vendredi 18 décembre 2020

1734-1739, Plan de Paris dessiné par Bretez, dit "Plan de Turgot".

Le cartouche du plan de Bretez.


    J’inaugure cette nouvelle rubrique de mon site, intitulée "Plans et cartes", en vous présentant le fameux plan de Paris réalisé par Louis Bretez. Il est plus connu sous le nom de "plan de Turgot", puisque celui-ci fut dressé à la demande de Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands de la capitale.

    Louis Bretez était membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture et professeur de perspective. Il opta pour le système de la « perspective à la cavalière, sans point de vue, ni point de distance ».

   Bretez commença son travail en 1734 et le termina en 1739. Les 20 planches composant la totalité du plan furent ensuite gravées par Claude Lucas et écrites par Aubin.

    C’est probablement le plus beau plan de Paris avant la Révolution. On peut trouver ses 20 planches sur le site Gallica de la BNF. Mais le lien ci-dessous vous envoie sur une page qui vous permettra de survoler à loisir absolument toutes les rues de la capitale en utilisant le zoom (avec la molette de la sourie sur votre ordi ou avec vos doigts sur smartphone) : 

https://www.raremaps.com/gallery/detail/66398/plan-de-paris-commence-lannee-1734-turgot-bretez

    Vous remarquerez qu’il s’agit d’une représentation de Paris "à vue d’oiseau". A vous de jouer au moineau de Paris (il n’y avait pas de pigeons au XVIIIème siècle), et de voleter de-ci de-là !

    Il n’y avait pas de pigeons en effet, ou alors occasionnellement. Ceux-ci ne commencèrent à investir la capitale qu’à la fin du XIXème siècle.

    Un dernier petit conseil avant de vous laisser vous envoler. Ne soyez pas dupes de la beauté de cette représentation du Paris de l’Ancien régime. Je veux dire par là, que vu du ciel, le monde est toujours plus beau ! Ce magnifique plan ne laisse évidemment rien deviner de la misère omniprésente à Paris.

    Mais je ne veux gâcher votre plaisir, régalez-vous de ce petit chef-d’œuvre. Nous serons souvent amenés à reparler de ce plan exceptionnel.





C'est toujours un beau livre !

    Je vous conseille la lecture agréablement illustrée, de cet article à propos du chef-d'œuvre de Bretez, sur le blog des éditions Beauchesne qui l'éditent sous forme d'un très beau livre.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour y accéder :




jeudi 17 décembre 2020

Basset devrait lire Charles-François Lhomond #orthographe

 

"Bertrand, alias le citoyen Basset, défaillant de honte,
alors que des lecteurs  lui signalent des fautes d'orthographe dans ses articles"
(Détournement d'une estampe de 1770 représentant la mort d'Hercule (un opéra))

    Si le citoyen Basset de 1789 se souciait bien peu de l’orthographe, comme le prouve l’enseigne de sa boutique, celui de 2020 est obsédé par celle-ci, en raison du respect qu’il doit à ses lecteurs !

Enseigne de la boutique de Basset représentée sur une estampe.
Lire l'article "Basset, graveur et marchand d'estampes, religieuses puis révolutionnaires"

Hélas !

    Hélas, mille fois hélas, il me faut souvent un délai de plusieurs semaines, avant que je puisse enfin déceler, horrifié, une hideuse faute d’orthographe dans l'un de mes articles ! 

    C’est pour moi une fatalité et un drame. Les fautes des autres me sautent immédiatement aux yeux, mais les miennes se rient de mon aveuglement ! Pas plus tard qu’aujourd’hui, quelqu’un a eu la bonté de me signaler l’une d’entre-elles, qui déshonorait la page d’accueil du site !

    Accablé de honte, je me suis renversé des cendres sur la tête, j’ai lacéré de mes ongles mon visage ravagé de larmes, et j’ai entrepris de rédiger ce bref article, en guise d’expiation.

    Quel meilleur moyen d’expier ma faute, que de rendre hommage aux mânes de Charles-François Lhomond, le grand maître de l’orthographe au 18ème siècle !

(Ne trouvez-vous pas que j’en fait parfois un peu trop ?) 😉

 

L’abbé Lhomond

    Charles François Lhomond naquit en 1727 à Chaulnes, dans la Somme et rendit l’âme à Paris le 31 décembre 1794 (Aucun lien n’a été établi entre son décès et le réveillon du 31). C’était vraiment un homme du 18ème siècle, à la fois humaniste, historien (de l’Eglise et de la religion chrétienne), pédagogue, mais aussi et surtout un grammairien.

    Parmi les sept ouvrages publiés par cet érudit, celui publié en 1780, intitulé « Elémens de la grammaire françoise » (l’orthographe est d’époque), fit l’objet de sept rééditions du vivant de son auteur, preuves d’un grand succès. De plus il fut continuellement réédité et adapté tout au long du 19ème siècle.

Statue de l'abbé
à Chaulnes

    Vous avez déjà dû constater, si vous avez lu par exemple certains des ouvrages que j’ai partagés sur ce site, que l’orthographe, durant le siècle des Lumières, était souvent très libre. 

    Lhomond a réussi à faire une synthèse de différentes approches de la grammaire déjà esquissées par de précédents auteurs, en tenant compte également de la langue telle qu’elle était parlée. Ce faisant, il a eu le mérite de clarifier la fonction de chaque mot au sein des phrases, selon une logique qui a peu ou prou perduré jusqu’à nos jours. La grammaire n’est pas qu’une invention destinée à faire souffrir les élèves en classe ou les scribouilleurs de mon genre, c’est avant tout une sorte de solfège permettant de jouer harmonieusement des mots et de se faire bien entendre. 

 

Une langue commune ?

    Ecrire correctement pour se faire comprendre, c’est bien. Mais parler la même langue, c’est encore mieux ! J’avais déjà évoqué ce problème le 30 Octobre dernier, à l’occasion de la présentation de la motion de Monsieur Target devant l'Assemblée, concernant l'instruction publique et l'éducation nationale. Celui-ci avait posé la question suivante : « A quoi bon faire d’aussi belles lois, si elles ne sont pas comprises ?».

En effet, très peu de citoyens parlaient et comprenaient le français sous la Révolution !   

    Nous verrons un peu plus tard, qu’après avoir fait enquêter sur l’ensemble du territoire national, l’abbé Grégoire constatera que la langue française n’était parlée que dans une quinzaine de départements sur les 83 ! Il écrira dans son rapport présenté à la Convention le 4 Juin 1794 :

« On peut assurer sans exagération qu'au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale ; qu'un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; qu'en dernier résultat, le nombre de ceux qui la parlent n'excède pas trois millions, et probablement le nombre de ceux qui l'écrivent correctement encore moindre.

Ainsi, avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons l'avant-garde des nations. »

    Comment constituer une nation unie par des liens fraternels si ses citoyens ne parlent pas une langue commune ? Comment éduquer lesdits citoyens, si chaque livre scolaire ou chaque méthode d’agriculture doit être traduite en une infinité de patois, parlers et langues ? A quoi bon publier des lois si celles-ci ne sont pas comprises ? Contrairement à ce que ne cessent de soutenir les ennemis de la République ou les bonnes âmes naïves qui ont cru leurs dires, une langue nationale commune n’a pas pour but d’écraser ou humilier des cultures locales, c’est aussi un ciment indispensable pour construire une nation unie. 


Il est temps de lire Lhomond !

    Comme il en est d’usage sur le site, à chaque fois que je le peux, je partage ci-dessous avec vous l’ouvrage de Charles François Lhomond, disponible sur le site Gallica de la BNF :






Conclusion

    Un dernier mot, ne croyez pas ceux qui disent que les grands lecteurs ne font pas de fautes d’orthographe. Mes bibliothèques surchargées de livres sont là pour témoigner du contraire !

    Je termine cet article un peu spécial avec cette photo de street art. L’artiste a eu l’idée amusante de représenter un écolier qui a été "mis au coin" (comme on disait autrefois), sous la plaque de la rue Lhomond, à Paris, dans le 5ème arrondissement.

Source : Les rues de Paris




mardi 15 décembre 2020

15 Décembre 1789 : Présentation d'une machine inventée par l'abbé de Mandres (sans vapeur)

 

Bateau à cage d'écureuil
Source

    Voici un article à ma façon, sur un abbé inconnu, mécanicien et inventeur de son état, avec une digression sur les machines à vapeur que j'ai jugée nécessaire... 😉

    Je vous ai déjà parlé des abbés révolutionnaires, distribuant des armes, brandissant le sabre devant la Bastille ou morigénant les riches dans des sermons incendiaires. Mais je ne vous ai pas encore parlé d’abbés mécaniciens inventeurs. C’est le cas de l’abbé Claude-Simon de Mandres, né à Amance en 1728, curé de Donneley, de l’Evêché de Metz. (Aujourd’hui Donnelay dans la Moselle).

    Cet abbé ingénieux consacra probablement plus de temps à la mécanique qu’à ses ouailles. Durant des années, en effet, il ne cessa jamais d’inventer, de perfectionner et de faire la publicité de ses machines. Il y consacra tant de son temps et de son argent qu’il se ruina presque et qu’il sollicita l’Assemblée nationale pour l’obtention d’une pension pour son ouvrier Joseph Girard et lui-même, eut égard à ses investissements durant tant d’années (pétition à l’Assemblée du 18 décembre 1791). Il dû aussi très souvent réclamer l’argent qui lui était dû pour les travaux accomplis par ses machines. Et il eut même à défendre la paternité de ses inventions ! Raison pour laquelle il fut l’un des membres fondateurs de la Société des inventions et découvertes, auprès de laquelle il déposa un brevet d'invention le 28 septembre 1791 pour un "levier-moteur à pédales, au moyen duquel les hommes agissaient à la fois avec le poids du corps et leur force musculaire" (une sorte de cric elliptique).

    Lors de la séance du 13 octobre 1789, six commissaires avaient été nommés pour examiner un mémoire de l’abbé de Mandres concernant une découverte « très intéressante pour les arts et très-utile pour les ports de mer et les villes de guerre. » Le président avait alors désigné Messieurs De Vialis, Bureau de Puzy, Malouët, De Phélines, De Bousmard et le marquis de Vaudreuil.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1877_num_9_1_5169_t1_0415_0000_3


    Ce 15 décembre 1789, lesdits commissaires viennent rendre compte de leur mission devant l’Assemblée.

Présentation d'une machine inventée par l'abbé Demandre, lors de la séance du 15 décembre 1789

M. Bureaux de Puzy. L'Assemblée avait chargé des commissaires d'examiner une machine dont M. l'abbé Demandre est auteur. Il résulte de notre examen que ce mécanisme, très-simple et infiniment ingénieux, peut s'appliquer avec avantage aux pompes d'épuisement, aux sonnettes à battre des pieux, etc., et qu'il double les forces des hommes. M. l'abbé Demandre a aussi fait l'application de sa machine à la navigation. Des pièces très-authentiques et la notoriété publique prouvent que, dans un des endroits où le Rhin a le plus de rapidité, trente bateaux, attachés à la suite les uns des autres, et dont quatre étaient remplis de gravier, ont facilement remonté ce fleuve par le moyen de ce mécanisme, auquel huit hommes étaient employés.

M. Malouet. On a fait à Toulon l'essai de la machine de M. Demandre, et le succès a été complet.

L'Assemblée témoigne le désir de voir cette machine : M. le président annonce qu'elle sera exposée sur le bureau avant l'ouverture d'une des prochaines séances.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1878_num_10_1_4204_t1_0574_0000_4


Aimable avertissement 😊

    Vous trouverez en bas de cet article trois fenêtre donnant accès à des documents rédigés par l’abbé de Mandres. Mais auparavant, comme évoqué en introduction, je souhaiterais évoquer le développement des machines à vapeur au 18ème siècle. Vous comprendrez ainsi pourquoi les inventions de l'abbé étaient en passe de devenir anachroniques.

 

Projet de barge à curer les ports

La fin d’une époque.

    J’ai eu beaucoup de mal à trouver des informations sur l’abbé de Mandres (l’orthographe du PV de l’Assemblée m’ayant lancé de plus sur des fausses pistes). J’ai éprouvé encore plus de difficultés à comprendre en quoi consistait ses inventions. En 1785 Claude-Simon de Mandres avait effectivement obtenu un privilège du roi pour la construction d'un bateau de son invention, dit « levier-moteur » et deux ans plus tard (29 et 3 décembre 1787) il avait fait ses premières expériences officielles à Strasbourg. C'était un bateau constitué d’une plate-forme sur laquelle était placé un cabestan et une roue centrale mue par vingt hommes, qui mettaient en mouvement deux roues avec des pagaies placées de chaque côté du bateau.

    Mais ce que j’ai surtout compris, c’est que les inventions de l’abbé n’étaient que des améliorations d’antiques systèmes utilisant la force humaine. Celles-ci étaient probablement astucieuses, mais elles ne constituaient pas un réel progrès. C’était un peu comme si un brave gars s’évertuait à perfectionner la taille des silex, pendant que son voisin découvrait la fabrication des haches en bronze.

    Le temps n’était plus à perfectionner les sonnettes à battre des pieux par des moyens humains astucieux, mais à découvrir une nouvelle force motrice, autre qu’animale !

Fiche technique en pdf


Des roues et de la vapeur !

Roues à aubes

    Sans vouloir faire du tort à ce brave abbé De Mandres, son invention n’était probablement pas très originale. Beaucoup de tentatives avaient été faites depuis le début du 18ème siècle, pour mouvoir les bateaux "autrement", avec des roues à palmes, pagaies ou aubes, mais aussi avec des moteurs à vapeurs que l’on appelait des pompes à feu.

    L’application des roues à aubes à la navigation, était d’ailleurs loin de constituer une idée nouvelle. L’idée de réunir sur une roue un certain nombre de rames, afin d’obtenir un emploi plus commode de la force motrice, remontait à l’antiquité. Les roues à palettes étaient au nombre des machines très anciennes connues de l’architecte romain Vitruve mais dont il ne connaissait d’ailleurs pas les inventeurs. Il existe des médailles romaines qui représentent des navires de guerre (liburnes) armés de trois paires de roues, mues par des bœufs et ceux-ci sont également mentionné dans le De rebus bellicis, un traité de guerre romain. Des navires mus par des roues à aubes tournées par des bœufs, auraient transporté les Romains en Sicile, pendant la première guerre punique !

De rebus bellicis

    Un écrivain militaire du XVe siècle, Robert Valturius, fit aussi mention de la substitution des roues à aubes aux rames ordinaires. Il donna, dans son ouvrage, les dessins, grossièrement exécutés, de deux bateaux munis de petites roues en forme d’étoiles, et composées de l’assemblage de quatre rayons placés en croix, réunis à un centre commun. Voir ci-dessous :

Lien vers le livre joliment illustré

    Un mécanicien, nommé Duquet, avait fait à Marseille et au Havre, de 1687 à 1693, un grand nombre d’essais avec des rames tournantes, composées chacune de quatre rames courtes et larges, opposées deux à deux et placées en croix. Ces expériences avaient produit en France beaucoup d’impression, et cette idée ne tarda pas à y être poursuivie.

    En 1732, le comte de Saxe présenta à l’Académie des sciences de Paris, le plan très-bien conçu, d’un bateau remorqueur ayant de chaque côté une roue à aubes, que faisait tourner un manège de quatre chevaux. « Ces roues, dit le comte de Saxe, faisant le même effet que les rames perpendiculaires, il s’ensuivra que la machine remontera contre un courant, et tirera après elle le bateau proposé. »

Et vive la vapeur !

    La vapeur non plus, ce n’était pas une technique nouvelle, puisqu'au premier siècle après Jésus Christ, le génial Héron d'Alexandrie avait inventé l'éolipyle, une chaudière hermétiquement close d'où partaient verticalement deux tubes en coude. L'extrémité de ceux-ci portait une sphère creuse, munie de deux tuyères recourbées et qui pouvait pivoter librement sur son axe horizontal. Cette ingénieuse turbine pouvait tourner sur elle-même à une vitesse de 1500 tours par minutes. Il aurait suffi de relier tout cela à une courroie et à un arbre d'entraînement puis d’inventer le piston, pour débuter une ère industrielle ! Mais à quoi bon dans cette époque où la main d’œuvre fournie par les esclaves coûtait si peu ?!

l'éolipyle d'Héron

Le siècle de la vapeur !

    Il fallut donc attendre le 18ème siècle, le siècle des inventions, pour que la vapeur puisse entrer en action ! Les premières applications importantes furent celles des pompes à vapeur destinées au relevage des eaux, comme la pompe à feu de Chaillot à Paris, construite par les frères Périer (Jacques-Constantin Périer et Auguste-Charles Périer), qui fonderont plus tard la Compagnie des eaux de Paris (qui perdure sous le nom actuel de Véolia).

Pompe à feu de Chaillot en 1781

Navires à vapeur

    Concernant la navigation, le petit bateau que Denis Papin avait construit en 1707, pour gagner par la Weser le port de Brême puis l’Angleterre, était déjà propulsé à l’aide de rames tournantes. Mais les historiens ne sont pas certains que son bateau ait déjà été équipé d’une machine à vapeur. Peut-être ne faisait-il simplement qu’emporter les plans et les pièces détachées d’une invention qu’il se proposait de mettre au point à la Royal Society de Londres. De toute façon, les bateliers de la Weser détruisirent son bateau et cela mis fin à ses recherches sur la propulsion par la force expansive de la vapeur d’eau.

Les bateliers détruisant le bateau de Denis Papin

    C’est à la suite du travail du comte de Saxe évoqué plus haut, que l’Académie des sciences avait été amenée à mettre au concours en 1753 la question "des moyens de suppléer à l’action du vent pour la marche des vaisseaux". C’était le physicien suisse Daniel Bernoulli qui avait remporté le prix en démontrant, hélas pour la vapeur, que la seule machine à vapeur connue à l’époque, celle de Newcomen, était incapable de faire avancer un navire. Mais tout n'allait pas s'arrêter là !

Daniel Bernoulli

    Ce fut le génial écossais James Watt, vers 1770, qui fit réellement progresser la technique de la machine à vapeur, avec sa machine à simple effet, qui eut pour résultat de diminuer de trois quarts la dépense du combustible, d’augmenter l’intensité de l’action motrice et de diminuer les dimensions de la machine.

James Watt
    
Machine à vapeur de Boulton et Watt en 1784


Jouffroy d'Abbans, le marquis précurseur.

Jouffroy d'Abbans

    
C’est le Français Claude François Dorothée, marquis de Jouffroy d’Abbans qui fit voguer les premiers vrais navires à vapeur !

    Il se rendit célèbre, une première fois en 1776 en faisant naviguer sur le Bassin de Gondé (Doubs) son bateau à vapeur « Le palmipède » qui actionnait des rames en formes de palmes (pas assez puissant cependant pour naviguer sur une rivière), puis une seconde fois le 15 juillet 1783 à Lyon, en faisant remonter la Saône par son « Pyroscaphe » de 46 mètres de long, durant 15 minutes, entre la cathédrale Saint-Jean et l’Ile-Barbe, en présence de dix mille spectateurs qui se pressaient sur les quais, et sous les yeux des membres de l’Académie de Lyon.

Le pyroscaphe remontant la Saône le 15 juillet 1783.

    Un procès-verbal de l’événement et un acte de notoriété, furent dressés par les soins de l’académie de Lyon. Mais pour obtenir un brevet, son bateau devait naviguer à Paris, devant les commissaires de l'Académie des sciences. Les Lyonnais continuent de dire qu’il fut victime de la jalousie des Parisiens, mais dans les faits, Jouffroy eut de nombreux déboires financiers et lorsqu’arriva la Révolution, il choisit d’interrompre ses travaux et de partir en exil. Il ne revint en France qu'en 1795, mais ne reprit ses travaux qu’en 1816.

Maquette du pyroscaphe, au musée de la Marine


    L’Histoire a surtout retenu le nom de l’ingénieur américain Robert Fulton qui fit voguer sur la Seine le 9 août 1803, le soi-disant premier bateau à vapeur, mais lui-même aurait déclaré : « Si la gloire ne devait revenir qu’à un seul homme, elle reviendrait à l’auteur des expériences menées sur la Saône à Lyon en 1783 »


Sources : J'ai trouvé nombre des infos ci-dessus dans le livre "Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes"




Revenons vers l’abbé de Mambres

    Ma digression sur les machines à vapeur nous a fait perdre de vue les initiatives de l’abbé de Mambres. Voici comme promis quelques-uns de ses écrits. Dommage cependant qu’il n’y ait pas de plans de ses inventions !

1789 Mémoire à Nosseigneurs,

Nosseigneurs de l'Assemblée nationale, à Versailles :


1790, Précis des pièces de l'abbé de Mandres, relativement à sa découverte, et aux avantages qui en résultent :


18 Décembre 1791, Pétition à l’Assemblée nationale par Claude-Simon de Mandres :

lundi 14 décembre 2020

14 Décembre 1789 : Les Trois-Evêchés et plus particulièrement celui de Metz posent de nouveau un problème.

 

Cathédrale Saint-Etienne de Metz (en 1826)


Encore la ville de Metz ?!

    Souvenons-nous, le 3 novembre 1789, l’Assemblée nationale avait pris la décision de mettre en vacance les parlements, jusqu’à la mise en place des assemblées municipales et provinciales. (Voir l’article du 3 novembre 1789). Mais le 12 Novembre suivant, le parlement de Metz s’était permis de supposer que « le décret de l’Assemblée nationale du 3 Novembre, et la sanction de Sa Majesté, étaient dépourvus du caractère de liberté nécessaire pour rendre les lois obligatoires et n’avait pas craint de protester tant contre ledit décret que contre ladite sanction. »

    Les députés de l’Assemblée nationale s’étaient émus de cette réaction pour le moins négative, voire hostile. Mais dans leur grande bonté de révolutionnaires en dentelles, ils avaient généreusement octroyé leur pardon le 25 novembre au Parlement de Metz. Les Messins étaient, par l’histoire de leur ville, très attachés à leur parlement. Ils en avaient même demandé la conservation dans leurs cahiers de doléances. Mais de quels Messins parle-t-on ?...

    Il faut également savoir que depuis juin 89, le nouveau gouverneur de la ville était François Claude Amour du Chariol, marquis de Bouillé, un ardent défenseur de la monarchie, qui de plus, était très attaché à Louis XVI. Ce Gouverneur particulièrement conservateur devait donc inspirer une certaine assurance aux notables siégeant au parlement de Metz.

François Claude Amour du Chariol, Marquis de Bouillé.

    Bouillé avait pris le poste de gouverneur des Trois-Évêchés, en remplacement du maréchal de Broglie, celui-là même qui avait été appelé par le roi pour prendre le commandement des troupes rassemblées secrètement autour de Versailles avant le 14 juillet pour mater les Parisiens...

    Ci-dessous, deux gravures représentant le Duc de Broglie : une avec le texte en Allemand et l'autre avec le texte en Latin.

  

 

Les Trois-Evêchés ?

    Les trois évêchés constituent un autre exemple de cette France mosaïque de l’Ancien régime. On oublie trop souvent que le royaume de France a résulté d’une conquête progressive des provinces limitrophes par les rois de France, petite France se réduisant approximativement à ce que l’on appelle de nos jours l’Île de France. Cette conquête dura des siècles et constitue l’histoire du pays. Il aurait suffi d’une ou deux défaites décisives et ce que nous appelons aujourd’hui la France, aurait pu être une partie du Royaume-Uni anglais, la Bourgogne ou le Saint Empire romain Germanique !

Je profite de cette introduction pour vous engager à lire l'indispensable ouvrage de l'Anglais Graham Robb, qui vous fera découvrir une histoire de France aussi surprenante que passionnante. Vous pouvez lire l'article que j'ai consacré à son livre en cliquant sur l'image ci-dessous :

Livre à lire absolument !

Trois "morceaux" du Saint Empire romain germanique"

    Les Trois-Evêchés furent précisément retranchés du Saint-Empire romain Germanique évoqué en introduction. Ce fut l'une des conséquences de la paix de Westphalie signée le 24 octobre 1648. Ils étaient constitués par les trois villes libres de MetzToul et Verdun, occupées en vertu du traité de Chambord (1552), et les biens temporels des évêques de Metz, Toul et Verdun, occupés en 1631-1632. Ils s'agrandirent ensuite du Luxembourg français, partie du duché de Luxembourg cédée à la France par le traité des Pyrénées (1659), puis d'un corridor, cédé à la France par le traité de Vincennes (1661).


Le "voyage en Allemagne" d'Henri II.

    Ce furent des princes Allemands en lutte contre l’empereur Charles Quint, qui en 1551, sollicitèrent le soutien financier et militaire du roi Henri II. Le traité de Chambord signé en 1552 prévoyait que le roi Henri II occuperait, pour des raisons stratégiques, en qualité de vicaire du Saint-Empire romain germanique, les villes de Metz, Toul et Verdun, « et autres villes de l’Empire ne parlant pas allemand ».

Le roi de France Henri II

    Henri II, intronisé pour l’occasion « défenseur des libertés germaniques », entreprit alors le « Voyage d’Allemagne ». Le jour des Rameaux 1552, les troupes françaises, sous les ordres du connétable Anne de Montmorency, arrivèrent sous les murs de Metz, et occupèrent par surprise les portes de la ville. Le 13 avril 1552, le roi se rendit en armes à Toul, où il fut reçu par l'évêque Toussaint de Hocédy, le maître échevin ayant, en signe de protestation, quitté sa ville. Le roi passa ensuite à Nancy, où il destitua arbitrairement la duchesse-régente et emmena en otage le petit duc Charles III, encore mineur, pour le faire élever à la cour de France. Henri II fit ensuite « sa joyeuse entrée » à Metz, le 18 avril 1552. La ville fut en fait soumise de force par les troupes d’Anne de Montmorency. 

Anne de Montmorency

    Le 22 avril, Henri II reprit sa route vers le Rhin, laissant à Metz 3400 hommes. Le mois de mai suivant, ne parvenant pas à s'emparer de Strasbourg, il finit par rebrousser chemin, occupa Verdun le 12 juin 1552, puis rentra en France.

Charles Quint

    Charles Quint décida alors de reprendre ses trois cités épiscopales et parti en guerre le 1er septembre 1552. Il commença par faire le siège de la cité de Metz, proche de ses possessions luxembourgeoises. Mais celle-ci, fortifiée et défendue par le duc de Guise, resta aux mains des troupes françaises après un siège mémorable. (Il est fort dommage que le général Bazaine, surnommé le traître de Metz, n’ait pas eu l’opiniâtreté du Duc de Guise, lorsqu’en octobre 1870, lui et son armée de 180.000 hommes se rendirent aux Prussiens sans combattre).

Siège de Metz

    Le Duc de Guise résista et Charles Quint finit par lever le siège le 2 janvier 1553 en renonçant à reprendre les autres évêchés.

François 1er de Lorraine, 2ème duc de Guise et 1er prince de Joinville.

    Dès lors les trois villes furent occupées en permanence chacune par une garnison française, même si l’empereur du Saint Empire romain germanique gardait officiellement sa souveraineté sur elles. Mais peu à peu, les anciens pouvoirs des villes issues du Saint-Empire furent remplacés par ceux mis en place par l’administration royale. En janvier 1663, sous l'impulsion de Richelieu, le parlement de Metz, fut créé et il devint le centre actif des progrès de l’autorité royale. L’édit de décembre 1633 supprima le sceau de la cité, l’aigle impérial aux ailes déployées, que Metz, Toul et Verdun, en qualité de villes impériales, avaient eu le droit de porter sur leurs armes. Mais "en même temps", la gabelle, impôt sur le sel, fut introduite au grand dam de la population. Devant la grogne des Messins, le Parlement fut prudemment transféré à Toul entre 1637 et 1658 et il fut remplacé à Metz par un intendant royal, aux pouvoirs étendus.

    En 1648, les traités de Westphalie entérinèrent la cession des Trois-Évêchés par l'Empire.


Metz, toujours une ville à part.

    Sachez que de nos jours l'évêque de Metz est nommé par le président de la République, comme autrefois par le roi, du fait que la ville est concernée par le régime concordataire d'Alsace-Moselle, du fait que ces deux régions étaient allemandes quand fut signée en 1905 la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

 

Les Trois Evêchés refusent de payer Les impôts !

    Revenons à l'actualité de ce 14 décembre 1789, à l'Assemblée nationale constituante et lisons ci-dessous le mémoire des ministres du roi, adressé à ladite Assemblée :


M. le Président
(
Emmanuel Marie Michel Philippe Fréteau de Saint-Justfait donner lecture de la pièce suivante :

Fréteau de Saint-Just

Mémoire des ministres du Roi sur la non-exécution des décrets de l’Assemblée dans les Trois-Evêchés.

Par son décret du 23 septembre, l'Assemblée nationale a chargé les administrations provinciales, les juridictions et les municipalités de veiller aux moyens d'assurer le recouvrement des impositions ; et elle a supplié le Roi de donner les ordres les plus exprès pour le rétablissement des barrières et des employés, et le maintien de toutes les perceptions.

Les ministres du Roi se sont occupés du soin d'exécuter ce décret, et presque partout ils éprouvent des résistances, des obstacles, qui viennent à la fois de l'esprit d'insurrection auquel la multitude est généralement livrée, et de la timidité de ceux qui pourraient employer les moyens de la contenir.

Dans les Trois-Evêchés, les barrières ont été généralement détruites, et les employés obligés, par la crainte, à prendre la fuite. Quand on a voulu les rétablir dans leurs fonctions, il n'a été que trop facile de juger que les mêmes excès allaient se renouveler. Il fallait obtenir main-forte des milices nationales et des commandants des troupes ; la réquisition a été faite au président du comité municipal de la ville de Metz et aux maires des différentes villes de la province.

Le premier a répondu que la mission du comité était remplie par l'enregistrement des décrets de l'Assemblée nationale, et que ce n'était point à lui à rétablir les employés dans leurs fonctions.

Les autres n'ont pas fait un refus aussi formel ; mais ils s'excusent sous différents prétextes dont la véritable cause n'est autre que la crainte de donner une réquisition positive aux milices et aux troupes.

Alors le régisseur général, chargé du soin de cette opération, s'est adressé au parlement de Metz. Il a pensé qu'il en obtiendrait, pour tout le ressort, la réquisition de main-forte qu'il sollicitait, et le parlement a rendu un arrêt qui le renvoie aux municipalités pour en être fait droit. Ainsi l'assistance absolument nécessaire, et sans laquelle la perception ne se rétablit pas, est partout refusée.

Les ministres du Roi ont cru devoir donner connaissance de ces faits à l'Assemblée nationale, parce qu'ils arrêtent le recouvrement des droits du Roi dans une province entière ; ils pourraient réunir un grand nombre de faits particuliers, et dans la plupart des villes de France les mêmes inconvénients se font sentir.

L'Assemblée nationale en pèsera toute l'importance, et sa sagesse lui dictera sans doute les moyens d'y subvenir. Mais si les municipalités se refusent à seconder les mesures du gouvernement, si la crainte les arrête, si-la diversité des systèmes qu'elles adopteront forme un obstacle à l'unité du plan, et produit même entre elles une division funeste, le pouvoir exécutif sera réduit à l'impossibilité de veiller au maintien des décrets et au recouvrement si nécessaire des impôts.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1878_num_10_1_4030_t1_0571_0000_5 


Deux petits rappels apportant un éclairage complémentaire :

Conservation d'une taxe détestée, la Gabelle

    Souvenons-nous que la conservation de la Gabelle avait déjà donné lieu à des troubles en Anjou le 24 octobre dernier. Lire cet article :"24 Octobre 1789, La conservation "provisoire" de la Gabelle, passe mal en Anjou ! Un mot sur l’affermage…"

Carte des gabelles en 1788

La destruction des barrières d'octroi.

    Le texte évoque le rétablissement des barrières. Il s’agit bien sûr des barrières d’octroi qui faisaient office de péages aux entrées des villes.

    Souvenons-nous qu'à partir du 12 juillet 1789 et plus particulièrement dans la nuit du 13 au 14 juillet, des Parisiens avaient incendié 40 octrois sur les 54 du mur des fermiers généraux qui entourait Paris. Les fermiers généraux étaient des banquiers qui proposaient au roi de faire rentrer une partie des contributions qu’ils percevaient sur l’entrée de chaque marchandise pénétrant dans Paris (une trentaine de millions dont ils reversaient la moitié au roi). Ce mur long de 24 km percé de portes faisant office de péages, avait été érigé à partir de 1785 (achevé en 1790). Il était particulièrement haï des Parisiens.

Lire mon article :"13 Juillet 1789, la journée où tout bascule"

Incendie de la barrière de la Conférence le 12 juillet 1789.

    Vous lirez presque partout que l’incendie des barrières fut une initiative du peuple en colère, voire de fraudeurs. Néanmoins, lorsque l’on s’intéresse dans le détail à la suite des événements qui eurent lieu du 12 au 14 juillet, on apprend que le soir du 13 juillet, ce furent les électeurs du Tiers Etat, (c'est-à-dire les bourgeois), qui après avoir distribué 12.000 fusils et de la poudre, constituèrent dès 21h00 une garde armée dont la première initiative fut de s’emparer de toutes les barrières et d’arrêter tous ceux qui voulaient sortir de Paris.

(Cinq cents pauvres gens, dont Babeuf, seront tout de même accusés de l’incendie des barrières des fermiers généraux et iront croupir en prison)


Etonnant non ?...