppression par le gouvernement. Il promulgue pour se protéger un arrêt qui expose les lois fondamentales de la monarchie et fait des corps intermédiaires liés à la société d’ordre, le caractère essentiel de la constitution monarchique. Le Parlement publie une « déclaration des droits de la Nation » et réclame à nouveau la convocation des états généraux en espérant qu'ils contraindront le roi à respecter les exemptions fiscales des privilégiés.

Tous les privilégiés, y compris le haut clergé, se solidarisent avec le Parlement de Paris.

5 Mai 1788

    Début de la réunion de l’assemblée du clergé. L’assemblée du clergé refuse d’entériner les reformes du 8 mai et condamne l’octroi de droits civils aux non-catholiques.

Le capitaine des gardes arrêter en pleine séance les conseillers au Parlement de Paris, Duval d’Eprémesnil et Goislard de Montsabert.

Arrestation de Goislard de Monsabert et D'Eprémesnil


8 Mai 1788

    Le garde des sceaux Chrétien-François de Lamoignon et le contrôleur général des finances Étienne Charles Loménie de Brienne tentent une ambitieuse tentative de réforme de la justice. À leur initiative, le Parlement se réunit en séance plénière en présence du roi. Au cours de ce lit de justice, Louis XVI enlève aux parlementaires leur droit de remontrance et confie le droit d'enregistrement à une cour plénière.

    Quarante-sept tribunaux de grand bailliage, vont remplacer les Parlements. Ils devront appliquer un nouveau code d’instruction criminelle qui supprimera la « question préalable », c’est-à-dire la torture. L’enregistrement des lois reviendra à une cour plénière dont les membres seront choisis par le roi (Réforme de Lamoignon).

9 Mai 1788

    La cour plénière se réunit le 9 mai, mais de nombreuses personnalités refusent d’y siéger. Les Parlements résistent à leur mise en vacance et sont soutenus par des émeutes populaires à Paris (19 juin), Toulouse et Rennes.

20 Mai 1788

    Le Parlement de Grenoble ayant protesté contre les édits de Lamoignon, il est mis en vacances mais se réunit néanmoins le 20 mai 1788 chez son président, Bérulle, lequel proclame que, si les édits de Lamoignon étaient maintenus, «le Parlement du Dauphiné se regarderait comme entièrement dégagé de sa fidélité envers son souverain».

7 Juin 1788 « Journée des Tuiles » 

    Le lieutenant général de la province confie à des patrouilles de soldats des lettres de cachet à remettre aux parlementaires pour leur signifier un exil sur leurs terres. Mais le tocsin sonne. La population est rameutée par les auxiliaires de justice, particulièrement fâchés de perdre le Parlement, qui est leur gagne-pain. Des Grenoblois s'emparent des portes de la ville. D'autres, montés sur les toits, jettent des tuiles et divers objets sur les soldats. Vers la fin de l'après-midi, les émeutiers, maîtres de la ville, réinstallent les parlementaires dans le palais de justice.

La journée des tuiles

     A noter que depuis, le Dauphiné se glorifie de cette émeute qu’il considère comme une des prémices de la Révolution. Lire l'article du 7 juin 1788.

11 Juin 1788

A Dijon, l'installation des nouvelles juridictions provoque une insurrection.

12 (ou 13) Juin 1788

Exil du Parlement du Dauphiné.

    A noter que selon cette source, le peuple dauphinois aurait été parfaitement insensible à la déchéance de ce parlement aristocratique. Il n'aurait pas répondu pas à l’appel de Vizille : 194 paroisses seulement étaient représentées sur les 1212 que comptait le Dauphiné.

Source : Un parlement de province (page 343)

14 Juin 1788

    Les notables grenoblois des trois ordres se réunissent à l'Hôtel de Lesdiguières et demandent le rappel des magistrats et la convocation des États de la province et des États généraux du Dauphiné.

19 Juin 1788

    A Pau, le peuple, manipulé par les nobles réunis ce jour-là en assemblée, réclame au cours d’une émeute la réouverture du Parlement.

Source : Internet Archive

21 Juillet 1788, L'Assemblée de Vizille

Claude Perier


    À l'initiative des avocats Barnave et Mounier, les représentants du Dauphiné, au nombre d'environ 540, se réunissent au château de Vizille, propriété du riche industriel Claude Perier. Ils appellent à refuser le paiement de l'impôt et demandent aux autres assemblées provinciales d'en faire autant. C'est la première manifestation de révolte contre l'autorité royale.
Lire l'article 21 juillet 1788


8 Août 1788

Louis XVI décide de convoquer les Etats généraux, assemblée extraordinaire réunissant les trois ordres de la société (noblesse, clergé, tiers état), pour résoudre la crise financière due aux dettes du Royaume.

21 Septembre 1788

Le Parlement de Paris réclame les procédures de 1614 aux États généraux.

23 septembre 1788

    Rappelé par le roi en remplacement de Calonne dont la politique est un échec, Necker est nommé « directeur général des finances » le 25 août 1788, puis ministre d’état le 27. Le 23 septembre, Necker fait rappeler le Parlement de Paris, dont les membres avaient été exilés.

25 Septembre 1788

    Le Parlement de Paris prend un arrêt aux termes duquel les états généraux doivent être « régulièrement convoqués et composés suivant la forme observée en 1614 » (vote par ordre) autrement dit avec trois ordres très inégalement représentés. Ce n'est pas précisément ce que souhaite le Tiers Etat !

6 Novembre 1788

    Le roi convoque la seconde Assemblée des notables pour traiter quelques questions préliminaires sur l'organisation des États. L'Assemblée refuse le doublement du tiers état.

27 Novembre 1788

    Passant outre le refus de l'assemblée du 6 novembre, Louis XVI décide doublement du tiers état. Le tiers état aura autant de députés que les deux autres ensemble (noblesse et clergé).

5 Décembre 1788

Le Parlement accepte le principe du doublement de la représentation du Tiers-État.

12 Décembre 1788

La seconde Assemblée des notables est congédiée par le roi, sans avoir rien accompli.



1er Janvier 1789

    La dette de la France se monte à 4 milliards et demi. Elle a triplé pendant les quinze du règne de Louis XVI. (Les dépenses pour la guerre américaine ont été évaluées à 2 milliards).

Les élections aux Etats généraux débutent pour s’achever en Mai.

    Les sujets du roi ayant le droit de voter doivent être inscrits au registre des contributions (3 à 4 millions de Français sont donc exclus). Ils doivent payer une somme d’impôts équivalente à 3 journées de travail. Les municipalités ayant liberté de fixer le plafond, celui-ci est 6 journées de travail à Paris.

Pour être éligible, il faut payer 10 journées de travail.

    En Provence, en Béarn, en Bourgogne, en Artois, en Franche-Comté, les ordres privilégiés soutenus par les parlements locaux profitent de la session des états pour se livrer à des manifestations violentes contre les exigences du Tiers Etat.

7 Janvier 1789

La noblesse de Bretagne se fait menaçante.

    Le comte de Thiard porte à l’assemblée de Bretagne un ordre du roi qui en suspend les opérations jusqu’au 5 février suivant : « afin de mettre messieurs du tiers en mesure de réclamer une modification à leur mandat impératif, si leurs commettans jugeaient à propos de l’accorder. Le troisième ordre quitta immédiatement la salle, aux applaudissemens du peuple, qui venait de s’introduire dans la tribune réservée au public ; il sortit le front serein et parfaitement assuré du sens des délibérations qu’on allait provoquer. La noblesse continua de siéger malgré l’invitation de quitter la salle qui lui fut adressée par le commandant, et le chevalier de Guer commit l’impardonnable faute de lui faire consacrer par un serment l’engagement de maintenir intégralement la constitution bretonne et de n’accepter, sous peine d’infamie, aucun mandat pour siéger au sein des états-généraux du royaume, s’il n’était délivré par les états de la province dans la forme traditionnelle. »

Source : Les Etats de Bretagne (page 179)

26 janvier 1789

    Les nobles excitent leurs valets et affidés. "des avis nombreux convoquèrent au champ Montmorin ce qu’on nommait alors les réclamans de la constitution noble. Plusieurs centaines de personnes s’y rassemblèrent, et les témoignages contemporains sont unanimes pour constater que la plus grande partie de l’assistance était formée par les porteurs de chaises et les domestiques des maisons nobles, qui avaient dépouillé leur livrée pour exercer avec une indépendance moins contestable leurs droits de citoyens"

    Ce qui risquait d'arriver arrive : " Sur la place du palais se trouvait un café, qui, dans ces jours agités, formait pour la bourgeoisie le centre habituel de ses réunions politiques. Une vingtaine d’étudians postés en curieux à la porte, ayant pris en présence de la manifestation une attitude peu sympathique, reçurent une volée de coups de poing et de coups de bâton, déplorables violences qui furent le prélude de scènes plus sanglantes. Ces jeunes gens étaient sans armes, mais ils ne tardèrent pas à s’en procurer, car deux heures après il n’existait plus un seul fusil de chasse chez les armuriers, et le dépôt des compagnies bourgeoises ne tardait pas à être forcé."

Source : Les Etats de Bretagne (Page 180)

    Par la suite, de toutes les villes de Bretagne, d’Angers, de Saint-Malo, de Nantes, des jeunes bourgeois accoururent pour défendre les étudiants rennais, qui étaient commandés par Moreau, le futur général. Les gentilshommes attaqués et poursuivis dans les rues, assiégés dans la salle des états, doivent quitter la ville et rentrer dans leurs manoirs. Ils jurent de dépit de ne pas se faire représenter aux états généraux.

Mallet du Pan


    Mallet du Pan écrit en janvier : « Le débat public a changé de face. Il ne s’agit plus que très secondairement du roi, du despotisme et de la Constitution ; c’est une guerre entre le tiers état et les deux autres ordres. » 



30 mars 1789

    A Besançon, le parlement ayant pris parti pour les privilégiés qui avaient voté une protestation virulente contre le règlement de Necker, la foule s’ameute et pille les maisons de plusieurs conseillers sans que la troupe n’intervienne pour les défendre. Son commandant, un noble libéral, le marquis de Langeron, déclara que l’armée était faite pour marcher contre les ennemis de l’état et non contre les citoyens.

Source : Révolution aristocratique en Franche Comté (page 268)




    La suite, vous la connaissez. La bourgeoisie n'avait plus qu'à s'emparer de ce pouvoir affaibli par tant d'années de conflit avec l'aristocratie.

    Cet article est imparfait et incomplet, mais l'idée était de vous donner un aperçu de "l'ambiance" avant 1789 ! 😉

    Ce sujet est également en partie abordé dans l'article concernant la préparation des Etats-Généraux en date du 1er Janvier 1789.