mardi 5 mai 2020

5 Mai 1789, Discours du Roi lors de l'ouverture des Etats Généraux.

Plus grande que nature, cette vue représente l'ouverture
des Etats Généraux dessinée par Charles Monnet.

Un évènement exceptionnel.

    Ce 5 Mai 1789, se déroule la séance solennelle d’ouverture des États Généraux. Rappelons que les trois États du Royaume ont été convoqués par le Roi le 5 juillet 1788 et que les États Généraux n’ont pas été réunis depuis 1614.

Pourquoi les Etats Généraux ?

    Le Roi a convoqué les États Généraux car il se trouve depuis déjà plusieurs années dans l’impossibilité de faire réaliser des réformes fiscales par ses différents ministres des finances. Deux Assemblées des Notables ont déjà eu lieu pour tenter de résoudre le problème, en 1787 et en 1788. Les deux ont échoué. Les Parlements ont également refusé de voter toutes les tentatives de réformes fiscales. 

    Le but de ces États Généraux est d’amener les différents participants à consentir à un nouvel impôt. (Mais bien rien ne se passera comme prévu…)

Cérémonial.

    Conformément à la proclamation du Roi, les députés se sont rendus en costume à la salle des États (1), vers neuf heures du matin. Néanmoins, ils ne sont entrés qu'à mesure qu'ils étaient appelés par les hérauts d'armes, et un maître des cérémonies indiquait à chacun la place qu'il devait occuper suivant l'ordre auquel il appartenait et le rang de sou bailliage , d'après le règlement de 1614.

    Tous les députés n'ont été placés que vers les midi moins un quart. On leur avait préparé des banquettes disposées dans une forme semi-elliptique, dont l'estrade sur laquelle s'élevait le trône faisait le diamètre.

    Les députés du clergé occupèrent la droite des banquettes situées le pins près du trône, ceux de la noblesse, la gauche ; ceux des communes étaient placés à la suite de ces deux premiers ordres.

    Vers les une heure, les hérauts d'armes annoncèrent l'arrivée du Roi. Aussitôt, tous les députés se lèvent, et des cris de joie retentissent de toutes paris.

    Bientôt le Roi paraît ; les applaudissements les plus vifs se font entendre, accompagnés des cris de vive le Roi ! Sa Majesté monte sur son trône. On remarque que ses regards se promènent avec un air de satisfaction sur la réunion imposante des députés du royaume. La reine se place à côté de lui, hors du dais, sur un fauteuil inférieur au trône. La famille royale entoure le Roi ; les princes, les ministres, les pairs du royaume sont placés un peu plus bas, et le surplus du cortège du monarque couvre les degrés de l'estrade.

    M. le marquis de Brézé, grand maître des cérémonies, annonce du geste que le Roi va parler. Le silence le plus profond succède aux acclamations qui se faisaient entendre.

(1) On avait préparé sous le nom de Salle des Trois Ordres, la salle dite des Moins, située en dehors du château. — Elle pouvait contenir les douze cents députés et de nombreux spectateurs.

Source : https://www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1875_num_8_1_4238_t2_0001_0000_3 

Gravure de Philippe-Joseph Maillart
Le roi, entouré de la reine et des princes du sang, trône au fond de la salle (à gauche) sous un dais majestueux.
Les députés siègent autour, sur plusieurs rangs.

Attention aux images !

    Contrairement à la célèbre gravure en titre, illustrant généralement l’événement, la salle provisoire à colonnes qui a été érigée derrière les Menus-Plaisirs de l'avenue de Paris à Versailles, était très petite ! 

Plan des salles de réunion des Etats Généraux à l'hôtel des Menus Plaisirs, à Versailles  :

Source : IMAGES D'ART


Le discours du roi.

   Louis XVI va ouvrir la séance par un discours dans lequel il rappelle les circonstances qui l’ont conduit à cette convocation et ce qu’il attend des États Généraux. Il va se déclarer « le premier ami de ses peuples ». 

    Suivront les discours du garde des sceaux Charles de Paule de Barentin (hostile à cette convocation), qui incitera les députés à refuser les innovations dangereuses ; Puis du ministre des finances, Necker, qui évoquera la situation économique du royaume (qui est déplorable).

    Selon Necker (optimiste), de nouveaux impôts suffiront à combler le déficit budgétaire de 56 millions.

Discours du roi (daté du 4 Mai)

Extrait de film

    Je vous propose de regarder cette vidéo extraite du célèbre film réalisé par Robert Enrico et Richard T. Heffron, sorti en octobre 1989, à l’occasion de l’anniversaire du bicentenaire de la Révolution Française. On y voit un Louis XVI parlant d’amour et de paix, une Marie Antoinette qui s’endort, le 1er Dauphin, Louis Joseph, très malade qui mourra le 4 juin suivant, un Camille Desmoulins faisant un coucou à son ami Robespierre député du Tiers Etat de la ville d’Arras, un Necker soucieux et ennuyeux, et l'Assemblée du Tiers Etat aussi ennuyée que mécontente...


Texte du discours de Louis XVI

Sa Majesté s'exprime en ces termes : 

«Messieurs, ce jour que mon cœur attendait depuis longtemps est enfin arrivé, et je me vois entouré des représentants de la nation à laquelle je me fais gloire de commander.

«Un long intervalle s'était écoulé depuis les dernières tenues des Etats généraux, et quoique la convocation de ces Assemblées parût être tombée en désuétude, je n'ai pas balancé à rétablir un usage dont le royaume peut tirer une nouvelle force, et qui peut ouvrir à la nation une nouvelle source do bonheur.

«La dette de l'État, déjà immense à mon avènement au trône, s'est encore accrue sous mon règne ; une guerre dispendieuse mais honorable en a été la cause ; l'augmentation des impôts en a été la suite nécessaire, et a rendu plus sensible leur inégale répartition.

«Une inquiétude générale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés des esprits et fini¬ raient par égarer totalement les opinions, si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés.

«C'est dans cette confiance, Messieurs, que je vous ai rassemblés, et je vois avec sensibilité qu'elle a déjà été justifiée par les dispositions que les deux premiers ordres ont montrées à renoncer à leurs privilèges pécuniaires. L'espérance que j'ai conçue de voir tous les ordres, réunis de sentiments, concourir avec moi au bien général de l'État, ne sera point trompée.

«J'ai déjà ordonné dans les dépenses des retranchements considérables. Vous me présenterez encore à cet égard des idées que je recevrai avec empressement ; mais malgré la ressource que peut offrir l'économie la plus sévère, je crains, Messieurs, de ne pouvoir soulager mes sujets aussi promptement que je le désirerais. Je ferai mettre sous vos yeux la situation exacte des finances, et quand vous l'aurez examinée, je suis assuré d'avance que vous me proposerez les moyens les plus efficaces pour y établir un ordre permanent, et affermir le crédit" public. Ce grand et salutaire ouvrage, qui assurera le bonheur du royaume au dedans et sa considération au dehors, vous occupera essentiellement.

«Les esprits sont dans l'agitation ; mais une Assemblée des représentants de la nation n'écoutera sans doute que les conseils de la sagesse et de la prudence. Vous aurez jugé vous-mêmes. Messieurs, qu'on s'en est écarté dans plusieurs occasions récentes ; mais l'esprit dominant de vos délibérations répondra aux sentiments d'une nation généreuse, et dont l'amour pour ses rois a toujours fait le caractère distinctif ; j'éloignerai tout autre souvenir.

«Je connais l'autorité et la puissance d'un roi juste au milieu d'un peuple fidèle et attaché de tout temps aux principes de la monarchie : ils ont fait la gloire et l'éclat de la France ; je dois en être le soutien et je le serai constamment.

«Mais tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous pouvez, vous devez l'espérer de mes sentiments.

«Puisse, Messieurs, un heureux accord régner dans cette Assemblée, et cette époque devenir à jamais mémorable pour le bonheur et la prospérité du royaume ! c'est le souhait de mon cœur, c'est le plus ardent de mes vœux, c'est enfin le prix que j'attends de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mes peuples.

«Mon garde des sceaux va vous expliquer plus amplement mes intentions, et j'ai ordonné au directeur général des finances de vous en exposer l'état. »



    Après le discours du roi s'en suit le discours de son ministre garde des sceaux, Charles Louis François de Paule de Barentin





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Bertrand