jeudi 1 octobre 2020

1er Octobre 1789 : La cocarde tricolore foulée aux pieds, lors d’une « orgie » à Versailles

 


    C’est au soir de ce jeudi 1er octobre 1789, que va se dérouler à Versailles, dans l’opéra du château de Versailles, un événement qui va faire grand bruit lorsqu’il sera connu à Paris le lendemain.

    Les gardes du corps du roi vont en effet donner un banquet en l’honneur du régiment de Flandres, arrivé le 23 septembre dernier à la demande du roi. La raison du rappel par le roi de ce régiment stationné à Douai, est probablement la crainte d’éventuelles nouvelles émeutes de parisiens. Mais l’arrivée de ces 5000 soldats déplaît beaucoup aux parisiens qui gardent le souvenir récent des troupes étrangères qui avaient encerclées Paris au début du mois de juillet et des événements tragiques avec le régiment du Royal Allemand. Le roi et la reine le savent et par prudence, ils préféreront, nous disent les historiens, éviter de participer à cette fête. (En même temps, j’ai du mal à imaginer le roi et la reine participer à une beuverie de soldats, mais bon, je veux bien)

    De toute évidence, la curiosité l’emportant sur la prudence, (à moins que ce ne soit volontaire…), le couple royal sera aperçu au balcon d’une loge par les convives éméchés et ils seront bien sûr aussitôt ovationnés.

       Les gardes du corps au comble de la joie, entonneront l’air de « O Richard, ô mon roi » au milieu des acclamations et des vivats. Le roi et la reine se croiront alors obligés de descendre rejoindre les convives, accompagnés du Dauphin. L’ambiance montera aussitôt d’un cran et les convives déjà bien échauffés par l’alcool, se mettront à arracher leurs cocardes tricolores pour les fouler aux pieds. (Lire l'article sur cette fameuse cocarde tricolore).

    La plupart des historiens nous disent qu’ils remplaceront aussitôt les cocardes piétinées par des cocardes blanches symbolisant la monarchie selon les uns, ou par des cocardes noires, couleur de la reine selon les autres. Mais ni les uns ni les autres, ne se demanderont d’où venaient ces nouvelles cocardes blanches ou noires, apparues comme par miracle !

    Même s’il est certain que cet événement a bien eu lieu, la rumeur qui s’en suivra ne manquera pas de le grossir. Dès le lendemain, dans tout Paris, on ne parlera plus que de « l’orgie » des contre-révolutionnaires qui s’apprêtent à fondre sur Paris et écraser dans le sang la révolution. La crainte du complot aristocratique va aller en grossissant, amplifiée par la presse.


Un mot sur le chant "O Richard, ô mon roi"

    Ô Richard ! Ô mon roi ! Est extrait de l'Opéra-comique Richard Cœur de Lion composé par André Grétry sur un livret de Michel-Jean Sedaine en 1784. Cet air, chanté dans le premier acte, parle autant de royauté que de loyauté : De retour de la Troisième croisade, le roi Richard Cœur de Lion est retenu, emprisonné dans le château de Linz. Blondel, son serviteur fidèle, déguisé en troubadour aveugle, va tenter de le libérer. Ce sujet en fit un chant de ralliement des royalistes pendant la Révolution. Une nouvelle version, adaptée aux circonstances circula plus tard dans les milieux royalistes avec pour titre « O Louis, ô mon roi » (1791)

    Vous pouvez écouter un extrait dans la vidéo ci-dessous, mise en ligne par le Château de Versailles. Vous remarquerez que les artistes sont en costumes du XVIIIe siècle et non-pas du XIIe siècle de Richard Cœur de Lion. Vous apercevrez également, joyeusement brandis, deux exemplaires du drapeau avec l'aigle bicéphale du Saint-Empire romain, d'Autriche, Bohême et Hongrie, de la famille de Marie Antoinette. Je pense que dans la provocation royaliste, on ne peut guère aller plus loin.

    Ce chef-d'œuvre sera de nouveau à l'affiche à l'Opéra de Versailles, du jeudi 11 au dimanche 14 novembre 2021... ("Comme par hasard..." dirait un complotiste) 😉


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Bertrand