mercredi 8 juillet 2020

8 Juillet 1789 : Un prétendu espion de la police, malmené au Palais Royal, vu par Janinet

 

"Supplice d'un espion de la police"
Dessin de Jean-François Janinet

    Cette scène, dessinée par Jean-François Janinet représente un incident malheureux qui a eu lieu au Palais Royal. La foule, mal renseignée, a pris le sieur Zessi, un Suisse travaillant à Paris, pour un espion dénonçant les agitateurs du Palais Royal. Ces espions existaient bel et bien. Ils s'infiltraient partout et cela créait un climat de suspicion générale.


Un mot sur Jean-François Janinet !

    Jean-François Janinet était un graveur de talent, mais c'était aussi l'un des premiers aérostiers ! Il abandonnera sa passion pour le vol en aérostat, après l'échec de sa tentative d'envol le dimanche 11 Juillet 1784 dans les jardin du Luxembourg, avec l'aérostat qu'il avait construit avec Laurent-Antoine Miollan.

L'aérostat de Miollan et Janinet

L'embrasement de l'aérostat après sa chute.


8 Juillet 1789, Coup d’éclat de Mirabeau à l’Assemblée contre l’afflux de troupes sur Paris !



Honoré, Gabriel Riquetti de Mirabeau

    Mirabeau, après un formidable discours à l’Assemblé nationale, où il dénonce les mauvais conseillers qui ébranlent le trône, fait voter aux députés la motion des électeurs parisiens réclamant le renvoi des troupes qui encerclent Paris.

    Nous avions vu le 4 juillet dernier que Louis XVI inquiet avait donné au vieux maréchal de Broglie, le commandement des troupes concentrées à Versailles avec l’ordre de les mener sur Paris pour le 13 Juillet.

    Les craintes des députés de l’Assemblée Nationale étaient donc justifiées, de même que celles des parisiens, qui rappelons-le, manquaient de pains.

    Les interventions de Mirabeau sont toujours très longues. Il ne sait pas faire court (comme moi). A cette époque, tous les hommes politique, empreints de culture classique gréco-romaine, excellent tous dans la rhétorique, c’est-à-dire l’art de bien parler. (Les courtes interventions, voire les petits mots, de nos politiques actuels, les laisseraient probablement sans voix !)

Uniformes de l'armée de ligne française d'ancien régime.



Voici un court extrait du discours du grand tribun :

« Déjà un grand nombre de troupe nous environnait. Il en est arrivé d’avantage, il en arrive chaque jour ; elles accourent de toutes parts ; 35.000 hommes sont déjà répartis en Paris et Versailles ; on en attend 20.000 ; des trains d’artillerie les suivent ; des points sont désignés pour les batteries ; on s’assure de toutes les communications : on intercepte tous les passages ; nos chemins, nos ponts, nos promenades sont changés en postes militaires. Des événements publics, des faits cachés, des ordres secrets, des contre-ordres précipités, les préparatifs de la guerre en un mot, frappent tous les yeux et remplissent d’indignation tous les cœurs.

Ainsi, ce n’était pas assez que le sanctuaire de la liberté eût été souillé par des troupes ! ce n’était pas assez qu’on eût donné le spectacle inouï d’une Assemblée Nationale astreinte à des consignes militaires et soumise à une force armée ! ce n’était pas assez qu’on joignit à cet attentat toutes les inconvenances, tous les manques d’égards, et, pour trancher le mot, la grossièreté de la police brutale. Il a fallu déployer tout l’appareil du despotisme et montrer plus de soldats menaçants à la nation, le jour où le Roi lui-même l’a convoquée pour lui demander des conseils et des secours, qu’une invasion de l’ennemi n’en rencontrerait peut-être, et mille fois plus du moins qu’on n’en a pu réunir envers nous, pour emplir nos engagements les plus sacrés, pour conserver notre considération politique, et cette alliance des Hollandais si précieuse, mais si chèrement conquise, et surtout si honteusement perdue ! »


Le discours en son entier se trouve ici : https://bit.ly/2Xe92Oa


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Mécontentement des parisiens lors des regroupements de troupes sur le Champs de Mars.



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mardi 7 juillet 2020

7 Juillet 1789, Création du comité de constitution et arrivé du Prince de Lambesc à Paris


Création du premier comité de constitution


Talleyrand-Périgord
"Conformément au décret du 6 juillet 1789, le premier comité de Constitution est composé de trente membres, choisis le 7 juillet dans chacun des trente bureaux de l’Assemblée. Ces bureaux ayant été rapidement supprimés, le comité sera plus tard renouvelé et réduit à huit membres dès le 15 septembre. Tous seront des hommes politiques et/ou des juristes et sont issus des trois ordres :
  • du clergé : Talleyrand-Périgord et Champion de Cicé (archevêque de Bordeaux) ;
  • de la noblesse de la ville de Paris : les comtes Stanislas de Clermont-Tonnerre et Gérard de Lally-Tollendal ;
  • du tiers état : l’avocat Nicolas Bergasse (député de la sénéchaussée de Lyon), Le Chapelier (avocat et député de la sénéchaussée de Rennes), Jean-Joseph Mounier (secrétaire démissionnaire des États du Dauphiné et député de cette province) et l’abbé Sieyès (député de la ville de Paris).

Le parti modéré, alors dominant à l’Assemblée constituante, l’est également au comité : la majorité des membres sont, en effet, des royalistes libéraux et constitutionnels, convaincus « de la nécessité de laisser au Roi toute la puissance nécessaire pour assurer le bonheur de la nation ».

La gauche est toutefois représentée au comité par Le Chapelier, Talleyrand-Périgord et l’abbé Sieyès.

Le second comité de Constitution de la Constituante est réduit à sept membres (Talleyrand-Périgord, Le Chapelier, Demeunier, Thouret, Target, Rabaut et l’abbé Sieyès), trois secrétaires commis étant attachés aux trois comités de Constitution, de Révision et Central.


L’éphémère comité de Constitution de la Convention nationale sera composé de neuf membres."


Jérôme Champion de Cicé
Sieyes




















Stanislas de Clermont-Tonnerre
Gérard de Lally-Tollendal





















Nicolas Bergasse

Le Chapelier





















Ce même jour, le Prince de Lambesc arrive à Paris...

Son régiment du royal-allemand campe dans les jardins de la Muette. Le pain manquant à Paris pour nourrir la troupe, le prince achète 300 Livres de pains.


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lundi 6 juillet 2020

6 Juillet 1789, A l’assemblée Nationale, un député curé s’inquiète de la famine qui menace les pauvres.



Constitution de l'Assemblée Nationale le 17 Juin 1789.

La séance à l’Assemblée Nationale est ouverte à 10h du matin, sous la présidence de M. Le Franc de Pompignan archevêque de Vienne. La discussion s’ouvre sur le projet du comité des subsistances.
M. Blandin, curé de l’Orléanais, prend le premier la parole pour exposer le sentiment général de son bureau.


"Les moyens," dit-il, "qui vous sont offerts par le comité des subsistances, ne nous présentent que des secours pour l’avenir, mais non pas pour le présent. Les besoins actuels sont urgents ; ils nous pressent de tous côtés ; les provinces éprouvent déjà les horreurs de la famine.

Nous devons nous attacher aux deux grands malheurs qui nous désolent, la disette de blé et la disette d’argent. Les productions de notre sol, un numéraire immense, produit de nos richesses, se sont répandus dans des contrées étrangères, et y répandent, à nos dépens, un superflu que la nature de nos travaux nous avait prodigué.


Cependant, sans nous livrer ici à des craintes incertaines, nous pouvons sans danger croire que le blé ne manque pas en France. Les provinces frontières n’en sont pas dépourvues ; mais c’est vraiment en se rapprochant du centre du royaume que le fléau de la disette s’appesanti davantage.



A Orléans et dans les environs, les troubles et les émeutes réitérés semblent être les avant-coureurs d’une famine prochaine ; dans d’autres provinces on a donné la mort à des malheureuses victimes auxquelles on ne pouvait donner du pain. Plus on avance, plus les obstacles se multiplient, et chaque jour présente un accroissement douloureux de nouveaux malheurs.



Il était temps, il y a un mois, de prévoir ces calamités : on pouvait ordonner la libre circulation des grains ; je l’ai même proposé dans la chambre du clergé ; mais à peine ma proposition a-t-elle été faite, qu’un membre s’est élevé contre elle ; il m’a accusé de peu respecter nos lois et l’autorité des cours. Sans doute personne ne respecte plus que moi les lois et la majesté du trône ; mais la religion des princes est souvent séduite, et le premier devoir d’un bon citoyen est de faire briller devant eux le flambeau de la vérité.



Je pense que nous devons encore songer au moyen que j’avais soumis au clergé. Le comité vous l’a présenté, et je le remets sous vos yeux.



Mais ce secours ne serait pas suffisant. Le mal est immense : chacun doit chercher, autant qu’il est en lui, à le diminuer ; et c’est ce qui me porte à croire qu’une souscription volontaire en faveur des pauvres contribuera beaucoup à soulager leur misère."


Le Président de l’Assemblée annonce en complément de cette intervention qu’il vient de recevoir une lettre des boulangers de Paris adressée au comité, sur laquelle il y a « pressée ». 


L’assemblée demande le renvoi au comité des subsistances, qui est invité à s’assembler sur-le-champ.


La proposition de ce brave curé soucieux des pauvres n’était pas nouvelle. La libre circulation des grains avait été l’objet d’un débat passionné durant tout le 18ème siècle. Sous l’ancien régime, il était pratiquement impossible de transporter des céréales d’une province à l’autre. Selon un rapport de la fin du siècle, sur 32 provinces, 10 produisaient plus qu'elles ne consommaient, 10 suffisaient à peu près à leur subsistance, et 12 ne récoltaient presque pas de céréales.

Le ministre Turgot, empreint de l'esprit des lumières mais aussi libéral convaincu, avait essayé avec son édit du 13 septembre 1774, d’instaurer ce nouveau système économique de libre circulation des grains. Hélas, l’inquiétude que cela avait provoqué dans le peuple (peur de manquer en partageant), ainsi que de passables récoltes, avaient été causes de ce que l’on appela la guerre des farines qui donna lieu à de violentes émeutes et à une aussi violentes répression durant les 2 années qui suivirent.
Dessin de Girard extrait de Histoire de France de G. Gautherot, paru en 1934.

Le général de la Tour du Pin, envoyé pour réprimer la révolte, s’était rendu célèbre, en proclamant après avoir fait tirer sur la foule : « Vous avez faim ? Eh bien nous sommes en avril ; l’herbe commence à pousser : vous n’avez qu’à brouter comme des vaches ! ».

Suite à cet échec, Louis XVI avait congédié Turgot le 12 Mai 1776 et l’avait remplacé par le prudent Necker.



Necker, ce banquier genevois et protestant, était lui aussi acquis aux idées nouvelles, mais il pensait qu’il fallait tenir compte de ce que l’on appellerait de nos jours, l’opinion public. Il s’en préoccupait d’ailleurs beaucoup en publiant des ouvrages à l’intention des plus éclairés et faisant imprimer de nombreuses estampes à son honneur. Rien ne servait selon lui de tenter d’appliquer un système que l’on pense meilleur, si l’on se s’est pas assuré au préalable que ce système sera peu ou prou compris par le peuple et par la même, appliqué.



Les révoltes frumentaires (du latin frumentarius, « qui concerne le blé »), n’avaient pas cessé d’éclater sporadiquement depuis et en 1789, la situation de crise des années 1775 et 1776 se reproduisait.



L’une des causes de cette rareté du blé était le terrible orage, dit du siècle, qui avait ravagé nombre de régions céréalières le 13 juillet 1788. De surcroît, un hiver particulièrement rude (-22°c à Paris), avait accru la faiblesse des plus démunis. 
https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article14932
Carte du grand orage qui balaya le nord de la France le 13 juillet 1788.


A la veille de la Révolution, sur une population de parisiens estimée à environ 600.000 habitants, plus de 70.000 étaient des indigents survivant dans des conditions précaires.

Le pain, principal aliment du petit peuple, commençait à manquer et son prix augmentait. En ce début de Juillet, la miche de pain pouvant nourrir une petite famille coûtait 14 sous, alors que le salaire d’un journalier à Paris était de 15 sous !

Le spectre de la famine hantait les parisiens.

L'atroce misère est rarement représentée, car elle fait peur à tous. Voici une gravure de la famine de 1697, sous Louis XIV.



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dimanche 5 juillet 2020

5 Juillet 1789, les troupes "allemandes" du Prince de Lambesc arrivent sur Paris


Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc et comte de Brionne, duc d'Elbeuf, grand écuyer de France et maréchal de camp.
Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc .


    Les parisiens apprennent que des troupes de mercenaires allemands approchent de Paris. Il s’agit, entre autres, du régiment royal-allemand, celui que Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc et comte de Brionne, duc d'Elbeuf, grand écuyer de France et maréchal de camp a acheté au prince de Nassau-Siegen, en 1785.

(Ne vous étonnez pas de voir un régiment d'étrangers constituer un régiment français. C'était chose courante à l'époque.)

    Le prince de Lambesc avait reçu le 28 Juin dernier, l’ordre du Roi de quitter Valenciennes.

    En effet, Le 26 Juin, Louis XVI inquiet de la tournure qu’avaient pris les Etats Généraux et probablement poussé par Marie Antoinette et son entourage, avait donné l’ordre à trois régiments de cavalerie et trois régiments d’infanterie du Nord et de l’Est (environ 20 000 hommes) de rallier Paris. Le prudent Necker avait en vain tenté de l’en dissuader, mais le Roi n’avait pas cédé.

    Louis XVI jouait donc double-jeu, puisque rappelons-le, le 27 Juin il avait enthousiasmé les députés de l’Assemblée Nationale en demandant à la noblesse et au clergé de rejoindre ceux-ci au sein de ladite assemblée.

    Plus par faiblesse semble-t-il que par esprit de duperie, Louis XVI agira toujours ainsi, ses initiatives privées voire secrètes, allant à l’encontre de ses initiatives publiques. Il faudra beaucoup de temps et beaucoup de preuves pour que ce roi si aimé de son peuple finisse par être méprisé puis haï par de plus en plus de Français.


    Le Prince de Lambesc appartenait à la très haute noblesse française. De par ses parents, il était issu de Maisons dites "à l'instar de l'étranger", c'est-à-dire de familles ayant régné sur des pays étrangers. Ces dernières étaient traitées avec tous les égards dus à leur rang.

    Nous reparlerons de lui dans les prochains jours. Sachons qu’il quittera la France avant la fin de 1789 et qu’on le retrouvera dès 1792 combattant l’armée française dans l’armée autrichienne. Il y sera nommé Feldmarschallieutnant en 1796.


https://www.ader-paris.fr/lot/83830/7722804?npp&fbclid=IwAR31gk34NP3ClzfQSj8WR1gmhqWtkc980OGql2qUYLeDTdcWhGgEzvrtQDI
Dragon du régiment du Prince de Lambesc
    Un dernier mot encore. Il était courant à cette époque que des troupes étrangères fassent parties de l’armée royale. De même, il arrivait que des généraux vendent leurs services à l’étranger, voire à l’ennemi. Pour ces derniers, tous nobles, les liens du sang prévalaient probablement sur la fidélité à leur pays. Le fameux général Dumouriez, par exemple, le vainqueur de Valmy avec Kellermann, le héros des premières victoires de l’armée française républicaine, abandonnera l’armée française le 18 Mars 1793 et rejoindra les forces du Saint-Empire.

A suivre…

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samedi 4 juillet 2020

4 Juillet 1789. Un vieux Maréchal pour rassurer un Louis XVI apeuré.



La Révolution est terminée !

    Le croirez-vous ? Presque tout le monde pensait depuis le 27 juin dernier que la Révolution était enfin terminée ! Ce jour-là, en effet, le roi Louis XVI avait convié le Clergé et la Noblesse à se joindre au Tiers Etat.
Une du Journal de Paris du 1er Juillet 1789



    "La révolution est finie", "Elle n'aura pas coûté une goutte de sang", avait-on écrit dans les journaux ! Les députés du Tiers s’étaient réjouis de constater que le Roi revenait enfin à de meilleurs sentiments. Ces turbulents Etats Généraux semblaient avoir une fin heureuse !...


Oui, cela aurait pu se passer ainsi, mais...

    Néanmoins, de nombreux régiments campaient à Saint-Denis, Saint-Cloud, Sèvres et jusque sur le champ de Mars tout proche. Les parisiens protestaient contre ces bouches à nourrir qui risquaient d’aggraver la disette et qui présentaient un danger pour l’Assemblée Nationale. On craignait qu’ils en chassent les députés par la force. Inquiets, les électeurs parisiens du Tiers Etat avaient donc esquissé le 29 Juin les bases d’un projet de garde bourgeoise qui comprendrait les principaux habitants de chaque quartier.


    Le 30 Juin, environ 4000 habitués du Palais-Royal, (le quartier de plaisir que Louis Philippe d'Orléans avait fait construire en 1780), avaient délivré une dizaine de soldats des gardes-françaises, emprisonnés à l’Abbaye pour désobéissance, et les avaient promenés en triomphe. Les hussards et les dragons envoyés pour établir l’ordre s’étaient écrié : « Vive la Nation ! » Et avaient refusé de charger la foule. J'attire votre attention sur ce refus d'obéir aux ordres qui expliquera bien des événements à venir.

Libération de 11 soldats des Gardes Françaises par les Parisiens

    Le 1er Juillet, une délégation importante de Parisiens s'était présentée devant l'Assemblée nationale pour demander à celle-ci qu'elle fasse œuvre de médiation auprès du Roi pour obtenir la grâce des quelques soldats emprisonnés.

Une du Journal de Paris du 3 Juillet 1789


    Le jeudi 2, des pétitionnaires du Palais Royal avaient même proposé de détrôner Louis XVI et de la remplacer par le duc d’Orléans !


    Le mois de Juillet commence donc plutôt mal...

    Louis XVI s'en inquiète. Raison pour laquelle il donne au vieux maréchal de Broglie, le commandement des troupes que l’on est en train de concentrer sur Versailles. Lui et son lieutenant suisse, Besenval, reçoive l'ordre de rassembler ces troupes autour de Paris pour le 13 juillet...

Victor François de Broglie


    Nommé secrétaire d’état à la guerre le 11 Juillet suivant, Le vieux Maréchal de France émigrera lors du rappel de Jacques Necker le 16 juillet. Plus tard, en 1792, il commandera l'armée contre-révolutionnaire de Condé qui opérera en Champagne pendant l'invasion austro-prussienne qui sera arrêtée à Valmy. Ce grand homme issu d’une vieille famille, avait aussi été fait prince du Saint-Empire romain germanique en 1759 et il avait reçu le titre de Feld-Maréchal de Russie en 1797. L’orage révolutionnaire passé, il refusera de revenir en France et mourra en 1804 dans la ville allemande de Münster.

Victor François de Broglie


La République est bonne fille...

    La République n’est pas rancunière, du moins celle qui est en « marche » actuellement, puisque cet ennemi juré de la 1ère République de 1792, a reçu le 16 Juin 2018, les honneurs d’un ministre, d’un préfet, des anciens combattants, des gendarmes et j’en passe, à l’occasion du transfert de ses cendres depuis le caveau familial de son château, dans le cœur de l’église du village de Broglie dans l’Eure.

Pour information cette inhumation contrevenait à la Loi. L’art. L2223-10 du Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) stipule en effet qu’aucune inhumation ne peut avoir lieu dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques et généralement dans aucun des édifices clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leurs cultes, ni dans l’enceinte des villes et des bourgs. Des dérogations aux dispositions de l’art. L. 2223-10 ne sont accordées par le ministre de l’Intérieur (via le préfet) qu'en faveur des évêques qui souhaitent être inhumés dans leur cathédrale et des prêtres ayant participé activement aux travaux de construction, de réhabilitation et de sauvetage d’une église.

Vous avez dit République laïque ? Non, rien…


Post scriptum : Je ne juge pas l'homme. Il était de son milieu et de son époque et il n'a fait que ce qu'il pensait être de son devoir. Par contre je m'autorise à juger l'usage étonnant qui est fait de sa mémoire.


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4 Juillet 1776 Les 13 colonies font sécession

Article mis à jour le 5 novembre 2022

Caricature du londonien Matthew Darly
"Pauvre vieille Angleterre s'efforçant de récupérer ses méchants enfants américains"



https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e4/Declaration_of_Independence_%28USA%29.jpg


"Yippee !" Aujourd’hui 4 juillet c’est la fête nationale aux USA. Nos amis américains fêtent la déclaration d’indépendance des 13 colonies britanniques vis-à-vis de la Grande Bretagne. Bonne fêtes les amis !

    Mais bon, connaissez-vous vraiment la raison de cette déclaration d’indépendance américaine ?

    Peu de gens ont entendu parler de la proclamation de 1763 par le roi de Grande Bretagne George III, pourtant, celle-ci fut lourde de conséquences…


    Cette proclamation royale fut délivrée le 7 octobre 1763 par le roi George III à la suite de l'acquisition par la Grande-Bretagne de territoires français, après la fin de la Guerre de Sept Ans. La proclamation avait pour but d'organiser les vastes et nouvelles terres britanniques de l'Amérique du Nord, et de stabiliser les relations avec les Amérindiens en réglementant la traite des fourrures, la colonisation et l'achat des terres à la frontière occidentale. La proclamation royale de 1763 avait aussi pour but d'assimiler les colons francophones, pour faire du Québec une vraie colonie britannique. Elle est également connue sous les appellations anglaises « Indian Bill of Rights » ou « Magna Carta for Indian affairs ».

    Cette guerre de Sept Ans (1756-1763), connue pour ses combats en Amérique du Nord sous le nom de French and Indian War, avait opposé la Grande-Bretagne à la France et à l'Espagne et elle avait vidé les caisses de la Couronne britannique. À l'issue du conflit, la dette britannique liée à la guerre s'élevait à 317 000 000 £. Lord Jeffery Amherst, Commandant en chef des forces royales en Amérique du Nord, estimait à 10 000 le nombre de soldats nécessaire au maintien de la paix dans les territoires nouvellement acquis. Le gouvernement décida donc de garder dans les colonies une armée de plusieurs milliers d'hommes, dont le coût de maintien avoisinait les 300.000 £ annuels. Alors que les treize colonies étaient prospères, la Grande-Bretagne subissait une crise économique. Londres décida qu'une partie des frais de guerre et du maintien des troupes serait supportée par les colons américains.

    La proclamation royale de 1763 avait trois principaux objectifs : organiser l’empire colonial britannique en Amérique du Nord et pacifier les relations avec les Amérindiens surtout après la révolte de Pontiac afin d'éviter la spéculation foncière. La Proclamation visait à apaiser les craintes indiennes d’une arrivée massive de paysans blancs sur leurs territoires. « La Frontière » attirait les migrants en quête de terres comme les Écossais suivis par les Allemands. L'épuisement des sols à l'est des Appalaches et la pression démographique accentuèrent la faim de terre des colons.

    La Proclamation de George III interdisait aux habitants des treize colonies de s’installer et d’acheter des terres à l’ouest des Appalaches. La Couronne se réservait une partie du bois américain ainsi que le monopole dans l’acquisition des terres indiennes ; elle garantissait la protection des peuples indiens. Londres avait prévu la construction de forts britanniques le long de la limite de colonisation ; ce dispositif devait permettre le respect de la Proclamation mais aussi favoriser le commerce des fourrures avec les Indiens. Le gouvernement britannique estimait que ces avant-postes assuraient la défense des treize colonies et que leur financement revenait donc aux colons.

    La Proclamation royale de 1763 souleva le mécontentement des colons américains qui s’étaient déjà implantés dans ces territoires indiens. Ils devaient rendre la terre et revenir dans les treize colonies.

    Alors oui, bien sûr, on vous raconte que les colons américains se sont révoltés contre les méchants anglais qui imposaient, entre autres, une insupportable taxe sur le thé. On vous présente la révolte de ces colons en 1775 comme un combat pour la liberté.
    Mais de quelle liberté s’agissait-il selon vous ? La liberté des esclaves dans les plantations ? La liberté des Indiens qui allaient ensuite subir un vrai génocide ? Pas vraiment. La liberté dont il était question, c’était juste la liberté de commercer, celle que réclameront les révolutionnaires Girondins, ceux qui souhaitaient que la devise de la France fût « Liberté égalité propriété ». Ah bon ? Vous êtes déçus ? Désolé.

    Ah oui, j’oublie de vous dire qu'à partir de 1777 la France aida, en hommes, en argent, en fusils et canons, lesdits américains durant toute cette guerre qui ne se termina qu'en 1783.
L’aide de la France fut tellement considérable qu’elle causa la ruine de nos finances. Face à l’opposition des nobles et du clergé qui refusèrent toutes les propositions de réformes fiscales lors des « Assemblées des notables » organisées en 1787 et 1788, le roi Louis XVI accepta la proposition du Tiers Etat d’organiser des Etats Généraux. La suite, vous la connaissez…

    Regardez cet extrait du magnifique film Barry Lyndon de Stanley Kubrick qui représente une bataille durant cette guerre en Amérique.




    Encore un petit détail. Il faut savoir que les américains refusèrent de payer leur dette à la France et qu’ils se réconcilièrent rapidement avec les Anglais, sur notre dos, évidemment. Mais ne soyons pas ingrats, ils nous ont comment sacrément aidés lors des deux précédentes guerres mondiales. De nombreux cimetières sont là pour un témoigner.

    Je ne me moquais donc pas lorsque je souhaitais une bonne fête à nos amis américains. L'histoire n'a jamais été une discipline simple. Elle fait partie des sciences humaines. Elle est donc souvent sujette à interprétations.

Et tout ce qui est prétexte à se rassembler et faire la fête est une bonne chose !


Merci de votre lecture.


Post Scriptum :
Tous les Américains n'ont pas la même vision de cette guerre d'indépendance. Je vous conseille le lire cet article sur ce site au nom bien surprenant "JACOBIN" : Défense de la Révolution américaine.

Emeutes du Stamp Act à Boston en 1765


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